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Betty Boob (Véronique CAZOT)

note: 3"Si tu ne peux plus me regarder, alors je ne veux plus te voir" Marylène - 15 février 2018

Attention récit burlesque ! Et pourtant, sujet pesant. Le cancer du sein…Et après ? Déconstruction, reconstruction, implosion puis explosion. D’un thème en béton armé, les auteures font une œuvre onirique.
Tout commence par l’ablation du sein de l’héroïne. Immédiatement, sans parole, [...]

Les Danois (CLARKE)

note: 3... Laëtitia - 15 février 2018

S’agit-il d’une épidémie ou de manipulations génétiques orchestrées par de grands laboratoires pharmaceutiques ? Partant de ce postulat dramatique, Clarke imagine dans cette BD d’anticipation des communautés immigrées du Danemark, puis d’Europe, victimes du virus «blond aux yeux bleus», qui [...]

Le lys noir n° 1
Faustine (François LARZEM)

note: 5Une justicière masquée Pauline - 14 février 2018

Combats à l'épée, inventions folles, complots, courses poursuites, morts. Beaucoup d'action et pas de longueurs ni de mièvreries. Faustine est une justicière masquée et terriblement attachante. L’auteur, François Larzem nous livre ici un roman rythmé, bourré d'aventures et de [...]

Simon Thorn n° 1
Simon Thorn et le sceptre du roi animal (Aimée CARTER)

note: 4... Pauline - 14 février 2018

Simon est un jeune garçon qui souffre de l'absence de sa mère. Il vit avec son oncle, surprotecteur ! Mais Simon a un secret, un don extraordinaire, il parle aux animaux et plus encore… !!! Un premier tome bourré d'action [...]

Le Manuscrit de Beyrouth (Jabbour DOUAIHY)

note: 3... Marylène - 10 février 2018

Surprenant, ce roman qui semblait commencer dans le plus grand sérieux, prend des allures cocasses.
Les personnages lisses et presque rigides, s’effritent de petits travers en petites moqueries.
L’auteur parvient à nous faire suivre avec intérêt croissant, un protagoniste qui n’est [...]

Les enquêteurs de l'Antiquité n° 1
Le cobra d'or (Alain SURGET)

note: 4Voyage dans l'Egypte antique Pauline - 9 février 2018

« Le Cobra d'or » est le premier tome d'une nouvelle série de romans historiques jeunesse, « Les Enquêteurs de l'Antiquité » d’Alain Surget.
Mérit et Timos vont devoir remplir une mission de la plus haute importance, même s'ils doivent pour [...]

Mon traître (Pierre ALARY)

note: 3Un salaud, c'est parfois un type bien qui a renoncé Marylène - 8 février 2018

On parle de roman pour « Mon traître » car Sorj Chalandon a modifié les noms et pris quelques libertés pour relater sa propre histoire d’amitié trahie avec Denis Donaldson, figure emblématique de l’IRA. Pour le cœur du sujet, tout [...]

J'ai lu j'ai vu j'ai entendu... ça m'a plu

 

Markheim (Philippe MARCELE)

note: 3... Marylène - 26 juillet 2013

Markheim c’est le nom de la ville brumeuse où revient Ans, homme à l’identité aussi floue que le lieu et la mission qui l’y amène. Tout est flottant dans Markheim. Agent secret dans la force de l’âge, le mystérieux Ans retrouve les empreintes de son enfance et les bras d’une ancienne amante. L’atmosphère enveloppante devient de plus en inquiétante depuis que nuit après nuit, il est visité par le rêve troublant d’un vieillard qui lui ressemble. Dans un glissement de l’un à l’autre, le temps et l’espace perdent leur cohérence. Il n’y plus de début, plus de fin, le serpent se mord la queue. Le dessin ciselé semblable à de la gravure sert magnifiquement cette histoire onirique pleine de charmes. Markheim, l’espace d’une vie, l’espace d’un rêve…

7e étage (Asa GRENNVALL)

note: 3... Marylène - 20 juillet 2013

Cette BD est la réalisation de fin d’études d’Asa Grennval, étudiante en art devenue depuis une dessinatrice reconnue en Suède. Autobiographie en noir et blanc de ses années estudiantines, réputées insouciantes, qui furent pour elle des années d’enfer. Pourtant tout commençait bien avec la rencontre de Niels, charismatique jeune homme qui la courtise, elle qui manque d’assurance. Il lui fait d’abord preuve d’un amour débordant avant de la couvrir de reproches puis de la maltraiter physiquement et psychologiquement. Tout est violent, le dessin, les propos, les gestes. Bien-entendu, le dessein de l’auteure n’est pas simplement de choquer, elle déroule les mécanismes qui piègent la victime et la figent jusqu’à la détonation qui fait voler ce système en éclat. Asa Grennval prouve la possibilité (et la nécessité !) de s’en sortir mais elle ne vend pas de rêve. Elle ne ment pas sur la détresse qu’elle a pu connaître même après la rupture et un douloureux procès, la longue route pour se reconstruire, jamais réellement terminée. Une bd courageuse soutenue par Amnesty international, proposée en France par L’ Agrume, jeune maison d’édition à suivre…

La Dernière piste (Kelly REICHARDT)

note: 3... Marylène - 16 juillet 2013

1845, trois familles de pionniers protestants parcourent l’Oregon vers l’ouest avec pour tous bagages une roulotte, un tonneau d’eau et la bible. Traversant des paysages arides depuis plusieurs semaines et bientôt à cours d’eau, ils ne tardent pas à soupçonner leur guide, un trappeur grossier, de les avoir définitivement perdu. Involontairement par ignorance de la piste ou intentionnellement pour se débarrasser de ces nouveaux arrivants déversés par le vieux continent ? Paradoxalement les vastes espaces deviennent le décor d’un huis-clos étouffant, où la paranoïa atteint son paroxysme avec l’apparition d’un indien. Ce western des origines offre une vision épurée du mythe fondateur américain, une séquence hyperréaliste presque en temps réel de l’avancée vers l’ouest. Malgré le quasi mutisme et la torpeur, la violence de l’installation, pour les pionniers comme pour les natifs, est bel et bien rendue, presque sans coup de feu. Une version qui laisse aussi une place aux femmes dans une partie de l’histoire souvent associée à la virilité bestiale des hommes-revolvers.

La Yuma (Florence JAUGEY)

note: 4... Laëtitia - 13 juillet 2013

La Yuma : Florence Augey
Connaissez-vous le cinéma nicaraguayen ? La Yuma est une excellente occasion de l’appréhender au travers du quotidien des habitants des barriadas, quartiers mal famés de Managua, avec leur cortège de maux : délinquance juvénile, drogue comme économie parallèle, violence machiste, etc. Mais loin d’être plein de noirceur, ce film est lumineux, notamment par la présence charismatique de l’héroïne, Yuma, qui fait face à l’adversité en toutes circonstances. Yuma poursuit son rêve d’être boxeuse, s’entraînant sans relâche. Ceci n’est pas un film sur la boxe, mais sur une passion qui permet à Yuma d’être digne et respectée, un moyen de sortir un jour de son quartier et de prétendre à une vie meilleure. De sa courte liaison avec Ernesto, étudiant de la classe moyenne, à l’amitié qui la lie à un groupe de pandilleros de son quartier, on suit avec plaisir le chemin initiatique d’une fille que rien ne peut arrêter.

La Servante et le catcheur (Horacio CASTELLANOS MOYA)

note: 3Bienvenue en Enfer Laëtitia - 4 juillet 2013

Ce roman écrit au scalpel est une peinture sombre du Salvador des années 70, en pleine guerre civile.Souvent comparé à Céline pour son écriture sans fioritures,parfois vulgaire mais néanmoins efficace,l'auteur nous immerge dans un pays miné par l’ultraviolence, aussi bien celle de la dictature sous Duarte,que celle des opposants au régime. Pendant 48 heures,à San Salvador,l’horreur du quotidien, fait d’enlèvements,d’attentats et de tortures,passe par le regard de quatre personnages principaux : celui de Maria Elena (la servante),toute dévouée à ses patrons,et qui se donne pour mission d’apprendre ce qui est arrivé à un couple de jeunes gens de la famille, disparus à leur retour d’URSS ; celui du Viking, ancien catcheur devenu flic tortionnaire ; celui de Joselito, petit-fils de Maria Elena, étudiant et engagé politiquement jusqu’à devenir terroriste ; et enfin celui de Belka, fille de la servante, qui incarne la lâcheté ordinaire, préférant rester neutre et fermer les yeux sur les atrocités. Ces destins vont s’entremêler inexorablement dans une tragédie oedipienne, les enfants tirant sans le savoir sur leurs propres parents, les mères cachant à leurs enfants l’identité du père. Ce roman d’une plongée en enfer, qui n’est pas à mettre entre toutes les mains, reste une radiographie aussi réussie que dérangeante de l’histoire de tout un peuple d’Amérique centrale, un véritable uppercut.

Dirty old town (Daniel LEVIN)

note: 3... Marylène - 26 juin 2013

Caractéristique d’une nouvelle vague new-yorkaise,ce film à petit budget, met en scène la ville sous une forme oscillant entre documentaire et fiction onirique sur fond d’indie rock. The Lower east side, quartier populaire de Manhattan, mêlant populations immigrées et working-class, connaît un processus de"gentrification"(embourgeoisement,boboïsation!), largement appliqué dans les villes américaines,consistant à réaménager les zones sensibles afin d’apporter plus de confort et de mixité sociale. Ces changements sont parfois vécus comme la disparition d’une culture. C’est ce crépuscule que filment les réalisateurs,à travers l’histoire de Billy Leroy,propriétaire d’une brocante excentrique menacée d’être rasée et remplacée par un starbuck si le loyer n’est pas payé dans les 72h. William Leroy,français émigré enfant à NY,joue son propre rôle dans le film,comme les autres protagonistes, il n'est pas comédien professionnel. Le jeu spontané rappelle sans doute le maître Cassavetes. Le scénario pourrait virer glauque à force de trafics,flic miteux,jeune prostituée sous substances, mais il n’en est rien. Le film est sauvé par une certaine fraicheur,des amitiés sincères,de l’humain palpitant sur le béton, pour s’achever comme un conte urbain. A la juste image de son titre tiré de la chanson d’Ewan MacColl reprise par les Dubliners et les Pogues,dans Dirty old town, il y a du dégoût et de la tendresse.

Le Chiffre (René ZAHND)

note: 3... Marylène - 25 juin 2013

Quelques temps après la chute de Mobutu en 1997, on retrouve deux gardiens toujours en poste dans une luxueuse propriété en Europe du chef d’Etat africain fraichement déchu. De ce fait divers, René Zanhd, directeur adjoint du Théâtre de Lausanne-Vidy, fait une courte pièce à la demande et dédiée aux artistes burkinabè, Hassane Kouyaté et malien, Habib Dembélé. Bab et Sane, livrés à eux-mêmes, sans information de l’extérieur, s’enferment dans la « villa Paradis » comme le capitaine Drogo dans le fort Bastiani attendant l’ennemi qui viendra peut-être… L’attente, l’angoisse, les interrogations, le vain espoir trouvent ici écho entre les deux hommes comme Vladimir et Estragon « attendant Godot » dans le Désert des tartares ! L’humour et le désespoir affleurent sous la simplicité apparente des dialogues. Ressuscitant le dictateur disparu et son « scribe », les naufragés instaurent un jeu de rôle qui grignote imperceptiblement la réalité. Ce basculement dans la folie met en scène les mécanismes de l’irrésistible ascendant d’un homme sur un autre, la prise de pouvoir par le plus persuasif, le renoncement du plus fragile. Une leçon de psychologie politique sans grandiloquence, un texte humble qui respire la sincérité.

1502 (Michael ENNIS)

note: 4... Laëtitia - 25 juin 2013

1502 : Michael Ennis
Ce thriller historique est une fresque finement ciselée de l’Italie de la Renaissance, sous le règne des Borgia, famille à la réputation sulfureuse accusée de fratricides,d’incestes,et qui symbolise par son Pape Alexandre VI la décadence de l’Eglise. Tout commence par la découverte d’un corps de femme atrocement mutilé à Imola,portant sur elle le médaillon ayant appartenu à Juan,fils préféré du pape, dont l’assassinat cinq ans auparavant n’a toujours pas été résolu.Cette découverte permet de relancer l'enquête, celle-ci étant confiée à Damiata, ancienne courtisane et maîtresse de Juan, qui lui donna un fils, Giovanni, détenu en otage par le pape afin de l’inciter à obtenir de rapides résultats. A Imola, un serial killer semble sévir et Damiata se verra épauler par Niccolo Machiavel, envoyé par la République de Florence pour garder un œil sur le Pape et son fils Valentino,stratège et visionnaire,qui lui inspira son personnage central du « Prince ».Leonardo Da Vinci, ingénieur et architecte du duc Valentino,se joindra à eux pour tenter d’élucider ces crimes en utilisant ses méthodes scientifiques avant-gardistes. A cette enquête palpitante s’ajoute le plaisir de baigner dans la description d’une époque bénie pour les arts et les sciences, mais aussi pleine d’agitation avec ses multiples guerres entre cités et ses condottieri mercenaires qui se vendent aux plus offrants.

Tu, mio (Erri DE LUCA)

note: 3... Marylène - 15 juin 2013

Tu mio, une lecture courte et profonde. Certes, vous y trouverez le soleil d’Ischia, les barques de pêcheurs, l’amour incandescent d’un adolescent pour une jeune femme voilée de mystère, l’été désinvolte d’une île du sud dans les années 50. Mais bien plus encore, une sorte de concentré d’Erri De Luca : un personnage solitaire et mutique porté par un élan désespéré vers l’autre, une fusion relationnelle entre 2 êtres atypiques. La difficulté de transmission d’expériences entre les générations. L’avidité de la jeunesse à comprendre, à oublier, ou à vivre l’instant. L’horreur de la guerre et le constat des humiliations qui la suivent : l’Italie est le terrain de jeu d’été des allemands et Naples est aux mains de l’armée américaine. L’amour du sud bien-sûr et de sa langue. Tout ceci dans un si court roman. Vraiment, Erri de Luca, ouvrier écrivain, est un auteur dont chaque petit livre pèse de tout son poids.

Good morning Babilonia (Paolo TAVIANI)

note: 3.. Marylène - 4 juin 2013

Les frères Taviani acceptent une commande hollywoodienne. Réalisant une fresque grand public destinée aux américains,ils réussissent néanmoins à conserver leurs codes personnels, à la manière des histoires populaires des veillées,mélange de réalisme social transcendé d’envolées poétiques dans la lignée de «Padre padrone»,«Kaos». Ils parviennent surtout à mettre la vieille Europe au cœur de leur diptyque américain par le personnage du père qui attend le retour des fils prodiges au fond de sa Toscane natale. 1er tableau :une famille renommée de tailleurs de pierres en faillite. Les 2 plus jeunes frères font la promesse de revenir des Etats-Unis avec l’argent pour remonter l’affaire de leurs aïeux. Après les travaux les plus humiliants,ils sont embauchés à la création des décors sur le tournage du film monument de David W Griffith, «Intolérance» en 1914,le film dans le film. 2e tableau :commence alors une histoire du cinéma. Les coulisses de la création des 1ers films au sein de la petite famille que constituait Hollywood à cette époque. Quelques anecdotes mais surtout une philosophie du 7e art naissant, confronté à la suprématie de l’art premier millénaire,l’architecture. Sans oublier l’histoire personnelle des frères comme une allégorie de l’utopie de l’égalité. Certes,certaines scènes appuyées et quelques images surannées ont mal vieilli,l’intérêt du propos demeure.

Kurden people (Marina GIRARDI)

note: 3... Marylène - 1 juin 2013

C’est une vision sensible et condensée des kurdes, de leur origine médique à leur condition de peuple sans Etat englobé dans 6 pays (Turquie, Iran, Irak, Syrie, Arménie, Géorgie), que nous livre cette jeune dessinatrice italienne.
Retraçant en quelques évènements marquants la tragédie de ces hommes et femmes humiliés par l’histoire, bouc-émissaires sous les dictatures, déportés, emprisonnés, soumis aux choix du désespoir : le combat ou l’exil. Echoués dans les villes européennes après de sordides traversées clandetines, ils inspirent la méfiance voire le mépris. Cette BD a le mérite d’apporter un éclairage sur cette population méconnue dont la culture millénaire ne se résume pas au PKK

Avé (Konstantin BOJANOV)

note: 3... Marylène - 1 juin 2013

Avez-vous jamais vu un film bulgare? La question peut se poser car ils ne sont pas légions, contrairement aux foisonnantes productions roumaines voisines, fréquemment présentes dans les festivals. Et bien commencez par celui-ci, son intérêt ne réside pas uniquement dans sa rareté. Road movie initiatique de deux adolescents en dérive, le thème pourrait tourner au glauque ou au déjà-vu, mais il n’en rien et la route nous emporte. Kamen, ombrageux étudiant en art à Sofia, s’apprête à se rendre en autostop auprès de la famille d’un ami suicidé. Avelina, Avé de son surnom, fugueuse extravertie, surgit sur le bord de sa route et s’incruste dans son périple. Si c’était un conte il commencerait par : ainsi commence la rencontre entre la lune et le soleil. Il est insupporté par cette gamine sans-gêne qui s’invente une nouvelle vie à chaque étape du voyage, provoquant des situations loufoques voire dangereuses. Elle, utilise son imagination comme un pansement.Au fil de l’asphalte la rencontre devient relation. Le réalisateur parvient à mettre en scène subtilement la complexité des rapports rugueux entre adolescents, les sentiments entiers, la pudeur sous une apparente effronterie. Comme souvent dans les road movies, les paysages et les lumières sont soignés. Konstatin Bojanov, est un artiste plasticien, lui-même issu des Beaux-arts de Sofia et diplômé du Royal College of art de Londres.

Extrêmement fort et incroyablement prêt (Jonathan Safran FOER)

note: 3... Laëtitia - 30 mai 2013

Extrêmement fort et incroyablement près : Jonathan Safran Foer
Conte, roman initiatique et/ou histoire à tiroirs,une chose est sûre,ce roman peut en dérouter plus d’un. Jeune prodige des lettres américaines contemporaines,Foer nous immerge dans son univers baroque et original où se chevauchent les époques et les continents,où le réel côtoie le rêve. Pour corser le tout,l’auteur fait de cet objet littéraire un objet typographique,incluant des photographies,des listes de chiffres, toute une somme qui reflètent la personnalité de son personnage central, Oskar,petit garçon de neuf ans surdoué et limite autiste. Suite à la mort de son père lors des attentats du 11 septembre et à la découverte d’une clé dissimulée dans un vase,Oskar est persuadé qu’il s’agit là d’un ultime message laissé par son père et porteur de sens.Son périple lui fera écumer les cinq districts de la ville,rencontrant toutes sortes de gens,lui permettant de surmonter quelque peu sa peine et de s’ouvrir au monde.Livre étrange,malgré quelques passages artificiels,il emporte mon adhésion pour de nombreux instants de grâce dus à l’humanité des rencontres faites par Oskar,à l'excentricité des personnages,mais aussi par la qualité de la plume de Foer,savante et inventive,sans compter une fin émouvante…

Cesare n° 1
Cesare - Uno (Fuyumi SORYO)

note: 3... Marylène - 15 mai 2013

Cesare,c’est un Borgia,fils de Rodrigo,frère de Lucrèce et non l’empereur. Si vous aimez la Renaissance,n’hésitez pas.Certes, il s’agit de vulgarisation de l’histoire mais les auteurs se sont scrupuleusement documentés et entourés pour légitimer cette vision fouillée d'une époque complexe. Les territoires qui deviendront l’Italie sont alors divisés en Royaumes,Duchés ou Républiques ennemis, dont la concurrence s’exerce autant dans le commerce que l’art. Soryo nous fait entrer dans les coulisses des rivalités entre familles détentrices du pouvoir -Médicis,Sforza,Della Rovere, Borgia– par le regard d’Angelo,candide roturier qui obtient son entrée dans la prestigieuse université de Pise,grâce à la générosité des Médicis. Naïf, il ignore les dangers et doit tout apprendre des alliances. Son apprentissage est le nôtre et le subterfuge peut donner un aspect scolaire au discours.Cependant, on se régale à s’initier aux subtilitésdes relations internationales du XVe s et de ces humanistes bercés de culture antique et d’ambitions pour un monde nouveau. Ce siècle exceptionnel paré de Boticelli, Vinci, ouvre son horizon avec Colomb. Rien qe la beauté des planches représentant l’architecture pisane justifie la lecture de cette série. En revanche les visages stéréotypés manga manquent de profondeur,Cesare sous des traits glamour peut surprendre sans gâcher le plaisir de cette découverte.

La Colère de Fantômas n° 1
Les Bois de justice (Olivier BOCQUET)

note: 4... Marylène - 11 mai 2013

Très bel objet littéraire et graphique, ce Fantômas est un cadeau inattendu de Dargaud tant la figure du Génie du crime semblait marquée de manière indélébile de son masque bleu depuis son adaptation burlesque au cinéma. Le scenario ici reste attaché aux romans originels de Pierre Souvestre et Marcel Allain, chers aux symbolistes et aux surréalistes. Fantômas retrouve toute la violence du criminel hors normes, esprit brillant et insaisissable qui inspire autant la terreur que la fascination. La bd réussit parfaitement le double pari de nous soumettre à cette relation ambigüe au personnage et de nous tenir en haleine jusqu’au prochain tome. Dans une atmosphère expressionniste par le dessin et nabi par les couleurs, Julie Rocheleau plante superbement le décors de ce Paris crépusculaire sur le point de basculer du 19e au 20e siècle. Celui qui promit de « voler tout l’or de Paris » est présenté par l’auteur comme le premier super-héros, mais une chose est sûre, il n’est ni patriotique ni moraliste, pas assez politiquement correct pour devenir un simple Marvel.
Le scénariste, Olivier Bocquet s’était déjà illustré dans le registre policier (car bien-entendu, Fantômas, c'est aussi l'enquête effrénée de l’inspecteur Juve et du journaliste Fandor) dans un truculent roman disponible à la médiathèque : « Turpitudes ».

Couleur de peau : miel (Doug JUNG)

note: 4... Laëtitia - 11 mai 2013

Après des études aux Beaux-Arts de Bruxelles, Jung Sik Jun se plonge dans l’univers de la BD, avec une nette préférence pour tout ce qui a trait au Japon, travaillant souvent à quatre mains avec son épouse Jee Yun. Puis il se lance dans le roman graphique avec «Couleur de peau : miel», plus intimiste, puisqu’il s’agit de l’histoire de son adoption à l’âge de 5 ans par un couple de belges, très vite adapté au cinéma. Ce film hybride est un petit bijou, alternant habilement l’animation 3D (pour l’aspect poétique),des images familiales en super 8 (pour l’authenticité), des images d’archives de la Corée d’après-guerre (pour inscrire son histoire personnelle dans la grande Histoire), ainsi que des séquences en prise de vue réelle dans la Corée d’aujourd’hui (pour boucler la boucle). Lui qui croyait que sa couleur de peau était miel, comme il était indiqué sur sa fiche d’adoption, se fait traiter à l’école de «citron jaune» alors qu’il se sent belge. Confronté à la différence, sa quête identitaire va être activée et va passer par plusieurs phases : déni de la Corée, invention d’une identité japonaise, séjour à l’hôpital comme un cri de détresse. Emouvante mais non dénuée d’humour, cette histoire n’est pas qu’une catharsis, mais est aussi un vibrant hommage à sa mère de cœur et aux mères coréennes qui n’ont pas eu d’autre choix.

Notre-Dame-Du-Nil (Scholastique MUKASONGA)

note: 4... Laëtitia - 7 mai 2013

Prix Renaudot 2012, Notre-Dame-du-Nil place le lecteur au cœur du Rwanda des années 70, alors que les Hutu ont pris le pouvoir et commencent à imposer leurs diktats. Au lycée,unisexe et perché en altitude pour éloigner les garçons, c’est la rentrée scolaire. Un ballet incessant de belles voitures déposent des jeunes-filles issues de milieu aisé, majoritairement hutu, destinées à incarner l’élite future du pays. A l’heure des quotas, Veronica et Virginia sont les seules tutsi de leur classe de terminale, où sévit Gloriosa, fille de ministre et leader en devenir, qui profitera du nouveau régime politique pour tenter d’expulser ces «cafards». «Parasites» pour les uns, «déesses» pour certains blancs, comme l’excentrique M. de Fontenaille, qui voit en elles les descendantes des pharaons noirs, elles devront elles et leurs camarades faire face à la montée en puissance de la haine raciale. Heureusement, quelques épisodes cocasses sont autant d’éclaircies dans une atmosphère de plus en plus pesante. Comme l’a souligné avec justesse l’écrivain congolais Boniface Mongo-Mboussa, l’auteur «donne aux disparus une digne sépulture de mots à la fois pour apaiser les vivants et sanctifier les morts».Sans juger l’histoire complexe du pays, le lecteur est touché par ce récit émouvant, qui dessine les prémices du génocide de 1994, où Scholastique Mukasonga a perdu 37 membres de sa famille, dont sa mère.

Le Bonheur de l'imposture (Hubert NYSSEN)

note: 3... Marylène - 26 avril 2013

A l’enterrement de sa mère, l’écrivaine populaire Eléonore Korab, son fils Archie envisage de mettre à plat ses souvenirs sur le divan d'un psychanalyste qu’il nomme, lui le géographe, un « paysagiste ». Que dire de sa mère fantasque dont il est difficile de démêler les inventions des histoires vécues ? Qu’avouer de lui-même qui a brûlé d’une passion d’homme pour cette femme quand il était enfant, ne laissant d’autre place que celle d’un figurant au père effacé? Que penser de ces 18 années d’absence entre l’envol de sa mère vers l’Allemagne en pleine guerre, enceinte du violoniste de Dresde et les retrouvailles à Genève où Eléonore devient soudain Korab, réfugiée arménienne ? Eléonore Korab répond partiellement aux questions de son fils à travers ses romans, belle idée que nous offre Hubert Nyssen, fondateur des éditions Actes sud.
Il crée un personnage puissant sous les traits d’une femme qui inspire l’admiration comme l’indignation dans sa quête désespérée de se sentir vivante. Il parvient habilement à déconstruire les souvenirs, ces mensonges de l’enfance que l’on pense réalité. Nyssen se fait historiographe de l’histoire intime, coupant et recoupant les faits tout en acceptant la part qui échappe toujours. Combien de vies contient une existence ?

Aâma n° 2
La Multitude invisible (Frederik PEETERS)

note: 4.. Marylène - 25 avril 2013

Ceux qui avaient apprécié Lupus du genevois Frederik Peeters, aimeront certainement se replonger dans sa science-fiction avec la série Aâma. Dans un futur très lointain, la société bien qu'hypertechnologique, continue de fonctionner en « couches » de populations vivant dans des niveaux clairement distincts. Dans les bas-fonds, Verloc Nim, humain trop humain refusant tout transplant, ce qui le rend vulnérable, se noie dans l’amertume d’une vie qui lui échappe depuis le départ de sa femme et de leur fille. Son frère Conrad, qui en contraste, occupe un poste important dans une multinationale en biorobotique, le sort de sa léthargie pour l’embarquer sur une autre planète. Ona(ji) colonie scientifique abandonnée où la mystérieuse substance aâma produit des effets spectaculaires… Ce voyage est prétexte aux interrogations sur l’avenir de l’humain noyé dans la robotique et les sciences bien-entendu, mais pas seulement c’est aussi l’analyse de la rupture du lien familial (entre frères, amants, parent/enfant) thème déjà exploré dans ses précédents albums. Le dessin organique aux couleurs crépusculaires rend le lecteur captif de cet univers inquiétant. Frederik Peeters propose d’entrer dans les coulisses de la création de la série sur le blog :http://projet-aama.blogspot.fr/

La Vie rêvée du Capitaine Salgari (Paolo BACILIERI)

note: 3.. Marylène - 25 avril 2013

Emilio Salgari naît à Vérone en 1862 ce qui fait de lui l’un des 1ers écrivains italiens puisque le Royaume d’Italie n’a été proclamé qu’ 1 an avant sa naissance ! Ses romans d’aventures populaires captivent le public du début du 20è siècle, toutefois il est tièdement reconnu par ses pairs et même désavoué par Jules Verne. Il se déclare capitaine, quant à ses romans aux titres épiques (Les Pirates de la Malaisie, Les Mystères de la jungle noire, Le Corsaire Noir, Sandokan) évoquent des aventures orientales musquées, or, élève à l’institut naval de Venise, il n’achève pas ses études et ses périples personnels se limitent à l’Adriatique…
Cette bd retrace la vie schizophrénique de Salgari qui le mène au suicide : face lumière, le voyage immobile dans son imaginaire inépuisable, pile, sombre réalité, prisonnier de ses dettes et de son éditeur qui lui impose un rythme d’écriture ahurissant. Le jeune illustrateur, Paolo Bacilieri , offre de très beaux dessins d’architectures des villes italiennes à la ligne claire.

Les Désorientés (Amin MAALOUF)

note: 3... Marylène - 12 avril 2013

Les désorientés,un titre à prendre au sens littéral:ceux qui ont perdu l’orient.Les byzantins,étudiants libanais de confessions différentes mais tous attachés à leur civilisation levantine,ont partagé leurs rêves humanistes dans les années 70 avant d'être séparés par la guerre.Adam,celui qui porte le nom du premier homme comme un espoir et son échec, devenu parisien,est appelé au chevet de Mourad. Arrivé sur le sol des origines à reculons,il nourrit rapidement le fantasme de les réunir tous à nouveau. L'auteur utilise cette galerie de personnages pour donner son point de vue éclairé sur les sujets qui ont rongé le siècle et le Liban,petit laboratoire universel tant sa géographie et sa sociologie l’ont mis au cœur des évènements : Ramez retiré dans un monastère, Ramzi son double sunnite, qui ne parvient à être en paix malgré sa réussite insolente ,Naïm, juif à qui l’histoire a confisqué son identité arabe et qui fait du Brésil sa Terre promise,Bilal,le révolté mort sur une barricade par excès de romantisme. Sans oublier ceux qui sont restés,ont affronté la guerre et s’en trouvent soumis au jugement de ceux qui l’ont fui… Cette construction pédagogique en fait un roman facile à lire,sans rien enlever à la finesse des analyses sur le pouvoir,la foi,l’identité. Ce n’est pas l’œuvre la plus littéraire d’A.Maalouf,néanmoins cette recherche du temps perdu mérite sa place dans le panthéon de l’académicien.

Dans le ventre des mères (Marin LEDUN)

note: 4... Laëtitia - 2 avril 2013

Jeune romancier ardéchois,Marin Ledun situe le cœur de son intrigue dans sa région natale,propice par sa faible densité démographique et par son aspect isolé à faire éclore un immense laboratoire secret dédié aux bio et nanotechnologies,dirigé par Peter Dahan,mi-gourou,mi-scientifique. V. Augey,inspecteur lyonnais, est appelé en renfort suite à l’explosion du village où se situait le laboratoire. Dans un décor de fin du monde, un charnier est mis à jour,les cadavres portant les traces de mutations génétiques. Le lecteur assiste à un chassé-croisé entre Augey et Laure Dahan, seule survivante et principale suspecte mue par deux obsessions, retrouver sa fille et détruire les travaux de son père. Rythmé par une écriture vive,semé de rebondissements qui nous mènent de l’Ardèche à Berlin,en passant par Zagreb,le Maroc et la Sicile, naviguant du polar noir à la science-fiction,on ne lâche plus ce roman qui donne aussi à réfléchir sur les dérives possibles des manipulations génétiques aux mains de complexes militaro-industriels. Car le transhumanisme,décrit par un scientifique du roman est «(…)une doctrine philosophique(qui vise) l’amélioration du corps humain par la technologie (permettant)d'accroître leurs capacités physiques, mentales ou reproductives ». Et ce n’est pas de la paranoïa de penser que dans le secret de laboratoires, des scientifiques jouent déjà aux apprentis-sorciers…Un techno-polar efficace.

Reality (Matteo GARRONE)

note: 3... Marylène - 2 avril 2013

Luciano, poissonnier le matin, arrondit les fins de mois avec de petites magouilles de robots de cuisine le reste du temps. Encouragé par ses enfants, il tente le casting pour participer à l’émission de télé-réalité « il grande fratello ». Imperceptiblement au départ, son quotidien en est affecté jusqu’à bouleverser totalement sa vie. Qu’est-ce qui est réel autour de lui ? Matteo Garrone filme ce quartier populaire de Naples sans artifice ni condescendance comme il l’avait fait pour la Sicile de « Gomorra ». Même si le sujet de la télé-réalité est dépassé, la montée de la paranoïa dans une société spectacle dominée par l’image, reste un thème actuel. Le quotidien n’a jamais fait autant l’objet de mises en scène qu’aujourd’hui : réseaux sociaux, webcams, blogs... Le réalisateur a particulièrement soigné l’intro et la conclusion, felliniennes, comme certains personnages d’ailleurs.

Les femmes du bus 678 (Mohamed DIAB)

note: 4... Laëtitia - 30 mars 2013

Le Caire, de nos jours. Le cœur du film de Mohamed Diab est la révolution,non pas celle politique, brûlante d’actualité, du soulèvement du peuple, place Tahrir. Cette révolution, c’est celle des femmes qui luttent contre tout ce qui porte atteinte à leur dignité, à savoir les remarques déplacées, les attouchements et autres agressions sexuelles ayant lieu quotidiennement, dans la rue,les stades de foot, et surtout les bus. Le film croise les destins de trois femmes, Fayza, femme mariée qui porte le voile et vit dans les quartiers populaires, Seba,artiste bourgeoise et Nelly, qui rêve de percer dans le stand-up. Récits parallèles, flash-back, le cinéaste use de tous ces procédés pour tisser la trame de ces destins et enfin les faire se rencontrer. Chacune à leur manière elles se feront justice,Fayza étant la plus radicale, blessant ses agresseurs et déclenchant ainsi une enquête de police. A travers elles, Mohamed Diab dresse un constat lucide, amer, mais aussi plein d’espoir, de l’évolution de la société égyptienne, et réfute tout amalgame entre ces actes et l’islam. En effet, le viol collectif d’une jeune indienne dans un bus de New Delhi en janvier dernier, décédée des suites de son agression, rappelle si besoin est que la violence n’est l’apanage d’aucun peuple ni d’aucune religion. Et que les hommes, comme le fiancé de Nelly ou le commissaire Essam,peuvent par leurs actes et leur soutien, contribuer à cette révolution.

Pigeon, vole (Melinda NADJ-ABONJI)

note: 3Nouvelle littérature suisse Marylène - 27 mars 2013

Pigeon vole, librement lui, sans papier, sans frontière. Lorsque la famille Kocsis, yougoslave de Voïvodine (enclave de langue hongroise) émigre à Zurich, ce n’est pas si simple. Les filles, Idliko et Nomi doivent rester au pays avec mamika, la grand-mère, en attendant l’autorisation administrative pour rejoindre leurs parents obtenue en 1973. D’abord blanchisseurs, ils deviennent restaurateurs sur la rive dorée du lac. Une place au soleil durement méritée, à coups de travail acharné en restant sourds aux commentaires à l’égard des immigrés, surtout lorsque ceux-ci sont originaires d’un pays où une guerre fratricide éclate… Récit de l’exil par la voix de l’enfance et de l’adolescence, ce roman social n’a pas l’amertume glaçante mais plutôt la nostalgie lucide. Entre révoltes et joies,le parcours initiatique de Nomi ressemble sûrement à celui de l’auteure, née en 1968 en Serbie. Ce roman semble jouer une petite musique tant la langue est particulière, rebondissant du magyar, au serbe en passant par le schwyzerdütsch. La littérature de l’immigration, abondante en France, l’est moins en Suisse (peut-être est-elle juste moins visible ?) et cette œuvre a le mérite de la mettre en valeur (Buchpreis de Francfort 2010). Comme les deux faces d’une médaille, M. Nadj Abonji pour la Suisse alémanique, Agota Kristof en suisse romande, enrichissent la littérature helvétique de leurs couleurs d’origine.

La Mer, le matin (Margaret MAZZANTINI)

note: 3... Marylène - 22 mars 2013

Les séquelles de la colonisation et de la décolonisation sont sobrement mises à nu dans ce récit des vies croisées de deux mères séparées par la mer. La méditerranée impartiale, berce, embarque et rejette les libyens comme les italiens sur ses rivages opposés. Les tripolini (italiens de Tripoli) que Kadhafi, jeune leader de la libération chasse violemment en 1969 vers la Sicile, comme les berbères libyens fuyant la dictature puis la guerre civile en 2011, souffrent et meurent de l’exil, portés par cette mer implacable. Quant à l’autre mère, elle transmet son mal en tentant pourtant d’en écarter sa descendance. La porosité affective mère-fils ajoute à la tragédie tout en lui donnant toute sa beauté. L’enfant mémoire, l’enfant espoir... Un roman qui sous une écriture paisible cache une tempête emportant des mères naufragées.

Le Terroriste noir (Tierno MONENEMBO)

note: 4... Marylène - 14 mars 2013

Terroristes c’est le terme utilisé par les allemands pour qualifier les résistants. Quant au schwarze Terrorist,il désigne un activiste du 1er réseau de résistance des Vosges.Son nom,Addi Bâ Mamadou. Noir et musulman. Si ce scénario surprend à première vue il rend pourtant compte d’une réalité éclipsée de l’histoire,l’engagement des soldats des colonies souvent abandonnés à leur sort dans la déroute des combats perdus et oubliés de ceux qui furent glorieux. La part du réel, c’est Addi Bâ,adopté par une famille française,engagé dans le régiment de tirailleurs sénégalais,il prend le maquis dans les Vosges et meurt fusillé à Epinal en 1943.La part du roman,c’est le cheminement de son intégration à la communauté vosgienne,à Romaincourt où après avoir survécu comme un animal dans la forêt,rescapé de la bataille de la Meuse,il fut recueilli par les villageois.Par devoir envers un soldat français,par obligation morale ou par empathie,chacun à sa manière et ses raisons de l’aider… Ou de le trahir un jour : parce qu’il combat l’occupant,il plait trop aux femmes,ou simplement pour sa peau.T Monénembo, écrivain guinéen chroniqueur du peuple peul,signe un roman étonnant tant il nous plonge avec aisance dans l’âme du terroir vosgien, l’âpreté de ses hivers infinis et de ses hommes .Sans oublier de souligner le rôle silencieux mais fondamental des femmes.

La Convocation (Herta MULLER)

note: 3Lettres roumaines Salon du livre 2013 Marylène - 13 mars 2013

Une ouvrière d’une usine textile glisse un petit mot dans une poche de pantalon destiné à l’exportation vers l’Italie. Une anecdote, presqu’une plaisanterie. Sauf lorsque cette scène se déroule en Roumanie sous la dictature. Depuis ce jour, elle est convoquée et interrogée régulièrement par un agent de la Securitate. Depuis le tramway qui l’emmène à sa convocation, défilent le quotidien terne du peuple oppressé, et la vie volée de cette femme.
Tous les mouvements intimes de la raison - questionnement, doute, révolte, renoncement - sont disséqués méthodiquement au point que l’on sent à peine à quel moment elle se perd… La raison, plus encore que le sentiment, interroge aussi l’autre, le délateur, le bourreau. Celui qui a le pouvoir sur une vie par simple opportunisme politique et dont le zèle n’est que le cache-misère d’une vie médiocre habitée par un être inconsistant. La force de l’écriture percutante en phrases courtes frôle la poésie. Un roman glacial sur l’abus de pouvoir dans une société « meute », thème récurrent d’Herta Muller, elle-même réfugiée en Allemagne en 1987 après avoir subi l’oppression du régime Nicolae Ceaușescu. Souabe, minorité germanophone de Roumaine, elle écrit en allemand. Elle est la douzième femme Prix Nobel de littérature.

Dojnaa (Galsan TSCHINAG)

note: 3... Laëtitia - 12 mars 2013

« Je suis belle, ô mortels !, comme un rêve de pierre » : ce vers de Baudelaire semble avoir été écrit pour le personnage de Dojnaa, au sens propre comme au figuré. Car Dojnaa, en digne fille d’un lutteur de légende, est grande et robuste. Et elle ne plie pas face à la dureté de la vie dans les steppes, ni ne renonce à sa liberté dans une société traditionnelle, faisant face aux médisances quand son mari la quitte, repoussant une tentative de viol ou encore chassant le gibier comme un homme. Faisant partie de l’ethnie des Touvas, éleveurs nomades et adeptes du chamanisme, Tschinag n’était pas destiné à être écrivain, car la langue est uniquement orale, dédiée au chant, à la poésie et au sacré. Suite à des études en Allemagne, c’est dans la langue de Goethe qu’il décide de faire connaître au monde entier la beauté et la rudesse des paysages et des hommes de l’Altaï. A lire pour ce magnifique portrait de femme et pour cette immersion dans un quotidien rythmé par les saisons.

Magie noire n° 1
Magie noire tome 1 (Gilbert GROUD)

note: 4... Laëtitia - 9 février 2013

Artiste ivoirien polyvalent : infographiste, illustrateur, peintre et auteur de BD, il aborde dans ce cycle un sujet tabou de la société africaine, à savoir la magie noire, sujet qu’il connait bien pour l’avoir abordé lors de la soutenance de son diplôme national. L’histoire se passe dans un village où des gens meurent de façon étrange, surtout des enfants. Pour monter en grade, chaque sorcier doit à tour de rôle sacrifier un être cher. C’est au tour de Gaba de donner son dernier fils. Il sait qu’il peut contourner ce sacrifice par d’autres rituels, tels l’incorporation de l’esprit d’un mort dans un objet (comme le collier d’Oly, autre puissante sorcière), ou le mariage avec un autre initié. L’histoire tient en haleine le lecteur, qui se promène en alternance entre monde réel et monde magique. D’un point de vu graphique, cet album tient aussi ses promesses. Le cadrage cinématographique des planches et les plans d’ensemble succèdent aux zooms (notamment les regards hallucinés des sorciers). De même, les dessins, de par leurs contours et couleurs, nets quand ils retracent le quotidien du village, prennent une autre dimension lors des épisodes de sorcellerie, avec des traits flous et des teintes assombries qui se mélangent pour rendre une atmosphère onirique et inquiétante. Laissez-vous envoûter !

Poulet aux prunes (Marjane SATRAPI)

note: 3... Marylène - 9 février 2013

Après Persépolis, Marjane Satrapi avec son complice Vincent Paronnaud , adapte à l’écran son « Poulet aux prunes » (paru en 2005 chez l’Association) .Nasser Ali Khan, violoniste égocentrique, décide d’attendre la mort dans son lit depuis que sa femme a détruit son instrument lors d’une dispute. Ce conte sur l’amertume de la vie où l’on frôle la beauté, le bonheur, l’amour, mais toujours ils nous échappent, est composé à rebours des derniers jours de la vie du musicien désabusé. Une introspection tragi-comique en 8 tableaux, chacun alimentant la source du malheur qui l’a conduit au renoncement.
D’un point de vue formel, les réalisateurs abandonnent le graphisme noir et blanc pour oser la fiction couleurs. C’est vrai, ils jouent et surjouent sur les décors saturés jusqu’au kitsch, mais n’est-ce pas l’adaptation d’une bd ? L’effet carton pâte participe à l’onirisme du récit au charme désuet d’une carte postale de Teheran dans les années 50. Certes l’assemblage de scénettes hétérogènes offre un ensemble de qualité inégale, mais quelques grammes de poésie ne se refusent pas.

Parlons femmes (Ettore SCOLA)

note: 3... Marylène - 9 février 2013

Un classique de la comédie "All'Italia" des années 60, premier film réalisé par Ettore Scola après avoir été scénariste pour Dino Risi. Huit sketches évoquent la condition de la femme dans une société masculine. Pour entrer dans le sujet, les personnages sont stéréotypés, la bourgeoise en quête de sensation forte, le frère lâche tenu de faire respecter l’honneur de sa sœur, la petite famille exemplaire… Ainsi vite passées les présentations, le scenario peut rapidement se tourner vers l’hypocrisie des relations, l’élément cocasse, perturbateur, la petite chose qui dérange. Le rire effleure en même temps que la tendresse ou l’amertume dans ces formats courts. Vittorio Gassman assume les huit rôles masculins incarnant courageusement le mâle rustre, fuyant, autoritaire, que dénoncent les scènes tour à tour. Car bien-entendu,
« parlons femmes » parle autant des hommes…

Incendies (Denis VILLENEUVE)

note: 3... Marylène - 23 janvier 2013

A la mort de leur mère, deux jumeaux d’une vingtaine d’années, se voient remettre par le notaire, une lettre à donner à leur père qu’ils ne connaissent pas, une autre à leur frère, dont ils ignoraient l’existence. Pour explorer le passé de leur mère exilée et accéder à sa demande posthume, ils se rendent au Moyen-Orient dans un pays où se déchirent chrétiens et musulmans (le Liban n’est jamais cité), berceau de leurs origines.
La tragédie dans la tragédie. Depuis les grecs nous le savons, impossible de démêler l’écheveau des drames de l’histoire intime de l’universelle. L’individu, broyé par des rouages invisibles, est dépossédé du libre-arbitre de sa vie qui devient destin. L’homme croit bâtir une tour et creuse en fait une tombe. De cette inaltérable source d’inspiration, Wajdi Mouawad, dramaturge libano-canadien, a puisé une pièce adaptée au cinéma par le réalisateur québécois Denis Villeneuve. Un film violent dont la force repose sur une interprétation magistrale. Rien de nouveau sous le soleil depuis Sophocle, mais on ne peut pas reprocher au théâtre et au cinéma de continuer à interroger l’homme inlassablement.

Breaking news (Johnnie TO)

note: 3... Marylène - 16 janvier 2013

Même si vous n’êtes pas particulièrement friand de film d’action hongkongais, ce Johnnie To pourrait vous séduire. Les ingrédients de base sont là : banditisme, courses poursuites, armes à feu, guerre des chefs… Mais le réalisateur ajoute quelques condiments originaux pour améliorer la sauce. Dans l’éternelle histoire police contre malfrats, il faut désormais compter avec les médias : la communication, nouvelle arme de combat dans un monde où tout est spectacle. Le rythme respecte les codes du genre, rapide et nerveux, la première scène, un plan séquence de 7 minutes en mouvement rotatif, vous laisse déjà à bout de souffle !

Lady snow blood n° 1
Vengeance sanglante (Kazuo KOIKE)

note: 3... Marylène - 16 janvier 2013

Ce manga, classique japonais sorti en 1972, s’est fait désiré en France où il n’est publié que depuis 2008 ! Alors n’attendez plus pour découvrir cette troublante histoire de vengeance dont Tarentino s’est inspiré pour le scenario de Kill Bill. Une femme emprisonnée à perpétuité imagine un plan machiavélique pour tuer les assassins de son mari et de leur fils : enfanter en prison l’instrument de sa vengeance…. Au-delà du drame familial, l'histoire vous plonge dans l'ère Meiji, cet instant d'ouverture et de fracture du Japon, l'adoption du modèle occidental au détriment des codes ancestraux.
A noter, le dessinateur Kamimura a utilisé un traité classique d’estampe.

Alpha... directions (Jens HARDER)

note: 3... Marylène - 16 janvier 2013

Attention Big bang dans l’espace BD ! Cette œuvre inqualifiable est un défi digne d’un pari osé un soir de folie festive, mais le résultat est bien rigoureusement scientifique. Synopsis simple : l’histoire du développement de l’univers du Big bang à l’apparition des hominidés, soit, 14 milliards d’années ! Ambitieux et admirablement réussi, à vous réconcilier avec votre prof de sciences ! Ce pavé graphique quasi muet est présenté comme le premier d’une trilogie à venir, suivront Beta …civilisations (consacré à l’Homme), et Gamma …visions (anticipation du futur de notre planète).
Jens Harder, jeune illustrateur berlinois est co-fondateur du collectif d'artistes Monogatari. Il a obtenu deux Prix Max et Moritz de la meilleure bande dessinée allemande en 2004 et 2010 et le Prix de l'audace du festival d'Angoulême 2010.

Sauver Mozart (Raphaël JERUSALMY)

note: 3... Marylène - 22 décembre 2012

Encore un roman sur la 2nde guerre!Néanmoins si l’air vous rappelle quelque chose, la chanson est bien originale.La guerre, loin des champs de batailles, est perçue depuis le sanatorium de Salzbourg, où notre héros sans arme, juif sans l’être vraiment, lutte contre une tuberculose. Un parallèle s’établit entre le combat intime contre la maladie, et la guerre où l’ennemi c'est les autres. Sur les deux fronts, tout se dégrade. Mais Otto Steiner, dont nous parcourons les notes qu’il tient chaque jour comme le cahier des comptes à rebours de sa vie, tente de demeurer digne et de protéger tout ce qui lui reste : la musique. Lorsque Hans le sollicite pour l’aider à monter le programme du Festpiel, festival de musique classique de Salzbourg en juillet 1940 auquel assistera Hitler, Otto organise sa bataille pour sauver Mozart…Impossible d’en dire plus pour ne pas vous ôter le plaisir malicieux que vous aurez à découvrir comment il y parvient. Ce journal intime d’un vieillard résistant, met en miroir l’histoire d’une société au bord de la destruction et celle d’un homme seul qui va disparaître. Rythmé par la musique, le récit malgré le décor, n’a rien de désolant et se déroule sur des notes de plus en plus entraînantes, emportées par l’excitation des préparatifs. Bien-sûr, l’humour est sarcastique, mais on referme ce livre en souriant et l'on reste attaché à ce héros crépusculaire.

Sarajevo omnibus (Vélibor COLIC)

note: 3... Marylène - 18 décembre 2012

Cet omnibus dessert quelques stations historiques de la ligne Europe, Balkans, Sarajevo avec des arrêts aux noms évocateurs dont le vecteur commun est l’évènement déclencheur de la 1ère guerre mondiale : l’assassinat de l’Archiduc François-Ferdinand.Vous croiserez le Colonel Apis, cerveau de la « main noire » (organisation nationaliste serbe) qui dirigea celle de Gravilo Princip sur la gâchette de l'attentat. Entre autres personnages habités par la cause indépendantiste, vous trouverez aussi Ivo Andric, esprit tourmenté dans un corps souffrant, unique prix Nobel de littérature yougoslave. Chaque station nous offre un angle de vue différent de l’évènement .L’atmosphère foisonnante de la ville pénètre de plus en plus les pages et finit par nous envelopper complètement. Sarajevo dont le nom n’évoque plus que, très souvent, le siège de 1992-1996, se rappelle aux mémoires avec éclat.Certes, la ville était déjà aux prises avec la violence de l’histoire, belle convoitée par deux empires, écartelée entre orient et occident. Le ton frôle parfois le burlesque et flirte avec le conte philosophique lorsqu’il évoque les figures de l’architecte du pont Latin , du rabbin, de l’imam et du prêtre. Cette construction emmène le lecteur au-delà de la dimension archivistique (et parfois fastidieuse ! ) du roman historique, dans une œuvre romanesque pétillante. Un premier conseil, lisez ce livre, un second, parcourez cette ville…

Les Manguiers de Bellavista (Robin BAYLEY)

note: 3... Laëtitia - 14 décembre 2012

Robin Bayley : Les Manguiers de Bellavista (Arthaud, 2010)
Depuis sa plus tendre enfance, l’auteur a été bercé par les histoires contées par sa grand-mère, tournant toutes autour de la figure d’aventurier d’Arturo, l’arrière-grand-père, qui tout jeune quitta son Angleterre natale pour travailler dans une filature, dans un petit village du Mexique. En exhumant d’une vieille valise cabossée une lettre et des photographies de cette période, Robin décide de marcher dans les pas d'Arturo, entamant un périple le menant du Guatemala en passant par la Colombie, le Vénézuela et bien sûr le Mexique. Il découvrira l’hospitalité et la solidarité sud-américaine : à Antigua, il affinera sa connaissance de l’espagnol et tombera amoureux de Juanita ; dans un bus à destination de Bogotà, il fera la connaissance de Pedro, un ingénieur qui va le dévier de sa route en l’invitant à bourlinguer avec sa famille jusqu’à San Marta pendant près d’un mois,etc. Puis les choses se précipitent : près de Tepic, dans le hameau de Bellavista, il se découvre une deuxième famille nombreuse, Arturo ayant eu une liaison extraconjugale, et de cette liaison une fille, ayant donné naissance à… 11 enfants !Cette révélation va être le prélude à d'autres bouleversements... Un très beau récit sur la filiation, les secrets de famille, la tolérance et la découverte d’autres horizons.

Les Lettres de Capri (Mario SOLDATI)

note: 4... Marylène - 24 novembre 2012

Harry, jeune historien de l’art et journaliste américain, retrouve par hasard dans les rues de Rome un scénariste, Mario, rencontré un an auparavant, auquel il demande une aide financière afin de pouvoir demeurer en Italie. Intrigué par la situation d’Harry et plus encore par la sensualité insolente de celle qui partage sa vie, Dorotea, Mario accepte de lui acheter un scenario. Celui-ci n’est autre que la vie d’Harry lui-même. Le long récit du déchirement d’un homme partagé entre un amour cérébral et une passion sexuelle comme entre la raison et la folie. Le thème n’a rien d’original, mais la minutie avec laquelle le sentiment amoureux est disséqué donne le vertige. Le roman pourrait s’arrêter là, mais l’auteur a la lumineuse idée de développer son étude en glissant d’Harry à sa femme Jane, dont le récit relaie celui de son mari en miroir. Par cette architecture réfléchissante le lecteur est happé dans les profondeurs de l’histoire, des raisonnements, des émotions. Les rôles ne sont pas aussi évidents qu’ils n’y paraissent, les idées reçues se diluent, tout est trouble, tellement humain. Mario Soldati est habile à faire effleurer l’empathie, le doute jusqu’à émousser nos jugements.
Un classique à fleur de peau à découvrir ou redécouvrir, une lecture enivrante.

Scintillation (John BURNSIDE)

note: 3.. Marylène - 21 novembre 2012

Le principal personnage de ce roman, c’est l’Intraville. Une ville-usine où toute activité a cessé abandonnant des habitants désœuvrés dans un environnement ultra pollué. On ne tarde pas à distinguer l’image de notre société, telle une friche empoisonnée par la quête du profit, bordée de l’Extraville, réserve pour riches et malhonnêtes politiciens, industriels…Les descriptions nous plongent dans le paradoxe de la beauté décelée dans la laideur. Le malaise se poursuit à chaque rencontre. Le lecteur erre dans les pensées de plusieurs protagonistes, le policier municipal, sa femme, Léonard un adolescent qui pense être sauvé car il aime quelque chose….
Cette narration fait l’effet d’une caisse de résonance où se bousculent les émotions.
Au départ, on pense entrer dans une enquête avec la disparition de jeunes hommes, puis ce livre hors genre nous détourne vers l’irrationnel avec l’homme-papillon.
Scintillation ? Bien faible lueur d’espoir. La terre souffre, les hommes souffrent, car aucune excuse, les hommes ont commis, ils commettent chaque seconde l’irréparable.
A recommander malgré tout pour l’écriture et la finesse psychologique vertigineuse… Sans oublier les très beaux passages sur les livres, la lecture, la bibliothèque…

Tournage dans un jardin anglais (Michael WINTERBOTTOM)

note: 3... Marylène - 21 novembre 2012

Un film gigogne surprenant et « so british » ! Sur le tournage de l’adaptation du monument de la littérature anglaise du 18ème siècle, La Vie Et Les Opinions de Tristram Shandy, la vie de plateau semble aussi burlesque que le film en cours de réalisation. Amateurs de fantaisies cinématographiques, ce film est pour vous ! Passées les 10 premières minutes particulièrement loufoques à la manière Monty Python, il se révèle plus fin qu’il n’y parait. Croustillante étude des comédiens (qu’ils soient vedettes ou éternels second rôle), producteurs, presse prédatrice et autres satellites de cette planète « cinéma », à déguster sur canapé un soir d’automne !
Le réalisateur anglais Michael Winterbottom réserve bien des surprises tant sa créativité s’exprime sur des sujets si antinomiques, en 2010, c’est bien le même homme qui réalisa le thriller glaçant « The killer inside me » (disponible à la médiathèque).

Le Cochon de Gaza (Sylvain ESTIBAL)

note: 3... Laëtitia - 21 novembre 2012

Le Cochon de Gaza (Sylvain Estibal, 2011)
Aborder le conflit israélo-palestinien au cinéma peut s’avérer un exercice périlleux, souvent synonyme de parti pris, mais vu sous l’angle de la comédie, cela donne un film savoureux, drôle et pétri d’humanité. C’est l’histoire de Jafaar (interprété par Sasson Gabai, comédien génial déjà repéré dans « La visite de la fanfare », où il incarnait un chef d’orchestre égyptien), pêcheur palestinien qui remonte par hasard dans ses filets un cochon vietnamien. Considéré comme « haram » (impur), il doit se débarrasser de l’animal au plus vite. Jafaar, incarnation à lui seul du peuple gazaoui, coincé entre la misère quotidienne, la présence des soldats israéliens (qui ont un chek-point sur le toit même de sa maison !) et le diktat des barbus, se lance alors dans un commerce rocambolesque et bien peu recommandable avec une fermière d’une colonie. S’ensuit toute une série de séquences burlesques qui n’empêchent pas de réfléchir à l’absurdité de la situation, notamment cette scène où la femme de Jafaar et un des soldats qui occupe le toit de sa maison se découvrent une passion commune pour une sitcom brésilienne, seul mode de communication dérisoire qu’ils ont su trouver pour établir un semblant de dialogue… A voir pour son originalité et son humour décalé !

La Destruction du Parthénon (Christos CHRYSSOPOULOS)

note: 4... Marylène - 9 novembre 2012

Athènes s’éveille un matin sans Parthénon. Un attentat apolitique perpétué par un jeune homme a définitivement privé la Grèce du plus rayonnant symbole de son histoire.
Le criminel, inspiré par l’appel lancé en 1944 par le cercle surréaliste « Les Annonciateurs du chaos » - “Il faut faire sauter l’Acropole !”- revendique un acte libérateur. Il n’envisage pas le Parthénon comme le pilier architectonique de la culture grecque mais plutôt tel un joug. Détruire ce symbole absolu, « inégalable » brise les chaines et ouvre la porte de tous les possibles, du renouvellement, de la création. Christos Chryssopoulos propose une réflexion grisante sur notre relation à l’architecture des villes, et interroge sur la responsabilité d’un acte personnel qui engage toute l’humanité (pensons aux Bouddhas afghans détruits en 2001).
Par sa forme, une succession de témoignages dans des décors fixes, ce roman s’approche d’une pièce de théâtre.
Romancier et traducteur né à Athènes en 1968, Christos Chryssopoulos est dans son pays l’un des écrivains les plus prolifiques. Il est membre du Parlement culturel européen.

La Comtesse de Ricotta (Milena AGUS)

note: 3... Marylène - 9 novembre 2012

La comtesse de Ricotta est un roman frais et tendre derrière une pointe d’acidité… Goût ricotta, c’était annoncé dans le titre ! Cette jeune comtesse est affublée de ce surnom en raison de sa maladresse, son incapacité à « faire quelque chose de ses mains ». Au cœur de Cagliari, elle partage une partie de l’ancienne demeure familiale avec ses deux sœurs, le reste, elles ont du se résoudre à le vendre en appartements et l’ensemble s’effrite inexorablement… Si Milena Agus a choisi le milieu aristocratique, c’est peut-être car il donne le ton à l’ensemble du roman, symbole de ce qui n’est plus mais a laissé des traces, oscillation entre splendeur et décadence, nostalgie et désir de se tourner vers le futur, poésie et réalisme. C’est une histoire de famille dans son combat pour la dignité, une histoire de femmes qui n’osent pas croire en l’amour et celle d’un enfant en quête de normalité. La normalité, un thème joliment démonté par l’auteure qui nous fait doucement sourire avec sa galerie de personnages tous aussi décalés et touchants les uns que les autres. Une atmosphère apaisante sous le soleil de Sardaigne, au milieu d’une production éditoriale dépressive sous le ciel d’une crise financière, ça se salue et se savoure.

Premières neiges (Aïda BEGIC)

note: 3... Marylène - 10 octobre 2012

Quelques années après la guerre en ex-Yougoslavie, à quoi ressemble un village bosniaque ?
Des femmes et des enfants, privés de pères, frères, maris, s'organisent en petite communauté solidaire rythmée par les gestes quotidiens. Pas d'école, pas de travail, une campagne figée où ne changent que les saisons. Les femmes tissent et fabriquent des confitures dans l'espoir de les vendre, tandis que les enfants jouent malgré les cauchemars nocturnes. La reconstruction est lente, obstruée par les non-dits et le mystère des disparus. Il faudra l'arrivée de deux hommes en quête d'acheter le village pour bouleverser ce fragile équilibre et affronter la vérité. L'après-guerre comme une seconde bataille, menée par des femmes dans le silence, luttant cette fois contre l'oubli et pour la dignité. Quelques flocons de poésie tombent sur ce film pour adoucir l'âpreté du sujet. Aida Agic, la jeune réalisatrice, avait 16 ans lors du siège de Sarajevo, à 32 ans elle réalise ce film restituant son sentiment de claustration et ses espoirs pour l'avenir de son pays.

Murtoriu (Marc BIANCARELLI)

note: 3... Marylène - 10 octobre 2012

Murtoriu (le glas), est un roman traduit du corse, une première pour Actes sud, mais attention, ne vous attendez pas à un récit du terroir qui fleure bon l’arbousier, la bergerie bucolique et les sentiments honnêtes. Le Protagoniste, Marc-Antoine, libraire anarchiste, crache toute sa déception du monde global et de l’homme, dans une complainte personnelle aux problématiques universelles. Rompant parfois sa solitude avec d’autres marginaux tel Mansuetu, berger comme le symbole d’un monde qui va disparaitre, il s’isole dans sa montagne, fuyant les envahisseurs saisonniers. Incapable de se faire ou d’accepter une place dans cette société, il dissèque tous les vices uns à uns jusqu’ à la nausée : corruption, cupidité, ultra violence, abêtissement des masses … Poussant loin le dégoût de l’homme, on ne peut s’empêcher malgré tout de partager finalement l’analyse et de compatir avec ce misanthrope « faulknérien » qui sait aussi reconnaître ses propres failles. La narration de premier abord désordonnée, suit l’humeur changeante du libraire au présent et alterne avec une deuxième vie au passé, celle de l’autre Marc-Antoine, le grand-père, nous renvoyant à l’histoire des corses dans la Grande guerre.Un roman étrange, violent dans son propos et le vocabulaire qui le véhicule mais où l’on sent que quelque chose touche, une vérité a été dite, de celles qu’on pense tout bas sans se permettre de le dire tout haut.

Prince d'orchestre (Metin ARDITI)

note: 4... Laëtitia - 10 octobre 2012

Metin Arditi : Prince d’orchestre(Actes Sud, 2012)

Président de l’Orchestre de la Suisse romande et co-président d’une fondation qui favorise l’éducation musicale d’enfants de Palestine et d’Israël, il n’est guère étonnant que Metin Arditi choisisse pour personnage central de son roman un chef d’orchestre. Alexis Kandilis a tout pour lui : la beauté, le talent, une cour empressée d’admirateurs, et, ultime consécration, l’assurance d’obtenir le B16, c'est à dire la direction des neufs symphonies de Beethoven. Mais un grain de sable va enrayer cette belle mécanique, ou plutôt un incident survenu avec un musicien, vite relayé par la presse. Peu à peu, le lecteur va assister à une descente aux enfers de Kandilis, dont les blessures d’enfance vont resurgir et faire de lui un autre homme.
A lire pour la petite musique si particulière d’Arditi où l’art, l’aléatoire, la fragilité humaine, la puissance des médias se mêlent pour créer une puissante satire sociale.

Dernières nouvelles du sud (Luis SEPULVEDA)

note: 4... Marylène - 26 septembre 2012

Les dernières nouvelles du sud ne laissent pas indifférent. Rapportées par l’écrivain chilien Luis Sepulveda et son « socio » le photographe argentin Daniel Mordzinski, elles résonnent comme un inquiétant état des lieux de la Patagonie à la fin des années 90, semblable au bilan d’un siècle qui s’achève par une crise. Conflits idéologiques et territoriaux, cupidité coloniale, bouleversements écologiques, autant de plaies dont le Chili et l’Argentine ne cicatrisent pas. Poussés par le vent patagon, Sepulveda au verbe, Mordzinski à la photo, la lente traversée est bouleversante de beauté brute. L’insolite frôle l’irrationnel dans une poésie toute sud-amércaine. A croire que cette région du monde échappe aux lois universelles et que des bourgeons pourraient fleurir d’un bois mort entre les mains d’une vieille femme au visage « couvert de territoires », aussi naturellement qu’un luthier trouverait un violon au milieu de nulle part…
Un livre superbe en forme d’ode, enflammée telle une déclaration d’amour à sa douce, désespérée comme une épitaphe à sa belle déjà presque moribonde… La nostalgie camarade…

Noces de sel (Maxence FERMINE)

note: 3... Laëtitia - 15 septembre 2012

Roman bref mais intense, « Noces de sel » est un hymne à la Camargue, à ses paysages (marais salants), à ses traditions (fête votive, gardians et courses de taureaux), à ses hommes fiers et authentiques : « Dans toute la ville voguait un étrange parfum où se mêlaient le sel et les entêtantes fragrances des fleurs, bouquet opiacé et enivrant dont les effluves seraient, des heures plus tard, absorbés par le buvard de la nuit ».
Il retrace les amours contrariées de Valentin, apprenti saunier et raseteur, et d’Isoline, la fille du boulanger d’Aigues-Mortes, sur fond de fête votive : « La veille de la fête, comme chaque année, les jeunes de la cité avaient profané la statue de Saint-Louis en posant dans sa main de bronze une bouteille de pastis. Puis, éméchés par les vapeurs d’alcool et le vent de liberté, ils avaient recouvert de bleu de méthylène toute la place, ainsi que la fontaine et les terrasses des cafés ». C’est dans ce cadre que va se nouer le destin des amants… Même s’il n’a pas la puissance poétique de « Neige », « Noces de sel » n’en demeure pas moins un livre à l’écriture ciselée et à l’histoire banale mais universelle : à lire absolument !