Rechercher un document

On vous souffle des idées et des extraits...

Partager "L'art de voyager" sur facebookPartager "L'art de voyager" sur twitterLien permanent
Partager "Saison & sentiments" sur facebookPartager "Saison & sentiments" sur twitterLien permanent
Partager "On veut de la neige à Noël" sur facebookPartager "On veut de la neige à Noël" sur twitterLien permanent
Partager "Les meilleurs romans de l'automne" sur facebookPartager "Les meilleurs romans de l'automne" sur twitterLien permanent
Partager "Rentrée littéraire" sur facebookPartager "Rentrée littéraire" sur twitterLien permanent
Partager "Musique et Amérique Latine" sur facebookPartager "Musique et Amérique Latine" sur twitterLien permanent
Partager "Lisez plus loin" sur facebookPartager "Lisez plus loin" sur twitterLien permanent
Partager "Les gens heureux lisent et boivent du café" sur facebookPartager "Les gens heureux lisent et boivent du café" sur twitterLien permanent

L'Esprit de famille (François BEAUNE)

note: 3... Marylène - 16 mai 2018

Nouvelle collection d’exploration chez Elizad : Histoires vraies de Méditerranée.
Un auteur à la rencontre d’un territoire méditerranéen qui ne lui est pas particulièrement familier.
C’est François Beaune, auteur auvergnat, qui inaugure la collection avec ces rencontres autour du [...]

Louis Soutter, probablement (Michel LAYAZ)

note: 3... Marylène - 5 mai 2018

Une forme oscillante entre roman et biographie, donne cet air flottant au texte de Michel Layaz. C’est que Louis Souter, cousin du Corbusier, est lui-même un personnage éthérée. Il passe de violoniste à peintre, bascule de notable à interné, perd [...]

Ces jours qui disparaissent (Timothé Le Boucher)

note: 3... Marylène - 2 mai 2018

Je croyais commencer un récit de science -fiction avant de réaliser qu’il s’agissait d’explorer le cerveau humain plutôt que le système solaire : un homme forcé de vivre partiellement sa vie, la partageant avec son double au tempérament opposé. Son [...]

Les Pieds sur Terre (Batiste COMBRET)

note: 4Don Quichotte made in Landes Laëtitia - 17 avril 2018

C’est tout d’abord un coup de cœur pour les Mutins de Pangée, coopérative cinématographique proposant souvent un catalogue reflétant un certain regard alternatif sur notre société - parmi les plus connus, «Tous au Larzac», «I am not your negro» ou [...]

La Cantine de minuit n° 2 (Yaro ABE)

note: 3Un plat, une histoire Marylène - 6 avril 2018

Brèves de comptoir nocturnes. Entre émotion, humour et chroniques sociales, une lecture entrainante.
Un plat, une histoire. Simple, souvent touchant, dépaysant bien entendu aussi. Verrait-on les mêmes scènes dans une gargote parisienne ? Certaines, mais pas toutes !
La cantine de minuit [...]

Seule à la récré (ANA)

note: 4... Marie-Eve - 3 avril 2018

A l'école primaire, Emma est harcelée par Clarisse, une fille de sa classe : moqueries, insultes, brimades, coups, mise à l'écart. Clarisse s'en prend à Emma car, pour se sentir mieux dans sa peau, il lui faut une personne qui [...]

J'ai lu j'ai vu j'ai entendu... ça m'a plu

 

Zoo (James PATTERSON)

note: 3... Laëtitia - 13 février 2016

Si vous recherchez une intrigue strictement policière, lecteur, passez votre chemin. Mais si vous aimez les thrillers d’anticipation apocalyptique à la Michaël Crichton, avec de l’action, des scientifiques qui tentent de sauver le monde, «Zoo» va vous faire passer un bon moment. On suit avec délice les aventures de Jackson Oz, étudiant en biologie dont la thèse a pour thème le CHA, c’est-à-dire le conflit humano-animal. Décrié par de nombreux confrères, il s’obstine à développer sa théorie de mutation du comportement animal, fruit de perturbations écologiques, jusqu’à ce que l’actualité finisse par lui donner raison : sur tous les continents, les animaux s’organisent en meutes et agressent violemment un seul mammifère, l’homme. Envoyé dans le delta de l’Okavango, il assiste à une attaque anormale de lions (uniquement des mâles) qu’il filmera, sauve des crocs des alligators Chloé, jeune scientifique venue étudier la mutation des oiseaux migrateurs et finit par rejoindre les Etats-Unis. Enfin pris au sérieux, entouré de scientifiques et épaulé par la NSA, Jackson Oz et Chloé vont se livrer à une course contre la montre pour comprendre les causes du phénomène, trouver des solutions et tenter de faire en sorte que la prochaine grande extinction ne soit pas celle de l’homo sapiens…

7 secondes (Tom EASTON)

note: 4... Pauline - 6 février 2016

7 secondes, c’est le temps dont dispose Mila pour échapper aux agents à ses trousses. 7 secondes de décalage entre la réalité et la retransmission du téléphone. C’est une véritable chasse à l’homme (à la femme) qui est organisée. Les courses poursuites s’enchaînent, les scènes d’action sont époustouflantes, on vit à 100 à l'heure cette aventure avec Mila. La plume de l'auteur nous entraine très facilement dans son monde, les pages défilent à une vitesse folle ! Un livre haletant qu'il faut découvrir sans attendre !

A silent voice n° 1 (Yoshitoki OIMA)

note: 5... Marie-Eve - 4 février 2016

A Silent Voice ? Un manga phénomène traitant de la surdité et du handicap qui a littéralement bouleversé le Japon et qui est bien parti pour renouveler son exploit en France.

Sélectionné au festival d’Angoulême, ce petit bijou est une boule d’émotion à l’état pur.

L’histoire : Shoko, une jeune fille sourde, est transférée dans une nouvelle école. Le leader de la classe, Shoya, intrigué, fasciné, puis exaspéré par cette jeune fille avec qui personne n’arrive à communiquer, va lui rendre la vie impossible, riant avec le reste de la classe des déboires et des persécutions qu’il fait subir à Shoko. Jusqu’au jour où il va trop loin.
La situation se retourne alors contre lui et les rôles s’inversent.

La force du groupe qui se coalise contre soi, la mise à l'écart par le reste de la société, l’enfer de la solitude : tout ce que Shoya avait fait subir à cette fille, ça va être à son tour de l’expérimenter.

Des années plus tard, il décide de retrouver Shoko…

Un manga étonnant, bouleversant, déstabilisant, qui réussit à parler du handicap, de la surdité et de l’intimidation scolaire avec autant de tact que de finesse. Le scenario est impeccable et l’évolution psychologique des différents protagonistes tout au long du manga est parfaitement maitrisée. Les réactions des personnages et leur façon de penser nous parlent, nous interpellent, on les comprend, on ressent leurs joies, leurs peines, leur détresse, on les aime, on les déteste, on les accepte, on les apprécie… Ce manga captivant nous fait passer par toute une palette d’émotions avec une aisance et un brio absolument exceptionnel. Et on ne s’en lasse pas !

A Silent Voice, c’est une véritable pépite émotionnelle à lire absolument et qui donnera sans doute envie à bien des lecteurs de se lancer dans la langue des signes !

Coeur tambour (Scholastique MUKASONGA)

note: 4... Laëtitia - 28 janvier 2016

Scholastique Mukasonga a été révélée au grand public par le prix Renaudot 2012 pour «Notre-Dame du Nil», livre évoquant certes les prémices du génocide rwandais, mais dans lequel elle déploie tout son art de conteuse pour en faire une ode puissante et poétique, non misérabiliste, de son pays aux mille collines. Elle revient enchanter cette rentrée littéraire 2016 avec un roman singulier, «Cœur tambour». L’idée du livre germe lors d’un festival de tambours en Guadeloupe, où un tambouyé lui parle de Nyabinghi, princesse qui serait morte en se rebellant contre l’esclavage et le colonialisme au milieu du XIXe siècle, et qui a aussi donné son nom aux percussions rituelles en Jamaïque et au mouvement rastafari. L’auteur se documente alors sur les différents tambours usités aux Caraïbes, au Rwanda et en Amérique, sur leurs légendes et leurs attributs. Elle romance et réécrit l’histoire de Kitami, chanteuse se livrant sur scène à des transes, comme possédée par l’esprit de Nyabinghi. Nous suivons sa trajectoire, depuis sa jeunesse au Rwanda, sa rencontre avec une femme possédée par la déesse, qui lui révèle sa destinée : «Nyabinghi c’est l’esprit de Kitami, et Nyabinghi c’est Muhumuza, mais Muhumuza ce n’est pas un esprit, c’était une femme comme toi et moi, mais c’était aussi une reine remplie de l’esprit de Nyabinghi… Quand elle est arrivée au Mpororo, elle disait qu’elle savait qu’un tambour était caché dans une grotte et que, si l’on entendait battre ce tambour, un troupeau de vaches sans fin sortirait du flanc de la montagne : l’abondance régnerait à jamais alors sur le Mpororo. Muhumuza, je l’ai connue, … elle était prisonnière des Abongereza, des Anglais, ils n’avaient pas capturé son tambour, il est toujours là, caché quelque part, qui le retrouvera ? Ce sera peut-être toi, ou une autre, car Nyabinghi ne meurt jamais». On se plonge avec délice au coeur des racines de l’Afrique et de la négritude.

La dame de Damas (Jean-Pierre FILIU)

note: 3... Marylène - 27 janvier 2016

Overdose d’images choc aux sous-titres stéréotypés pour donner à voir une guerre sans l'expliquer. Bien-entendu, ce n’est pas la vision journalistique de Jean-pierre Filiu, historien, professeur à Sciences-Po spécialiste du Moyen-Orient. Auteur du remarquable « Les Meilleurs ennemis », BD documentaire d’utilité publique pour comprendre les relations Etats-Unis/Moyen-Orient mais aussi de la BD "Le printemps arabe". Il opte cette fois pour une fiction. Choix surprenant mais intéressant dans cette tentative d’expliquer les origines du conflit et les implications complexes des différents intervenants, qu’ils soient ouvertement belligérants ou hypocrites représentants de la paix.
Complexe, c’est le moins qu’on puisse dire, en tout cas ni manichéen, ni évident et malgré toute la pédagogie de l’auteur, l’histoire reste dense, les méandres parfois difficiles à suivre…
L’histoire d’amour impossible sur laquelle s’appuie la trame narrative, ajoute assurément une forte dose émotionnelle par rapport au documentaire, mais a aussi le mérite de s’intéresser aux relations privées en Syrie.
Le dessin sepia tourmenté accompagne bien le propos en restant limité, très expressif pour les visages, il s’intéresse peu aux décors, à l’environnement.

Le grand méchant renard (Benjamin RENNER)

note: 5Prix Jeunesse Angoulême 2016 Marie-Eve - 27 janvier 2016

L’histoire : un renard un peu chétif et pas bien malin, qui, comme tout bon renard qui se respecte, cherche à capturer des poules pour les manger.

Sauf qu’il n’y arrive pas. Les poules n’ont pas la moindre envie de se faire dévorer le popotin, et notre renard doit se contenter de navets, poireaux et autres légumes, généreusement offert par les autres habitants du poulailler.

Le loup lui suggère alors de voler des œufs, d’élever les poussins, puis de les manger. Un plan que le renard met aussitôt (mais non sans peine) à exécution.

Les embrouilles commencent lorsque les poussins fraichement nés prennent le « grand méchant » renard pour leur maman… et que ce dernier finit bien malgré lui par se transformer en vrai papa poule.

Un dessin vif et très expressif, une absence de cases et de bulles pour une lecture fluide, et surtout des situations loufoques, drôles et tendres, voilà la recette de cette BD, qui parlera aussi bien aux enfants qu’aux adultes, avec différents niveaux de lecture en fonction des âges.
Sans compter que les expressions des personnages sont absolument hilarantes, que les répliques font impitoyablement mouche et que c’est un plaisir sans cesse renouvelé que d’entendre ces trois petits poussins pleins de vie dire « Maman, maman » à un renard complètement désabusé.

Et pourtant... Du rire, certes, mais pas que ! On retrouve dans cette magnifique BD, une panoplie de thèmes biens actuels, comme par exemple la relation parent-enfants, l’adoption, l’acceptation de la différence, et bien d’autres encore, le tout traité avec une maestria remarquable, tout en douceur et en finesse. Chapeau bas. Car on a beau en rire, il est certain que ce pauvre renard, naïf et maladroit, soudain papa (complètement dépassé) d’une fratrie de trois bébés poussins ne laissera personne indifférent.

Le grand méchant renard : un one shot familial à la Kaamelott à passer entre toutes les mains, pour un peu de sérieux, beaucoup de tendresse et surtout une bonne tranche de rire.

Carthage (Joyce Carol OATES)

note: 3... Marylène - 8 décembre 2015

Une ouverture de polar mais le fait divers n’est qu’un prétexte pour ausculter les Etats-Unis post 11 septembre. Roman à plusieurs voix pour sonder les hommes, les femmes, les différentes générations et classes sociales. Les révélations sur les hypocrisies sociales enfouies sous les valeurs famille, patrie, église, pourraient être semblables en Europe. Ce qui est plus frappant, c’est ce portrait d’un pays peuplé de jeunes, très jeunes vétérans passés du statut de patriotes admirés à celui de mutilés ignorés.
Certains passages sont difficiles voire éprouvants lorsque Oates sonde la question des prisons américaines et de la peine de mort. Ce qu’un Jonathan Franzen ou un Paul Auster font passer avec une certaine ironie, Joyce Carol Oates le sert cru, sans ménagement. Un roman glacial sur l’autre Amérique.

Jugan (Jérôme LEROY)

note: 3... Laëtitia - 1 décembre 2015

«En 1982, Les Forges avaient fermé, les HLM étaient restées et beaucoup d’ouvriers devenus chômeurs aussi. On aurait dit que cette partie de Noirbourg avait subi un nouveau bombardement. Celui-là était dû davantage à la mondialisation balbutiante qu’aux bombes au phosphore américaines mais il n’avait pas fait moins de dégâts. Des friches immenses, des ruines de briques rouges et au milieu de tout cela, les Gitans». C’est dans ce contexte qu’un fils de notable, Jugan, forme Action Rouge (inspirée d’Action Directe), groupe d’extrême-gauche prônant la lutte armée. Le narrateur, en vacances à Paros, revit en songe sa rencontre avec l’ancien détenu revenu dans sa ville natale, et la tragédie qui s’ensuivit. La non-linéarité du récit, ponctué de va-et-vient temporels (le rêve –contemporain- de Paros, les actions de Jugan jeune, l’histoire de Jugan et d’Assia) favorisent un crescendo dans la tension psychologique. Déjà dans «Le Bloc» (2011), Jérôme Leroy traitait de manière inédite et saisissante la montée de l’extrême-droite ces trente dernières années, avec la figure charismatique d’Agnès Dorgelles, présidente du Bloc aux portes du pouvoir. Avec «Jugan», il aborde cette fois-ci les mouvances d’extrême-gauche et le passage de l’idéologie à la lutte armée dans une ville ravagée par la désindustrialisation. Cet auteur humaniste, communiste convaincu mais sans complaisance non plus pour les actions terroristes, au fil des romans creuse un sillon cohérent, abordant les thèmes qui lui sont chers : la mondialisation, la désindustrialisation, l’intégration des populations issues de l’immigration, l’engagement politique comme un sacerdoce pour changer une société de plus en plus déshumanisée. Une œuvre à découvrir dans son ensemble ou isolée, en prise avec la société et passionnante.

La quête d'Ewilan (BD) n° 3
La passe de la goule (LYLIAN)

note: 3... Marie-Eve - 29 novembre 2015

La Quête d’Ewilan : un roman majeur de la littérature fantastique adolescente.

L’adapter en BD était un pari risqué, tant la magie du roman repose sur cette façon splendide qu’avait Pierre Bottero d’entrelacer les mots de façon à tisser un univers majestueux basé sur des valeurs fortes (courage, honneur, amitié), des personnages vibrants et charismatiques et des paysages somptueux.

Pourtant, la BD réussit à rester fidèle au roman, ou tout du moins, autant que faire se peut lorsque les images remplacent les mots. L’Imagination (avec un grand « I ») étant au cœur de la Quête d’Ewilan, il était évident que la BD ne pourrait jamais fidèlement retranscrire ce que chaque lecteur et lectrice s’imaginait en tournant les pages du roman.
Néanmoins, le découpage dynamique, le dessin net, le trait précis et les couleurs vives permettent de retrouver en grande partie l’énergie et la fraîcheur du roman.

Certes, la priorité est donnée à l’action, et ce au détriment de la psychologie des personnages et de leur relation au sein du groupe, et les paysages que l’on s’imaginait grandioses et à couper le souffle perdent un peu de leur splendeur lorsqu’ils sont confinés aux cases de la BD. Mais on a cependant droit à de belles scènes, certaines réellement fidèles aux livres (la rencontre avec les Faëls dans les Dentelles Vives) ou d’autres joliment amenées (la vision de l’Arche sur une très belle double page).

En résumé, une belle BD, au scénario et aux dessins particulièrement bien travaillés, qui amènera son lot d’émotions pour ceux qui ont déjà lu les romans (joie, frustration, étonnement, anticipation, rires, etc…) et également pour ceux qui ne les ont pas lus (joie, étonnement, incompréhension, admiration, rires, etc…).

On attend donc la suite avec impatience, ainsi que l’adaptation d’Ellana qui devrait paraître courant 2016.

Ex Machina (Alex GARLAND)

note: 3... Marylène - 24 novembre 2015

Toujours et plus que jamais cette crainte viscérale du robot qui s’émancipe de son créateur et prend le pouvoir.
Depuis plusieurs décennies, de nombreux auteurs de SF et réalisateurs de cinéma, ont exploré les possibilités d’un tel scénario, d’Asimov à Cameron en passant par Kubrick. Et aujourd’hui, il semblerait que nous y sommes. Peut-on encore parler de science-fiction lorsqu’il s’agit d’intelligence artificielle ? Cet été à Buenos Aires se tenait une conférence internationale sur l’IA, alternant promotion des bénéfices que pourrait en tirer la société, et alerte sur la dangerosité de ces machines « pensantes », notamment en tant que potentielles redoutables armes de guerre.
Les médias relaient régulièrement les questionnements induits par cette révolution.
En septembre, un article du monde de Morgane Tual interrogeait : Une machine est-elle capable de philosopher ?
L’homme est autant excité qu’angoissé par ses propres travaux. Prométhée n’at-il-pas fait quelque chose de grand ? Mais ne l’a-t-il pas cher payé ?
Ce film à l’esthétique glacée vous met mal à l’aise, déplace l’empathie et la pitié d’un personnage à l’autre (le troublant robot gynoïde, le savant névrosé et le candide), joue sur vos nerfs dans un décor minimaliste et figé, bref il remplit parfaitement ses missions de thriller psychologique conjugué au futur proche.

Titus n'aimait pas Bérénice (Nathalie Azoulai)

note: 3Prix Médicis 2015 Laëtitia - 21 novembre 2015

Comment surmonter un chagrin d’amour, surtout quand on est intimement persuadée que votre amant s’est «sacrifié» par «devoir familial», vous quitte alors que le sentiment amoureux est toujours là ? La narratrice, une Bérénice contemporaine, à la lecture d’un vers de Racine, pressent qu’elle doit se plonger dans l’œuvre du grand dramaturge pour mieux comprendre les instincts qui gouvernent les hommes et se guérir des passions mortifères. «Elle trouve toujours un vers qui épouse le contour de ses humeurs, la colère, la déréliction, la catatonie…Racine, c’est le supermarché du chagrin d’amour » se dit-elle à elle-même et à ses amis. L’histoire du chagrin d’amour est très vite éclipsé au profit de la vie romancée de Racine, faite de contrastes et de tiraillements permanents. D’abord, entre son éducation janséniste et le monde du théâtre qui l’ouvre à une vie futile, où les actrices se donnent à lui plus dans l’espoir d’obtenir le premier rôle que par véritable amour. Ensuite, entre son allégeance à Louis XIV, peu compatible avec celle de Dieu, entre le dénuement de la vie monastique qu’il a connu dans sa prime jeunesse et la pompe de la Monarchie qui l’aimante. Collectionnant les amantes, côtoyant La Fontaine,Corneille, Molière et ami de Boileau, historiographe du Roi Soleil, on redécouvre un Racine furieusement moderne et vivant, loin du personnage austère que certains ont dépeint. Pas étonnant que le Prix Médicis 2015 lui revienne !

Eutopia (Jean-Marie DEFOSSEZ)

note: 3... Laëtitia - 10 novembre 2015

Eutopia est une cité radieuse, protégée par un dôme de verre du monde extérieur, abritant exactement 1300 hommes et femmes qui, dès qu’ils atteignent un âge respectable, sont clonés et transférés dans un corps jeune et beau. Orian et Tiris font partie de cette élite qui ne manque de rien, si ce n’est de libre-arbitre et de liberté, puisque leur vie est régie par le CSS, conseil de sages qui décide de tout, jusqu’à la formation des couples. Mais quand des rebelles, les hommesGM, font irruption à Eutopia, ils sont contraints de les suivre dans leur monde. Là, ils découvrent un univers fait de pollution, de travail acharné, puisque les hommesGM sont quasi les esclaves des eutopiens, chargés de cultiver le blé fournissant l’énergie de la cité. Leurs certitudes vacillent, Orian se révélant sous son vrai jour, celui d’un chef fomentant la révolte à venir, désireux de rétablir l’égalité et la répartition des richesses entre Eutopia et l’extérieur. De facture classique, ce roman d’anticipation reste très agréable et prenant, et on suit avec plaisir les aventures d’Orian et son éveil à l’amour pour une femmeGM, Wouane. Autre point positif, le message de sensibilisation de l’auteur qui, docteur en zoologie et militant de la cause environnementale, alerte le jeune public sur les dangers de la surconsommation, de la crise des subprimes et du gaspillage des ressources naturelles. Un bon choix pour le prix AlTerre ado 2015-2016.

Au revoir là-haut (Christian De METTER)

note: 3... Marylène - 7 novembre 2015

Ce qui semble à première vue une bonne opération marketing pour un éditeur - surfer sur le succès d’un roman vendu à près de 500000 exemplaires l’année de sa sortie et couronné d’un Goncourt – se révèle une très belle oeuvre. La prouesse : avoir transformé un livre de près de 600 pages en une BD où le texte est peu présent ! Les ingrédients de cette réussite ? Un gros travail d’adaptation sur son propre texte pour Pierre Lemaitre, relayé par le dessin éloquent de De Metter. Il est même troublant de pouvoir parler de très beaux dessins pour évoquer des planches mettant en scène une gueule cassée de la 1ère guerre sur fond d’arnaque aux monuments aux morts… Et pourtant, c’est un bel objet littéraire et esthétique

Corto Maltese n° 13 (Juan DIAZ CANALES)

note: 3... Marylène - 5 novembre 2015

Vingt après, pourquoi ressortir ce personnage qu’on aurait pu laisser reposer en paix dans l’Olympe des intouchables du 9ème art ? Nombreux fans de Corto refuseront même de feuilleter ce nouveau volume. Et pourtant… Bien que l’ayant ouvert avec frilosité – oui on s’attaque à Hugo Pratt quand-même ! – cette aventure ne fait pas tâche dans le décor, il faut l’admettre. Belle performance du dessinateur Ruben Pellejero et travail bluffant du scénariste Juan Diaz Canales, qui parvient à ressusciter le troublant marin avec justesse, dosant aventures poétiques et événements historiques, répartis laconiques et humour détaché...
Allez… Rien ne sert de bouder, ouvrez-le !

Silver n° 1
Silver : Livre premier (Kerstin GIER)

note: 4Par l'auteur de Rouge Rubis Marie-Eve - 30 octobre 2015

Kristin GIER s’est imposée dans la littérature adolescente avec sa fameuse trilogie des Gemmes (Rouge Rubis, Bleu Saphir, Vert Emeraude), récemment adaptée au cinéma.
Sa nouvelle série, Silver, est-elle à la hauteur des nombreuses attentes de ses lecteurs et lectrices ?

La réponse est oui !
Tout d’abord, l’histoire est originale : on ne voyage plus dans le temps, mais à travers les rêves. Le personnage principal, Liv, adolescente au caractère bien trempé et à la répartie facile, n’est pas sans rappeler une certaine Gwendolyn de Rouge Rubis, mais on s’y attache tout autant. Mystère et humour sont bien au rendez-vous et le roman se lit presque d’une traite, tant les pages se tournent facilement. Seul bémol : trop de questions restent sans réponse à la fin du premier tome. Mais laissons à Kristin GIER le bénéfice du doute : peut-être réussira-t-elle à éclairer notre lanterne d’ici la fin des tomes suivants et dans la foulée, à approfondir l’histoire et la personnalité de certains personnages (on en sait bien trop peu sur Henri ! Quant à l’identité de Secrecy, le mystère reste entier ! ).

Silver, un roman fantastique, mêlant romance, suspens et humour à lire sans aucun remords par une belle soirée d’été, d’automne, d’hiver ou de printemps.

Villa des femmes (Charif MAJDALANI)

note: 3... Marylène - 23 octobre 2015

Ce n’est pas le roman le plus inspiré de l’auteur, néanmoins son pouvoir narratif agissant toujours comme un sortilège, il se lit jusqu’au bout comme on boit un sirop.
Ce livre est à inclure dans l’œuvre « globale » de Majdalani. Comme une mosaïque prend forme au fil des tesselles ajoutées, ses histoires n’en forment qu’une, multipliant les angles de vue sans jamais bégayer. Le thème de l’œuvre reste la grande maison Moyen-Orient aux effluves d’orangers. Opulente, ploutocratique et chaleureuse dans tous ses paradoxes. Quant au motif dépeint cette fois, c’est le gynécée de la demeure, quand la guerre frappe à la porte... Sélection Prix Femina 2015.

Le Printemps des barbares (Jonas LUSCHER)

note: 3Politique fiction Laëtitia - 21 octobre 2015

«Il y avait là cet homme assis devant moi dans la poussière, qui pleurait la perte de ses dromadaires, de son existence, de quinze mille francs suisses. Quinze mille francs suisses, c’est ce que me rapporte mon entreprise. Par jour. […] Et cet homme était ruiné pour une telle somme. Qu’est-ce qui m’empêchait de descendre de la voiture, d’aller vers lui et de lui donner cet argent pour qu’il puisse s’acheter de nouveaux dromadaires ?». Telle est la question que se pose Preising, héritier d’un empire industriel suisse, qui assiste à ce carambolage qui le fait s’interroger sur l’absurdité et le cynisme de la marche du monde. Bien sûr, par peur de passer pour l’Occidental compatissant, il renoncera à aider l’homme et poursuivra sa route jusqu’à son hôtel luxueux au cœur du désert tunisien. Là, il va côtoyer une horde de traders londoniens célébrant un mariage, mais dès le lendemain la Grande-Bretagne est ruinée par une crise bancaire sans précédent, et quand tous les verrous sautent, ces derniers vont se muer en une horde barbare. Ce roman d’un jeune écrivain suisse alémanique sur le capitalisme débridé et ses conséquences, s’appuyant sur le grotesque et la distinction des classes sociales, est une satire jouissive mais néanmoins inquiétante du déclin de l’Occident.

Les Loups à leur porte (Jérémy FEL)

note: 4Rentrée littéraire 2015 Laëtitia - 29 septembre 2015

C’est un recueil de 12 nouvelles, pépite qui se dégage du limon parfois insipide de la rentrée littéraire, 12 histoires apparemment indépendantes les unes des autres, mais en fait machiavéliquement liées. Qu’ont en commun Daryl, adolescent pyromane du Kansas, Claire, étudiante française dont le mémoire porte sur un serial-killer, Damien, adolescent qui, suite à un événement traumatisant en colonie de vacances, va se révéler à lui-même dans toute sa noirceur, Mary Beth, qui voit resurgir les démons du passé ? Ce lien ténu qui unit tous ces personnages et bien d’autres encore, c’est le mal à l’état pur. Citant Joyce Carol Oates, Jérémy Fel nous livre ce qui a été «un des moteurs de (son) écriture, c’est de confronter la part civilisée de l’homme à sa part de sauvagerie». Car «les loups à leur porte», ce sont ces prédateurs aux multiples visages qui s’insinuent dans le quotidien pour le dérégler : pédophile, mère maltraitante, ancien amant, mais ce peut-être aussi l’agneau qui se transforme en loup pour reprendre sa vie en main et ne plus subir. Se réappropriant le genre populaire du roman d’épouvante mais en l’ancrant dans le réel, il manie l’art du suspense psychologique en faisant se resserrer les intrigues, pour mieux nous guider (ou nous perdre ?) dans ce puzzle fictionnel. Jérémy Fel, une nouvelle plume française très prometteuse !

Le Paradis perdu de John Milton (Pablo AULADELL)

note: 4« Mieux vaut régner en enfer que servir au paradis » Marylène - 19 septembre 2015

Long poème épique, « Le paradis perdu » de John Milton retrace l’ouverture de la Genèse. Le récit se concentre sur le personnage de Lucifer, l'insoumis, l’ange déchu et son armée d’anges rebelles assoiffés de vengeance envers dieu. Par la guerre ? Non, son lieutenant Belzébuth à un tout autre dessein : corrompre les nouvelles créatures de dieu peuplant l’eden, Adam et Eve.
Ambitieux projet que de s’attaquer à ce colosse du 17ème siècle en 12 parties ! Le dessinateur espagnol parvient pourtant à offrir un document aérien, léger comme un vol de séraphin.
Un texte nécessairement drastiquement épuré, accompagné d’un dessin charbonneux tourmenté, percé par endroits de lavis vaporeux.
L’iconographie évoque la Renaissance dans la manière et les architectures et certains personnages font écho aux arlequins ou aux portraits de Paul du jeune Picasso.
Un ensemble texte-image puissant.

Sumô (Sharon MAYMON)

note: 3... Laëtitia - 19 septembre 2015

Un film israélien qui ne traite pas de querelles entre Palestiniens et Israéliens, de guerre et de terrorisme, voilà qui est rafraîchissant. Si en plus il traite d’un sujet décalé, l’art du sumo, c’est encore plus savoureux. Car si ce long-métrage évoque la dictature des apparences, en particulier l’obésité, il n’est ni moqueur, ni misérabiliste. Herzl et ses amis se réunissent dans un groupe «weight watchers» où ils subissent la tyrannie de la cheftaine. Suite à une humiliation de trop, Herzl l’envoie balader, quitte le groupe avec fracas, suivi de ses amis inséparables dont il devient le leader, trouve un job de plongeur dans un restaurant japonais. C’est là qu’il découvre l’art du sumo. Aidé du patron du restaurant, ancien entraîneur de sumotoris, tous se préparent avec sérieux en vue d’un championnat, mais c’est bien Herzl qui manifeste le plus d’ardeur, car il a bien conscience, comme le dit un proverbe japonais, que «Le chemin qui conduit au sommet a pour nom persévérance». On sera particulièrement sensible aux scènes de préparation et aux combats, qui permettent de découvrir une esthétique inconnue de l’Occident, et qui montrent le respect, l’adoration qu’un peuple porte au rikishi, littéralement «personne instruite dans le domaine de la force». On appréciera aussi les histoires autour de l’histoire, le fait que l’art du sumo les révélera à eux-mêmes, permettant à l’un de faire son coming-out, ou à l’autre de se découvrir une passion pour le métier de cameraman. Un feel-good movie à découvrir.


Les Nouveaux sauvages (Damian SZIFRON)

note: 3Cinéma argentin Marylène - 12 septembre 2015

Comédies noires pour rire jaune. Ces petites histoires proposent des scenarii de sorties de route dans nos quotidiens huilés. Des dérapages incontrôlés quand la pression, la rivalité ou l’injustice ne sont plus supportables. Voici tout ce que vous ne vous permettrez jamais mais que vous avez sans doute rêvé ou redouté de faire… Films cathartiques, tour à tour férocement drôles ou pitoyables, aux qualités toutefois inégales d’un court à l’autre.

Vincent n'a pas d'écailles (Thomas SALVADOR)

note: 4Super-héros made in Provence Laëtitia - 1 septembre 2015

Habitué des court-métrages, Thomas Salvador s’est lancé dans le grand bain du long métrage (certes, moins de une heure vingt), avec un film décalé, fantastique, à la poésie burlesque (on pense à Méliès, Keaton, mais surtout à la série américaine « l’homme de l’Atlantide»). Investi à 100%, le réalisateur s’est donné le premier rôle, celui d’un homme à l’apparence ordinaire, mais si «Vincent n’a pas d’écailles», il est doté d’une grâce, d’une force surhumaine au contact de l’eau. Le film retrace le quotidien de Vincent, fait de baignades dans les torrents et les lacs des gorges du Verdon, mais aussi de sa rencontre avec Lucie, dont il tombe amoureux et à qui il livre son secret. La magie opère, le spectateur étant en symbiose avec le personnage, pouvant presque ressentir cette euphorie qui gagne Vincent quand il nage à la vitesse d’un hors-bord ou quand sa musculature est décuplée par les pouvoirs de l’eau. C’est d’ailleurs cette bienveillance dans laquelle nous baignons, qui touche aux sensations éprouvées au contact de la nature, et la plénitude qui se dégage de Vincent, qui font oublier un scénario un peu mince et le constat déprimant que les êtres différents sont condamnés à vivre en dehors de la norme. Aux antipodes du mythe du super-héros américain, on s’amuse du parti pris de Thomas Salvador qui use de vieux trucages (tremplins, poulies) pour propulser son héros, préférant le réalisme magique à l’artillerie lourde des effets spéciaux numériques.

Les petits mythos n° 1
Foudre à gratter (Christophe CAZENOVE)

note: 4Gags en cascade sur l'Olympe Marie-Eve - 27 août 2015

Avec les P’tits Mythos, découvrez la jeunesse complètement foldingue des dieux et demi-dieux de l’Olympe.
Retrouvez Totor le minotaure dont le seul pouvoir semble être de réussir à sortir de chez lui (un véritable labyrinthe !), Atlas qui a le vertige, Hercule à la dégaine tout sauf herculéenne, Aphrodite qui peut créer des bouquets de fleurs (très impressionnant !) et bien d’autres encore, dans une cascade de gags dont Zeus se retrouve bien souvent la victime.
Dans cette série signée Cazenove (Les Sisters) et Larbier, les auteurs détournent sans aucun état d’âme les légendes bien connues de la mythologie grecque (le Cheval de Troie, Sisyphe et son rocher, Zeus se transformant en cygne pour séduire Léda…) et les remanient à leur sauce. Le résultat donne lieu à de petites histoires à l’humour décapant dans lesquelles les inséparables Atlas et Totor, accompagnés de toute leur bande, enchaînent bêtises, catastrophes et gags en tout genre avec un tel entrain que Zeus en frôlerait presque la dépression.
Une Bd bourrée de clins d’œil, fraîche et dynamique, qui donne bien envie de s’intéresser de plus près à la mythologie grecque !
Avec en bonus en fin d’album quelques pages plus sérieuses sur les véritables légendes grecques abordées tout au long du livre.

Le Complexe d'Eden Bellwether (Benjamin WOOD)

note: 4... Marylène - 25 août 2015

Fascinant premier roman, ce « Complexe d’Eden Bellwether » est un livre magnétique. Il vous happe et ne vous lâche plus tout à fait. C’est aussi l’effet que produit le personnage principal, Eden, brillant étudiant à Cambridge et organiste envoûtant, convaincu que ses compositions musicales peuvent guérir, même les maladies les plus destructrices. Fou à lier ou génie incompris ? Il faut reconnaître que tout est exceptionnel chez Eden : sa stature, son esprit, sa lignée, même la fortune familiale… L’antithèse d’Oscar, d’origine modeste, ayant tôt quitté l’école pour travailler, mettant lui aussi son énergie au service des autres mais dans sa modeste position d’aide-soignant en gériatrie… Leurs chemins se croisent un jour par l’entremise de la sœur d’Eden, inquiète de le voir sombrer dans un complexe d’apprenti sorcier. Elle l’introduit à l’orée du cercle très fermé de la jeunesse dorée anglaise, car il le sait, il ne pourra jamais vraiment y pénétrer… Une ambiance éthérée sur l’aristocratique Cambridge pour un roman psychologique, social et sensuel.

Jolie libraire dans la lumière (Frank ANDRIAT)

note: 4... Laëtitia - 12 août 2015

Si vous cherchez pour cet été un livre solaire, qui célèbre les moments les plus infimes du quotidien, «Jolie libraire dans la lumière» est là pour vous. Solaire, car le thème de la lumière et de ses ombres semble révéler la vérité des êtres, en l’occurrence du personnage principal, celui de la jeune libraire Maryline. Au début de la trame, elle trône «en son jardin de livres, dans l’obscurité moirée du soir, comme si elle était assise dans une toile de Rembrandt à écouter la musique des phrases de cet écrivain de qui, hier encore, elle ne connaissait pas le nom». Maryline nous apparaît comme captivée par le roman dans lequel elle vient de se plonger. D’autant plus que celui-ci semble décrire un épisode de son passé. Sans déflorer l’intrigue, le lecteur sera séduit par la narration qui alterne deux récits, celui de «Jolie libraire dans la lumière» et celui du livre qu’elle lit, et qui finiront par se télescoper. Car Maryline a le don pour attirer les événements et les gens à soi. Ainsi une peintre bretonne de passage dans la librairie lui avoue : «Vous m’êtes apparue de profil. Le soleil tombait sur vos cheveux et mettait leur couleur jais en valeur. Je suis peintre, voyez-vous, et certains instants de lumière comme celui que j’ai saisi à travers votre vitrine me fascinent. Vous m’avez fait songer à un tableau de Georges de La Tour». Ce roman est aussi une véritable déclaration d’amour à la puissance, à la magie des mots, à ceux qui leur donnent chair (les écrivains, les éditeurs) et aux autres passeurs (libraires, bibliothécaires, lecteurs). La délicatesse des sentiments, associée à une écriture simple mais allant droit au cœur, donne un roman porteur d’espérance, à tel point qu’il devrait être remboursé par la sécurité sociale !

Foxcatcher (Bennett MILLER)

note: 3... Marylène - 29 juillet 2015

L’histoire vraie d’un milliardaire fou et de deux frères champions de lutte pour un biopic en forme d’huis-clos asphyxiant. Mark et David Schultz, frères unis par les souvenirs d’une enfance disloquée et une passion sportive commune, deviennent champions olympiques de lutte en 1984, non sans laisser quelques séquelles d’amour propre.
Quant à John Du Pont, héritier de la dynastie Du Pont de Nemours enrichie par la poudre à canon et la chimie, sans fratrie ni enfant, rumine lui, une jeunesse de solitude et de frustrations. Il rêvait de combats mais n’avait d’autre choix que de ramener des trophées hippiques pour allumer une braise d’admiration dans les yeux de sa mère. Lorsqu’il propose aux frères Schultz de rejoindre le centre d’entrainement mis en place dans son domaine, pour préparer les lutteurs américains en vue des JO de Séoul 88, la petite faille dans l’unité fraternelle va devenir brèche.
La relation mouvante entre les trois hommes, d’œdipienne à vénale, de distancée à vampirique, pousse aux confins de la folie… Une mise en scène très maîtrisée, notamment les scènes de lutte dont la première entre les deux frères, rend visible l’étonnant mélange de brutalité animale et de profonde douceur. Un film qui satisfera les adeptes de sport, de biopic, de thriller psychologique…

The salvation (Kristian LEVRING)

note: 3... Marylène - 28 juillet 2015

Rien d’original dans ce western : des pionniers venus des quatre coins de l’Europe confrontés à la loi du plus fort conjuguée à celle du plus riche, quand les seconds mettent les premiers à leur service. Bien-entendu, un drame répugnant à l’origine d’une vengeance qui éveille l’empathie naturelle du spectateur pour le ténébreux héros (Mads Mikkelsen). Et bien-sûr, un mécréant aussi charismatique qu’abject (Jeffrey Dean Morgan) entouré de sa horde de mercenaires (dont Eric Cantona !), sans oublier une femme insaisissable (Eva Green). Donc pour résumer, la seule originalité de ce western réside dans sa nationalité danoise, pas dans son scénario. Et pourtant, quel bon film ! L’esthétique très soignée, la performance des comédiens, le rythme, tout est là pour passer un bon moment. Sans doute tout western au monde réalisé aujourd’hui, souffre de la comparaison avec l’intouchable Sergio Leone à en croire les critiques… Mais à quoi bon, comme tous les autres genres, certains classiques ont créé les codes, rien n’interdit de les utiliser sans innover, mais avec panache.

Aux délices des anges n° 1 (Cathy CASSIDY)

note: 3. Marie-Eve - 26 juillet 2015

Aux Délices des Anges, un remake des Cœurs Cerise/Guimauve/Coco/Pamplemousse/Vanille/Cookie (trouvez l’intru !) ?

Et bien non. Et pourtant, la couverture de doughnuts multicolores, très semblable à celles de la série des Filles au Chocolat, avec ses petites douceurs bariolées (amis du Nyan Cat et amateurs de pâtisseries, ces couvertures sont pour vous !) et le début du roman, un déménagement pour une nouvelle vie, pourraient laisser penser à une énième version remaniée des sœurs, demi-sœurs, copains, petits-copains et… (non, pas de spoiler, promis !) Tancredy.
Mais ce n’est pas le cas : l’histoire prend très vite une tournure nouvelle, fraîche et vivifiante, loin du roman prévisible auquel on s’attendait (bon, soyons honnête, il n’est pas totalement imprévisible non plus).
Certes, le ton est toujours aussi léger, avec une fois de plus la part belle à la famille, le tout sur fond de romance. Certes, on retrouve certains types de personnages dont Cathy CASSIDY est friande et qui apparaissent donc dans chacune de ses séries (comme le père infidèle ou encore la peste pas si peste, mais peste quand même…). Certes, on se doute bien que malgré les embuches, l’histoire se finira par un joyeux Happy Ending autour du repas de Noël (on avait dit PAS de spoiler !). Mais ces détails mis à part, détails qui contribuent d’ailleurs au charme de l’histoire, les personnages sont plutôt attachants, l’écriture est fluide et les thèmes abordés (immigration, barrière de la langue, différences culturelles, difficultés d’intégration…) sont d’actualité et traités avec tact et finesse, sans tomber dans le piège des clichés.

Entre joies et peines adolescentes, Aux Délices des Anges, c’est un bel appel à la tolérance, une délicieuse petite pâtisserie bourrée d’optimisme, mêlant les arômes des gâteaux polonais aux graines de pavot à ceux typiquement british des Mince Pie. Ajoutons à la recette quelques bonnes odeurs de miel et de pain d’épice, et vous aurez là un joli petit roman à dévorer à vos heures perdues.

L'Anniversaire de Leïla (Rashid MASHARAWI)

note: 3... Marylène - 25 juillet 2015

Depuis le Taxi driver de Scorsese, plus d’un réalisateur a constaté qu’un voyage en taxi valait bien une leçon de sociologie. C’est à ce genre de balade à fleur de peau, à bouts de nerfs, sur le fil du rasoir, que vous convie le réalisateur palestinien Rashid Masharaoui. Juge exilé dans un pays voisin, pétri de principes et avide de changements, Abou Leila est de retour à Ramallah. Entre anarchie et instabilité, ses espoirs se décomposent en route… Le personnage est très bien campé par Mohammed Bakri, Don Quichotte aux accents ironiques, traversant l’absurdité avec élégance.

A girl walks home alone at night (Ana Lily AMIRPOUR)

note: 3Quand le tchador devient cape de justicière Laëtitia - 24 juillet 2015

Premier long-métrage tourné aux Etats-Unis mais en persan, voici un film protéiforme, à la fois film de vampire, conte poétique, romance et satire sociale. La trame se passe à Bad City, ville pétrolifère imaginaire d’Iran, semblable à un village désolé de western au cadre menaçant avec sa centrale électrique qui grésille et un charnier au fond qui laisse présager une contamination (vampirique ?). Bad City est le royaume des paumés, des dealers et des prostituées, où curieusement, les seules âmes pures sont une jeune fille vampire en tchador et en skate, les yeux ourlés de khôl, qui veille sur les femmes du quartier en s’abreuvant du sang des hommes qui les maltraitent, et un jeune homme, sorte de James Dean iranien qui lutte pour rester dans le droit chemin. Bien sûr, l’amour sera plus fort que la soif de sang. D’une lenteur planante, tourné en un noir et blanc graphique et expressionniste, avec une économie de mots, porté par une superbe musique (notamment le groupe Kiosk), un beau film hors norme à découvrir. «A Girl walks home alone at night», comme le résume Ana Lily Amirpour, c’est un «bébé iranien rock’n’roll de Sergio Leone et de David Lynch qui aurait eu Nosferatu pour babysitter»

Les Campbell n° 2
Le redoutable pirate Morgan (José Luis MUNUERA)

note: 4A l'abordage ! Marie-Eve - 22 juillet 2015

Traqués par Carapepino, l'âme damnée de l'infâme Inferno, Campbell et ses filles Itaca et Genova ont trouvé refuge sur l'île Bakalaoo. Mais les événements récents ont réveillé chez Campbell de nombreux souvenirs : sa jeunesse aux côtés de son frère, à l'époque où, ensemble, ils écumaient les mers et forgeaient leur légende de flibustiers exceptionnels, leur rivalité avec le mystérieux et audacieux pirate Morgan, la rencontre de Campbell avec Fanny, sa femme, tragiquement disparue…

Dans ce second tome des aventures trépidantes de la famille Campbell, on y retrouve avec plaisir les personnages qui ont marqué le premier tome de cette décoiffante saga de piraterie. Entre secrets de famille, suspens et révélations, l’histoire s’enchaîne à un rythme soutenu et parfaitement maîtrisé pour finir sur un cliffhanger qui ne peut que nous donner envie d’attaquer directement le troisième tome.

Des pirates, des requins, des combats … Découvrez LA saga de pirates qui vous donnera envie de crier « A l’abordage ! », un sabre à la main ou entre les dents (plus pratique pour grimper le long des cordages).

Lazarus n° 5 (Greg RUCKA)

note: 4L'Arme fatale Laëtitia - 18 juillet 2015

Après «Gotham central», Rucka et Lark se retrouvent pour un titre sur la nouvelle collection de Glénat, «Comics», et brossent inlassablement le portrait post-apocalyptique de ce que nos sociétés modernes et corrompues pourraient devenir. «Lazarus» conte l’histoire de deux familles , les Carlyle et les Morray, qui règnent en maîtres sur ce qui reste du continent nord-américain, asservissant la population nommée ici «déchets». Forever est le Lazarus de la famille Carlyle, être fabriqué de toutes pièces au pouvoir sidérant de régénération, bras-droit et guerrière s’occupant autant de pourparlers que de régler leur compte à ceux qui refusent de se plier à la loi d’airain du clan. Le dessin, précis, au cadrage très cinématographique, aux couleurs soignées et sobres, est au service de l’histoire, celle d’un clan aux luttes intestines, mais surtout celle de Forever, être dont l’origine est obscure, machine de guerre et pourtant étant la seule à ressentir pitié et empathie. Sa route va croiser celle du Lazarus de la famille Morray, qui va par l’attirance qu’il lui porte la rendre plus humaine et plus sceptique sur sa mission. Ce 1er volet se clôt sur les interrogations existentielles de Forever, qui seront sans doute développées dans le prochain volet. Son adaptation en série TV confiée au producteur de «The Amazing spider-man» vient d’être signée.

Xenia (Panos H KOUTRAS)

note: 3... Marylène - 15 juillet 2015

Road-movie initiatique, vous trouverez dans ce film tous les ingrédients du genre : des personnages en rupture ou borderline, une jeunesse qui rêve malgré le marasme social, une route parfois dangereuse où chaque rencontre apporte sa pierre à l’édifice, des épreuves qui révèlent les sentiments refoulés et bien-entendu des paysages dépaysants ! La ligne n’est pas innovante et certaines scènes frôlent la kitsch attitude. Et pourtant, je ne peux que vous conseiller ce film pour toutes ses autres qualités : clin d’œil à Lewis Carroll, vision panoramique de la société grecque, richesse des allégories… Xenia (hospitalité en grec), c’est un hôtel de luxe délabré, classé au rayon « vestige » d’une prospérité grecque au même titre que le Parthénon. Xenia c’est cet état de friche entre destruction et reconstruction caractéristique de l’adolescence. Xenia c’est un lieu/état où le salon miteux offre une vue imprenable sur l’espoir.

Il (Loïc LE BORGNE)

note: 5... Marie-Eve - 15 juillet 2015

Elouan, 13 ans, est différent : il peut lire les pensées des autres ou faire bouger des objets par la force de son esprit. Une différence qui fait peur et qui dérange les gens bienpensants de la petite ville de Templeuve. En vacances chez sa cousine dans cette bourgade « sans histoires », Elouan va devoir faire face à la bêtise des adultes de la communauté, animés par la crainte de l’inconnu.
« Il », c’est une histoire signée Loïc le Borgne, qui perturbe, ébranle et tient le lecteur en haleine de la première à la dernière page. C’est un livre qui donne à réfléchir et qu’on regrette amèrement de finir, une petite pépite qui réussit avec brio à nous offrir une histoire originale tout en nous donnant l’impression de rejouer une part de notre histoire (et oui, le « il faut enfermer ces mutants dans des camps pour les empêcher de nuire à nos femmes et à nos enfants», ça rappelle étrangement quelque chose, non ? ). Dans ce roman où les enfants, à 13 ans, sont déjà bien plus adultes que les adultes eux-mêmes et où les adultes, poussés par la bêtise et la peur, prennent les armes pour « se protéger du mutant qui menace nos familles », la tension est bel et bien au rendez-vous et ne vous lâchera pas, tout au long d’une chasse à l’homme haletante. Le final est explosif, marquant, décisif, et il vous sera bien difficile de refermer le livre, et ce même après le point final.

« Il » : un véritable Stephen King pour ados, où l’auteur observe la réaction d’une communauté « tranquille » face à ce qu’elle ne connaît pas. A lire !

Ce feu qui me consume (Charlotte BOUSQUET)

note: 4In love Pauline - 10 juillet 2015

Un roman d’amour étincelant librement inspiré de "La dame aux camélias".
Charlotte Bousquet reprend cet amour-passion qui dévore tout, déchire les coeurs mais les rend si beaux, si tristes. Violetta est un personnage lumineux, étincelant qui cache une fragilité, une vulnérabilité qu'Armando tente de combler en la rendant heureuse. Par-delà l'histoire d'amour incroyablement romantique et triste, l’auteure nous fait voyager dans une Italie magique, celle des arts, de la passion des chevaux, des ponts aux légendes pleines d'espoir. Une fresque sans concessions de l’Italie contemporaine et de sa jeunesse dorée.
« Ce feu qui me consume » porte bien son nom et aborde cette thématique de la passion sous toutes ses formes.

Grippy n° 1
Y a d'la joie ! (Olivier DUTTO)

note: 4Les p'tits diables ont un chat... Voici son histoire ! Marie-Eve - 10 juillet 2015

Ça y est, Grippy, le chat des p’tits diables, a sa propre BD ! On y découvre la double vie de ce matou rondouillard, blagueur, paresseux et surtout très gourmand (ne pas oublier de mettre TOUS les cookies à l’abri !). Une autre maison pour se reposer des p’tits diables et de nouveaux amis bien décidés à lui faire faire du sport (faites la connaissance de mamie, championne de karaté, et d’un petit pingouin pro-écolo), c’est sûr, Grippy n’est pas au bout de ses peines…

Drôle et attachante, cette nouvelle BD ravira les fans des p’tits diables. Un spin off plein d’humour, qui n’est parfois pas sans rappeler un autre emblème de la race féline (dont le nom commence par « Gar » et se termine par « field »), mais qui réussit cependant à rester original et à garder une certaine indépendance vis-à-vis de la série des p’tits diables. On salue d’ailleurs la décision de l’auteur de ne pas faire apparaître les p’tits diables dans cette nouvelle BD, même si les références à la série originelle sont nombreuses. Grippy est le personnage central, et c’est tant mieux.

Une nouvelle série pleine de surprises et bourrée d’humour, à découvrir dans les bacs.

Les Epices de la passion (Alfonso ARAU)

note: 4... Laëtitia - 30 juin 2015

De nombreux films ont pour thématique la cuisine comme catharsis ou révélation d’un don, tels «Le Festin de Babette» ou «Salé, sucré». Il en est de même pour «les Epices de la passion». En effet Tita, en tant que benjamine d’une famille mexicaine, afin de respecter la tradition, est interdite de mariage et est condamnée à veiller sur sa mère, la despotique Doña Elena. Aussi passe-t-elle la majeure partie de son temps aux fourneaux, apprenant l’art subtil de la cuisine auprès d’une vieille indienne. Son amour contrarié pour Pedro, qui ne peut épouser l’élue de son cœur et va choisir une de ses sœurs pour rester auprès d’elle, va révéler un don surprenant. Car quand Tita cuisine, ses émotions passent dans ses plats et provoquent d’étranges phénomènes. Ainsi la scène des cailles aux pétales de rose, mets qui va révéler tous les désirs enfouis de ceux qui les dégustent. Une belle histoire d’amour et de cuisine. Empreint de réalisme magique propre à la culture latino-américaine, un film forcément … à savourer !

Notre histoire n° 1
Notre histoire - 1 (Jean-Christophe CAMUS)

note: 3... Laëtitia - 18 juin 2015

Dans l’essai «Mes étoiles noires», Lilian Thuram brossait le portrait d’êtres d’exception tels Marcus Garvey, Toussaint-Louverture, Nelson Mandela, Billie Holiday, qui lui servirent de modèles étant jeune. La BD «Notre Histoire» trace le même sillon, balayant les préjugés sur la couleur de peau, montrant que le racisme doit être combattu par l’éducation, dès l’enfance, d’où la fondation de l’ex-footballeur et son implication en tant qu’intervenant dans les écoles. Parmi ces figures tutélaires, Mariana, la maman du petit Lico (surnom de l’auteur), dont il évoque le parcours de Guadeloupe vers Paris, sa ténacité pour faire venir ses enfants dans la capitale, en lutte à sa façon, se débarrassant d’un compagnon violent, et enfin l’installation quartier des Fougères, à Avon. C’est là que son chemin croise Neddo, un vieux monsieur (personnage réel ou fantasmé ?) qui lui fera partager son savoir et prendre conscience de son histoire, notamment la lutte armée du général Delgrès et de ses partisans qui, refusant le rétablissement de l’esclavage, préférèrent se faire sauter dans un fort sur les hauteurs de Basse-Terre et mourir en hommes libres. Un prochain tome est à paraître.

Le Castor (Mohammed HASAN)

note: 3Une cigale parmi les castors Marylène - 17 juin 2015

La littérature d’Arabie saoudite étant inversement proportionnelle à ses pétrodollars, lire un roman saoudien constitue forcément une découverte ! Et quel plaisir de commencer le voyage par cet auteur. Ghâleb, exilé volontaire à Portland, tue son ennui au bord du fleuve Willamette jusqu’à sa rencontre avec un castor. L’étude zoologique du rongeur va provoquer une onde de réminiscences de sa vie à Ryad. Outre les étonnantes ressemblances physiques avec ses sœurs, le castor présente des similitudes comportementales avec sa famille. Ce quadrupède ingénieur bâtit inlassablement des barrages, des remparts où l’on se protège autant que l’on s’isole… Etude de mœurs grinçante d’une société brutalement enrichie par le pétrole et l’immobilier dans la capitale après avoir abandonné la vie semi-nomade des bédouins du sud.
Le castor c’est aussi un roman d’introspection pour un quadragénaire démuni face au bilan de son existence toujours en décalage, sans mariage, sans enfant, sans entreprise personnelle… Une histoire d’amour insolente qui ne tient pas ses promesses. Ghâda, la femme adultère avec laquelle il poursuit une liaison irrégulière mais durable depuis 20 ans, fonctionne comme la proposition opposée sur la route des possibles en partant du même point. Une vie de cigale dans une société de castors… Une écriture riche en images sur le ton de la dérision porte ce livre dans la catégorie à ne pas manquer.

Guide tao Provence-Alpes-Côte d'Azur (Delphine BERLIOUX)

note: 3Tourisme durable Marylène - 5 juin 2015

La saison des guides de voyages est ouverte ! Et dans ce paysage éditorial longtemps monotone, de nouveaux venus apportent un peu de fraîcheur… et de conscience. Bien-sûr, surfant sur la vague de « l‘équitable » – mais qui pourrait lui reprocher de s’intéresser à l’éthique dans le tourisme ?- la maison Viatao propose des guides où voyage rime avec respect.
Toutes les adresses proposées pour manger, dormir, visiter sont sélectionnées pour leurs pratiques durables. Des conseils concernent aussi les aspects culturels à prendre en compte afin d’éviter les indélicatesses.
Le petit format est pratique et la présentation agréable, à tester !
Destinations disponibles à la médiathèque : Provence, Thaïlande, Laponie, Catalogne.

Portraits de Buenos Aires (Caroline BEHAGUE)

note: 3... Marylène - 5 juin 2015

Hikari, éditeur indépendant, dédié à la découverte du monde, propose une collection de guide originale et pertinente. Les « Portraits de… » sont dressés par des habitants même de la ville, qu’ils soient étudiants, retraités, chefs d’entreprise, expatriés…Chacun évoquant son parcours familial, professionnel, présente un aspect historique et sociologique du pays. Buenos Aires vu par Blanca Alvarez de Toledo, parente de l’écrivaine chilienne Maria Luisa Bombal , Daniel Tunnard, anglais alternant enseignement et doublage de films, Adriana Lewi, militante des droits de l’homme dont les parents sont morts torturés sous la dictature militaire dans les années 70, Lucila Yankelevitch, jeune chef d’entreprise, ou encore un expatrié français, une étudiante, un RH, une intérimaire…
Un guide traditionnel ne vous aurait pas forcément aiguillé vers la salle de projection cinéphile « Mon amour ciné-club », la brocante de Puerto de frutos, le quartier des outlets d’aguirre. Des pistes pour manger, sortir, visiter et même vous organiser une soirée foot au stade !

Eva (Ersi SOTIROPOULOS)

note: 3... Laëtitia - 4 juin 2015

Ersi Sotiropoulos fait partie de la nouvelle garde de la littérature grecque contemporaine. Engagée en politique et soutenant Syriza, ses romans évoquent la vie quotidienne sur fond de crise. Dans «Eva», Athènes est un personnage à part entière, reflétant la précarité par ses ordures débordant des rues, ses magasins à l’abandon, ses personnages à la marge. C’est le soir de Noël, Eva a subtilisé un carton d’invitation pour une soirée chic dans la maison d’édition où elle travaille. Une fois sur place, avec son mari, ils éprouvent la désagréable sensation d’être transparents, pas à leur place, car non invités et non désirés. On appréciera les contrastes de situation, comme l’incident lors de la soirée chic où au milieu de l’abondance, un homme émacié hurle sa faim et tombe d’inanition, mais aussi la peinture minutieuse des personnages qui vont croiser la route d’Eva, errant à travers les rues, puis se retrouvant dans un hôtel délabré à passer du temps à parler avec Moïra, une prostituée, Titika, jeune femme craintive et médium, et Eddy le voleur. Au récit de cette soirée se mêlent des instantanés de ce qui fait sa vie, ses visites à son père malade et sa difficulté à lui trouver une clinique, ses rapports tendus avec son mari, un incident qui l’obsède et qu’elle dissèque longuement. «Eva» est le roman d’une parenthèse dans la vie d’une femme, avant que tout ne redevienne comme avant.

Hors système (Okwari FORTIN)

note: 3... Laëtitia - 3 juin 2015

Ce récit est le témoignage d’un père, Xavier Fortin, qui n’a eu d’autre choix que la désobéissance civile, et de ses deux fils, qui refusent de retourner chez leur mère dont le nouveau mode de vie n’est pas en adéquation avec le leur. En onze ans, ils vont mener une vie faite de liberté, d’osmose avec la nature, de rencontres avec des gens d’horizons divers (agriculteurs, tziganes, hippies, communauté anarchiste de La Bernette), mais aussi une vie de cavale qui leur fera arpenter le Gers, les Cévennes et autres régions, abandonnant à chaque fois des amis chers, leurs élevages, contraints de changer d’identités. S’ils ne cachent rien de désaccords avec leur père lors de leur adolescence et l’attrait de la société de consommation, Shahi Yena et Okwari retrouveront vite leurs vraies valeurs. Aujourd’hui, le premier vend des animaux d’ornement et rêve de cinéma, le second est devenu cocher. A voir aussi «Vie sauvage», film retraçant leur histoire… disponible à la médiathèque!

La French (Cédric JIMENEZ)

note: 3Mafia sur la Canebière Laëtitia - 2 juin 2015

Second long-métrage d’un jeune réalisateur, «La French», sans être de la trempe d’un «Casino» de Scorsese, ne démérite pas et nous offre une plongée savoureuse et réaliste dans le Marseille des années 70 gangrené par «La French », mafia gérant le trafic d’héroïne jusqu’aux States. L’intrigue commence sur les chapeaux de roue, avec un travelling sur la plage, le long de la corniche, mettant en scène une exécution. Servi par un montage dynamique et nerveux, porté par un casting de «gueules» (Benoît Magimel en homme de main psychopathe, Gérard Meylan crédible en ripoux), le film vaut surtout pour le duel entre le juge Michel, incarné par un Jean Dujardin habité, obsédé par son désir d’éradiquer la pègre, jusqu’à être limite (filatures illégales), et le parrain Zampa, incarné par un Gilles Lelouch alternant main de fer et gant de velours pour tenir son clan. Autre intérêt du film, l’éclairage sur les ramifications de la «pieuvre» jusqu’aux plus hautes sphères politiques, et la reconstitution du Marseille des années 70, avec sa bande-son. L’ensemble, de facture classique, fera oublier quelques maladresses de débutant.

Petit poilu n° 1
La sirène gourmande (Céline FRAIPONT)

note: 5Brillamment attachant ! Marie-Eve - 2 juin 2015

Petit Poilu part à l'école. En chemin, une inondation le précipite dans un vaste océan, demeure de la Sirène Gourmande qui mange tout ! Avalé par l'immense femme-poisson, voilà notre Petit Poilu prisonnier dans son gigantesque estomac ! C'est le début des rencontres qui font rire, qui font peur, qui bousculent… Comment Petit Poilu sortira-t-il du ventre de la sirène ? Retrouvera-t-il sa maman ? Mystère…

Petit Poilu, c’est une BD Première Lecture fraîche et dynamique, avec un petit héros mi-homme/mi-peluche particulièrement attachant ! Les dessins sont simples, colorés, et parfaitement adaptés au jeune public. Pas de textes, mais des cases découpées avec un soin méticuleux et articulées de façon à guider tout en douceur, mais avec une maestria remarquable, l’enfant à travers l’histoire. Fort de cette simplicité minutieusement étudiée, Petit Poilu est un vrai régal pour les plus jeunes, qui réussit à combiner avec brio plaisir de lire et découverte de la Bande Dessinée.

Du suspens, de l’émotion, des rebondissements, de l’aventure… Un véritable coup de cœur à découvrir de toute urgence !

Imagine-toi dans la caverne de Platon... (Jacques de COULON)

note: 3... Marylène - 23 mai 2015

Le mois de juin arrive avec son cortège d’examens et concours, scolaires ou professionnels.
Collégiens, lycéens, étudiants sont sur le pont, mais qu’il est difficile de se concentrer sur des révisions lorsque le soleil vous invite au farniente et la lassitude de fin d’année se fait sentir !
Jaques de Coulon, professeur de philosophie, propose un manuel simple pour se mettre en conditions. Il a conçu des exercices de méditation et de respiration favorables à la détente et la concentration. Ne vous y méprenez pas, il ne s’agit pas de méditation mystique ! Non plutôt des temps de concentration sur soi, le corps, le souffle, les objectifs que l’on veut atteindre, par le biais de représentations mentales métaphoriques. Finalement il organise des temps de pauses constructives pour apprendre à gérer le stress, se concentrer, se projeter positivement, avec des cas concrets : face à une liste de vocabulaire de langue étrangère à apprendre, l’entrée en classe…
Des pistes à suivre autant pour les élèves que pour les adultes en période de stress.

Deux frères (Gabriel BA)

note: 3.. Marylène - 23 mai 2015

Une BD pour découvrir l’une des principales plumes du Brésil : Milton Hatoum. Comme beaucoup d’auteurs brésiliens (Moacyr Scliar en tête), son nom n’est pas connu du grand public français, pourtant, il est incontournable dans son pays. Lui-même déplore le manque d’intérêt des voisins sud-américains envers eux, problématique d’une enclave lusophone cerclée d’hispanophones. Invité au Salon du livre de Paris, avec les dessinateurs, Gabriel Ba et Fabio Moon (frères jumeaux), auteurs de l’adaptation de son roman éponyme en BD, pour une triple découverte. Pour le contenu, fidèle à de nombreux auteurs du nouveau monde, c’est une saga familiale. Et comme souvent aussi, la famille bien qu’enracinée dans son territoire, a ses origines sur le vieux continent, fui à cause de la guerre ou la quête de réussite. Ici, ce sont des libanais installés à Manaus, tout comme les parents d’Hatoum. Manaus, porte d’entrée de l’Amazonie, ville métissée, écrasée sous une chaleur équatoriale, offre un climat propice au drame passionnel. Tragédie œdipienne, ce récit aborde un thème récurrent de l’auteur, la décomposition d’une famille sous l’effet des non-dits, des trahisons, des rivalités fraternelles induites par les parents. Une histoire particulièrement violente rapportée par l’enfant non reconnu de la famille… Un noir et blanc intense convient parfaitement au rendu de la tension dramatique.

Le Caravage n° 1
Le Caravage - 1 (Milo MANARA)

note: 3Mauvais garçon Marylène - 22 mai 2015

Manara, ne se limite pas aux BD érotiques qui ont fait son succès. Passionné de littérature et de peinture, Il avait déjà adapté l’Ane d’or d’Apulée et proposé une vie des Borgia avec Jodorowsky, avant de s’atteler à cette biographie du Caravage. Peintre fascinant dont la vie aussi tapageuse que l’œuvre se prête volontiers à l’adaptation romanesque. Le Cinquecento s’achève et Rome a déjà vu passer Vinci, Raphaël et Michel-Ange, quand le jeune Caravaggio, 20 ans, quitte Milan pour s’y installer en quête d’un atelier. Loin des clichés de l’artiste contemplatif, c'est un hédoniste décomplexé, pensionnaire des maisons closes, prompt à la bagarre, les premières traces de son arrivée à Rome sont des rapports de police...Manara rend compte de la violence sociale de l’époque contre laquelle se révolte le peintre en revendiquant le droit de porter une épée, privilège des nobles. Il rend surtout hommage à celui qui bouscula les dogmes, en imposant des thèmes profanes aux côtés des scènes religieuses sans hiérarchie, avec un traitement parfois cru et bien-entendu, en devenant le maître du clair-obscur. Le scenario se déroule sur un rythme de chevauchée sauvage. Les lieux et les reproductions des toiles sont superbes. Un regret : les femmes ont une plastique monotone de poupée gonflable, ce qui ne gêne en rien dans les BD érotiques mais semble moins approprié dans ce contexte…

Arbres (Sophie BRUNEAU)

note: 3... Laëtitia - 2 mai 2015

Ce documentaire poétique et contemplatif nous invite à mieux appréhender l’arbre, à la fois dans ce qui constitue son unicité - son immobilité, ses facultés d’adaptation à son environnement- et ses spécificités. Ainsi le palétuvier est appelé «arbre qui marche», car grâce à ses racines qui sortent du sol, il se déplace de quelques mètres par an, véritable prodige pour cet arbre voyageur qui ne sait pas où sa déambulation le conduira. Ou encore «l’arbre étrangleur» de Madagascar, de la famille des figuiers, qui vit en se greffant et en colonisant un autre arbre. Bruneau et Roudil ont arpenté le globe pour nous livrer de superbes visions de baobabs, arbres sacrés au tronc creux dans lesquels on enterrait jadis les griots, séquoias de Californie dont la longévité et l’immensité impressionnent, etc. A voir aussi l’entretien réalisé avec le botaniste F. Hallé, passionnant et instructif, où l’on apprend que contrairement à l’homme qui ne possède qu’un seul gènome, chez l’arbre on trouve des différences génétiques selon les branches, chacune pouvant avoir son propre gènome. A visionner pour le subtil mélange science et poèsie.

Rosie ou le goût du cidre (Laurie LEE)

note: 4... Laëtitia - 28 avril 2015

Premier volet d’une trilogie autobiographique, «Rosie ou le goût du cidre» évoque l’enfance de l’auteur dans le Gloucestershire des années 30. Benjamin d’une fratrie de 8 enfants, élevé par une mère fantasque, le petit Laurie nous fait partager sa vie quotidienne entre l’école, l’église, les jeux à travers champs et à la toute fin du livre, les premiers émois amoureux, dans une vallée certes idyllique mais éloignée de la modernité et du confort. Tout le sel de ce livre réside dans l’originalité du point de vue, qui passe par le prisme de Laurie enfant, avec ses mots d’enfant, et dans la langue utilisée, poétique et naturaliste : «L’été, c’était l’époque d’une abondance soudaine, d’une brume de diamant et de la poussière dans les yeux, du ballet des guêpes et des libellules, des meules de foin et des graines de chardon, des corps nus dans les frais ruisseaux des collines, des bras nus des filles et des cerises pas mûres, des pique-niques dans les carrières en ruine, des coups de soleil, de la fièvre et des pelures de concombre appliquées sur le front brûlant -le tout accompagné du sentiment que cela ne finirait jamais». Une belle plongée dans le vert paradis de l’enfance.