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Hiver au Proche-Orient (Annemarie SCHWARTZENBACH)

note: 3L'ange inconsolable de Roger Martin du Gard Marylène - 5 juin 2018

Rebelle suisse, ce qui semble être un oxymore s’est incarné sous les traits d’une journaliste au visage d’ange : Annemarie Schwarzenbach. Lorsqu’on nait à Zurich en 1908 dans une riche famille d’industriels sympathisante de l’extrême droite, devenir journaliste globe-trotter [...]

Jamais (Bruno DUHAMEL)

note: 5Une pépite ! Marie-Eve - 30 mai 2018

Madeleine est une petite mamie aveugle dont la maison, perchée sur la falaise, est menacée par l’érosion de celle-ci.
Le maire du village, par crainte de se faire mal voir de ses électeurs, cherche par tous les moyens à la [...]

Ravage n° 1 (Jean-David MORVAN)

note: 3Adaptation... ravageuse Laëtitia - 23 mai 2018

Écrit en 1943 par Barjavel, «Ravage» est le 1er roman français de SF post-apocalyptique, décrivant le déclin de notre civilisation suite à un énorme black-out. Il m’avait marqué durablement, tant l’hypothèse de son scénario de fin du monde est crédible. [...]

J'ai lu j'ai vu j'ai entendu... ça m'a plu

 

Sarajevo omnibus (Vélibor COLIC)

note: 3... Marylène - 18 décembre 2012

Cet omnibus dessert quelques stations historiques de la ligne Europe, Balkans, Sarajevo avec des arrêts aux noms évocateurs dont le vecteur commun est l’évènement déclencheur de la 1ère guerre mondiale : l’assassinat de l’Archiduc François-Ferdinand.Vous croiserez le Colonel Apis, cerveau de la « main noire » (organisation nationaliste serbe) qui dirigea celle de Gravilo Princip sur la gâchette de l'attentat. Entre autres personnages habités par la cause indépendantiste, vous trouverez aussi Ivo Andric, esprit tourmenté dans un corps souffrant, unique prix Nobel de littérature yougoslave. Chaque station nous offre un angle de vue différent de l’évènement .L’atmosphère foisonnante de la ville pénètre de plus en plus les pages et finit par nous envelopper complètement. Sarajevo dont le nom n’évoque plus que, très souvent, le siège de 1992-1996, se rappelle aux mémoires avec éclat.Certes, la ville était déjà aux prises avec la violence de l’histoire, belle convoitée par deux empires, écartelée entre orient et occident. Le ton frôle parfois le burlesque et flirte avec le conte philosophique lorsqu’il évoque les figures de l’architecte du pont Latin , du rabbin, de l’imam et du prêtre. Cette construction emmène le lecteur au-delà de la dimension archivistique (et parfois fastidieuse ! ) du roman historique, dans une œuvre romanesque pétillante. Un premier conseil, lisez ce livre, un second, parcourez cette ville…

Les Manguiers de Bellavista (Robin BAYLEY)

note: 3... Laëtitia - 14 décembre 2012

Robin Bayley : Les Manguiers de Bellavista (Arthaud, 2010)
Depuis sa plus tendre enfance, l’auteur a été bercé par les histoires contées par sa grand-mère, tournant toutes autour de la figure d’aventurier d’Arturo, l’arrière-grand-père, qui tout jeune quitta son Angleterre natale pour travailler dans une filature, dans un petit village du Mexique. En exhumant d’une vieille valise cabossée une lettre et des photographies de cette période, Robin décide de marcher dans les pas d'Arturo, entamant un périple le menant du Guatemala en passant par la Colombie, le Vénézuela et bien sûr le Mexique. Il découvrira l’hospitalité et la solidarité sud-américaine : à Antigua, il affinera sa connaissance de l’espagnol et tombera amoureux de Juanita ; dans un bus à destination de Bogotà, il fera la connaissance de Pedro, un ingénieur qui va le dévier de sa route en l’invitant à bourlinguer avec sa famille jusqu’à San Marta pendant près d’un mois,etc. Puis les choses se précipitent : près de Tepic, dans le hameau de Bellavista, il se découvre une deuxième famille nombreuse, Arturo ayant eu une liaison extraconjugale, et de cette liaison une fille, ayant donné naissance à… 11 enfants !Cette révélation va être le prélude à d'autres bouleversements... Un très beau récit sur la filiation, les secrets de famille, la tolérance et la découverte d’autres horizons.

Les Lettres de Capri (Mario SOLDATI)

note: 4... Marylène - 24 novembre 2012

Harry, jeune historien de l’art et journaliste américain, retrouve par hasard dans les rues de Rome un scénariste, Mario, rencontré un an auparavant, auquel il demande une aide financière afin de pouvoir demeurer en Italie. Intrigué par la situation d’Harry et plus encore par la sensualité insolente de celle qui partage sa vie, Dorotea, Mario accepte de lui acheter un scenario. Celui-ci n’est autre que la vie d’Harry lui-même. Le long récit du déchirement d’un homme partagé entre un amour cérébral et une passion sexuelle comme entre la raison et la folie. Le thème n’a rien d’original, mais la minutie avec laquelle le sentiment amoureux est disséqué donne le vertige. Le roman pourrait s’arrêter là, mais l’auteur a la lumineuse idée de développer son étude en glissant d’Harry à sa femme Jane, dont le récit relaie celui de son mari en miroir. Par cette architecture réfléchissante le lecteur est happé dans les profondeurs de l’histoire, des raisonnements, des émotions. Les rôles ne sont pas aussi évidents qu’ils n’y paraissent, les idées reçues se diluent, tout est trouble, tellement humain. Mario Soldati est habile à faire effleurer l’empathie, le doute jusqu’à émousser nos jugements.
Un classique à fleur de peau à découvrir ou redécouvrir, une lecture enivrante.

Scintillation (John BURNSIDE)

note: 3.. Marylène - 21 novembre 2012

Le principal personnage de ce roman, c’est l’Intraville. Une ville-usine où toute activité a cessé abandonnant des habitants désœuvrés dans un environnement ultra pollué. On ne tarde pas à distinguer l’image de notre société, telle une friche empoisonnée par la quête du profit, bordée de l’Extraville, réserve pour riches et malhonnêtes politiciens, industriels…Les descriptions nous plongent dans le paradoxe de la beauté décelée dans la laideur. Le malaise se poursuit à chaque rencontre. Le lecteur erre dans les pensées de plusieurs protagonistes, le policier municipal, sa femme, Léonard un adolescent qui pense être sauvé car il aime quelque chose….
Cette narration fait l’effet d’une caisse de résonance où se bousculent les émotions.
Au départ, on pense entrer dans une enquête avec la disparition de jeunes hommes, puis ce livre hors genre nous détourne vers l’irrationnel avec l’homme-papillon.
Scintillation ? Bien faible lueur d’espoir. La terre souffre, les hommes souffrent, car aucune excuse, les hommes ont commis, ils commettent chaque seconde l’irréparable.
A recommander malgré tout pour l’écriture et la finesse psychologique vertigineuse… Sans oublier les très beaux passages sur les livres, la lecture, la bibliothèque…

Tournage dans un jardin anglais (Michael WINTERBOTTOM)

note: 3... Marylène - 21 novembre 2012

Un film gigogne surprenant et « so british » ! Sur le tournage de l’adaptation du monument de la littérature anglaise du 18ème siècle, La Vie Et Les Opinions de Tristram Shandy, la vie de plateau semble aussi burlesque que le film en cours de réalisation. Amateurs de fantaisies cinématographiques, ce film est pour vous ! Passées les 10 premières minutes particulièrement loufoques à la manière Monty Python, il se révèle plus fin qu’il n’y parait. Croustillante étude des comédiens (qu’ils soient vedettes ou éternels second rôle), producteurs, presse prédatrice et autres satellites de cette planète « cinéma », à déguster sur canapé un soir d’automne !
Le réalisateur anglais Michael Winterbottom réserve bien des surprises tant sa créativité s’exprime sur des sujets si antinomiques, en 2010, c’est bien le même homme qui réalisa le thriller glaçant « The killer inside me » (disponible à la médiathèque).

Le Cochon de Gaza (Sylvain ESTIBAL)

note: 3... Laëtitia - 21 novembre 2012

Le Cochon de Gaza (Sylvain Estibal, 2011)
Aborder le conflit israélo-palestinien au cinéma peut s’avérer un exercice périlleux, souvent synonyme de parti pris, mais vu sous l’angle de la comédie, cela donne un film savoureux, drôle et pétri d’humanité. C’est l’histoire de Jafaar (interprété par Sasson Gabai, comédien génial déjà repéré dans « La visite de la fanfare », où il incarnait un chef d’orchestre égyptien), pêcheur palestinien qui remonte par hasard dans ses filets un cochon vietnamien. Considéré comme « haram » (impur), il doit se débarrasser de l’animal au plus vite. Jafaar, incarnation à lui seul du peuple gazaoui, coincé entre la misère quotidienne, la présence des soldats israéliens (qui ont un chek-point sur le toit même de sa maison !) et le diktat des barbus, se lance alors dans un commerce rocambolesque et bien peu recommandable avec une fermière d’une colonie. S’ensuit toute une série de séquences burlesques qui n’empêchent pas de réfléchir à l’absurdité de la situation, notamment cette scène où la femme de Jafaar et un des soldats qui occupe le toit de sa maison se découvrent une passion commune pour une sitcom brésilienne, seul mode de communication dérisoire qu’ils ont su trouver pour établir un semblant de dialogue… A voir pour son originalité et son humour décalé !

La Destruction du Parthénon (Christos CHRYSSOPOULOS)

note: 4... Marylène - 9 novembre 2012

Athènes s’éveille un matin sans Parthénon. Un attentat apolitique perpétué par un jeune homme a définitivement privé la Grèce du plus rayonnant symbole de son histoire.
Le criminel, inspiré par l’appel lancé en 1944 par le cercle surréaliste « Les Annonciateurs du chaos » - “Il faut faire sauter l’Acropole !”- revendique un acte libérateur. Il n’envisage pas le Parthénon comme le pilier architectonique de la culture grecque mais plutôt tel un joug. Détruire ce symbole absolu, « inégalable » brise les chaines et ouvre la porte de tous les possibles, du renouvellement, de la création. Christos Chryssopoulos propose une réflexion grisante sur notre relation à l’architecture des villes, et interroge sur la responsabilité d’un acte personnel qui engage toute l’humanité (pensons aux Bouddhas afghans détruits en 2001).
Par sa forme, une succession de témoignages dans des décors fixes, ce roman s’approche d’une pièce de théâtre.
Romancier et traducteur né à Athènes en 1968, Christos Chryssopoulos est dans son pays l’un des écrivains les plus prolifiques. Il est membre du Parlement culturel européen.

La Comtesse de Ricotta (Milena AGUS)

note: 3... Marylène - 9 novembre 2012

La comtesse de Ricotta est un roman frais et tendre derrière une pointe d’acidité… Goût ricotta, c’était annoncé dans le titre ! Cette jeune comtesse est affublée de ce surnom en raison de sa maladresse, son incapacité à « faire quelque chose de ses mains ». Au cœur de Cagliari, elle partage une partie de l’ancienne demeure familiale avec ses deux sœurs, le reste, elles ont du se résoudre à le vendre en appartements et l’ensemble s’effrite inexorablement… Si Milena Agus a choisi le milieu aristocratique, c’est peut-être car il donne le ton à l’ensemble du roman, symbole de ce qui n’est plus mais a laissé des traces, oscillation entre splendeur et décadence, nostalgie et désir de se tourner vers le futur, poésie et réalisme. C’est une histoire de famille dans son combat pour la dignité, une histoire de femmes qui n’osent pas croire en l’amour et celle d’un enfant en quête de normalité. La normalité, un thème joliment démonté par l’auteure qui nous fait doucement sourire avec sa galerie de personnages tous aussi décalés et touchants les uns que les autres. Une atmosphère apaisante sous le soleil de Sardaigne, au milieu d’une production éditoriale dépressive sous le ciel d’une crise financière, ça se salue et se savoure.

Premières neiges (Aïda BEGIC)

note: 3... Marylène - 10 octobre 2012

Quelques années après la guerre en ex-Yougoslavie, à quoi ressemble un village bosniaque ?
Des femmes et des enfants, privés de pères, frères, maris, s'organisent en petite communauté solidaire rythmée par les gestes quotidiens. Pas d'école, pas de travail, une campagne figée où ne changent que les saisons. Les femmes tissent et fabriquent des confitures dans l'espoir de les vendre, tandis que les enfants jouent malgré les cauchemars nocturnes. La reconstruction est lente, obstruée par les non-dits et le mystère des disparus. Il faudra l'arrivée de deux hommes en quête d'acheter le village pour bouleverser ce fragile équilibre et affronter la vérité. L'après-guerre comme une seconde bataille, menée par des femmes dans le silence, luttant cette fois contre l'oubli et pour la dignité. Quelques flocons de poésie tombent sur ce film pour adoucir l'âpreté du sujet. Aida Agic, la jeune réalisatrice, avait 16 ans lors du siège de Sarajevo, à 32 ans elle réalise ce film restituant son sentiment de claustration et ses espoirs pour l'avenir de son pays.

Murtoriu (Marc BIANCARELLI)

note: 3... Marylène - 10 octobre 2012

Murtoriu (le glas), est un roman traduit du corse, une première pour Actes sud, mais attention, ne vous attendez pas à un récit du terroir qui fleure bon l’arbousier, la bergerie bucolique et les sentiments honnêtes. Le Protagoniste, Marc-Antoine, libraire anarchiste, crache toute sa déception du monde global et de l’homme, dans une complainte personnelle aux problématiques universelles. Rompant parfois sa solitude avec d’autres marginaux tel Mansuetu, berger comme le symbole d’un monde qui va disparaitre, il s’isole dans sa montagne, fuyant les envahisseurs saisonniers. Incapable de se faire ou d’accepter une place dans cette société, il dissèque tous les vices uns à uns jusqu’ à la nausée : corruption, cupidité, ultra violence, abêtissement des masses … Poussant loin le dégoût de l’homme, on ne peut s’empêcher malgré tout de partager finalement l’analyse et de compatir avec ce misanthrope « faulknérien » qui sait aussi reconnaître ses propres failles. La narration de premier abord désordonnée, suit l’humeur changeante du libraire au présent et alterne avec une deuxième vie au passé, celle de l’autre Marc-Antoine, le grand-père, nous renvoyant à l’histoire des corses dans la Grande guerre.Un roman étrange, violent dans son propos et le vocabulaire qui le véhicule mais où l’on sent que quelque chose touche, une vérité a été dite, de celles qu’on pense tout bas sans se permettre de le dire tout haut.

Prince d'orchestre (Metin ARDITI)

note: 4... Laëtitia - 10 octobre 2012

Metin Arditi : Prince d’orchestre(Actes Sud, 2012)

Président de l’Orchestre de la Suisse romande et co-président d’une fondation qui favorise l’éducation musicale d’enfants de Palestine et d’Israël, il n’est guère étonnant que Metin Arditi choisisse pour personnage central de son roman un chef d’orchestre. Alexis Kandilis a tout pour lui : la beauté, le talent, une cour empressée d’admirateurs, et, ultime consécration, l’assurance d’obtenir le B16, c'est à dire la direction des neufs symphonies de Beethoven. Mais un grain de sable va enrayer cette belle mécanique, ou plutôt un incident survenu avec un musicien, vite relayé par la presse. Peu à peu, le lecteur va assister à une descente aux enfers de Kandilis, dont les blessures d’enfance vont resurgir et faire de lui un autre homme.
A lire pour la petite musique si particulière d’Arditi où l’art, l’aléatoire, la fragilité humaine, la puissance des médias se mêlent pour créer une puissante satire sociale.

Dernières nouvelles du sud (Luis SEPULVEDA)

note: 4... Marylène - 26 septembre 2012

Les dernières nouvelles du sud ne laissent pas indifférent. Rapportées par l’écrivain chilien Luis Sepulveda et son « socio » le photographe argentin Daniel Mordzinski, elles résonnent comme un inquiétant état des lieux de la Patagonie à la fin des années 90, semblable au bilan d’un siècle qui s’achève par une crise. Conflits idéologiques et territoriaux, cupidité coloniale, bouleversements écologiques, autant de plaies dont le Chili et l’Argentine ne cicatrisent pas. Poussés par le vent patagon, Sepulveda au verbe, Mordzinski à la photo, la lente traversée est bouleversante de beauté brute. L’insolite frôle l’irrationnel dans une poésie toute sud-amércaine. A croire que cette région du monde échappe aux lois universelles et que des bourgeons pourraient fleurir d’un bois mort entre les mains d’une vieille femme au visage « couvert de territoires », aussi naturellement qu’un luthier trouverait un violon au milieu de nulle part…
Un livre superbe en forme d’ode, enflammée telle une déclaration d’amour à sa douce, désespérée comme une épitaphe à sa belle déjà presque moribonde… La nostalgie camarade…

Noces de sel (Maxence FERMINE)

note: 3... Laëtitia - 15 septembre 2012

Roman bref mais intense, « Noces de sel » est un hymne à la Camargue, à ses paysages (marais salants), à ses traditions (fête votive, gardians et courses de taureaux), à ses hommes fiers et authentiques : « Dans toute la ville voguait un étrange parfum où se mêlaient le sel et les entêtantes fragrances des fleurs, bouquet opiacé et enivrant dont les effluves seraient, des heures plus tard, absorbés par le buvard de la nuit ».
Il retrace les amours contrariées de Valentin, apprenti saunier et raseteur, et d’Isoline, la fille du boulanger d’Aigues-Mortes, sur fond de fête votive : « La veille de la fête, comme chaque année, les jeunes de la cité avaient profané la statue de Saint-Louis en posant dans sa main de bronze une bouteille de pastis. Puis, éméchés par les vapeurs d’alcool et le vent de liberté, ils avaient recouvert de bleu de méthylène toute la place, ainsi que la fontaine et les terrasses des cafés ». C’est dans ce cadre que va se nouer le destin des amants… Même s’il n’a pas la puissance poétique de « Neige », « Noces de sel » n’en demeure pas moins un livre à l’écriture ciselée et à l’histoire banale mais universelle : à lire absolument !

Petits remèdes (Shashi DESHPANDE)

note: 4... Laëtitia - 13 septembre 2012

« Petits Remèdes » est un roman dense et touffu, reflet d’une partie de l’Inde contemporaine, de la grande bourgeoisie de haute caste de Bombay. Madhu, la narratrice, qui a perdu son fils unique dans un attentat et accepte d’écrire la biographie de Bai, chanteuse, est le fil d’ariane entre différents destins de femmes, à des époques différentes : « L’idée commence à poindre qu’écrire sur Bai, c’est aussi écrire sur Leela. Et sur ma mère, et sur toutes ces femmes qui ont cherché à se dépasser. Bai fuyant son milieu pour partir à la rencontre de son destin de chanteuse, Leela rompant avec les conventions du veuvage pour rallier le monde entier depuis sa chambrette, avec sa soif de justice pour les faibles ; c’est ma mère courant pieds nus, faisant de son corps un instrument pour aller toujours plus vite, briser ses chaînes et qui plongeait enfin, triomphante, sur le fil d’arrivée. Oui, elles sont là, toutes ensembles. Mais elles ont dû payer le prix de leur liberté ». Shashi Deshpande met donc sa plume talentueuse au service de la condition féminine indienne, tiraillée entre tradition et modernité.

El Chino (Sebastian BORENSZTEIN)

note: 3... Marylène - 6 septembre 2012

Une comédie burlesque et tendre sur la rencontre de deux solitudes, énorme succès aux box-offices argentin et espagnol en 2011.
« El chino » est un jeune homme débarqué dans des circonstances improbables à Buenos Aires, ne parlant pas un mot d’espagnol, à la recherche de son oncle dont l’adresse est tatouée sur son bras.
Un quincailler, prototype du vieux garçon figé dans sa maison-musée, recueille ce chinois perdu, tiraillé entre le devoir de l’aider et le désir de s’en débarrasser au plus vite.
L’histoire est à peu près sans surprise, cependant les mécanismes de comique et d’émotions fonctionnent parfaitement, nous offrant non pas un grand, mais un bon moment de cinéma. L’occasion aussi d’apprécier la prestation de Ricardo Darin (le quincailler), comédien incontournable en Argentine.

Rue des syriens (Raphaël CONFIANT)

note: 3... Marylène - 4 septembre 2012

En Martinique, bout de France flottant dans la mer des Caraïbes (un protagoniste bibliothécaire rappelle d'ailleurs dans ce roman que l'île est française depuis 1635 soit bien avant les Savoie, 1860!), avec son histoire chaotique de Christophe Colomb à l’esclavagisme, les origines sont multiples : nègres marrons, créoles, békés, mulâtres, indiens…Dès la fin du 19e siècle, s’ajoute à cette Babel volcanique la langue arabe, apportée par les levantins en quête de fortune (ou simple survie) indifféremment désignés comme syriens, qu’ils soient libanais, jordaniens ou réellement syriens. Portant le poids d’une famille entière ayant cotisée pour ce voyage plein de promesses, ils débarquent sur une terre aux antipodes de leur culture. En suivant Wadi et son oncle Bachar nous plongeons dans l’histoire de cette communauté méconnue de l’île, rue François-Arago, au milieu des commerçants infatigables, au gré des amours métissées, des guerres envoyées par le continent. Le verbe haut, le créole en bandoulière, Raphaël Confiant, nous offre une vision profonde et contrastée de la Martinique. Co-fondateur du concept de créolité (avec Jean Bernabé, Patrick Chamoiseau) il est le premier Martiniquais à avoir publié un roman en créole : Bitako-a (1985) aux éditions du GEREC.

Choc des civilisations pour un ascenseur Piazza Vittorio (Amara LAKHOUS)

note: 3... Marylène - 1 septembre 2012

Dans un immeuble d'un quartier multiethnique à Rome, l’ascenseur cristallise toute la haine que se portent les voisins. La concierge napolitaine, la garde-malade péruvienne, l’excentrique hollandais, le cuisinier iranien, le professeur milanais… Seul Amedeo se distingue en n’utilisant jamais cet ascenseur. Pourquoi a-t-il disparu ? Et qui a tué le « gladiateur », locataire indésirable ? Autour de cette enquête de voisinage, l’auteur nous livre non pas un polar,mais une chronique contemporaine de l’intolérance ordinaire.A travers le témoignage de chacun offrant sa version à la police, défilent toutes les idées reçues qui rendent intolérable la promiscuité avec les autres. D’abord la méconnaissance de ce qui est lointain (ainsi appeler le pakistanais un iranien)puis, au bout de l’entonnoir, le rejet même des différences plus ténues (italiens du nord ou du sud). Chacun mesure le monde à la jauge de sa propre culture et l’identité taille un costume très étriqué. Trop pour être prêté, même à celui qui le porterait mieux,car c’est parfois le cas. Ce roman ponctué de références au cinéma italien en est la preuve.En effet, A Lakhous né en Algérie vit à Rome, portant son costume italien avec élégance, il offre à son pays d’adoption le plus grand succès littéraire de 2006 (adapté au cinéma).L’auteur rejette l’idée de « choc des civilisations », au profit d’un « malentendu constructif ».

Le Grand Coeur (Jean-Christophe RUFIN)

note: 4... Marylène - 26 juillet 2012

Le dernier roman de JC Rufin se présente sous la forme de confessions.Quand Jacques Cœur, dont on se souvient essentiellement aujourd’hui grâce à son palais de Bourges, nous ouvre sa mémoire, c’est un homme déchu, traqué, vivant dans le dénuement sur une petite île grecque qui deviendra son tombeau.Issu d’une bourgeoisie commerçante méprisée (son père est pelletier), il fait fortune en ouvrant les voies commerciales alors étroites de la France vers l’orient puis devient argentier du royaume. Sa réputation croît en même temps que sa fortune qui finit par porter ombrage au roi lui-même. Sans oublier que les deux hommes partagent l’amour d’une même femme, Agnès Sorel. S'il nous livre son passé, ce n’est pas par vanité, mais pour rétablir la vérité sur les motivations de son ascension. A l’image de son époque (de l’obscurantisme de la guerre de cent ans vers une certaine prospérité pacifique), à l’image de son palais (une façade sur le passé d’un vestige romain, une autre plus audacieuse, inspirée de l’architecture italienne), notre héros médiéval chemine vers l’homme renaissant : idéaliste et aventurier. J.C Rufin, humaniste s’il en est, nous offre une fois encore une histoire d’homme comme un diamant brut, avec une bienveillance teintée de naïveté. Plus qu’une simple fresque historique très documentée, c’est bien-sûr une réflexion sur la pouvoir, et plus rare, sur la part et la puissance des rêves.

Enfants de poussière (Craig JOHNSON)

note: 3... Laëtitia - 11 juillet 2012

Enfants de poussière de Craig Johnson (Gallmeister, 2012) :
« Nous nous étions tous les deux enfuis le plus loin possible de la guerre, jusqu’aux franges de notre société… ». Le havre choisi par le shérif Longmire et son inséparable ami Henri Standing Bear, pour oublier la guerre du Vietnâm, c’est le comté d’Absaroka, Wyoming, avec ses grands espaces, terre ancestrale des tribus cheyennes et sioux. Et pourtant… Ce clone de John Wayne va être confronté brutalement à son passé : il doit enquêter sur le meurtre d’une jeune asiatique trouvée en bordure de route, avec dans son sac à main une photo du shérif prise 40 ans plus tôt dans un bordel de Saïgon… Cette jeune femme serait-elle une « enfant de poussière », terme désignant les enfants nés de l’union d’une vietnamienne et d’un soldat américain ? Qui l’a tuée ? L’indien mutique trouvé près du cadavre, les frères Dunnigan, agriculteurs bourrus ayant pris du bon temps avec elle, le mystérieux Tran Van Tuyen, distributeur aux USA de films asiatiques, Philip Maynard, barman louche ? Laissez-vous porter par l’intrigue et venez vous imprégner des paysages grandioses des Bighorn Mountains.

Maloya power (LINDIGO)

note: 4... Marylène - 5 juillet 2012

Si le maloya est hérité des chants d'esclaves d'Afrique orientale et de Madagascar, il est devenu avec Lindigo une musique moderne explosive, festive tout en respectant la tradition contestataire. Composé de neuf membres emmenés par Olivier Araste, admirateur de Fela Kuti et James Brown, le groupe nous offre un album à l'image de l'île de la Réunion, chaudron d'influences et de couleurs : funk, afrobeat, dub…
Le Rouler, tambour imposant façonné avec un tonneau et le Kayamb, un petit cadre en fleurs de canne rempli de graines, côtoient le balafon, l’accordéon et les arrangements électroniques.
"L'album a été enregistré au grand air, dans une cour pleine de bonheur" annonce Olivier Araste, ça se sent, alors laissez-vous aller au Maloya power sur les plages du Léman à défaut d'océan indien !

Quai d'Orsay n° 1 (Abel LANZAC)

note: 3... Marylène - 5 juillet 2012

Pénétrer dans les bureaux du Ministère des affaires étrangères vous semble fastidieux ? Détrompez-vous ! Dès les 1ères pages vous vous sentirez chaviré par un courant d'air diplomatique à perdre le souffle. Le dessin de Christophe Blain participe à cet effet intense de mouvement et de tension. Le jeune Arthur Vlaminck, thésard guidé par Héraclite, tout juste embarqué dans l'équipe pour écrire les discours du ministre Alexandre Taillard de Worms (Dominique de Villepin ?), va entrer dans cette course folle. Avions, réunions de cabinet, gestions de crises, action ! Le "making-of" des décisions et discours qui entrent (ou pas !) dans la grande histoire de la politique internationale. Attention, le scénariste Abel Lanzac ne fabule pas entièrement malgré la cocasserie de certaines scènes improbables, il a été lui-même conseiller dans un ministère plusieurs années, expérience qu'il souhaitait faire partager…
Une lecture savoureuse, instructive et pleine d'humour qui m'a rappelée le ton du roman "Le Front russe" de Jean-Claude Lalumière (sélection du Prix Rosine Perrier 2011) dans un univers proche mais aux dynamiques opposées : l'histoire drôlissime d'un jeune fonctionnaire débutant dans la carrière diplomatique, dont les rêves de voyages et de dossiers brûlants se heurtent à la morose réalité administrative d'un bureau sans ambition, le « front russe », service voué aux " pays en voie de création"! Une satire délectable.

Mors tua (Danila COMASTRI-MONTANARI)

note: 3... Laëtitia - 7 juin 2012

Danila Comastri Montanari : Mors tua Danila Comastri Montanari : Mors tua (10/18, « grands détectives »,2008)
Native de Bologne, Danila Comastri Montanari se consacre dès 1993 à l’écriture de polars historiques et à la série des aventures de Publius Aurelius Statius. « Mors tua » se situe à Rome, en 42 de n.E., où l’on suit le sénateur qui, de séducteur invétéré, se transforme en enquêteur, sa dernière conquête, une courtisane nommée Corinna, venant de se faire assassiner dès leur 1er rendez-vous galant. Secondé par son secrétaire Castor, il devra résoudre également un autre crime. Entre la plèbe, représentée ici par les chrétiens, considérés comme une secte à l’époque, d’étranges esclaves piqués de philosophie et de riches patriciens, Aurelius aura fort à faire pour démasquer le tueur… Laissez-vous entraîner dans la Rome impériale de Claude, imprégner des us et coutumes d’un autre temps…

Shotgun stories (Jeff NICHOLS)

note: 3... Marylène - 7 juin 2012

Dans l'Arkansas, trois frères nés d'un 1er mariage malheureux, affrontent leurs frères issus du 2e mariage de leur père. La tension est palpable dans ces paysages du sud propices à une ambiance orageuse. La violence est plus celle des sentiments que celle des armes malgré le titre. Au-delà de la confrontation physique sans issue entre frères, c'est la guerre intime que mène chaque homme contre-lui-même, ses pulsions, ses démons du passé, que le réalisateur met en scène. Au scénario simple mais subtil, s'ajoutent des qualités esthétiques indéniables, un 1er long métrage en forme de promesse donc. Jeff Nichols avait 27 ans lors de la réalisation de ce film. Il a depuis été récompensé lors de la semaine de la critique Cannes 2011 pour son film "Take shelter" (bientôt à la médiathèque !).

L'Arche russe (Alexandre SOKOUROV)

note: 3... Marylène - 5 juin 2012

Un homme hors-champs jusqu'au bout du film, se réveille à l'entrée de l'Ermitage de St-Petersbourg, au 18e siècle,ignorant comment et pourquoi.
Un mouvement de foule l'entraine à l'intérieur du palais palpitant de vie aristocratique. Son seul interlocuteur est un marquis français mystérieusement parvenu ici comme lui. Le troisième personnage en marge,c'est le spectateur lui-même,qui suivant la voix off et son compagnon de hasard, parcourt le musée de l'Ermitage et ainsi 3 siècles de l'histoire russe par des scènes quotidiennes telles les colères de Pierre le Grand ou officielles comme une délégation perse présentant ses excuses au tsar. Le scénario est déjà ambitieux, ajoutez la prouesse technique d'un seul plan séquence de 96 mn,vous obtiendrez un film pour le moins déroutant. Néanmoins,Sokourov parvient à nous capturer dans son projet, on a la sensation de parcourir ce film physiquement, en marchant! La splendeur du musée participe à cet effet d'envoutement.
Sokourov nous offre un voyage dans la singularité de la culture slave confrontée au jugement implacable de l'Europe, à travers le regard du vaniteux marquis occidental. Incompréhension, admiration mêlée d'envie, une difficile relation qui trouve encore écho dans la politique contemporaine.
L’histoire reste la matière première de ce cinéaste (Alexandra, Le Soleil sont disponibles à la médiathèque) mais il surprend à chaque fois par son art de l’aborder.

Le Barbaresque (Olivier WEBER)

note: 3Sélection Prix Rosine Perrier 2012 Marylène - 19 mai 2012

Le Barbaresque narre un épisode de la vie du jeune Cervantès, soldat du roi d'Espagne avant d'être le père de l'universel Don Quichotte. Miguel de Cervantès participe à la bataille de Lépante dans la Sainte ligue en 1571, il en revient privé de l'usage d'une main ce qui lui vaut le surnom de "manchot de Lépante".
Le roman commence au milieu de la Méditerranée, sur la galère El sol où Miguel et son frère languissent de retrouver l'Espagne et leur mère. Abordés par des pirates, nous suivons alors leurs années de captivité en Barbarie, à Alger, étrange ville d'esclaves, de commerce, d'intrigues. Batailles, bravades, amour interdit pour l'envoûtante Zohra, tous les ingrédients d'une aventure homérique sont réunis. Entrainée par une écriture baroque, cette fresque porte les lettres de noblesse du roman de chevalerie.
Admirateurs du "chevalier à la triste figure", vous serez servis !

Caravana sereia bloom (CEU)

note: 4... Laëtitia - 10 mai 2012

Caravana Sereia Bloom : Céu (2011, Urban Jungle Records)

“Caravana Sereia Bloom” est le 3ème album de Céu. Si l’on veut en saisir la quintessence et l’ambiance, on pourrait utiliser le néologisme de musique « électropicale ». Gui Amabis, mari-producteur de Céu, orfèvre ès-samples, a beaucoup œuvré pour donner à l’album une couleur vintage, rétro.
L'album donne toujours la part belle à la voix sensuelle et languide de Céu, avec « Palhaço », morceau de samba nonchalante , mais s’ouvre aussi sur d’autres horizons,avec des titres chantés alternativement dans sa langue natale et en anglais. L’auditeur a plaisir à passer du rock période Woodstock avec des guitares sous acide (« Falta de ar », « Teju na estrada ») à du ska et des vibes jamaïcains (« Asfalto e sal », « You won’t regret it »), puis du rock vitaminé années 60 (« Baile de ilusão »), à des morceaux plus oniriques (« Streets bloom », Sereia », incantation à Iemanjá, sirène du panthéon Yoruba).
Résolument brésilien mais enrichi par d’autres genres musicaux,c’est cette hybridation qui fait de Céu une artiste à part de la scène indé brésilienne. "Caravana" est bien plus que l’album d’un été. A déguster avec une bonne caïpirinha !

Nos brèves années de gloire (Charif MAJDALANI)

note: 4... Marylène - 3 mai 2012

Les brèves années de gloire précèdent 1975 au Liban. Ghaleb, le protagoniste ambivalent, poète et entrepreneur, a deux quêtes dans la vie : faire fortune, et épouser Monde, la première condition hypothéquant la deuxième. Le jeune aventurier se lance dans plusieurs épopées afin de rendre à sa famille son prestige perdu. La plus notable sera le démantèlement pièce par pièce et le transport d’une usine d’Alep a Beyrouth. Atmosphère de grandeur et décadence dans la moiteur du Liban. Le lecteur s’abandonne dans les sofas chics des salons, où les femmes se disputent d’élégance aux bras de leur industriel de mari. La Belle société conjugue mode parisienne et tempérament oriental, ambigüité encore. Ambivalence car on n’est pas qu’un seul homme, et un pays, tel un cèdre, n’a pas qu’une seule branche. Puis on est embarqué à cheval, en camion,clandestin parmi d’intrépides bédouins. On lit au galop, entrainé par une plume décidément épique et élégante. Au bout, la réussite, un instant. Mais finalement on ne se lassait pas de l’attendre car, n’était-ce pas la quête elle-même qui nous tenait au ventre ? Et puis, à l’image de son pays, le destin de Ghaleb est par nature instable, et ce qui est atteint est voué à être dépassé. Avec Majdalani, on a le sentiment qu’il n’y a pas de fin en soi, qu’on va repartir bientôt, alors on attend avec impatience le prochain voyage…

Les Courtes (Jean-Claude GRUMBERG)

note: 3Courtes mais cinglantes Marylène - 7 avril 2012

Des vacances en famille, une fête costumée…Vous voulez rire un peu de ces situations banales ? Certes, c’est drôle, méfiance, l’arrière goût est amer. Grumberg c’est un peu comme un cocktail sucré au rhum : contient des substances euphorisantes, mais pas facile à avaler et entraine de déplaisants effets secondaires ! D’ailleurs, le dramaturge qualifie cet effet de « rire de défense ».
En scène : la confrontation des identités. La relation à l’autre glisse de l’échange au rapport de force. La difficulté du rapport aux autres, exercice quotidien, n’est pas seulement liée aux différences culturelles, les personnages sont aussi ces maris, femmes, enfants qui vivent dans la plus grande proximité leur isolement. Attention, l’absurdité guette souvent tapie dans un coin du quotidien.Les dernières pièces interrogent plus gravement l’humanité à travers dieu et la guerre.
De scènes en scènes, la société apparaît comme une superposition d’individualités incompatibles, chacun défendant sa position de sujet principal, abouti, « normal ». A l’origine de ce comportement, Grumberg place une naïveté mêlée de méconnaissance. Le plus dur à extirper d’un esprit, ce sont ses certitudes sur les autres et le monde… Même si vous ne lisez pas de pièce de théâtre habituellement, tentez ces « Courtes » sans crainte, le style ne vous déroutera pas, le contenu peut-être.

Le Poids du papillon (Erri DE LUCA)

note: 3... Marylène - 28 mars 2012

Ce court roman conte le face à face entre un vieux braconnier solitaire et son plus ancien adversaire, le "roi des chamois". L'auteur déroule sous nos yeux l'implacable destin de l'homme, soumis au temps, à la difficulté de communiquer, aux rapports de force, créature la plus dominatrice et vulnérable du règne animal.
Le style est épuré à l'image de cette montagne sauvage qu'il nous fait respirer à pleines pages. Sans leçon de morale écologiste, Erri De Luca rend grâce à la nature avec la même force dont il fait preuve pour célebrer sa ville de Naples dans Montedidio. Des images, des sensations qui ne vont quitteront pas de sitôt.

Ajami (Scandar COPTI)

note: 3... Marylène - 27 mars 2012

Un polar au coeur de Jaffa, ville hétérogène où cohabitent juifs et musulmans, c'est d'emblée sous haute tension. Autour d'Omar, jeune israélien d'origine palestinienne, se tisse une histoire complexe ayant pour origine le meurtre d'un influent bédouin commis par son oncle. La Chronologie est aléatoire cependant tout est parfaitement maîtrisé. Ajami c'est déjà un très bon polar sur la forme, mais les réalisateurs ne s'en sont pas contentés, le scénario est plus profond qu'il n'y paraît et ne manque pas de mettre à nu des hommes prisonniers de leurs codes, de leur communauté, dans une société meurtrie.

Le Déjeuner du 15 août (Gianni DI GREGORIO)

note: 4... Marylène - 7 mars 2012

«Sacré» déjeuner du 15 août où les fils chéris ne peuvent échapper au culte matriarcal ! Sauf si un autre, redevable envers ces fils ingrats et dévoués (paradoxale relation mère-fils à l’italienne), peut garder les « saintes » mamans chez lui.
Et cet homme c’est Gianni (joué par le réalisateur) vieux garçon dont la nonchalance arrosée de vin blanc trahit une vie sans réussite, à l’ombre (et donc au soleil) de sa mère. Baignée d’une douce lumière romaine, cette journée réunit quatre femmes aux origines différentes dont le point commun est d’arriver au crépuscule et de le savoir. Le ton reste cependant celui de la comédie, les confessions sont tendres, pas de larmoiements sur la vieillesse tout en laissant apparaître ses affres (maladie, ennui, solitude)…
C’est là la réussite de ce film, montrer toutes ces choses auxquelles on préfère ne pas penser, avec douceur et nous faire passer un très bon moment.
A voir aussi pour le jeu pétillant des quatre nonagénaires d’autant plus admirables que Gianni Di Gregorio a fait le choix de mettre en scène des non professionnelles pour lesquelles c’est le premier tournage, quatre espoirs du cinéma en somme !

Le Chat du rabbin (Joann SFAR)

note: 3Spécial Salon du livre Paris 2012 Marylène - 7 mars 2012

Adaptation au cinéma de la série BD éponyme, Vous avez certainement entendu parler de ce « Chat du rabbin » primé au Festival d’Annecy 2011 et César du film d’animation 2012.
Si vous aviez aimé la BD vous ne serez pas déçu par l’animation de ces personnages touchants et hauts en couleurs, dans le décor d’Alger, lumineuse alanguie sous le soleil de Méditerranée.
Le chat de la fille du rabbin d’Alger, éperdument amoureux de sa jeune maîtresse, acquiert l’usage de la parole après avoir mangé le perroquet de la maison. Cet étrange animal tout à la fois sauvage et doué de sagesse, remet en question les certitudes de la communauté. Un évènement extraordinaire que je ne vous dévoilerai pas, jette sur la route africaine, le rabbin et de surprenants compagnons de voyage, guidés par une quête mystique. Cette caravane hétéroclite aux accents de Rimbault sur la route d’Ethiopie ou de René Caillé à la recherche de Tombouctou, émeut autant qu’elle fait rire. L’histoire oscille entre tranche de vie séfarade, fable humaniste et aventure initiatique.
A saluer aussi, la prestation de Maurice Bénichou, qui prête sa voix enrobante au rabbin.
Encore une jolie preuve que les bd et les films d'animation, ce n'est pas que pour les enfants !

Turpitudes (Olivier BOCQUET)

note: 4... Marylène - 29 février 2012

Il y a quelque chose de pourri au royaume de Fontainebleau…
Quand Elias se fait recruter comme homme de "main" par Robert, il ignore à quel point sont sales celles de son honorable employeur.
Lorsque Rachel, lycéenne de bonne famille, déclare qu’elle veut devenir tueur à gage, elle ne sait pas qu’elle empreinte le funeste chemin d’une tragédie oedipienne.
Ce soir là , à l’instant où François, professeur de maths désabusé, prend sa voiture, il ne soupçonne pas qu’ils sont déjà tous liés.
La narration alterne entre tous ces personnages avec aisance, on glisse de la révolte adolescente au cynisme du vétéran d’Algérie.
Olivier Bocquet nous traine dans le caniveau avec délectation dans ce polar à l’humour insolent .

L'Ange ivre (Akira KUROSAWA)

note: 4... Laëtitia - 9 février 2012

Dans le Japon de l’immédiat après-guerre, le docteur Sanada officie dans un quartier défavorisé de Tokyo, véritable cloaque filmé longuement en ouverture du film. Alcoolique bourru au grand cœur soignant les miséreux, il est réveillé une nuit par un jeune yakusa blessé par balle, Matsunaga. Sanada détecte chez le yakusa une tuberculose avancée et lui dit « Tes poumons sont plus sales que le bourbier dehors ». Cette évocation a son importance, car cette mare nauséabonde est le reflet non seulement de la misère sociale d’après-guerre, mais elle reflète aussi la noirceur des personnages (yakusas, trafiquants, prostituées, etc). Une relation d’attirance/répulsion se noue entre les deux protagonistes au fil des consultations, où Matsunaga, à mesure que la maladie progresse, se met à ressembler à un acteur de théâtre nô, le visage creusé er cerné. Relation qui culminera jusqu’à la mort en martyre du yakusa, tombant au ralenti dans un escalier, les bras en croix, figure quasi-christique qui apparaît comme une des plus belles scènes. Chef-d’œuvre plastique, cinématographique et historique, à voir et à revoir pour les amoureux du Japon et le grand acteur qu’est Mifune, pour son jeu fiévreux, fait d’improvisation, et sa prestance féline.

Split : Red Sparowes / Gregor Samsa (RED SPAROWES)

note: 4... Laëtitia - 9 février 2012

Quand deux groupes de post-rock se rencontrent, cela donne forcément un album à forte identité musicale. Ce split est harmonieux, puisque les deux premiers morceaux sont le fruit du travail de Red Sparowes, les deux suivants de Gregor Samsa.
Red Sparowes est la création du guitariste Josh Graham, à la base vidéaste de Neurosis, groupe de métal cérébral mélangeant heavy metal , dark ambient et indus. Frustré par les possibilités du pictural, Graham, par le biais du son, a enfin su retranscrire son univers mental (torturé ? à vous de trancher !). Ici, on a droit à du « gros son », post-rock certes, mais aussi noisy , avec un travail très poussé concernant le duo guitare-basse, avec des notes allant toujours crescendo jusqu’à l’explosion cathartique finale.
Quant à Gregor Samsa le bien-nommé (référence au héros de Kafka), son post-rock est moins « furieux », plus fluide, le troisième morceau étant porté par le duo vocal masculin-féminin, le quatrième faisant la part belle aux nappes de violon, avec pour trait commun une atmosphère toujours empreinte de spleen, même s’il y a toujours des « montées » de post-rock basique, avec déflagration de guitares.
Entre rêverie éthérée et speed, marchez avec eux sur cette corde tendue au dessus-de l’abîme. Les amateurs de Gospeed You ! Black Emperor, Sigur Ros , Mono , etc y trouveront leur compte.

Portugal (Fiona DUNLOP)

note: 4Fauve d’Angoulême, prix de la BD Fnac 2012 Laëtitia - 9 février 2012

Portugal : Pedrosa (Dupuis, Aire libre, 2011)
Portugal, comme son titre l’indique, est une quête des origines et une ode magnifique à une terre. Le synopsis est le suivant : Simon, auteur de BD en panne d’inspiration et en pleine quête existentielle, se rend à Lisbonne dans le cadre d’un salon de la BD . Cela remue quelque chose en lui, alors qu’il ne s’était jusqu’à présent guère intéressé à ses racines. Le mariage d’une cousine en Bourgogne, puis un bref séjour chez un cousin au Portugal, vont déclencher en lui l’envie de se pencher plus particulièrement sur l’histoire de son grand-père paternel et du frère de celui-ci, de la difficulté d’être tant de celui qui émigre que de celui qui reste au pays. D’un trait ondoyant, Pedrosa nous livre des tranches de vie, les variations graphiques épousant ces dernières –utilisation du sépia, de filtres de couleurs, etc-. Laissez-vous porter par ce récit-fleuve de presque 300 pages, où Cyril Pedrosa, par le biais de son personnage principal Simon, nous livre un récit foisonnant et aérien aux couleurs de l’autobiographie.

Bride stories n° 1
Bride stories 1 (Kaoru MORI)

note: 3Prix intergénérations Festival d'Angoulême 2012 Marylène - 8 février 2012

Un manga, ce n’est pas votre genre de lecture ? Et bien c’est certainement l’occasion idéale de tenter une nouvelle expérience littéraire ! Pas de violence entre féroces yakuzas, pas de guerre interplanétaire, ni d’adolescents surexcités. Cette série (déjà 3 tomes) vous transporte en Asie centrale au 19ème siècle dans une fresque quasi anthropologique. Avis aux amateurs de tissus et costumes, bijou en vue. Outre la découverte et le dépaysement culturels, l’intérêt de ce manga repose essentiellement sur la beauté du dessin, ciselé telle une pièce d’orfèvrerie. En revanche, on peut regretter le manque d’épaisseur des personnages de ce 1er tome où la simplicité des sentiments frôle parfois la mièvrerie malgré un scénario intéressant : Amir, une jeune femme de 20 ans, quitte son clan pour rejoindre celui de son époux Karluk, un enfant de 12 ans…

Fragments d'Arménie (Gérard CHALIAND)

note: 3.. Marylène - 28 janvier 2012

La particularité de ce livre est de rassembler historiens et auteurs de romans sur le même sujet, l’Arménie. En trois parties (origines, le génocide et à la recherche de l’Arménie) le lecteur est invité à entrer à la fois dans l’histoire, la littérature et le voyage dans ce pays entre Europe et Orient. La part historique est dense au tournant du 19e et 20e siècle, une nation sans territoire longtemps partagée entre les Empires ottoman et russe, dont le destin tragique est lié aux guerres et aux jeux d’influence des puissances coloniales déclinantes. Les textes littéraires parfois tout aussi graves sur le fond, offrent pourtant par leur style une respiration salutaire, particulièrement les récits d’enfance. La variété et la richesse des textes proposés en font un livre qui se parcourt lentement et qui laisse certainement des traces.

L'Art à pleines dents (Sylvie DELPECH)

note: 4.. Marylène - 28 janvier 2012

histoire de l'art pour petits et grands à travers la nourriture, à consommer sans modération ! Du banquet médiéval aux élucubrations ludiques contemporaines, cet album est autant une réflexion sur la place des aliments et du repas dans nos sociétés qu'une invitation gourmande à la curiosité. Attention aux doigts collants voire aux hauts de cœur dans ce néanmoins savoureux voyage des éditions Palette.

Encore un effort (Alex BALADI)

note: 3... Marylène - 28 janvier 2012

Encore un effort…pour comprendre un dessinateur de BD. Pourquoi la BD et pas un autre support ? Qu'est ce que la BD ? Des bulles pour enfants, un antidote au quotidien morose de bourgeois "éclairés" ? Peut-on en vivre ? Le positionnement, les choix de l'auteur, les festivals, le rapport aux autres auteurs, la reconnaissance du public, autant de sujets traités avec humour et sans concession. Une apparente simplicité du dessin dissimule un trait libre, virtuose qui recèle quelques pages de poésie graphique. Alex Baladi, auteur de bd, mais aussi de fanzines, affiches, pochettes de disques, décors de théâtre…Il appartient au collectif genevois "la Fabrique de fanzines" et travaille avec d'autres artistes suisses tels Andreas Kundig, Ibn Al Rabin, Yves Levasseur.

L'Entreprise des Indes (Erik ORSENNA)

note: 4... Marylène - 26 janvier 2012

Embarquez sur la caravelle des souvenirs de Bartolomé Colomb, jeune frère de Christophe, cartographe et brillant navigateur à l'ombre de son ainé. Après le choc du sermon historique du frère Montesinos dénonçant les crimes envers les indigènes, Bartolomé, confie sa version de l'histoire au Dominicain Las Casas, qui deviendra lui-même plus tard fervent défenseur des indiens. Le voyage est palpitant sous la plume emportée d'Erik Orsenna. Mille petites histoires distillées dans la grande Histoire captivent nos sens, c'est coloré, charnel, toujours en mouvement. Amoureux de Lisbonne, des bateaux, du XVe siècle et surtout d'aventure humaine, larguez les amarres ! Pour les autres, vous ne tarderez pas à le devenir…

84, Charing Cross Road (Hélène HANFF)

note: 2.. Marylène - 26 janvier 2012

Helene Hanff, new-yorkaise amoureuse de livres anciens, fait appel à Frank Doel, libraire londonien pour lui dénicher des perles rares à prix raisonnable. Cette correspondance prend un tour de plus en plus intime au fil du temps. Il faut dire que la particularité de cette relation épistolaire est de s'étaler sur 20 ans, de 1949 à 1969. Chacun pénètre le quotidien, la famille, le métier de l'autre, sans jamais se voir. Helene Hanff, scénariste pour la télévision, dramaturge sans reconnaissance ni argent, parvient pourtant à se rendre à Londres grâce au succès rencontré par l'édition de sa correspondance avec cet homme qu'elle ne rencontrera jamais. Le ton alterne entre la dérision et la familiarité d'Helene et le style plus classique de Franck avec l'amour des livres comme vecteur commun. Ces lettres mettent aussi en lumière (avec peut-être parfois trop de détails) les conditions de vie contrastées entre l'Angleterre rationnée d'après-guerre et les Etats-Unis en pleine ascension économique. Un livre touchant et pudique sur une relation inconcevable à l'aire d'internet et du low-cost !

Sept histoires qui reviennent de loin (Jean-Christophe RUFIN)

note: 3... Marylène - 26 janvier 2012

7 Histoires qui reviennent de loin… des souvenirs d’un diplomate, des blessures d’un médecin, des expériences d’un voyageur, car Jean-Christophe Rufin a été tous ces hommes à la fois ou tour à tour avant d’entrer à l’Académie Française. Des histoires qui voyagent de l’Europe à l’Asie en cabotant par quelques îles et qui explorent avant tout le continent humain.
L’éternelle angoisse du Temps, qui déforme, amène le changement et finit par tuer. L’Espace, celui qui protège, isole, sépare et qu’on doit surtout partager avec d’autres, défendre, perdre parfois.
Un livre où le sourire frôle le malaise mais qui s’ouvre et se referme sur le même plaisir…Que le monde est vaste et beau quand-même, et l’homme touchant malgré tout ! Quand Jean Christophe Rufin étale les faiblesses humaines, ce n'est pas avec une férocité fielleuse. C’est certain, l’une de ces histoires au moins vous touchera en pleine cible, car elle vous reviendra de loin…

En censurant un roman d'amour iranien (Shahriar MANDANIPOUR)

note: 4... Marylène - 26 janvier 2012

Comment illustrer la censure dans un pays en dictature ? En écrivant un impossible roman (car sous contrôle des censeurs) d'amour improbable (car sous surveillance des différentes polices des mœurs) à Téhéran aujourd'hui.
Mais impossible n'est par iranien. S'il ne peut aborder une histoire de face, un écrivain iranien trouvera bien des moyens de contourner le récit pour parvenir à ses fins. Tout comme au quotidien, les iraniens font preuve d’une fine débrouillardise pour détourner les innombrables interdits.
A force d'ingéniosité, les deux amoureux parviendront-ils à s'atteindre, eux qui n'ont pas même le droit de s'effleurer ? Et notre auteur parviendra-t-il à écrire ce roman d'amour, à libérer les mots, tandis que chaque phrase sous nos yeux sera soumise au jugement de M.Petrovitch (surnom qu'il doit au juge de Crimes et Châtiments de Dostoïevski) du ministère de la Culture et de l’Orientation islamique ? D'emblée, l'audacieux qui risque le fouet et la prison à chaque mot, barre lui-même les passages à contourner. Ces rayures rendent palpable l'oppression terrible qu'il subit et rendent surtout visible le crime perpétué sur l'œuvre, de longues cicatrices défigurant les pages.
Rares sont les romans contemporains dont la gravité du sujet n'exclue pas un humour débridé, alors ne boudons pas notre plaisir !

Hors jeu (Jafar PANAHI)

note: 4... Marylène - 26 janvier 2012

En 2006, l’équipe de foot d’Iran affronte le Bahreïn pour se qualifier au mondial. Dans un bus transportant les supporters en liesse vers le stade, la présence d’une jeune femme grimée en homme ne tarde pas à attirer l’attention. Parmi les nombreux interdits qui frappent les femmes depuis 1979, celui de pénétrer dans l’enceinte d’un stade n’est certes pas le plus violent, néanmoins, il est très représentatif de ce qu’elles subissent au quotidien. Il faut imaginer que dans un pays où toute musique est proscrite, où les programmes télé passent au filtre de la censure, les diffusions d'évènements sportifs deviennent de pures friandises. Mais le petit écran bien-entendu, ne remplace pas la fièvre des gradins. Aussi quelques années plus tôt, lorsque l’équipe d’Iran était déjà parvenue à se qualifier, 5000 femmes avaient pénétré dans le stade de Téhéran pour fêter cette victoire. Le réalisateur est parti de cette transgression et des débats sans issue qui s’ensuivirent pour écrire ce scénario doux-amer. Doux parce qu’on y croise des personnages attachants, amer parce que l’on sait que ce qu’ils interprètent n’est pas que pure fiction. L’atmosphère bascule de la tension à l’allégresse, tel le rythme d’un match. Filmer une jeunesse qui se débat, qui palpite, n’est pas anecdotique dans un pays où la population des moins de 25 ans représente plus de la moitié des habitants.

Le Turquetto (Metin ARDITI)

note: 4lumineux Marylène - 26 janvier 2012

Peut-on gommer la vie d'un homme ? Un maître de la Renaissance aurait-il connu ce sort ?
Pour répondre, Metin Arditi, mêle habilement vérités archivistiques et imagination.
Elie Soriano est un enfant très doué pour le dessin qu'il pratique en cachette, car la représentation humaine n'est autorisée ni dans je judaïsme, religion de ses parents, ni dans l'islam, celle de la terre où il grandit, l'Empire Ottoman. Il s'enfuit vers la Venise des coloristes. Le lecteur le retrouve adulte, reconnu de ses pairs. Il est désormais le "Turquetto" ("petit turc" surnom que lui a attribué Titien) dont l'atelier ne désemplit pas. Mais Venise l'intrigante regorge d'ambitieux, usant dans leur guerre de l'assassinat comme de l'art, de l'art comme d'une arme.
Turquetto va chuter, nous le savons. Vous serez néanmoins absorbés par ce roman dont on connait l'aboutissement, car vous aurez envie de savoir pourquoi et comment.
Ce roman lumineux sous la plume raffinée de l’auteur, nous met face à l'angoisse de la disparition. Quelle trace laisserons-nous dans la longue fresque humaine ? Aucune, ou pire, une que nous n'aurions pas choisie et qui nous trahirait.
Belle réflexion aussi sur l'identité, la filiation, tel un cordon suffisamment souple pour que l'on puisse s'éloigner du nombril des origines, sans pour autant pouvoir le rompre. On est troublé par la relation au père, celui qui inspire la honte, puis se réincarne dans toute sa dignité sous le pinceau du fils.