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L'Esprit de famille (François BEAUNE)

note: 3... Marylène - 16 mai 2018

Nouvelle collection d’exploration chez Elizad : Histoires vraies de Méditerranée.
Un auteur à la rencontre d’un territoire méditerranéen qui ne lui est pas particulièrement familier.
C’est François Beaune, auteur auvergnat, qui inaugure la collection avec ces rencontres autour du [...]

Louis Soutter, probablement (Michel LAYAZ)

note: 3... Marylène - 5 mai 2018

Une forme oscillante entre roman et biographie, donne cet air flottant au texte de Michel Layaz. C’est que Louis Souter, cousin du Corbusier, est lui-même un personnage éthérée. Il passe de violoniste à peintre, bascule de notable à interné, perd [...]

Ces jours qui disparaissent (Timothé Le Boucher)

note: 3... Marylène - 2 mai 2018

Je croyais commencer un récit de science -fiction avant de réaliser qu’il s’agissait d’explorer le cerveau humain plutôt que le système solaire : un homme forcé de vivre partiellement sa vie, la partageant avec son double au tempérament opposé. Son [...]

Les Pieds sur Terre (Batiste COMBRET)

note: 4Don Quichotte made in Landes Laëtitia - 17 avril 2018

C’est tout d’abord un coup de cœur pour les Mutins de Pangée, coopérative cinématographique proposant souvent un catalogue reflétant un certain regard alternatif sur notre société - parmi les plus connus, «Tous au Larzac», «I am not your negro» ou [...]

La Cantine de minuit n° 2 (Yaro ABE)

note: 3Un plat, une histoire Marylène - 6 avril 2018

Brèves de comptoir nocturnes. Entre émotion, humour et chroniques sociales, une lecture entrainante.
Un plat, une histoire. Simple, souvent touchant, dépaysant bien entendu aussi. Verrait-on les mêmes scènes dans une gargote parisienne ? Certaines, mais pas toutes !
La cantine de minuit [...]

Seule à la récré (ANA)

note: 4... Marie-Eve - 3 avril 2018

A l'école primaire, Emma est harcelée par Clarisse, une fille de sa classe : moqueries, insultes, brimades, coups, mise à l'écart. Clarisse s'en prend à Emma car, pour se sentir mieux dans sa peau, il lui faut une personne qui [...]

J'ai lu j'ai vu j'ai entendu... ça m'a plu

 

Gangs of Wasseypur - partie 1 (Anurag KASHYAP)

note: 4... Marylène - 28 septembre 2013

Wasseypur, quartier minier de la région du Jharkhand à l'est de l'Inde, est le théâtre d’une lutte sans merci pour le pouvoir entre deux familles. Celle de Shahid Khan contre celle de Ramadhir Singh, une évocation sur 4 générations de 1930 à 2006. L’exploitation des mines de charbon laisse place au trafic de ferraille et d’armes en passant par l’extorsion de cotisations syndicales et autres manipulations politiques, autant d’activités illégales et lucratives que se disputent les clans sous le regard détourné d’une police corrompue. Initiations, trahisons, amours et naissances rythment les saisons des caïds. Tous les ingrédients sont là pour un solide scénario de film de gangster sauce indienne. Et là, bonne surprise, réalisateur et scénaristes, nous promènent loin des sentiers kitschs bollywoodiens, dans une chevauchée épique entre le Parrain de Coppola pour la saga et Election de Johnnie To pour la mise en scène. La musique jaillit à tous propos et les paroles des chansons agissent souvent comme dialogue, sous-titre d’une scène. Cette fresque sanglante et non dénuée d’humour, a tout pour devenir un film dont on se souviendra longtemps, un classique du genre. Vive le nouveau cinéma indien !

Babycall (Pal SLETAUNE)

note: 3... Laëtitia - 27 septembre 2013

L’histoire se passe en Norvège, l’interprète principale –magistrale Noomi Rapace- est suédoise, mais les thèmes évoqués sont universels : Anna, mère célibataire, emménage dans un grand ensemble d’immeubles avec son fils de 8 ans, Anders, pour fuir un ex-mari ultra-violent. Elle tente de reprendre le dessus mais très angoissée, elle ne peut s’empêcher de surprotéger son fils en l’attendant face à l’arrêt de bus de l’école ou encore en achetant un « babycall » de façon à s’assurer que tout se passe bien pendant son sommeil. Le décor, triste à pleurer, une barre d’HLM évoquant une prison, entourée de parkings et de supermarchés, reflète bien la solitude urbaine, lieu propice à l’irruption du fantastique, par le biais du babycall captant des bruits étranges –cris d’enfant, bruits de coups- semblant venir d’un autre appartement. Mais perdant parfois contact avec le réel –Anna croit voir un lac là où il y a un parking-, l’héroïne et le spectateur s’interrogent : ce qu’elle entend, ce qu’elle voit, serait-ce le fruit de sa paranoïa ou la sordide réalité ? A la lisière du thriller psychologique et du fantastique, un beau film sombre et marquant.

Des Larmes sous la pluie n° 1 (Rosa MONTERO)

note: 3... Laëtitia - 21 septembre 2013

Ce titre est un hommage au film «Blade Runner », dont il emprunte l’atmosphère apocalyptique (ghettos à l’air pollué, eau rationnée) et la quête existentielle de certains réplicants, comme Myriam Chi, leader du MRR ou Mouvement Radical Réplicant, qui prône la fierté d’être réplicant et le droit à ne pas être citoyen de seconde zone. Nous sommes aux Etats-Unis de la Terre, en 2109, où les humains et les autres espèces se côtoient avec difficulté. Bruna, ex-réplicante de combat devenue détective, marginale au sein même de sa communauté pour avoir des émotions exacerbées, est engagée par Chi pour enquêter sur des morts de réplicants dues sans doute à l’implant de mémoires adultérées les rendant fous et les poussant au crime. S’agit-il d’un complot des Suprématistes, équivalent du Ku Klux Klan anti-réplicant ? Et qui manipule le contenu des Archives Centrales et dans quel but ? Aidé de l’archiviste humain Yiannis, du détective Lizard et d’une faune de marginaux, Bruna va mettre à jour un véritable complot et découvrir en même temps que certains de ses souvenirs ne sont pas tous artificiels… De la SF humaniste.

The Grandmaster (Kar-wai WONG)

note: 3... Marylène - 19 septembre 2013

Le dernier et tant attendu Wong Kar-Wai est une biographie sublimée d’un maître de kung-fu du sud de la Chine, Ip Man (maître de Bruce Lee), dans les années 30 à 50. Utilisant les codes du genre - combats chorégraphiés et codes d’honneur -il n’en délaisse pas pour autant sa propre écriture : plastique sophistiquée, ralentissements, ellipses, mélancolie… The grandmaster, c’est l’ésthetique d’WKW même dans les combats -à couper le souffle- jusqu’au bout des pieds, d'un quai de gare, d'une maison close...Un combat à mains nues est le théâtre de l’unique et mémorable scène érotisante du film. L’histoire d’Ip Man illustre parfaitement le destin chinois de l’époque, jeune homme riche et raffiné qui perdit tout quand son pays bascula d’orgueilleux Empire à territoire occupé par l’ennemi japonais, dans un monde au bord d’une guerre mondiale. Le réalisateur agrémente cette biographie déjà romanesque, d’un amour non assumé et non consommé (tiens tiens …In the mood for love, 2046 !) partagé avec la fille du maître de Kung-Fu du nord de la Chine, dont l’assassinat par un disciple fera l’objet d’une vengeance bien-entendu ! Un film d’arts martiaux entre grand spectacle et film d’auteur.

Truite à la slave (Andreï KOURKOV)

note: 3... Marylène - 7 septembre 2013

Soleïlov, ancien policier reconverti en détective, se voit confier l’enquête sur la disparition de Dimytch Nikodimov, patron et chef du restaurant « Au Casanova » à Kiev. En quelques jours et très peu de pages, sa vie va être entièrement bouleversée. Impossible de révéler plus d’informations sans compromettre le suspense d’une si courte nouvelle ! Alors comment vous mettre en appétit ? Commençons par le titre gastronomique, prélude à une série de petits plats slaves, le récit se déroulant au gré des menus. Puis continuons par le style, sobre et finement satirique avec un arrière-goût d’une nouvelle de Gogol. Pour finir, l’auteur lui-même, certainement le plus en vue des écrivains ukrainiens contemporains, dont la galerie de personnages burlesques a déjà séduit de nombreux lecteurs dans le monde (Laitier de nuit, Le Pingouin, Caméléon disponibles à la médiathèque). Un petit plaisir en perspective… Nevski !

La Corne d'abondance (Juan Carlos TABIO)

note: 3.. Marylène - 3 septembre 2013

Vous cherchez une comédie originale et dépaysante ? Ce conte cubain est pour vous. Un modeste village se trouve bouleversé par l’annonce d’un héritage colossal déposé par des religieuses au 18e siècle dans une banque anglaise, destiné aux descendants Castineiras. Tous les Castineiras, nombreux et désunis, entament une course administrative pour prétendre à la manne providentielle. La cupidité n’est pas le seul venin de l’affaire, le réalisateur ne manque pas de montrer la réelle difficulté des familles à vivre décemment. Sans tourner au brûlot politique contre le régime- cette histoire pourrait se dérouler sous d’autres latitudes soulevant les mêmes problématiques- Tabio taquine ses compatriotes quel que soit leur bord. Le petit plus de cette comédie honnête réside dans l’exotisme d’une sensualité latine.

Ouz (Gabriel CALDERON)

note: 3... Marylène - 29 août 2013

Ouz, Ore et Ex, trois pièces décapantes d’un jeune dramaturge urugayen. Une fois encore, même si le théâtre n’est pas votre répertoire de lecture habituel, n’ayez crainte, l’écriture dynamique de ces textes vous plonge rapidement dans des récits rythmés à faire pâlir un scénario hollywoodien. Les protagonistes et les contextes réalistes au départ glissent vers un chaos irrationnel : une sainte femme sur le point de tuer l’un de ses enfants pour obéir à dieu, une réunion de famille à noël dont la plupart des convives sont déjà morts et même des extraterrestres kidnappeurs. Comme beaucoup de ses compatriotes sud-américains, Gabriel Calderon interroge son pays ensanglanté par la dictature dans les années 70 : la torture, les enlèvements, les victimes, les bourreaux, l’armée…et quand le peuple est enfin libéré d’un joug politique, il prend dieu pour dictateur… Usant de l’absurde et d’un humour féroce, il évoque les crimes, la culpabilité, la misère sociale et tous les maux du puits vertigineux de l’âme humaine sur un air jubilatoire et délirant.

Le Dernier lapon (Olivier TRUC)

note: 3... Laëtitia - 27 août 2013

Le polar ethnologique se porte bien. Après le shérif cheyenne Longmire de Craig Johnson, voici l’inspecteur Klemet Nango, un sami, et sa coéquipière Nina, tous deux affectés à la «police des rennes». Le vol d’un tambour traditionnel usité par les chamans, allié au meurtre de Mattis, éleveur de rennes, va réactiver les tensions existant entre les communautés norvégienne et sami.Un policier raciste, un politicien corrompu, un géologue français, un éleveur de rennes vivant en autarcie, la liste des suspects s’allonge… Cette double enquête sera aussi l’occasion de découvrir les us et coutumes du dernier peuple aborigène d’Europe, les Sami, de saisir les véritables enjeux que cachent les faits, à savoir la chasse au trésor que se livrent les pays scandinaves en quête des réserves naturelles (or,uranium), avec le risque que la Laponie devienne un Far West scandinave. Empreignez-vous des paysages rudes et enneigés de Laponie, de la poésie née de la fin de la nuit polaire : « La lueur magnifique se reflétait de plus en plus ardemment sur quelques nuages qui reposaient mollement au loin. Nina était saisie. On voyait nettement un halo vibrionnant troubler le point d’horizon que chacun fixait. Nina ne connaissait pas ce phénomène, mais elle en ressentait pourtant pleinement la puissance charnelle et même spirituelle.Klemet paraissait observer son ombre dans la neige comme s’il découvrait une magnifique œuvre d’art».

Rimbaud l'indésirable (Xavier COSTE)

note: 3... Laëtitia - 1 août 2013

Jeune auteur de BD, Xavier Coste, après s’être intéressé au destin d’Egon Schiele, nous livre « Rimbaud l’indésirable », ou sa vision d’un poète au destin aussi fulgurant qu’un météore. Il s’agit d’un diptyque, la première partie évoquant la montée à Paris de Rimbaud, les affres de la création, sa rencontre avec Verlaine et leur errance alcoolisée à travers l’Europe – illustrée par de superbes planches sur Paris, Bruxelles et Londres-. Puis une page noire permet une coupure symbolique entre les deux vies du poète, la deuxième partie étant consacrée à ses voyages commerciaux à travers l’Afrique, notamment au trafic d’armes. Du point de vue narratif, les dialogues alternent avec des extraits de lettres et de poèmes (tels « le sonnet du trou du cul », « le bateau ivre »). Quant à la forme, on appréciera la ligne claire, mais aussi les tons chauds utilisés dans la deuxième partie pour mieux nous immerger dans la chaleur harassante de l’Afrique. Une BD biographique à découvrir absolument.

Les Corrections (Jonathan FRANZEN)

note: 3 Check-up familial Marylène - 27 juillet 2013

Encéphalogramme, électrocardiogramme d’une famille classe moyenne supérieure du Midwest wasp et tranquille. Presque une dissection tant l’analyse est détaillée,l’auteur soulève une peau de souvenir, puis une autre jusqu'à l’os.Grinçant de l’humour insolent de Franzen,ce roman fleuve est dense sous des airs de banalité. Dans la famille modèle il y a le père ingénieur, un homme un vrai,travailleur comme les jeunes générations gavées de loisirs n’en font plus…muré dans l’incapacité d’exprimer ses sentiments. L'insipide mère au foyer, fidèle au Temple le dimanche,adepte des plats équilibrés,obsédée par ce que les autres peuvent penser. Puis les enfants comme autant de réactions/corrections à leur éducation:Gary,arriviste décomplexé, Chip, intellectuel instable et endetté, Denise, chef de cuisine aussi rigoureuse dans son métier que dispersée dans sa vie privée tant elle est incapable de savoir qui elle est. Le récit anachronique est sans concession,même dans la description de la déliquescence du père atteint d'Alzheimer et du massacre de noël, symbole du bonheur familial pour la mère. Bien-entendu, cette satire familiale est aussi celle de la société américaine, éducation et industrie pharmaceutique en tête. Il faut attendre la fin des 700 pages pour une touche de bienveillance à l’égard de ces êtres déviants mais aussi aimants, car rien n'est immuable,tout peut être corrigé…

Le Sang des fleurs (Johanna SINISALO)

note: 3... Laëtitia - 26 juillet 2013

L’histoire se passe dans un futur proche en 2025, en Finlande. Partant d’un phénomène scientifique inexpliqué jusqu’à ce jour – la disparition massive de colonies d’abeilles-, l’auteur imagine un futur où le problème aurait dégénéré, la plupart des pays étant touchés par une grave crise agricole. La trame de l’histoire se situe en Finlande, rare pays épargné, jusqu’au jour où Orvo, apiculteur passionné, est confronté à la désertion inquiétante de deux ruches. Par hasard, il découvre dans le grenier une ouverture qui lui donne accès à un univers parallèle duquel l’homme semble absent et les abeilles bien vivantes. Orvo suppose que sa découverte pourrait avoir un lien avec la situation actuelle et mène l’enquête. Une double narration se tisse alors, se répondant en écho, soulevant des thématiques identiques –préoccupation environnementale en tête-, celle d’Orvo, traumatisé par la mort de son fils Eero, et celle d’Eero, écoterroriste, par le biais d’extraits de son blog. Cette alternance récit classique et éclairage scientifique permet à l’auteur de mettre en avant son engagement écologique et de nous alerter sur la fin programmée des abeilles, le risque de se nourrir de viande rouge, les abattoirs aux méthodes cruelles. A mi-chemin entre récit fantastique et livre à thèse, goûtez ce miel littéraire.

Markheim (Philippe MARCELE)

note: 3... Marylène - 26 juillet 2013

Markheim c’est le nom de la ville brumeuse où revient Ans, homme à l’identité aussi floue que le lieu et la mission qui l’y amène. Tout est flottant dans Markheim. Agent secret dans la force de l’âge, le mystérieux Ans retrouve les empreintes de son enfance et les bras d’une ancienne amante. L’atmosphère enveloppante devient de plus en inquiétante depuis que nuit après nuit, il est visité par le rêve troublant d’un vieillard qui lui ressemble. Dans un glissement de l’un à l’autre, le temps et l’espace perdent leur cohérence. Il n’y plus de début, plus de fin, le serpent se mord la queue. Le dessin ciselé semblable à de la gravure sert magnifiquement cette histoire onirique pleine de charmes. Markheim, l’espace d’une vie, l’espace d’un rêve…

7e étage (Asa GRENNVALL)

note: 3... Marylène - 20 juillet 2013

Cette BD est la réalisation de fin d’études d’Asa Grennval, étudiante en art devenue depuis une dessinatrice reconnue en Suède. Autobiographie en noir et blanc de ses années estudiantines, réputées insouciantes, qui furent pour elle des années d’enfer. Pourtant tout commençait bien avec la rencontre de Niels, charismatique jeune homme qui la courtise, elle qui manque d’assurance. Il lui fait d’abord preuve d’un amour débordant avant de la couvrir de reproches puis de la maltraiter physiquement et psychologiquement. Tout est violent, le dessin, les propos, les gestes. Bien-entendu, le dessein de l’auteure n’est pas simplement de choquer, elle déroule les mécanismes qui piègent la victime et la figent jusqu’à la détonation qui fait voler ce système en éclat. Asa Grennval prouve la possibilité (et la nécessité !) de s’en sortir mais elle ne vend pas de rêve. Elle ne ment pas sur la détresse qu’elle a pu connaître même après la rupture et un douloureux procès, la longue route pour se reconstruire, jamais réellement terminée. Une bd courageuse soutenue par Amnesty international, proposée en France par L’ Agrume, jeune maison d’édition à suivre…

La Dernière piste (Kelly REICHARDT)

note: 3... Marylène - 16 juillet 2013

1845, trois familles de pionniers protestants parcourent l’Oregon vers l’ouest avec pour tous bagages une roulotte, un tonneau d’eau et la bible. Traversant des paysages arides depuis plusieurs semaines et bientôt à cours d’eau, ils ne tardent pas à soupçonner leur guide, un trappeur grossier, de les avoir définitivement perdu. Involontairement par ignorance de la piste ou intentionnellement pour se débarrasser de ces nouveaux arrivants déversés par le vieux continent ? Paradoxalement les vastes espaces deviennent le décor d’un huis-clos étouffant, où la paranoïa atteint son paroxysme avec l’apparition d’un indien. Ce western des origines offre une vision épurée du mythe fondateur américain, une séquence hyperréaliste presque en temps réel de l’avancée vers l’ouest. Malgré le quasi mutisme et la torpeur, la violence de l’installation, pour les pionniers comme pour les natifs, est bel et bien rendue, presque sans coup de feu. Une version qui laisse aussi une place aux femmes dans une partie de l’histoire souvent associée à la virilité bestiale des hommes-revolvers.

La Yuma (Florence JAUGEY)

note: 4... Laëtitia - 13 juillet 2013

La Yuma : Florence Augey
Connaissez-vous le cinéma nicaraguayen ? La Yuma est une excellente occasion de l’appréhender au travers du quotidien des habitants des barriadas, quartiers mal famés de Managua, avec leur cortège de maux : délinquance juvénile, drogue comme économie parallèle, violence machiste, etc. Mais loin d’être plein de noirceur, ce film est lumineux, notamment par la présence charismatique de l’héroïne, Yuma, qui fait face à l’adversité en toutes circonstances. Yuma poursuit son rêve d’être boxeuse, s’entraînant sans relâche. Ceci n’est pas un film sur la boxe, mais sur une passion qui permet à Yuma d’être digne et respectée, un moyen de sortir un jour de son quartier et de prétendre à une vie meilleure. De sa courte liaison avec Ernesto, étudiant de la classe moyenne, à l’amitié qui la lie à un groupe de pandilleros de son quartier, on suit avec plaisir le chemin initiatique d’une fille que rien ne peut arrêter.

La Servante et le catcheur (Horacio CASTELLANOS MOYA)

note: 3Bienvenue en Enfer Laëtitia - 4 juillet 2013

Ce roman écrit au scalpel est une peinture sombre du Salvador des années 70, en pleine guerre civile.Souvent comparé à Céline pour son écriture sans fioritures,parfois vulgaire mais néanmoins efficace,l'auteur nous immerge dans un pays miné par l’ultraviolence, aussi bien celle de la dictature sous Duarte,que celle des opposants au régime. Pendant 48 heures,à San Salvador,l’horreur du quotidien, fait d’enlèvements,d’attentats et de tortures,passe par le regard de quatre personnages principaux : celui de Maria Elena (la servante),toute dévouée à ses patrons,et qui se donne pour mission d’apprendre ce qui est arrivé à un couple de jeunes gens de la famille, disparus à leur retour d’URSS ; celui du Viking, ancien catcheur devenu flic tortionnaire ; celui de Joselito, petit-fils de Maria Elena, étudiant et engagé politiquement jusqu’à devenir terroriste ; et enfin celui de Belka, fille de la servante, qui incarne la lâcheté ordinaire, préférant rester neutre et fermer les yeux sur les atrocités. Ces destins vont s’entremêler inexorablement dans une tragédie oedipienne, les enfants tirant sans le savoir sur leurs propres parents, les mères cachant à leurs enfants l’identité du père. Ce roman d’une plongée en enfer, qui n’est pas à mettre entre toutes les mains, reste une radiographie aussi réussie que dérangeante de l’histoire de tout un peuple d’Amérique centrale, un véritable uppercut.

Dirty old town (Daniel LEVIN)

note: 3... Marylène - 26 juin 2013

Caractéristique d’une nouvelle vague new-yorkaise,ce film à petit budget, met en scène la ville sous une forme oscillant entre documentaire et fiction onirique sur fond d’indie rock. The Lower east side, quartier populaire de Manhattan, mêlant populations immigrées et working-class, connaît un processus de"gentrification"(embourgeoisement,boboïsation!), largement appliqué dans les villes américaines,consistant à réaménager les zones sensibles afin d’apporter plus de confort et de mixité sociale. Ces changements sont parfois vécus comme la disparition d’une culture. C’est ce crépuscule que filment les réalisateurs,à travers l’histoire de Billy Leroy,propriétaire d’une brocante excentrique menacée d’être rasée et remplacée par un starbuck si le loyer n’est pas payé dans les 72h. William Leroy,français émigré enfant à NY,joue son propre rôle dans le film,comme les autres protagonistes, il n'est pas comédien professionnel. Le jeu spontané rappelle sans doute le maître Cassavetes. Le scénario pourrait virer glauque à force de trafics,flic miteux,jeune prostituée sous substances, mais il n’en est rien. Le film est sauvé par une certaine fraicheur,des amitiés sincères,de l’humain palpitant sur le béton, pour s’achever comme un conte urbain. A la juste image de son titre tiré de la chanson d’Ewan MacColl reprise par les Dubliners et les Pogues,dans Dirty old town, il y a du dégoût et de la tendresse.

Le Chiffre (René ZAHND)

note: 3... Marylène - 25 juin 2013

Quelques temps après la chute de Mobutu en 1997, on retrouve deux gardiens toujours en poste dans une luxueuse propriété en Europe du chef d’Etat africain fraichement déchu. De ce fait divers, René Zanhd, directeur adjoint du Théâtre de Lausanne-Vidy, fait une courte pièce à la demande et dédiée aux artistes burkinabè, Hassane Kouyaté et malien, Habib Dembélé. Bab et Sane, livrés à eux-mêmes, sans information de l’extérieur, s’enferment dans la « villa Paradis » comme le capitaine Drogo dans le fort Bastiani attendant l’ennemi qui viendra peut-être… L’attente, l’angoisse, les interrogations, le vain espoir trouvent ici écho entre les deux hommes comme Vladimir et Estragon « attendant Godot » dans le Désert des tartares ! L’humour et le désespoir affleurent sous la simplicité apparente des dialogues. Ressuscitant le dictateur disparu et son « scribe », les naufragés instaurent un jeu de rôle qui grignote imperceptiblement la réalité. Ce basculement dans la folie met en scène les mécanismes de l’irrésistible ascendant d’un homme sur un autre, la prise de pouvoir par le plus persuasif, le renoncement du plus fragile. Une leçon de psychologie politique sans grandiloquence, un texte humble qui respire la sincérité.

1502 (Michael ENNIS)

note: 4... Laëtitia - 25 juin 2013

1502 : Michael Ennis
Ce thriller historique est une fresque finement ciselée de l’Italie de la Renaissance, sous le règne des Borgia, famille à la réputation sulfureuse accusée de fratricides,d’incestes,et qui symbolise par son Pape Alexandre VI la décadence de l’Eglise. Tout commence par la découverte d’un corps de femme atrocement mutilé à Imola,portant sur elle le médaillon ayant appartenu à Juan,fils préféré du pape, dont l’assassinat cinq ans auparavant n’a toujours pas été résolu.Cette découverte permet de relancer l'enquête, celle-ci étant confiée à Damiata, ancienne courtisane et maîtresse de Juan, qui lui donna un fils, Giovanni, détenu en otage par le pape afin de l’inciter à obtenir de rapides résultats. A Imola, un serial killer semble sévir et Damiata se verra épauler par Niccolo Machiavel, envoyé par la République de Florence pour garder un œil sur le Pape et son fils Valentino,stratège et visionnaire,qui lui inspira son personnage central du « Prince ».Leonardo Da Vinci, ingénieur et architecte du duc Valentino,se joindra à eux pour tenter d’élucider ces crimes en utilisant ses méthodes scientifiques avant-gardistes. A cette enquête palpitante s’ajoute le plaisir de baigner dans la description d’une époque bénie pour les arts et les sciences, mais aussi pleine d’agitation avec ses multiples guerres entre cités et ses condottieri mercenaires qui se vendent aux plus offrants.

Tu, mio (Erri DE LUCA)

note: 3... Marylène - 15 juin 2013

Tu mio, une lecture courte et profonde. Certes, vous y trouverez le soleil d’Ischia, les barques de pêcheurs, l’amour incandescent d’un adolescent pour une jeune femme voilée de mystère, l’été désinvolte d’une île du sud dans les années 50. Mais bien plus encore, une sorte de concentré d’Erri De Luca : un personnage solitaire et mutique porté par un élan désespéré vers l’autre, une fusion relationnelle entre 2 êtres atypiques. La difficulté de transmission d’expériences entre les générations. L’avidité de la jeunesse à comprendre, à oublier, ou à vivre l’instant. L’horreur de la guerre et le constat des humiliations qui la suivent : l’Italie est le terrain de jeu d’été des allemands et Naples est aux mains de l’armée américaine. L’amour du sud bien-sûr et de sa langue. Tout ceci dans un si court roman. Vraiment, Erri de Luca, ouvrier écrivain, est un auteur dont chaque petit livre pèse de tout son poids.

Good morning Babilonia (Paolo TAVIANI)

note: 3.. Marylène - 4 juin 2013

Les frères Taviani acceptent une commande hollywoodienne. Réalisant une fresque grand public destinée aux américains,ils réussissent néanmoins à conserver leurs codes personnels, à la manière des histoires populaires des veillées,mélange de réalisme social transcendé d’envolées poétiques dans la lignée de «Padre padrone»,«Kaos». Ils parviennent surtout à mettre la vieille Europe au cœur de leur diptyque américain par le personnage du père qui attend le retour des fils prodiges au fond de sa Toscane natale. 1er tableau :une famille renommée de tailleurs de pierres en faillite. Les 2 plus jeunes frères font la promesse de revenir des Etats-Unis avec l’argent pour remonter l’affaire de leurs aïeux. Après les travaux les plus humiliants,ils sont embauchés à la création des décors sur le tournage du film monument de David W Griffith, «Intolérance» en 1914,le film dans le film. 2e tableau :commence alors une histoire du cinéma. Les coulisses de la création des 1ers films au sein de la petite famille que constituait Hollywood à cette époque. Quelques anecdotes mais surtout une philosophie du 7e art naissant, confronté à la suprématie de l’art premier millénaire,l’architecture. Sans oublier l’histoire personnelle des frères comme une allégorie de l’utopie de l’égalité. Certes,certaines scènes appuyées et quelques images surannées ont mal vieilli,l’intérêt du propos demeure.

Kurden people (Marina GIRARDI)

note: 3... Marylène - 1 juin 2013

C’est une vision sensible et condensée des kurdes, de leur origine médique à leur condition de peuple sans Etat englobé dans 6 pays (Turquie, Iran, Irak, Syrie, Arménie, Géorgie), que nous livre cette jeune dessinatrice italienne.
Retraçant en quelques évènements marquants la tragédie de ces hommes et femmes humiliés par l’histoire, bouc-émissaires sous les dictatures, déportés, emprisonnés, soumis aux choix du désespoir : le combat ou l’exil. Echoués dans les villes européennes après de sordides traversées clandetines, ils inspirent la méfiance voire le mépris. Cette BD a le mérite d’apporter un éclairage sur cette population méconnue dont la culture millénaire ne se résume pas au PKK

Avé (Konstantin BOJANOV)

note: 3... Marylène - 1 juin 2013

Avez-vous jamais vu un film bulgare? La question peut se poser car ils ne sont pas légions, contrairement aux foisonnantes productions roumaines voisines, fréquemment présentes dans les festivals. Et bien commencez par celui-ci, son intérêt ne réside pas uniquement dans sa rareté. Road movie initiatique de deux adolescents en dérive, le thème pourrait tourner au glauque ou au déjà-vu, mais il n’en rien et la route nous emporte. Kamen, ombrageux étudiant en art à Sofia, s’apprête à se rendre en autostop auprès de la famille d’un ami suicidé. Avelina, Avé de son surnom, fugueuse extravertie, surgit sur le bord de sa route et s’incruste dans son périple. Si c’était un conte il commencerait par : ainsi commence la rencontre entre la lune et le soleil. Il est insupporté par cette gamine sans-gêne qui s’invente une nouvelle vie à chaque étape du voyage, provoquant des situations loufoques voire dangereuses. Elle, utilise son imagination comme un pansement.Au fil de l’asphalte la rencontre devient relation. Le réalisateur parvient à mettre en scène subtilement la complexité des rapports rugueux entre adolescents, les sentiments entiers, la pudeur sous une apparente effronterie. Comme souvent dans les road movies, les paysages et les lumières sont soignés. Konstatin Bojanov, est un artiste plasticien, lui-même issu des Beaux-arts de Sofia et diplômé du Royal College of art de Londres.

Extrêmement fort et incroyablement prêt (Jonathan Safran FOER)

note: 3... Laëtitia - 30 mai 2013

Extrêmement fort et incroyablement près : Jonathan Safran Foer
Conte, roman initiatique et/ou histoire à tiroirs,une chose est sûre,ce roman peut en dérouter plus d’un. Jeune prodige des lettres américaines contemporaines,Foer nous immerge dans son univers baroque et original où se chevauchent les époques et les continents,où le réel côtoie le rêve. Pour corser le tout,l’auteur fait de cet objet littéraire un objet typographique,incluant des photographies,des listes de chiffres, toute une somme qui reflètent la personnalité de son personnage central, Oskar,petit garçon de neuf ans surdoué et limite autiste. Suite à la mort de son père lors des attentats du 11 septembre et à la découverte d’une clé dissimulée dans un vase,Oskar est persuadé qu’il s’agit là d’un ultime message laissé par son père et porteur de sens.Son périple lui fera écumer les cinq districts de la ville,rencontrant toutes sortes de gens,lui permettant de surmonter quelque peu sa peine et de s’ouvrir au monde.Livre étrange,malgré quelques passages artificiels,il emporte mon adhésion pour de nombreux instants de grâce dus à l’humanité des rencontres faites par Oskar,à l'excentricité des personnages,mais aussi par la qualité de la plume de Foer,savante et inventive,sans compter une fin émouvante…

Cesare n° 1
Cesare - Uno (Fuyumi SORYO)

note: 3... Marylène - 15 mai 2013

Cesare,c’est un Borgia,fils de Rodrigo,frère de Lucrèce et non l’empereur. Si vous aimez la Renaissance,n’hésitez pas.Certes, il s’agit de vulgarisation de l’histoire mais les auteurs se sont scrupuleusement documentés et entourés pour légitimer cette vision fouillée d'une époque complexe. Les territoires qui deviendront l’Italie sont alors divisés en Royaumes,Duchés ou Républiques ennemis, dont la concurrence s’exerce autant dans le commerce que l’art. Soryo nous fait entrer dans les coulisses des rivalités entre familles détentrices du pouvoir -Médicis,Sforza,Della Rovere, Borgia– par le regard d’Angelo,candide roturier qui obtient son entrée dans la prestigieuse université de Pise,grâce à la générosité des Médicis. Naïf, il ignore les dangers et doit tout apprendre des alliances. Son apprentissage est le nôtre et le subterfuge peut donner un aspect scolaire au discours.Cependant, on se régale à s’initier aux subtilitésdes relations internationales du XVe s et de ces humanistes bercés de culture antique et d’ambitions pour un monde nouveau. Ce siècle exceptionnel paré de Boticelli, Vinci, ouvre son horizon avec Colomb. Rien qe la beauté des planches représentant l’architecture pisane justifie la lecture de cette série. En revanche les visages stéréotypés manga manquent de profondeur,Cesare sous des traits glamour peut surprendre sans gâcher le plaisir de cette découverte.

La Colère de Fantômas n° 1
Les Bois de justice (Olivier BOCQUET)

note: 4... Marylène - 11 mai 2013

Très bel objet littéraire et graphique, ce Fantômas est un cadeau inattendu de Dargaud tant la figure du Génie du crime semblait marquée de manière indélébile de son masque bleu depuis son adaptation burlesque au cinéma. Le scenario ici reste attaché aux romans originels de Pierre Souvestre et Marcel Allain, chers aux symbolistes et aux surréalistes. Fantômas retrouve toute la violence du criminel hors normes, esprit brillant et insaisissable qui inspire autant la terreur que la fascination. La bd réussit parfaitement le double pari de nous soumettre à cette relation ambigüe au personnage et de nous tenir en haleine jusqu’au prochain tome. Dans une atmosphère expressionniste par le dessin et nabi par les couleurs, Julie Rocheleau plante superbement le décors de ce Paris crépusculaire sur le point de basculer du 19e au 20e siècle. Celui qui promit de « voler tout l’or de Paris » est présenté par l’auteur comme le premier super-héros, mais une chose est sûre, il n’est ni patriotique ni moraliste, pas assez politiquement correct pour devenir un simple Marvel.
Le scénariste, Olivier Bocquet s’était déjà illustré dans le registre policier (car bien-entendu, Fantômas, c'est aussi l'enquête effrénée de l’inspecteur Juve et du journaliste Fandor) dans un truculent roman disponible à la médiathèque : « Turpitudes ».

Couleur de peau : miel (Doug JUNG)

note: 4... Laëtitia - 11 mai 2013

Après des études aux Beaux-Arts de Bruxelles, Jung Sik Jun se plonge dans l’univers de la BD, avec une nette préférence pour tout ce qui a trait au Japon, travaillant souvent à quatre mains avec son épouse Jee Yun. Puis il se lance dans le roman graphique avec «Couleur de peau : miel», plus intimiste, puisqu’il s’agit de l’histoire de son adoption à l’âge de 5 ans par un couple de belges, très vite adapté au cinéma. Ce film hybride est un petit bijou, alternant habilement l’animation 3D (pour l’aspect poétique),des images familiales en super 8 (pour l’authenticité), des images d’archives de la Corée d’après-guerre (pour inscrire son histoire personnelle dans la grande Histoire), ainsi que des séquences en prise de vue réelle dans la Corée d’aujourd’hui (pour boucler la boucle). Lui qui croyait que sa couleur de peau était miel, comme il était indiqué sur sa fiche d’adoption, se fait traiter à l’école de «citron jaune» alors qu’il se sent belge. Confronté à la différence, sa quête identitaire va être activée et va passer par plusieurs phases : déni de la Corée, invention d’une identité japonaise, séjour à l’hôpital comme un cri de détresse. Emouvante mais non dénuée d’humour, cette histoire n’est pas qu’une catharsis, mais est aussi un vibrant hommage à sa mère de cœur et aux mères coréennes qui n’ont pas eu d’autre choix.

Notre-Dame-Du-Nil (Scholastique MUKASONGA)

note: 4... Laëtitia - 7 mai 2013

Prix Renaudot 2012, Notre-Dame-du-Nil place le lecteur au cœur du Rwanda des années 70, alors que les Hutu ont pris le pouvoir et commencent à imposer leurs diktats. Au lycée,unisexe et perché en altitude pour éloigner les garçons, c’est la rentrée scolaire. Un ballet incessant de belles voitures déposent des jeunes-filles issues de milieu aisé, majoritairement hutu, destinées à incarner l’élite future du pays. A l’heure des quotas, Veronica et Virginia sont les seules tutsi de leur classe de terminale, où sévit Gloriosa, fille de ministre et leader en devenir, qui profitera du nouveau régime politique pour tenter d’expulser ces «cafards». «Parasites» pour les uns, «déesses» pour certains blancs, comme l’excentrique M. de Fontenaille, qui voit en elles les descendantes des pharaons noirs, elles devront elles et leurs camarades faire face à la montée en puissance de la haine raciale. Heureusement, quelques épisodes cocasses sont autant d’éclaircies dans une atmosphère de plus en plus pesante. Comme l’a souligné avec justesse l’écrivain congolais Boniface Mongo-Mboussa, l’auteur «donne aux disparus une digne sépulture de mots à la fois pour apaiser les vivants et sanctifier les morts».Sans juger l’histoire complexe du pays, le lecteur est touché par ce récit émouvant, qui dessine les prémices du génocide de 1994, où Scholastique Mukasonga a perdu 37 membres de sa famille, dont sa mère.

Aâma n° 2
La Multitude invisible (Frederik PEETERS)

note: 4.. Marylène - 25 avril 2013

Ceux qui avaient apprécié Lupus du genevois Frederik Peeters, aimeront certainement se replonger dans sa science-fiction avec la série Aâma. Dans un futur très lointain, la société bien qu'hypertechnologique, continue de fonctionner en « couches » de populations vivant dans des niveaux clairement distincts. Dans les bas-fonds, Verloc Nim, humain trop humain refusant tout transplant, ce qui le rend vulnérable, se noie dans l’amertume d’une vie qui lui échappe depuis le départ de sa femme et de leur fille. Son frère Conrad, qui en contraste, occupe un poste important dans une multinationale en biorobotique, le sort de sa léthargie pour l’embarquer sur une autre planète. Ona(ji) colonie scientifique abandonnée où la mystérieuse substance aâma produit des effets spectaculaires… Ce voyage est prétexte aux interrogations sur l’avenir de l’humain noyé dans la robotique et les sciences bien-entendu, mais pas seulement c’est aussi l’analyse de la rupture du lien familial (entre frères, amants, parent/enfant) thème déjà exploré dans ses précédents albums. Le dessin organique aux couleurs crépusculaires rend le lecteur captif de cet univers inquiétant. Frederik Peeters propose d’entrer dans les coulisses de la création de la série sur le blog :http://projet-aama.blogspot.fr/

La Vie rêvée du Capitaine Salgari (Paolo BACILIERI)

note: 3.. Marylène - 25 avril 2013

Emilio Salgari naît à Vérone en 1862 ce qui fait de lui l’un des 1ers écrivains italiens puisque le Royaume d’Italie n’a été proclamé qu’ 1 an avant sa naissance ! Ses romans d’aventures populaires captivent le public du début du 20è siècle, toutefois il est tièdement reconnu par ses pairs et même désavoué par Jules Verne. Il se déclare capitaine, quant à ses romans aux titres épiques (Les Pirates de la Malaisie, Les Mystères de la jungle noire, Le Corsaire Noir, Sandokan) évoquent des aventures orientales musquées, or, élève à l’institut naval de Venise, il n’achève pas ses études et ses périples personnels se limitent à l’Adriatique…
Cette bd retrace la vie schizophrénique de Salgari qui le mène au suicide : face lumière, le voyage immobile dans son imaginaire inépuisable, pile, sombre réalité, prisonnier de ses dettes et de son éditeur qui lui impose un rythme d’écriture ahurissant. Le jeune illustrateur, Paolo Bacilieri , offre de très beaux dessins d’architectures des villes italiennes à la ligne claire.

Les Désorientés (Amin MAALOUF)

note: 3... Marylène - 12 avril 2013

Les désorientés,un titre à prendre au sens littéral:ceux qui ont perdu l’orient.Les byzantins,étudiants libanais de confessions différentes mais tous attachés à leur civilisation levantine,ont partagé leurs rêves humanistes dans les années 70 avant d'être séparés par la guerre.Adam,celui qui porte le nom du premier homme comme un espoir et son échec, devenu parisien,est appelé au chevet de Mourad. Arrivé sur le sol des origines à reculons,il nourrit rapidement le fantasme de les réunir tous à nouveau. L'auteur utilise cette galerie de personnages pour donner son point de vue éclairé sur les sujets qui ont rongé le siècle et le Liban,petit laboratoire universel tant sa géographie et sa sociologie l’ont mis au cœur des évènements : Ramez retiré dans un monastère, Ramzi son double sunnite, qui ne parvient à être en paix malgré sa réussite insolente ,Naïm, juif à qui l’histoire a confisqué son identité arabe et qui fait du Brésil sa Terre promise,Bilal,le révolté mort sur une barricade par excès de romantisme. Sans oublier ceux qui sont restés,ont affronté la guerre et s’en trouvent soumis au jugement de ceux qui l’ont fui… Cette construction pédagogique en fait un roman facile à lire,sans rien enlever à la finesse des analyses sur le pouvoir,la foi,l’identité. Ce n’est pas l’œuvre la plus littéraire d’A.Maalouf,néanmoins cette recherche du temps perdu mérite sa place dans le panthéon de l’académicien.

Dans le ventre des mères (Marin LEDUN)

note: 4... Laëtitia - 2 avril 2013

Jeune romancier ardéchois,Marin Ledun situe le cœur de son intrigue dans sa région natale,propice par sa faible densité démographique et par son aspect isolé à faire éclore un immense laboratoire secret dédié aux bio et nanotechnologies,dirigé par Peter Dahan,mi-gourou,mi-scientifique. V. Augey,inspecteur lyonnais, est appelé en renfort suite à l’explosion du village où se situait le laboratoire. Dans un décor de fin du monde, un charnier est mis à jour,les cadavres portant les traces de mutations génétiques. Le lecteur assiste à un chassé-croisé entre Augey et Laure Dahan, seule survivante et principale suspecte mue par deux obsessions, retrouver sa fille et détruire les travaux de son père. Rythmé par une écriture vive,semé de rebondissements qui nous mènent de l’Ardèche à Berlin,en passant par Zagreb,le Maroc et la Sicile, naviguant du polar noir à la science-fiction,on ne lâche plus ce roman qui donne aussi à réfléchir sur les dérives possibles des manipulations génétiques aux mains de complexes militaro-industriels. Car le transhumanisme,décrit par un scientifique du roman est «(…)une doctrine philosophique(qui vise) l’amélioration du corps humain par la technologie (permettant)d'accroître leurs capacités physiques, mentales ou reproductives ». Et ce n’est pas de la paranoïa de penser que dans le secret de laboratoires, des scientifiques jouent déjà aux apprentis-sorciers…Un techno-polar efficace.

Reality (Matteo GARRONE)

note: 3... Marylène - 2 avril 2013

Luciano, poissonnier le matin, arrondit les fins de mois avec de petites magouilles de robots de cuisine le reste du temps. Encouragé par ses enfants, il tente le casting pour participer à l’émission de télé-réalité « il grande fratello ». Imperceptiblement au départ, son quotidien en est affecté jusqu’à bouleverser totalement sa vie. Qu’est-ce qui est réel autour de lui ? Matteo Garrone filme ce quartier populaire de Naples sans artifice ni condescendance comme il l’avait fait pour la Sicile de « Gomorra ». Même si le sujet de la télé-réalité est dépassé, la montée de la paranoïa dans une société spectacle dominée par l’image, reste un thème actuel. Le quotidien n’a jamais fait autant l’objet de mises en scène qu’aujourd’hui : réseaux sociaux, webcams, blogs... Le réalisateur a particulièrement soigné l’intro et la conclusion, felliniennes, comme certains personnages d’ailleurs.

Les femmes du bus 678 (Mohamed DIAB)

note: 4... Laëtitia - 30 mars 2013

Le Caire, de nos jours. Le cœur du film de Mohamed Diab est la révolution,non pas celle politique, brûlante d’actualité, du soulèvement du peuple, place Tahrir. Cette révolution, c’est celle des femmes qui luttent contre tout ce qui porte atteinte à leur dignité, à savoir les remarques déplacées, les attouchements et autres agressions sexuelles ayant lieu quotidiennement, dans la rue,les stades de foot, et surtout les bus. Le film croise les destins de trois femmes, Fayza, femme mariée qui porte le voile et vit dans les quartiers populaires, Seba,artiste bourgeoise et Nelly, qui rêve de percer dans le stand-up. Récits parallèles, flash-back, le cinéaste use de tous ces procédés pour tisser la trame de ces destins et enfin les faire se rencontrer. Chacune à leur manière elles se feront justice,Fayza étant la plus radicale, blessant ses agresseurs et déclenchant ainsi une enquête de police. A travers elles, Mohamed Diab dresse un constat lucide, amer, mais aussi plein d’espoir, de l’évolution de la société égyptienne, et réfute tout amalgame entre ces actes et l’islam. En effet, le viol collectif d’une jeune indienne dans un bus de New Delhi en janvier dernier, décédée des suites de son agression, rappelle si besoin est que la violence n’est l’apanage d’aucun peuple ni d’aucune religion. Et que les hommes, comme le fiancé de Nelly ou le commissaire Essam,peuvent par leurs actes et leur soutien, contribuer à cette révolution.

Pigeon, vole (Melinda NADJ-ABONJI)

note: 3Nouvelle littérature suisse Marylène - 27 mars 2013

Pigeon vole, librement lui, sans papier, sans frontière. Lorsque la famille Kocsis, yougoslave de Voïvodine (enclave de langue hongroise) émigre à Zurich, ce n’est pas si simple. Les filles, Idliko et Nomi doivent rester au pays avec mamika, la grand-mère, en attendant l’autorisation administrative pour rejoindre leurs parents obtenue en 1973. D’abord blanchisseurs, ils deviennent restaurateurs sur la rive dorée du lac. Une place au soleil durement méritée, à coups de travail acharné en restant sourds aux commentaires à l’égard des immigrés, surtout lorsque ceux-ci sont originaires d’un pays où une guerre fratricide éclate… Récit de l’exil par la voix de l’enfance et de l’adolescence, ce roman social n’a pas l’amertume glaçante mais plutôt la nostalgie lucide. Entre révoltes et joies,le parcours initiatique de Nomi ressemble sûrement à celui de l’auteure, née en 1968 en Serbie. Ce roman semble jouer une petite musique tant la langue est particulière, rebondissant du magyar, au serbe en passant par le schwyzerdütsch. La littérature de l’immigration, abondante en France, l’est moins en Suisse (peut-être est-elle juste moins visible ?) et cette œuvre a le mérite de la mettre en valeur (Buchpreis de Francfort 2010). Comme les deux faces d’une médaille, M. Nadj Abonji pour la Suisse alémanique, Agota Kristof en suisse romande, enrichissent la littérature helvétique de leurs couleurs d’origine.

La Mer, le matin (Margaret MAZZANTINI)

note: 3... Marylène - 22 mars 2013

Les séquelles de la colonisation et de la décolonisation sont sobrement mises à nu dans ce récit des vies croisées de deux mères séparées par la mer. La méditerranée impartiale, berce, embarque et rejette les libyens comme les italiens sur ses rivages opposés. Les tripolini (italiens de Tripoli) que Kadhafi, jeune leader de la libération chasse violemment en 1969 vers la Sicile, comme les berbères libyens fuyant la dictature puis la guerre civile en 2011, souffrent et meurent de l’exil, portés par cette mer implacable. Quant à l’autre mère, elle transmet son mal en tentant pourtant d’en écarter sa descendance. La porosité affective mère-fils ajoute à la tragédie tout en lui donnant toute sa beauté. L’enfant mémoire, l’enfant espoir... Un roman qui sous une écriture paisible cache une tempête emportant des mères naufragées.

Le Terroriste noir (Tierno MONENEMBO)

note: 4... Marylène - 14 mars 2013

Terroristes c’est le terme utilisé par les allemands pour qualifier les résistants. Quant au schwarze Terrorist,il désigne un activiste du 1er réseau de résistance des Vosges.Son nom,Addi Bâ Mamadou. Noir et musulman. Si ce scénario surprend à première vue il rend pourtant compte d’une réalité éclipsée de l’histoire,l’engagement des soldats des colonies souvent abandonnés à leur sort dans la déroute des combats perdus et oubliés de ceux qui furent glorieux. La part du réel, c’est Addi Bâ,adopté par une famille française,engagé dans le régiment de tirailleurs sénégalais,il prend le maquis dans les Vosges et meurt fusillé à Epinal en 1943.La part du roman,c’est le cheminement de son intégration à la communauté vosgienne,à Romaincourt où après avoir survécu comme un animal dans la forêt,rescapé de la bataille de la Meuse,il fut recueilli par les villageois.Par devoir envers un soldat français,par obligation morale ou par empathie,chacun à sa manière et ses raisons de l’aider… Ou de le trahir un jour : parce qu’il combat l’occupant,il plait trop aux femmes,ou simplement pour sa peau.T Monénembo, écrivain guinéen chroniqueur du peuple peul,signe un roman étonnant tant il nous plonge avec aisance dans l’âme du terroir vosgien, l’âpreté de ses hivers infinis et de ses hommes .Sans oublier de souligner le rôle silencieux mais fondamental des femmes.

La Convocation (Herta MULLER)

note: 3Lettres roumaines Salon du livre 2013 Marylène - 13 mars 2013

Une ouvrière d’une usine textile glisse un petit mot dans une poche de pantalon destiné à l’exportation vers l’Italie. Une anecdote, presqu’une plaisanterie. Sauf lorsque cette scène se déroule en Roumanie sous la dictature. Depuis ce jour, elle est convoquée et interrogée régulièrement par un agent de la Securitate. Depuis le tramway qui l’emmène à sa convocation, défilent le quotidien terne du peuple oppressé, et la vie volée de cette femme.
Tous les mouvements intimes de la raison - questionnement, doute, révolte, renoncement - sont disséqués méthodiquement au point que l’on sent à peine à quel moment elle se perd… La raison, plus encore que le sentiment, interroge aussi l’autre, le délateur, le bourreau. Celui qui a le pouvoir sur une vie par simple opportunisme politique et dont le zèle n’est que le cache-misère d’une vie médiocre habitée par un être inconsistant. La force de l’écriture percutante en phrases courtes frôle la poésie. Un roman glacial sur l’abus de pouvoir dans une société « meute », thème récurrent d’Herta Muller, elle-même réfugiée en Allemagne en 1987 après avoir subi l’oppression du régime Nicolae Ceaușescu. Souabe, minorité germanophone de Roumaine, elle écrit en allemand. Elle est la douzième femme Prix Nobel de littérature.

Dojnaa (Galsan TSCHINAG)

note: 3... Laëtitia - 12 mars 2013

« Je suis belle, ô mortels !, comme un rêve de pierre » : ce vers de Baudelaire semble avoir été écrit pour le personnage de Dojnaa, au sens propre comme au figuré. Car Dojnaa, en digne fille d’un lutteur de légende, est grande et robuste. Et elle ne plie pas face à la dureté de la vie dans les steppes, ni ne renonce à sa liberté dans une société traditionnelle, faisant face aux médisances quand son mari la quitte, repoussant une tentative de viol ou encore chassant le gibier comme un homme. Faisant partie de l’ethnie des Touvas, éleveurs nomades et adeptes du chamanisme, Tschinag n’était pas destiné à être écrivain, car la langue est uniquement orale, dédiée au chant, à la poésie et au sacré. Suite à des études en Allemagne, c’est dans la langue de Goethe qu’il décide de faire connaître au monde entier la beauté et la rudesse des paysages et des hommes de l’Altaï. A lire pour ce magnifique portrait de femme et pour cette immersion dans un quotidien rythmé par les saisons.

Magie noire n° 1
Magie noire tome 1 (Gilbert GROUD)

note: 4... Laëtitia - 9 février 2013

Artiste ivoirien polyvalent : infographiste, illustrateur, peintre et auteur de BD, il aborde dans ce cycle un sujet tabou de la société africaine, à savoir la magie noire, sujet qu’il connait bien pour l’avoir abordé lors de la soutenance de son diplôme national. L’histoire se passe dans un village où des gens meurent de façon étrange, surtout des enfants. Pour monter en grade, chaque sorcier doit à tour de rôle sacrifier un être cher. C’est au tour de Gaba de donner son dernier fils. Il sait qu’il peut contourner ce sacrifice par d’autres rituels, tels l’incorporation de l’esprit d’un mort dans un objet (comme le collier d’Oly, autre puissante sorcière), ou le mariage avec un autre initié. L’histoire tient en haleine le lecteur, qui se promène en alternance entre monde réel et monde magique. D’un point de vu graphique, cet album tient aussi ses promesses. Le cadrage cinématographique des planches et les plans d’ensemble succèdent aux zooms (notamment les regards hallucinés des sorciers). De même, les dessins, de par leurs contours et couleurs, nets quand ils retracent le quotidien du village, prennent une autre dimension lors des épisodes de sorcellerie, avec des traits flous et des teintes assombries qui se mélangent pour rendre une atmosphère onirique et inquiétante. Laissez-vous envoûter !

Poulet aux prunes (Marjane SATRAPI)

note: 3... Marylène - 9 février 2013

Après Persépolis, Marjane Satrapi avec son complice Vincent Paronnaud , adapte à l’écran son « Poulet aux prunes » (paru en 2005 chez l’Association) .Nasser Ali Khan, violoniste égocentrique, décide d’attendre la mort dans son lit depuis que sa femme a détruit son instrument lors d’une dispute. Ce conte sur l’amertume de la vie où l’on frôle la beauté, le bonheur, l’amour, mais toujours ils nous échappent, est composé à rebours des derniers jours de la vie du musicien désabusé. Une introspection tragi-comique en 8 tableaux, chacun alimentant la source du malheur qui l’a conduit au renoncement.
D’un point de vue formel, les réalisateurs abandonnent le graphisme noir et blanc pour oser la fiction couleurs. C’est vrai, ils jouent et surjouent sur les décors saturés jusqu’au kitsch, mais n’est-ce pas l’adaptation d’une bd ? L’effet carton pâte participe à l’onirisme du récit au charme désuet d’une carte postale de Teheran dans les années 50. Certes l’assemblage de scénettes hétérogènes offre un ensemble de qualité inégale, mais quelques grammes de poésie ne se refusent pas.

Parlons femmes (Ettore SCOLA)

note: 3... Marylène - 9 février 2013

Un classique de la comédie "All'Italia" des années 60, premier film réalisé par Ettore Scola après avoir été scénariste pour Dino Risi. Huit sketches évoquent la condition de la femme dans une société masculine. Pour entrer dans le sujet, les personnages sont stéréotypés, la bourgeoise en quête de sensation forte, le frère lâche tenu de faire respecter l’honneur de sa sœur, la petite famille exemplaire… Ainsi vite passées les présentations, le scenario peut rapidement se tourner vers l’hypocrisie des relations, l’élément cocasse, perturbateur, la petite chose qui dérange. Le rire effleure en même temps que la tendresse ou l’amertume dans ces formats courts. Vittorio Gassman assume les huit rôles masculins incarnant courageusement le mâle rustre, fuyant, autoritaire, que dénoncent les scènes tour à tour. Car bien-entendu,
« parlons femmes » parle autant des hommes…

Incendies (Denis VILLENEUVE)

note: 3... Marylène - 23 janvier 2013

A la mort de leur mère, deux jumeaux d’une vingtaine d’années, se voient remettre par le notaire, une lettre à donner à leur père qu’ils ne connaissent pas, une autre à leur frère, dont ils ignoraient l’existence. Pour explorer le passé de leur mère exilée et accéder à sa demande posthume, ils se rendent au Moyen-Orient dans un pays où se déchirent chrétiens et musulmans (le Liban n’est jamais cité), berceau de leurs origines.
La tragédie dans la tragédie. Depuis les grecs nous le savons, impossible de démêler l’écheveau des drames de l’histoire intime de l’universelle. L’individu, broyé par des rouages invisibles, est dépossédé du libre-arbitre de sa vie qui devient destin. L’homme croit bâtir une tour et creuse en fait une tombe. De cette inaltérable source d’inspiration, Wajdi Mouawad, dramaturge libano-canadien, a puisé une pièce adaptée au cinéma par le réalisateur québécois Denis Villeneuve. Un film violent dont la force repose sur une interprétation magistrale. Rien de nouveau sous le soleil depuis Sophocle, mais on ne peut pas reprocher au théâtre et au cinéma de continuer à interroger l’homme inlassablement.

Breaking news (Johnnie TO)

note: 3... Marylène - 16 janvier 2013

Même si vous n’êtes pas particulièrement friand de film d’action hongkongais, ce Johnnie To pourrait vous séduire. Les ingrédients de base sont là : banditisme, courses poursuites, armes à feu, guerre des chefs… Mais le réalisateur ajoute quelques condiments originaux pour améliorer la sauce. Dans l’éternelle histoire police contre malfrats, il faut désormais compter avec les médias : la communication, nouvelle arme de combat dans un monde où tout est spectacle. Le rythme respecte les codes du genre, rapide et nerveux, la première scène, un plan séquence de 7 minutes en mouvement rotatif, vous laisse déjà à bout de souffle !

Lady snow blood n° 1
Vengeance sanglante (Kazuo KOIKE)

note: 3... Marylène - 16 janvier 2013

Ce manga, classique japonais sorti en 1972, s’est fait désiré en France où il n’est publié que depuis 2008 ! Alors n’attendez plus pour découvrir cette troublante histoire de vengeance dont Tarentino s’est inspiré pour le scenario de Kill Bill. Une femme emprisonnée à perpétuité imagine un plan machiavélique pour tuer les assassins de son mari et de leur fils : enfanter en prison l’instrument de sa vengeance…. Au-delà du drame familial, l'histoire vous plonge dans l'ère Meiji, cet instant d'ouverture et de fracture du Japon, l'adoption du modèle occidental au détriment des codes ancestraux.
A noter, le dessinateur Kamimura a utilisé un traité classique d’estampe.

Alpha... directions (Jens HARDER)

note: 3... Marylène - 16 janvier 2013

Attention Big bang dans l’espace BD ! Cette œuvre inqualifiable est un défi digne d’un pari osé un soir de folie festive, mais le résultat est bien rigoureusement scientifique. Synopsis simple : l’histoire du développement de l’univers du Big bang à l’apparition des hominidés, soit, 14 milliards d’années ! Ambitieux et admirablement réussi, à vous réconcilier avec votre prof de sciences ! Ce pavé graphique quasi muet est présenté comme le premier d’une trilogie à venir, suivront Beta …civilisations (consacré à l’Homme), et Gamma …visions (anticipation du futur de notre planète).
Jens Harder, jeune illustrateur berlinois est co-fondateur du collectif d'artistes Monogatari. Il a obtenu deux Prix Max et Moritz de la meilleure bande dessinée allemande en 2004 et 2010 et le Prix de l'audace du festival d'Angoulême 2010.

Sauver Mozart (Raphaël JERUSALMY)

note: 3... Marylène - 22 décembre 2012

Encore un roman sur la 2nde guerre!Néanmoins si l’air vous rappelle quelque chose, la chanson est bien originale.La guerre, loin des champs de batailles, est perçue depuis le sanatorium de Salzbourg, où notre héros sans arme, juif sans l’être vraiment, lutte contre une tuberculose. Un parallèle s’établit entre le combat intime contre la maladie, et la guerre où l’ennemi c'est les autres. Sur les deux fronts, tout se dégrade. Mais Otto Steiner, dont nous parcourons les notes qu’il tient chaque jour comme le cahier des comptes à rebours de sa vie, tente de demeurer digne et de protéger tout ce qui lui reste : la musique. Lorsque Hans le sollicite pour l’aider à monter le programme du Festpiel, festival de musique classique de Salzbourg en juillet 1940 auquel assistera Hitler, Otto organise sa bataille pour sauver Mozart…Impossible d’en dire plus pour ne pas vous ôter le plaisir malicieux que vous aurez à découvrir comment il y parvient. Ce journal intime d’un vieillard résistant, met en miroir l’histoire d’une société au bord de la destruction et celle d’un homme seul qui va disparaître. Rythmé par la musique, le récit malgré le décor, n’a rien de désolant et se déroule sur des notes de plus en plus entraînantes, emportées par l’excitation des préparatifs. Bien-sûr, l’humour est sarcastique, mais on referme ce livre en souriant et l'on reste attaché à ce héros crépusculaire.

Sarajevo omnibus (Vélibor COLIC)

note: 3... Marylène - 18 décembre 2012

Cet omnibus dessert quelques stations historiques de la ligne Europe, Balkans, Sarajevo avec des arrêts aux noms évocateurs dont le vecteur commun est l’évènement déclencheur de la 1ère guerre mondiale : l’assassinat de l’Archiduc François-Ferdinand.Vous croiserez le Colonel Apis, cerveau de la « main noire » (organisation nationaliste serbe) qui dirigea celle de Gravilo Princip sur la gâchette de l'attentat. Entre autres personnages habités par la cause indépendantiste, vous trouverez aussi Ivo Andric, esprit tourmenté dans un corps souffrant, unique prix Nobel de littérature yougoslave. Chaque station nous offre un angle de vue différent de l’évènement .L’atmosphère foisonnante de la ville pénètre de plus en plus les pages et finit par nous envelopper complètement. Sarajevo dont le nom n’évoque plus que, très souvent, le siège de 1992-1996, se rappelle aux mémoires avec éclat.Certes, la ville était déjà aux prises avec la violence de l’histoire, belle convoitée par deux empires, écartelée entre orient et occident. Le ton frôle parfois le burlesque et flirte avec le conte philosophique lorsqu’il évoque les figures de l’architecte du pont Latin , du rabbin, de l’imam et du prêtre. Cette construction emmène le lecteur au-delà de la dimension archivistique (et parfois fastidieuse ! ) du roman historique, dans une œuvre romanesque pétillante. Un premier conseil, lisez ce livre, un second, parcourez cette ville…

Les Manguiers de Bellavista (Robin BAYLEY)

note: 3... Laëtitia - 14 décembre 2012

Robin Bayley : Les Manguiers de Bellavista (Arthaud, 2010)
Depuis sa plus tendre enfance, l’auteur a été bercé par les histoires contées par sa grand-mère, tournant toutes autour de la figure d’aventurier d’Arturo, l’arrière-grand-père, qui tout jeune quitta son Angleterre natale pour travailler dans une filature, dans un petit village du Mexique. En exhumant d’une vieille valise cabossée une lettre et des photographies de cette période, Robin décide de marcher dans les pas d'Arturo, entamant un périple le menant du Guatemala en passant par la Colombie, le Vénézuela et bien sûr le Mexique. Il découvrira l’hospitalité et la solidarité sud-américaine : à Antigua, il affinera sa connaissance de l’espagnol et tombera amoureux de Juanita ; dans un bus à destination de Bogotà, il fera la connaissance de Pedro, un ingénieur qui va le dévier de sa route en l’invitant à bourlinguer avec sa famille jusqu’à San Marta pendant près d’un mois,etc. Puis les choses se précipitent : près de Tepic, dans le hameau de Bellavista, il se découvre une deuxième famille nombreuse, Arturo ayant eu une liaison extraconjugale, et de cette liaison une fille, ayant donné naissance à… 11 enfants !Cette révélation va être le prélude à d'autres bouleversements... Un très beau récit sur la filiation, les secrets de famille, la tolérance et la découverte d’autres horizons.

Les Lettres de Capri (Mario SOLDATI)

note: 4... Marylène - 24 novembre 2012

Harry, jeune historien de l’art et journaliste américain, retrouve par hasard dans les rues de Rome un scénariste, Mario, rencontré un an auparavant, auquel il demande une aide financière afin de pouvoir demeurer en Italie. Intrigué par la situation d’Harry et plus encore par la sensualité insolente de celle qui partage sa vie, Dorotea, Mario accepte de lui acheter un scenario. Celui-ci n’est autre que la vie d’Harry lui-même. Le long récit du déchirement d’un homme partagé entre un amour cérébral et une passion sexuelle comme entre la raison et la folie. Le thème n’a rien d’original, mais la minutie avec laquelle le sentiment amoureux est disséqué donne le vertige. Le roman pourrait s’arrêter là, mais l’auteur a la lumineuse idée de développer son étude en glissant d’Harry à sa femme Jane, dont le récit relaie celui de son mari en miroir. Par cette architecture réfléchissante le lecteur est happé dans les profondeurs de l’histoire, des raisonnements, des émotions. Les rôles ne sont pas aussi évidents qu’ils n’y paraissent, les idées reçues se diluent, tout est trouble, tellement humain. Mario Soldati est habile à faire effleurer l’empathie, le doute jusqu’à émousser nos jugements.
Un classique à fleur de peau à découvrir ou redécouvrir, une lecture enivrante.