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L'Esprit de famille (François BEAUNE)

note: 3... Marylène - 16 mai 2018

Nouvelle collection d’exploration chez Elizad : Histoires vraies de Méditerranée.
Un auteur à la rencontre d’un territoire méditerranéen qui ne lui est pas particulièrement familier.
C’est François Beaune, auteur auvergnat, qui inaugure la collection avec ces rencontres autour du [...]

Louis Soutter, probablement (Michel LAYAZ)

note: 3... Marylène - 5 mai 2018

Une forme oscillante entre roman et biographie, donne cet air flottant au texte de Michel Layaz. C’est que Louis Souter, cousin du Corbusier, est lui-même un personnage éthérée. Il passe de violoniste à peintre, bascule de notable à interné, perd [...]

Ces jours qui disparaissent (Timothé Le Boucher)

note: 3... Marylène - 2 mai 2018

Je croyais commencer un récit de science -fiction avant de réaliser qu’il s’agissait d’explorer le cerveau humain plutôt que le système solaire : un homme forcé de vivre partiellement sa vie, la partageant avec son double au tempérament opposé. Son [...]

Les Pieds sur Terre (Batiste COMBRET)

note: 4Don Quichotte made in Landes Laëtitia - 17 avril 2018

C’est tout d’abord un coup de cœur pour les Mutins de Pangée, coopérative cinématographique proposant souvent un catalogue reflétant un certain regard alternatif sur notre société - parmi les plus connus, «Tous au Larzac», «I am not your negro» ou [...]

La Cantine de minuit n° 2 (Yaro ABE)

note: 3Un plat, une histoire Marylène - 6 avril 2018

Brèves de comptoir nocturnes. Entre émotion, humour et chroniques sociales, une lecture entrainante.
Un plat, une histoire. Simple, souvent touchant, dépaysant bien entendu aussi. Verrait-on les mêmes scènes dans une gargote parisienne ? Certaines, mais pas toutes !
La cantine de minuit [...]

Seule à la récré (ANA)

note: 4... Marie-Eve - 3 avril 2018

A l'école primaire, Emma est harcelée par Clarisse, une fille de sa classe : moqueries, insultes, brimades, coups, mise à l'écart. Clarisse s'en prend à Emma car, pour se sentir mieux dans sa peau, il lui faut une personne qui [...]

J'ai lu j'ai vu j'ai entendu... ça m'a plu

 

Tu ne tueras point (Mel GIBSON)

note: 4Dans l'enfer de la guerre Laëtitia - 23 mai 2017

Inspirée d’une histoire vraie, le dernier film du réalisateur australien dresse à la fois le portrait d’une certaine Amérique (imprégnée de valeurs morales, religieuses, patriotiques) et celui de Desmond Ross, jeune Adventiste qui s’enrôle dans l’armée en tant qu’infirmier pour servir son pays, mais refusant absolument de porter une arme. Le film est nettement découpée en deux parties, la première montrant la vie d’avant de Desmond, son amour naissant pour sa future femme, sa vie quotidienne auprès d’un père alcoolique et violent, et enfin son engagement, avec brimades et procès militaire à la clé, qu’il gagnera ; la seconde développant le récit détaillé de la bataille d’Okinawa, où il révélera sa vraie nature de héros.
N’en déplaise à ses nombreux détracteurs, Mel Gibson est de l’étoffe des très grands réalisateurs, filmant avec maestria les scènes de guerre de façon hyperréaliste, notamment avec un mouvement de caméra nous entraînant au-dessus de la falaise, nous donnant l’illusion d’être nous-mêmes plongés au cœur de la boucherie. On pense bien sûr au somptueux «Apocalypse Now», car «Tu ne tueras point» est à classer dans la catégorie des très grands films de guerre. Et on salue la performance d’Andrew Garfield, jeune acteur très prometteur.
Enfin, signalons que le vrai Desmond Ross a été décoré par le Président Harry Truman de la médaille d’honneur en 1945 pour avoir, au péril de sa vie, sauvé 75 hommes.

Un palais d'épines et de roses (Sarah MAAS)

note: 5Après Divergente et Hunger Games, le nouveau phénomène littéraire Marie-Eve - 17 mai 2017

Comment commencer à décrire Un palais de Roses et d’Epines, premier tome d’une trilogie YA fantastique dont l’auteur n’est autre que Sarah MAAS (Keleana).

Pour en avoir beaucoup entendu parler sur les réseaux sociaux (actuel incontournable de tout bookstagrammeur qui se respecte) avec les hashtags #acotar (A Court of Thorns and Roses), #acomaf (A Court of Mist and Fury, le tome 2) et plus récemment #acowar (A Court of Wings and Ruins, dernier tome), j’étais assez curieuse de voir ce que ce roman valait réellement.

Et après plusieurs heures absolument captivantes, force est de constater qu’il est actuellement impossible de passer à côté du phénomène ACOTAR.

L’histoire, un remix plus sombre de la Belle et la Bête, remaniée à la Sarah MAAS, est magistralement construite, tout en détails et finesse, imprévisible et envoutante, sensuelle et ensorcelante. Le monde de Prythian prend littéralement vie sous nos yeux. Quant aux personnages, ils sont plus qu’attachants et on peine à les lâcher à la fin de ce premier tome.

Spoiler : le second tome est encore plus phénoménal !

En conclusion, avec ACOTAR, syndrome de « il est tard mais encore un chapitre et j’arrête » assuré ! A lire !

Chère Ijeawele, ou Un manifeste pour une éducation féministe (Chimamanda Ngozi ADICHIE)

note: 4Fiez-vous à la douce musique du titre et ne passez pas votre chemin au détour du sous-titre ! Marylène - 10 mai 2017

Parce qu’il n’est jamais inutile de rappeler des fondamentaux, et comme le bon sens n’a pas besoin de grandiloquence, il faut lire le simplissime et pertinent livre de Chimamanda Ngozi Adichie.
Une toute petite lettre au contenu précieux, comme un écho à la « Lettre à ma fille » de Maya Angelou.
Court, évident, juste

Une vie avec Alexandra David-Néel n° 2
Une Vie avec Alexandra David-Néel (Frédéric CAMPOY)

note: 2Une vie intrépide pour une BD sans audace Marylène - 6 mai 2017

Alors oui déception. Même si bien-sûr on y trouvera des qualités.
Le sommet devait être trop haut pour que l’ascension soit aisée, il faut reconnaître que les auteurs s’attaquaient à un sacré monument!
Il est frustrant pour le lecteur avide de paysages tibétains, de rester de longues années enfermé avec Alexandra David-Néel acariâtre et sa « femme à tout faire » dans sa forteresse de Digne.
Bien-sûr, cette oppressante observation de la senescence de l’aventurière n’est pas sans intérêt.
On y découvre un caractère excessif là où l’on s’attendait à une retenue exemplaire de la part d’une bonze. Et c’est là la visée de ce diptyque, révéler l’enfant blessée derrière la femme indomptable.
Sa dualité rend nos réactions ambivalentes elles aussi. Entre répulsion face à la violence psychologique (cette Marie-Madeleine en martyre consentante!) et une profonde admiration pour son incroyable parcours.
Alexandra David-Néel même à 100 ans n’avait rien d’une gentille petite mamie sénile et elle voulait que ça se sache ! Force de la nature, bête de travail, puits de sciences jusqu’au dernier souffle.
Une empreinte forte bien restituée dans le récit, mais un survol des 14 années de voyages en Asie comme une anecdote…

Le Tour du monde du roi Zibeline (Jean-Christophe RUFIN)

note: 4... Laëtitia - 3 mai 2017

Vous aimez voyager sans bouger de votre fauteuil, arpenter des contrées exotiques et inconnues, découvrir des personnages qui ont façonné l’Histoire ? Dans «Le Tour du monde du roi Zibeline», Jean-Christophe Rufin joue à merveille avec les codes du roman d’aventures pour vous emporter loin de votre quotidien et réhabiliter un personnage haut en couleur de l’histoire de France et tombé dans l’oubli, Auguste Beniowski. Certes, l’auteur a pris des libertés avec la réalité pour en faire un personnage plus solaire, généreux qu’il n’était, mais son destin n’en demeure pas moins mouvementé et passionnant.
Découvrez donc l’histoire de ce jeune comte d’Europe centrale, enfant du Siècle des Lumières, qui après avoir été spolié de l’héritage paternel, deviendra meneur d’armée dans toute l’Europe, exilé en Sibérie d’où il s’échappera avec sa future femme, Aphanasie, fille d’un gouverneur, devenant capitaine de navire, voguant de la Chine à Macao, rentrant en France pour être chargé par le Roi de créer une colonie à Madagascar.
Au récit d’aventures se mêle une réflexion humaniste, puisque Beniowski, inspiré du Siècle des Lumières, époque s’il en est des libertés et des fraternités, va finalement refuser de remplir ce rôle, contrant les visées colonialistes et esclavagistes de la France, allant chercher de l’aide en Amérique auprès de Benjamin Franklin et de Washington pour développer une nation libre.
Une histoire passionnante, servie par le style inimitable d’un Rufin en grande forme.

Lost in French (Lauren COLLINS)

note: 3Lost in french, lost in Geneva Marylène - 19 avril 2017

L’anglais a t-il toujours été la langue officielle aux Etats-Unis ? Eh bien non, et ce qui semble tellement évident aujourd’hui ne l’était pourtant pas aux origines de ce pays, patchwork européen entré en collision avec la culture indienne. Les allemands, les néerlandais et même quelques frenchy revendiquaient l’usage prioritaire de leur langue. Ecrasante victoire de l’anglais par KO… Quoique, l’avenir linguistique pourrait changer de continent…
C’est ce genre d’anecdotes pas si anecdotiques dont regorge le livre de Lauren Collins, comme de passages plus intimes sur les repas de famille.
Elle partage son expérience de jeune américaine mariée à un français qui l’entraine vivre à Genève.
Sur un ton certes distrayant, l’auteur soulève néanmoins de légitimes questions sur la langue et l’identité et distribue généreusement de pertinentes informations.
Cette question de la langue est si riche, elle impacte et est impactée par tous les domaines socioculturels : nourriture, loisirs, relation amoureuse, relations de voisinage…
Les premières pages relatant les débuts à Genève ne laissaient pourtant pas présager un contenu aussi subtil, heureusement, l’entrée un peu lourde, maladroite, fait place à de beaux passages plus sociologiques et littéraires.
A noter la part importante de la spécificité genevoise dans son expérience, il s'agit à la fois d'un témoignage sur la langue française et la culture genevoise (suisse c'est un peu trop large tant Genève fait bande à part dans la confédération.)

Mes indépendances (Kamel DAOUD)

note: 4Quand le chroniqueur du quotidien d’Oran observe le monde Marylène - 19 avril 2017

Je suis pleine d’admiration pour Kamel Daoud, sa pensée claire, sa langue limpide. Il a cette capacité à faire mouche à chaque billet sans verser dans le spectaculaire. Les mots sont toujours justes et dosés. Résistant aux pressions subies dans son pays, il sait tout aussi bien échapper aux clichés occidentaux où sont enfermés les intellectuels méditerranéens. Son point de vue n’est pas euro-centré et c’est particulièrement sain d’adopter parfois un autre angle pour envisager l’actualité, même si ça pique parfois l’amour propre mal placé.
On lit souvent que dans ses chroniques « personne n’est épargné », mais il ne me semble pas que M.Daoud ait une âme d’assassin. Son objectif n’est pas de blesser, il touche sans couler.On peut bien entendu ne pas adhérer à tout, mais force est de reconnaître le caractère exceptionnel de cet homme, sans doute un très grand esprit de l’époque.

Dans la Forêt (Jean HEGLAND)

note: 4... Laëtitia - 15 avril 2017

C’est un roman d’anticipation qui raconte la survie de deux sœurs adolescentes après un chaos politique non identifié (une allusion aux fondamentalistes d’Armageddon) : des rumeurs de populations décimées par des virus, de Maison Blanche brûlée, plus d’électricité ni de contact avec le monde extérieur font que les sœurs préfèrent vivre au milieu de cette forêt primitive de grands séquoias en espérant le retour de la civilisation. Le lecteur entre dans le vif du sujet par un astucieux biais : Nell, la narratrice, a reçu pour Noël de sa sœur Eva un cahier dans lequel elle va consigner le lent dérèglement du monde, mais surtout leur nouvelle vie, et de ce fait, nous faire partager ces moments du quotidien faits d’abattement, de survie, mais aussi de joies infimes et de symbiose avec la nature.
On se laisse emporter par ce huis-clos réaliste, quasi organique, par la présence permanente de la forêt, tout à tour féerique, terrifiante, nourricière, emmené par la personnalité attachante et combattive de Nell, la narratrice, dont l’évolution intellectuelle et spirituelle, au plus près de la nature, est source de réflexions à méditer : «Avant j’étais Nell, et la forêt n’était qu’arbres et fleurs et buissons. Maintenant la forêt, ce sont des arbres à suif, des érables à grandes feuilles, des paviers de Californie, des baies, des rhododendrons, et je suis juste un être humain, une autre créature au milieu d’elle. Petit à petit, la forêt que je parcours devient mienne, non parce que je la possède, mais parce que je finis par la connaître. Je commence à saisir sa diversité. Je commence à comprendre sa logique et à percevoir son mystère. Où que j’aille, j’essaie de noter ce qu’il y a autour de moi – un massif de menthe, une touffe de fenouil ou un champ d’amarante à ramasser maintenant ou plus tard quand je reviendrai, quand le besoin se fera sentir ou que ce sera la saison».
Une nouvelle vie serait donc possible au cœur de la forêt…

A la table des diplomates (Laurent STEFANINI)

note: 3... Marylène - 5 avril 2017

Diplomates, historiens et grands cuisiniers pour mettre le couvert. Il est vrai, le sujet est facile, dès que l’on touche à l’estomac…Le potentiel érotique du domaine a été largement exploré, il est plus rare de trouver des ouvrages mêlant menus et relations internationales.
Alors oui, l’éditeur a joué la carte du glamour avec une 1ère de couverture Jacky Kennedy, mais il y a réellement bien plus à l’intérieur.
Les repas officiels replacés dans leur contexte sont riches d’enseignements géopolitiques. Les lieux, les cérémonies ayant précédées ou suivies, les invités et les absents bien-sûr, le contenu et les contenants, chaque histoire a sa petite note croustillante.
Les choix iconographiques participent pleinement au plaisir de cette lecture.

Le Français (Julien SUAUDEAU)

note: 4... Laëtitia - 31 mars 2017

«Le Français» est un roman court, âpre, sur un sujet brûlant : la conversion, puis la radicalisation d’un jeune Français de souche. «Le Français» n’a pas de prénom, car désincarné et semblable à de nombreux jeunes laissés pour compte ; tout juste le lecteur sait-il qu’il s’agit d’un blond aux yeux bleus qui mène une vie monotone en Normandie, entre petit boulot précaire, dépit amoureux et cellule familiale éclatée (un père absent, un beau-père alcoolique et violent qui le frappe à coups de ceinture). Quand Mirko, petit trafiquant d’Europe de l’Est, lui propose de réparer des ordinateurs à Bamako, il voit là une opportunité de fuir cet horizon bouché et de changer de vie. C’est là que tout bascule : suite à de mauvaises rencontres, il va faire son apprentissage d’un Islam radical auprès du Professeur : «En plus de nos lectures et de l’apprentissage des Cinq Piliers, le Professeur m’enseignait la taqiya, l’art de la poudre aux yeux : « C’est une ruse divine et une stratégie de guerre. Tu vis comme ton ennemi pour qu’il te croie ton ami». En l’écoutant me parler de la dissimulation, je me demandais parfois si à force de se cacher on ne finissait pas par ne plus savoir quand et avec qui on faisait semblant. Les jours où il s’absentait, il m’arrivait de penser que je faisais semblant d’être musulman et de suivre les enseignements du Prophète. Mais si j’essayais de me rappeler dans quel but je jouais cette comédie, je perdais tôt ou tard le fil et j’en arrivais toujours à la conclusion qu’il valait mieux y croire, pour ne pas oublier tout à fait qui j’étais».
La grande force de ce livre est de nous faire entrer dans la tête du personnage, d’assister à sa lente dérive, de ressentir son euphorie, ses doutes, tous ces sentiments contraires qui constituent un être humain, par le biais d’une narration à la première personne.
Un roman dérangeant où l’on suit, effaré, le lent processus de déshumanisation qui va mener ce jeune-homme jusque dans une forteresse en Syrie, où il côtoie l’E.I. et en deviendra un bourreau efficace.
Malgré la pesanteur d’un tel sujet, un roman essentiel pour mieux appréhender notre époque, s’interroger sur les failles du système et enrayer ce mal insidieux, et enfin sortir du manichéisme.

Le Grand combat (Ta-Nehisi COATES)

note: 3... Laëtitia - 18 mars 2017

Dans ce roman d’initiation largement autobiographique, l’auteur-narrateur retrace son enfance, puis son adolescence hors des sentiers battus dans un des quartiers les plus durs de West Baltimore, dans les années 80, où le crack, les flingues et les bastons sont légions. Mais aussi l’émergence de la culture hip-hop, l’éveil à la conscience politique et la fraternité, bouffées d’air pur dans ce paysage anxiogène.
Ta-Nehisi, guidé par un père ex Black Panther avant-gardiste et hors norme, mais aussi par sa bonne étoile, marque déjà sa différence et possède en lui les ressources pour transcender son destin : «Moi, mon truc, c’étaient les calumets et les traités de paix. Mon style, c’était la tchatche et l’esquive». Soit l’armure de l’écrivain et penseur en devenir, plutôt que l’appartenance à un gang ou la violence.
Évoquant la relégation dans des ghettos, la discrimination, l’auteur n’en épingle pas moins la communauté afro-américaine, la dépeignant sans angélisme : «On m’avait nourri de récits sur les combats de nos aînés. Mais quelle déchéance autour de moi : la télé câblée et la console Atari dans chaque pièce, des mères adolescentes, des nègres arborant des baskets qui valaient autant qu’une traite immobilière. Les Conscients savaient que la race toute entière était menacée de naufrage, que nous nous étions libérés de l’esclavage et de la ségrégation, mais pas des fers de l’esprit».
Bourré d’autodérision, agrémenté de références à des théoriciens ou écrivains engagés (Malcolm X, James Baldwin, Nat Turner) et d’une playlist de rap et de musique afro (afrika Bambaata, LL Cool J, Public Enemy, Burning Spear), voici un roman passionnant qui donne envie de découvrir un des fers de lance de la pensée afro-américaine contemporaine, adulé par Toni Morrison et Barack Obama, et de lire dans la foulée «Une colère noire» (National Book Award en 2015).

Lettre à ma fille (Maya ANGELOU)

note: 3Lettre à ma fille (qu’elle n’a pas eu) ou les leçons de vie de Maya Angelou. Marylène - 14 mars 2017

La sagesse des anciens ne se transmet plus les soirs de veillées, aussi l’écrivaine et artiste américaine, a-t-elle offert ses petits contes philosophiques sous forme de lettre.
Elle, qui dans sa vie chaotique n’a eu qu’un fils, adresse son message à sa fille soit à toutes les femmes. Mais attention, à lire d’autant plus lorsque l’on est un homme, soit fils d’une femme et peut-être aussi père d’une femme, frère, cousin ou amant… d’une femme.
Cette longue lettre tour à tour affectueuse, drôle ou sévère, distille des enseignements souvent chèrement acquis.
Curieusement, cette intellectuelle militante reconnue dont les écrits sont étudiés en classe aux Etats-Unis, fait mentir l’adage « nul n’est prophète en son pays » tant sa réputation est confidentielle en France.
Mais que vous la connaissiez ou pas, ne ratez pas ce rendez-vous, ne serait-ce que pour la parabole du tapis.

Post-scriptum (Alain Claude SULZER)

note: 3... Marylène - 7 mars 2017


Sulzer nous offre une nouvelle démonstration de subtilité au milieu d’une littérature du mot choc.
Nul éclat, nulle gesticulation, pas de mots crus servis sur lit de violence et pourtant tout est là. Les déchirements de l’histoire, de l’amour, des classes sociales, de l’ego...
C’est limpide comme une eau de torrent dans les montagnes de Sils Maria, où l’auteur suisse choisit de planter le décor. Ce point d’ancrage en dit long sur ses méthodes. Un cadre immuable, l’hôtel Waldhaus, cocon ouaté pour les grandes fortunes, pour dépeindre une époque si tourmentée.
Alain-Claude Sulzer est à mon sens, avec Martin Suter, un auteur suisse hors norme, l’un de ceux qui se liront encore avec émotion et qui feront encore sens dans un siècle quand beaucoup d’autres auront périmé.

Un Fauteuil sur la Seine (Amin MAALOUF)

note: 3Maalouf le magnifique Marylène - 7 mars 2017

La puissance d’Andreï Makine, la poésie d’Andrée Chédid, la limpidité de Milan Kundera, l’intimité de Metin Arditi, l’extravagance de Majdalani, autant d’étranges étrangers porte-étendards indiscutables de la langue française.
Et Amin Maalouf. Maalouf l’égyptien, Maalouf le libanais, Maalouf le scribe francophone, Maalouf le Grand. Ce nomade a accepté l’hospitalité, bien méritée, du quai de Conti.
A quoi pense-t-on en posant ses fesses sur un fauteuil de l’Académie française ?
A l’éternité qu’il vous procure ? A ceux qui vous ont précédé sans nul doute. Mais ce qui est un exercice de style imposé du discours d’investiture pour certains, devient un roman de quatre siècles de littérature pour Maalouf. Le même souffle humaniste, la même fluidité que dans ses romans, la même érudition « sans en avoir l’air », pour passer en revue quatre siècles sans avoir trouvé le temps long une seule page.

J'Avancerai vers toi avec les yeux d'un sourd (Laetitia CARTON)

note: 5... Laëtitia - 22 février 2017

Trente ans après «Le Pays des sourds» de Nicolas Philibert, Laetitia Carton réalise un documentaire engagé et poétique sur l’identité culturelle, historique et surtout la langue des signes de la communauté sourde de France. Initié par son ami Vincent à la LSF, la réalisatrice a eu à cœur de continuer ce projet pensé à deux, qui aurait pu avorter suite au décès de Vincent, et qu’elle a mis près de dix ans à réaliser, le temps de mettre la colère et la tristesse à distance.
Le fil rouge du documentaire est la marche de cinq militants sourds, de Paris à Milan, soit 42 jours de marche avec notamment pour objectif, comme le dit l’un des marcheurs «d’être regardés comme des gens qui ont une culture et une langue et non plus seulement comme un problème médical», tout en dénonçant le fait que la France reste très en retard dans l’éducation bilingue des enfants sourds. Cette destination n’est bien sûr pas le fruit du hasard, puisque Milan avait accueilli en 1880 un congrès sur l’éducation des enfants sourds, où des «experts» prônaient l’oralisme au détriment de la LSF.
Ce fil rouge est ponctué de rencontres toutes plus touchantes et essentielles pour mieux montrer la diversité de cette communauté (qui compte aussi des entendants désireux de s’ouvrir à la richesse du monde des sourds) : Stéphane, professeur de LSF qui a lutté pour intégrer l’Éducation nationale, Josiane, qui dit sa tristesse de mal communiquer avec son fils, le comédien Levant Baskardès qui fait partie de l’International Visual Theatre dirigé par Emmanuelle Laborit et véritable laboratoire où se téléscopent les recherches artistiques, linguistes et pédagogiques sur la LSF.
Bref, une perle rare à visionner de toute urgence.

Le Destin ne s'en mêle pas (M.H. FERRARI)

note: 3Polar made in Corsica Laëtitia - 28 janvier 2017

Lorraine mais corse d’adoption, Marie-Hélène Ferrari a cartonné avec cette première enquête du commissaire Pierucci, qui en est à sa quatrième réédition et dont la trame se situe à Bonifacio, son lieu de résidence. Elle a su captiver un lectorat fidèle en créant un commissaire gourmand, bougon, qui a une relation difficile avec sa mère, bref qui est terriblement humain et attachant, et en saupoudrant son enquête de clins d’œil à l’île de beauté, évoquant les saveurs, les accents et les cultures corses, pour mieux nous ancrer dans son histoire. Une histoire somme toute banale mais tragique, la mort d’un homme apparemment ordinaire, Paul-François, qui se serait retrouvé au mauvais endroit au mauvais moment, ramassant une balle perdue. Pourtant quand sa femme, Marie-Savéria, tente d’en savoir plus, face au mutisme autour de Paul-François, le doute s’instille comme un poison : «et si son mari n’avait pas ramassé la mort de quelqu’un d’autre», pour reprendre une des expressions savoureuses de l’île ? Mené à un rythme placide mais efficace, le lecteur se laisse embarquer dans cette enquête atypique où passé et présent se mêlent, où malgré l’omerta difficile à percer, le commissaire Pierucci, pugnace, ira jusqu’au bout de la vérité.

Dawa (Julien SUAUDEAU)

note: 4... Laëtitia - 20 janvier 2017

Roman prémonitoire ou fine analyse de notre société contemporaine, vu à travers le prisme des diverses rencontres de l’auteur, tant au sein de Sciences-Po où il étudia, des banlieues dont il fréquenta les salles de boxe, ou encore en tant que journaliste d’investigation ? Sans doute tout cela à la fois.
Écrit en 2014, «Dawa» décrit la préparation par une cellule terroriste d’attentats djihadistes sur fond de campagne électorale… un vendredi 13 à Paris (troublantes similitudes…). A la fois roman noir nerveux et peinture quasi balzacienne d’une société en déliquescence, tout ou presque n’est que tractation et corruption dans les allées du pouvoir comme sur la dalle des 3000 à Aulnay. La force de l’auteur est de nous tendre un miroir de notre société, où les cœurs purs comme Momo, jeune voyou des cités repenti avec l’objectif de devenir boxeur, ou encore la politicienne intègre Hélène Faure, côtoient des âmes plus noires, telles Assan Bakiri, professeur d’arabe mettant sur pied un commando suicide, ou encore une multitude d’hommes politiques prêts à tout pour être élus, notamment à laisser l’économie se quatariser.
Toutefois, l’auteur veille à ne pas tomber dans un manichéisme primaire, même si sa vision de notre société est assez pessimiste. Un rythme haletant, des personnages attachants à la psychologie complexe, des rebondissements, de quoi dévorer ces presque 500 pages sans qu’il n’y paraisse.

Midnight special (Jeff NICHOLS)

note: 3Déroutant road-movie Marylène - 17 janvier 2017

Incroyable road-movie science-fiction pour le dernier Jeff Nichols.
Le rapport père-enfant dans un monde de violence et de silence pourrait devenir son thème marque de fabrique (et l’envoûtant Michael Shannon son totem !) tant il l’avait déjà bien exploré dans Shotgun stories, Take shelter, Mud.
Avec la même subtilité, il livre une 4ème exploration du sujet, sans que ce soit la fois de trop.
Comme ses précédentes œuvres, le film est intense, nous tient par hypnose.
Le sujet extra-terrestre aurait rapidement pu devenir scabreux, il n’en est rien. On pourrait même dire que Jeff Nichols a renouvelé le genre en créant une SF poétique. Déroutant.

Suisse (André CRETTENAND)

note: 3Invitation au voyage Marylène - 21 décembre 2016

L’un des derniers nés de la collection « L’âme des peuples » (hommage au géographe et sociologue André Siegfried) des éditons belges Nevicata, pour continuer à explorer notre mystérieux voisin !
Dans la veine du « Sentiment géographique » de Gallimard, cette collection propose la visite intime d’un pays mais plus encore un manuel de décodage de son fonctionnement, son mode de pensée. Votre guide, André Crettenand, est un journaliste suisse ayant longtemps vécu à Paris. Subtile, nuancé et agrémenté de quelques citations littéraires, savoureux tout petit livre. Une collection à étoffer, nous attendons vos suggestions pour les titres à commander, rendez-vous sur ce lien https://editionsnevicata.be/46-l-%C3%A2me-des-peuples, et communiquez-nous votre destination favorite par mail.

La Petite bédéthèque des savoirs n° 8
Le féminisme (Anne-Charlotte HUSSON)

note: 3... Marylène - 16 décembre 2016

La petite bédéthèque des savoirs, encore une collection pour casser les idées reçues sur la bande dessinée.
Concept simple, associer un illustrateur à un spécialiste pour un contenu pédagogique concentré mais digeste.
Plusieurs atouts permettent à cette collection de sortir du lot des ouvrages de vulgarisation.
Un format poche pratique, des sujets éclectiques et des associations d'auteurs /illustrateurs (d)étonnantes.

Naruto n° 72 (Masashi KISHIMOTO)

note: 4Naruto, c'est fini... Marie-Eve - 9 décembre 2016

Ça y est, après presque 15 ans d’une saga épique où l’on a pu suivre le parcours de Naruto (enfant puis adolescent), on l’on a vibré avec lui au fil des amitiés qui se cousent et se décousent, des trahisons, des complots et des alliances inattendues, où l’on a pleuré avec lui la perte d’amis ou de mentors, où l’on s’est réjoui de ses victoires et où l’on a admiré son courage, son intégrité et la force de sa volonté, bref, où l’on a juste appris à aimer ce petit blondinet caractériel au rêve impossible, après 15 ans de péripéties et de rebondissements, l’aventure touche à sa fin dans ce 72ème volume.

Et certes, le combat final contre Sasuke est un peu court –après tout, on ne l’attendait que depuis une bonne cinquantaine de tomes, voire plus -, mais c’est quand même un crève-cœur de refermer le manga et de se dire que, ça y est, c’est fini.

Point positif, cependant : la fin, pleine de promesses, ne peut que nous arracher un sourire. Impossible de la raconter sans spolier, mais sachez qu’au moins, on peut dire que la boucle est bouclée et que le final est à la hauteur de ce qu’on en attendait.

Et maintenant ?
Maintenant, pour les plus nostalgiques, il ne reste plus qu’à se replonger dans les 71 tomes précédents pour revivre les aventures du plus célèbre des ninjas. Et pour tous ceux qui ne peuvent toujours pas croire que c’est fini (et pourtant, si…), il y aura toujours Naruto Gaiden, un spin off qui devrait sortir début 2017.

Dans les abysses du Léman (Ulrich LEMMIN)

note: 3... Marylène - 9 décembre 2016

Vous rappelez-vous de cette étrange rumeur ayant troublé les eaux lisses du lac l’été 2011 ?
Il se murmurait qu’un sous-marin russe explorait ses fonds ! De là à imaginer qu’on y cherchait un monstre lacustre ! Certains se privaient même de baignade craignant… on ne sait quoi d’indescriptible ! Eh bien une chose était pourtant vraie dans cette surprenante histoire, il y avait bien un sous-marin russe dans les fonds du Léman !
Ce livre retrace l’exploration inédite des « abysses », menée par une équipe scientifique interdisciplinaire hélvetico-russe et expose les résultats obtenus.
Les enjeux ? Le plaisir de percer les mystères les plus profondément enfouis pour ceux qui ont gardé une âme d’explorateur… Plus pragmatique, ce lac est l’une des plus grandes réserves d’eau douce d’Europe. Données sensibles.
Il est toujours surprenant de constater que l’on connaît souvent bien mieux une flore exotique que son propre environnement, voici une bonne occasion de remédier à cette ignorance…A moins que vous ne préfériez volontairement ne pas savoir dans quoi vous trempez vos pieds !

Night call (Dan GILROY)

note: 3... Laëtitia - 3 décembre 2016

Lou Bloom, jeune homme étrange sans profession et doté d’une foi quasi mystique dans «l’american dream», assiste un soir à un accident de la route. En voyant débarquer des chasseurs d’images, il a une révélation : ce métier, fait d’adrénaline, sera le sien, et il lui permettra à la fois de s’épanouir et de gagner sa vie. Il se donne tous les moyens pour y parvenir, s’achetant une caméra numérique, un scanner pour capter la fréquence radio de la police et des pompiers, afin d’être le premier sur les lieux du drame (car jacking, incendie, agressions diverses). Intelligent et tenace, il réussit à capter l’attention d’une directrice de l’information d’une petite chaîne locale, qui voit vite son potentiel, et comprend que ces images volées et sanglantes lui permettront de rebooster son audience en chute libre. Début d’une longue apnée dans l’univers de la télé trash, « Night call» renvoie à un certain cinéma des années 70, celui de Clint Eastwood et du «Taxi driver» de Scorsese, quand l’Amérique explorait l‘envers de l’american dream, loin des blockbusters aux héros invincibles, mais peu réalistes. L’univers du journalisme trash basé sur le voyeurisme et le sensationnalisme, avec un Jake Gyllenhaal saisissant en sociopathe sans déontologie et dépassant les limites de la morale, reflète à merveille cette vision pessimiste de notre monde moderne et instille une tension qui va crescendo pour servir un thriller sombre. Un bon film de genre qui sidère, interpelle.

Revue de presse (Romain DUTREIX)

note: 3Une BD avant l'expo Marylène - 25 novembre 2016

La lutte pour la liberté de la presse n’a pas commencé avec les attentats contre Charlie, l’histoire est déjà longue. Mais cette actualité nous a violemment rappelé l’importance de cette liberté durement acquise. Attaqués de toutes parts, à l’arme comme au verbe, mercenaires au compte des élites pour certains, diffamateurs pour les autres, qu'on leur reproche de ne pas respecter dieu ou d’être des bobos du Marais, les journalistes n’ont jamais eu aussi mauvaise presse… Jamais ? En cas de crise, il est toujours salutaire de regarder dans le retroviseur (attention, objects in the mirror are closer than they appear…). Alors réviser l’histoire de la presse satirique et par là même de la liberté d’expression de chacun, semble pertinent en ce moment.
Ajoutons que les strips terriblement drôles, collent brillamment au sujet.
Un objet parfait pour préparer une visite de l'exposition qui se tiendra au Palais Lumière jusqu'au 8 janvier 2017.

Scream test (Grégoire HERVIER)

note: 3... Laëtitia - 18 novembre 2016

Un slasher est un sous-genre cinématographique du film d’horreur, mettant en scène les meurtres d’un tueur psychopathe éliminant l’un après l’autre et méthodiquement un groupe d’individus caricaturaux (la bimbo, le sportif écervelé, le timide boutonneux, etc). La couverture graphique et attrayante de «Scream test» confirme qu’il s’agit bien d’un polar mâtiné de slasher.
La trame narrative : sept candidats récupérés après un casting raté vont participer à une émission de télé-réalité (qu’ils imaginent ordinaire) diffusée sur le net, sur un site payant, alors qu’ils sont la proie d’un psychopathe jouant au démiurge. En effet, celui-ci laisse voter les spectateurs pour savoir qui part (une personne chaque jour), les participants ne se doutant pas que la nouvelle donne est d’abattre chaque sortant… Un suspense haletant où l’on colle aux basques de l’inspecteur Clara Redfield, qui se livre à une course contre la montre pour stopper la tuerie. Néanmoins, ce premier roman pèche par manque d’audace et de développements : on ne sait quasiment rien de ce qui se passe à l’intérieur de ce loft, les personnages ne sont pas assez fouillés et cela nous empêche de ressentir une véritable empathie envers eux. Mais ne boudons pas notre plaisir, sans être à la hauteur d’un roman de Stephen King, maître du genre, ceci reste un moment de lecture distrayante au coin du feu pour qui aime à se faire peur !

Le Règne du vivant (Alice FERNEY)

note: 4... Laëtitia - 16 novembre 2016

La préservation de la nature, le respect des êtres vivants sont dans l’air du temps et c’est tant mieux. Dans «Antispéciste», Aymeric Caron défend le fait que les intérêts de l’homme ne sont pas supérieurs à ceux des animaux, et nous livre un travail de vulgarisation scientifique recensant les connaissances accumulées en biologie évolutionniste, en génétique et en éthologie. De même le moine bouddhiste Matthieu Ricard, dans son «Plaidoyer pour les animaux», nous invite à étendre notre bienveillance à tous les êtres sensibles. Alice Ferney, surfant sur la vague de l’écologie militante, nous livre un roman hybride, fruit d’une enquête de deux ans, qui est aussi un manifeste en faveur de la protection des espèces animales marines. Le narrateur, un journaliste norvégien (Gerald), s’embarque à bord de l’Arrowhead, navire de Gaïa, fondation luttant activement contre la pêche illégale. Tout d’abord curieux et sans parti pris, le reporter va très vite prendre fait et cause pour le leader charismatique de Gaïa, Magnus Wallace, fortement inspiré par l’activiste Paul Watson. La force et l’originalité de ce roman résident dans l’alternance entre une narration classique, véritable symphonie de la mer avec ses scènes de beauté, de pureté, telles la rencontre avec une baleine et son baleineau, des descriptions sous-marines à couper le souffle, et la description au scalpel propre au documentaire de scènes de massacres de requins (juste pour leur aileron et rejetés vivants à la mer, rappelons-le !), de courses-poursuites pour torpiller les bateaux pirates. Radicaux mais non-violents, il est utile de préciser que malheureusement, les militants sont souvent condamnés et les pirates relâchés, alors que l’homme tue 1 000 milliards d’animaux marins pour sa consommation ! Un livre coup de poing qui donne à réfléchir sur de nouveaux comportements à adopter pour protéger les générations futures des déséquilibres écologiques, lutter contre l’extinction d’espèces menacées, mais aussi qui pose un défi éthique à relever sur notre rapport à l’autre.

La Loterie (Miles HYMAN)

note: 4"A quoi bon changer les choses maintenant ? ça n'aurait aucun sens..." Marylène - 15 novembre 2016

Pour le centenaire de la naissance de Shirley Jackson, son petit-fils, l’illustrateur Miles Hyman, propose une adaptation en BD de son emblématique nouvelle, "La loterie". Parue en 1948 dans le New-yorker, ce récit dérangeant, aujourd’hui étudié dans les écoles américaines, suscita à sa sortie un vif émoi dans le pays entier. Le journal récolta des salves de plaintes, l’auteure vécut temporairement cachée.
La BD contextualise cette publication dans un prologue enrichi d’une biographie intime, regard du petit-fils sur sa grand-mère.
Impossible d’évoquer le contenu sans vendre la mèche, aussi, pas un mot de plus.
J’ajouterai juste que cette adaptation est une réussite tant elle restitue avec force l’esprit du texte original. De grandes cases quasi muettes, un dessin à la Hopper d’un réalisme étrange, une illustration superbe.
Contraste magistralement obtenu entre le dessin lisse, organisé et la violence contenue dans le ventre du récit.

La quête d'Ewilan (BD) n° 4
Les plateaux d'Astariul (LYLIAN)

note: 4Une jolie suite Marie-Eve - 15 novembre 2016

Le quatrième tome des aventures d’Ewilan adaptées en BD...
Et le moins qu’on puisse dire, c’est que le niveau a été rehaussé d’un cran : des dessins splendides, parfaitement adaptés à l’histoire, de magnifiques doubles pages à couper le souffle et –pour une fois- une certaine fidélité au texte original des romans…

Il est vrai que les adaptations peuvent souvent se révéler décevantes. Mais force est de constater que celle-ci respecte scrupuleusement la pensée de l’auteur. On en prend donc plein les yeux, tant d’un point de vue scénaristique que dans les dessins et la mise en couleur. Et on retrouve avec plaisir des lignes de dialogue parfaitement retranscrites, qui nous avaient fait vibrer dans les romans et qui continuent à nous faire vibrer dans la BD. Mais peut-être nous habituons-nous tout simplement à la façon qu’ont les dessinateurs et scénaristes de la BD de nous présenter ce monde fantastique...

Toujours est-il que pour une fois, on ne grince pas des dents en refermant la BD -on se surprendrai même à l’apprécier…
Seul bémol, toutefois : les (trop ?) nombreux encarts permettant de résumer des passages qui feraient (peut-être ?) trainer en longueur l’intrigue s’ils étaient mis en dessin.

On attend donc le cinquième tome de cette série qui conclura sans doute le roman « Les Frontières de Glace » et posera les prémices de « L’île du destin », dernier tome de la trilogie « La quête d’Ewilan ».

La Rançon de la gloire (Xavier BEAUVOIS)

note: 3"La vie est telle une pièce de théâtre, mais sans répétitions"Chaplin Marylène - 12 novembre 2016

L’histoire vraie de l’enlèvement de la dépouille de Chaplin contre rançon, aurait pu donner un scenario sordide. Il n’en est rien avec ce joli film car Xavier Beauvois n’a pas réalisé un documentaire mais bien une fiction inspirée. De nombreux films fonctionnent sur un tandem de comédiens. Celui-ci passera peut-être inaperçu noyé dans le vaste océan cinématographique, pourtant c’est un excellent duo. Pathétique, émouvant, le Zem–Poelvoorde est magique.
Sur les plateaux de la balance morale, le sacré doublement représenté (la mort et l’icône) face au réalisme de la vie, voire survie pour certains.
Comédie burlesque tendre assumant ses défauts et portée par un Poelvoorde de haute voltige…Si vous voulez encore un argument pour le voir, sachez que le film est bien-entendu tourné sur les rives du Léman !

Petit pays (Gael FAYE)

note: 5Enfance à Bujumbura Laëtitia - 10 novembre 2016

Artiste protéiforme, Gaël Faye n’est pas seulement un jeune compositeur-interprète, mais aussi un jeune écrivain plein de promesses, dont l’œuvre fictionnelle aux accents autobiographiques a été couronnée du prix Fnac 2016. «Petit pays» est le récit d’une enfance au Burundi dans le milieu des années 90, celle de Gaby, 12 ans, double de l’auteur, métis né d’un père français expatrié et d’une mère rwandaise. La beauté de ce livre réside en partie dans la douceur, la magie de l’enfance dans ce cadre paradisiaque, qui s’exhalent en un phrasé fluide, poétique, pour dire le chapardage de mangues dans le jardin des voisins, la bande de copains avec qui on refait le monde, une excursion chez les pygmées. Mais bien vite, le paradis devient l’enfer : les disputes des parents, la confusion politique après l’assassinat en 1993 du premier président Hutu au Burundi, le génocide au Rwanda voisin. Le point de vue du narrateur adolescent se croise avec celui du narrateur adulte, permettant une relecture des faits, montrant l’ironie de la vie : comment un tortionnaire devient pasteur, comment les animaux des expatriés sont sauvés du conflit, jugés plus importants que les hommes abandonnés à leur triste sort. Une pépite que ce «Petit pays» au goût de paradis perdu, celui de l’enfance, de l’exil, de l’innocence.

La Femme qui prenait son mari pour un chapeau (Fiamma LUZZATI)

note: 3... Marylène - 8 novembre 2016

La Femme qui prenait son mari pour un chapeau est un titre clin d’œil au livre du neurologue anglais Olivier Sacks, publié en 1985, abordant des pathologies rares et déroutantes.
Pourquoi ? Parce que Fiamma Luzzati, journaliste scientifique convertie à la Bande dessinée, aborde elle aussi le mystérieux continent « cerveau ».
A l’heure de l’intelligence artificielle, le cerveau humain est encore paradoxalement un vaste domaine d’exploration, de questionnements et d’autant de sources d’étonnement.
Entre vulgarisation scientifique et récits personnels des malades, leur entourage et des médecins, l’auteure trouve l’équilibre. C’est sans doute là que réside la réussite de cette proposition qui n’aurait pu être qu’une nouvelle BD Blog parmi tant d’autres sorties. L’implication personnelle de Fiamma Luzzati, discrètement introduite, souligne son absence d’opportunisme sur le choix du sujet.
Quant au ton, toujours respectueux, il n’exclue pas l’humour.
Cette auteure italienne installée à Paris depuis quelques années, est aussi à suivre dans le quotidien Le Monde avec un blog nommé "l'Avventura".

Une Si jolie petite guerre n° 2
Give peace a chance (Marcelino TRUONG)

note: 3.. Marylène - 3 novembre 2016

Autobiographie familiale sur fond de guerre du Vietnam. Marcelino Truong ne nous sert pas une version rebattue d’Apocalypse now mais présente un point de vue intimiste et peu représenté. Celui des sud- vietnamiens, considérés par les communistes du nord comme les suppôts des colons occidentaux, enfouis sous les décombres de la défaites avec les américains.
Une réussite graphique pour un récit réellement instructif.

Super caca n° 1
Rentrée des classes (Davy MOURIER)

note: 5... Marie-Eve - 28 octobre 2016

Super caca… Il fallait oser… ils l’ont fait. Mieux, ils l’ont réussi !

Le synopsis tient en quelques lignes, simple et efficace : pour rentrer dans la célèbre école de l’Imagi-school, les enfants doivent donner vie à un de leurs rêves sous forme d’une créature. Et pas de chance pour Lucas : la seule chose qui apparait, c’est un petit caca qui parle et qui sent bon la fraise…

Le ton est donné : l’album, bourré d’humour, enchaîne les gags et les répliques à se tordre de rire. Le rythme est soutenu, l’action est au rendez-vous et on ne voit pas le temps passer. C’est presqu’avec regret qu’on referme la BD… en attente du tome 2 !

Pourtant, rien de bien neuf : des dessins typés manga, des valeurs sûres telles que l’amitié, le courage, la persévérance, un brin de magie et beaucoup d’humour…

Rien de bien neuf, donc, si ce n’est le thème. Et là, ça change tout ! Les idées sont originales et les blagues, loin de l’ordinaire pipi-caca de la cour de récré, défrisent sérieusement. On s’attendait à tout sauf à ça. Ou plutôt, on ne s’attendait pas à grand-chose et la BD parvient à nous surprendre et à nous entraîner dans son univers, avec à la clé, de bonnes barres de rire !

Super Caca, une BD qui sent bon la fraise, à mettre entre toutes les mains !

Free to run (Pierre MORATH)

note: 3... Laëtitia - 28 octobre 2016

Saviez-vous que les femmes, jusqu’à la fin des années 60, n’ont pas le droit de courir plus de 800 mètres aux Jeux Olympiques, sous prétexte que leur constitution serait trop faible (voire, ô comble de la bêtise, que leur utérus finirait par se décrocher!) ? Connaissiez-vous Kathrine Switzer, la première femme à avoir couru le marathon de Boston (1967), poursuivie par le directeur du marathon qui lui arracha son dossard et tenta de l’éjecter de la course ? Et Steve Prefontaine, surnommé le «James Dean de la piste», détenteur de tous les records des États-Unis (du 2000 m au 10 000 m), qui a milité pour que le statut d’amateur imposé aux athlètes –interdits de toucher le moindre centime de prime par les toutes puissantes fédérations- soit reconsidéré ? Aviez-vu déjà lu la revue «Spiridon» dont le fondateur Noël Tamini prône une course hors stade, au contact de la nature ?
Un documentaire pour tous ceux qui s’intéressent à la course à pied, avec un constat en demi-teinte : dès les années 80, l’argent a quelque peu perverti ce sport. Mais comme le dit si bien Noël Tamini : «Tant que personne ne peut nous interdire d’aller courir en forêt à l’heure qu’on veut, la vie est belle !»

A Perfect day (Fernando LEON DE ARANOA)

note: 3... Marylène - 22 octobre 2016

Une affiche improbable : le superhéros sexy américano-portoricain Benicio del Toro, face à la non moins glamour James Bond girl ukrainienne, Olga Kurylenko, accompagnés de la diaphane mais loin d’être insipide, Mélanie Thierry et d’un inusable du cinéma américain depuis 30 ans sur les plateaux, Tim Robbins…Diantre, à quel film doit-on s’attendre ? En tout cas pas à un film d’espionnage et de courses poursuites malgré le casting international !
Inclassable, ce film tire les larmes comme le rire. A perfect day, c’est un jour comme un autre dans un convoi humanitaire solidaire et fragile, où tout le monde apporte sa bonne volonté mais où chacun arrive aussi avec ses démons.
Ce patchwork de comédiens fonctionne parfaitement bien. Fernando de Aranoa, retrouve le ton particulier des « Lundis au soleil » avec l’humour en plus, une presque légèreté, même si c’est un grand mot dans les circonstances. A noter que le réalisateur espagnol avait justement tourné un documentaire sur les humanitaires en Ouganda avant de s’attaquer à cette fiction.

Tropique de la violence (Nathacha APPANAH)

note: 4Une bien sinistre "île aux enfants" Laëtitia - 20 octobre 2016

Originaire de l’île Maurice, l’auteure a vécu deux ans à Mayotte, où elle a été marquée par la dureté de la vie, tout spécialement concernant les enfants des rues, de jeunes Comoriens souvent livrés à eux-mêmes. «Tropique de la violence» ne s’attarde guère sur le cliché de carte postale de ce département d’outre-mer (flore luxuriante, lagon bleu). Car si le récit commence tout en douceur, avec l’adoption par Marie, infirmière trentenaire blanche, d’un bébé clandestin (Moïse) et relate leur vie empreinte de confort et de rituels, celui-ci va vite basculer dans l’horreur avec la mort de Marie et le désarroi de Moïse, qui va devenir à son tour un enfant des rues et grossir les rangs du plus grand ghetto de Mayotte, rebaptisé «Gaza». L’originalité de ce roman réside dans la polyphonie des voix qui se relaient, chapitre après chapitre, pour faire valoir leur point de vue sur la tragédie en cours, y compris en faisant intervenir l’esprit des morts. Une écriture à fleur de peau, âpre, en accord avec le climat social empreint de violence. Pas de manichéisme ni de jugement moral concernant les personnages tel Bruce le caïd de Gaza, bourreau mais aussi ancienne victime, l’on voit bien toutes les contradictions dans lesquelles sont empêtrées les personnages, englués dans une sorte de fatalité. Assurément un des plus beaux et bouleversants livres de cette rentrée littéraire.

Saint Amour (Benoît DELEPINE)

note: 4Un bon cru Laëtitia - 14 octobre 2016

Déjà septième long-métrage du duo Delépine-Kerven, leur nouveau film, aux scènes toujours aussi hilarantes que touchantes et aux dialogues loufoques, est un hommage au plus célèbre des crus du Beaujolais. Certes, avec une belle brochette d’acteurs connus pour leur amour de la bonne chère et de la dive bouteille, on assiste à un road-movie viticole, mais ce serait ne pas leur faire honneur que de cantonner le film uniquement dans ce registre-là. Car il s’agit avant tout d’un éloge du monde rural, de pudeur des sentiments avec un amour filial mal exprimé et de la difficulté de faire de belles rencontres amoureuses, que l’on soit paysan comme Bruno (magistral Poelvoorde tout en gaucherie et tendresse) ou chauffeur de taxi mythomane comme Mike (drôlissime Vincent Lacoste) ou veuf inconsolable comme Jean (l’ogre Gérard Depardieu). Ce voyage sur la route des vins va permettre au trio de fendre l’armure, de s’interroger sur leurs vrais désirs, par le biais de rencontres insolites. On notera le super casting des seconds rôles, apportant chacun leur pierre à l’édifice : on adore l’apparition surréaliste de Michel Houellebecq en maître d’hôte, Solène Rigot en jeune serveuse inquiète par la dette mondiale, et surtout Céline Sallette, Vénus souffrant de ménopause précoce, sans oublier Ovidie, Chiara Mastroianni ou Izia Higelin. Mention spéciale à la fin du film, qui n’est pas sans évoquer le célèbre «Les valseuses» de Blier.

Ninn n° 1
La ligne noire (Jean-Michel DARLOT)

note: 4... Marie-Eve - 14 octobre 2016

Ninn, c’est une nouvelle série, dans la lignée de Seuls ou de Klaw, pleine de mystère, de zones d’ombre, de menaces et de dangers, dans l’univers pourtant bien connu du métro.

On y retrouve Ninn, une héroïne peu banale, passionnée par le monde souterrain du métro. Et ce n’est pas étonnant : ses oncles adoptifs l’ont trouvé au fin fond de la ligne noire, cette ligne maudite, alors qu’elle n’était qu’un bébé.

Qui est-elle ? D’où vient-elle ? Qui sont ces inquiétantes créatures aux allures menaçantes qui la suivent ? Et ces papillons multicolores qu’elle est la seule à voir ? Et quels secrets se cachent derrière cette mystérieuse ligne noire, ligne condamnée que tous préfèrent oublier ?

De rebondissements en rebondissements, le récit nous emmène dans les dédales des lignes de métro, jusque dans ses profondeurs obscures, à la recherche des origines de Ninn.

La mise en image est remarquable, subtile, envoûtante et s’adapte parfaitement au rythme soutenu du récit. Et ce dernier n’est pas en reste : rencontres inattendues, amitiés inespérées et courses poursuites haletantes, tous les ingrédients sont là pour un récit particulièrement captivant.

Avec un final haut-en-couleur, en mode cliffhanger, on n’a qu’une envie en lâchant cette BD, c’est de dévorer le tome 2 au plus vite !

Impasse khmère (Olivia GERIG)

note: 3... Laëtitia - 13 octobre 2016

Julia est une jeune femme qui abandonne son univers douillet genevois pour un travail dans une ONG à Phnom Penh, avec pour mission de recueillir les témoignages des victimes de mines disséminées dans tout le pays tout au long du règne des Khmers Rouges. La narration navigue du présent vers le passé et vice-versa, et le lecteur découvre ainsi les exactions du régime de Pol Pot mis en lumière par une histoire singulière, celle des membres de la famille Sok. Près de quatre décennies plus tard, les routes des membres de la famille Sok et de Julia vont se croiser, démêlant l’écheveau de destins brisés. Ce roman traite du karma, de la réincarnation, de l’entremonde où errent les âmes perdues, de la dislocation de la société cambodgienne, mais aussi de son dynamisme, ses traditions. Et contrairement à ce que suggère son titre, il ne mène pas à une voie sans issue, mais redonne de l’espoir en montrant que le pardon, l’apaisement, sont possibles et ouvrent de nouveaux horizons pour le peuple cambodgien mais aussi pour Julia, qui sortira changée par ce séjour humanitaire. On notera aussi le soin apporté à la délicate et élégante mise en page de ce roman, marque de fabrique de la maison d’édition suisse Encre fraîche.

Johan Padan (Dario FO)

note: 4Le Nobel est mort...Vive le Nobel ! Marylène - 13 octobre 2016

Aujourd’hui le prix Nobel de littérature est décerné à Bob Dylan, dans la plus grande surprise. Et c’est ce même jour que l’on apprend la disparition de Dario Fo, prix Nobel 20 ans plus tôt, outsider inattendu lui aussi en son temps.
Tous deux n’ont pas emprunté la voie royale du Roman pour atteindre les sommets (Dario Fo n’avait publié qu’un seul roman paru en 2015). Ils ont fréquenté les chemins de traverse de la littérature, la poésie pour l’un, le théâtre pour l’autre.
Méconnu en France, cet incontournable du monde culturel et politique italien mérite pourtant tellement sa distinction.
Sa dramaturgie profonde sans lourdeur, bouscule sans violence.
La pièce Johan Padan dénonce bien des vices de notre époque sans pour autant faire passer un sale quart-d’ heure moraliste à tomber dans la dépression. Un grand nombre de ses pièces sont toujours pertinentes 40 ans plus tard. Son théâtre mariait farce et militantisme comme l’homme mena sa vie. Dario Fo est mort…Vive Dario Fo !

L'Archipel d'une autre vie (Andreï MAKINE)

note: 4... Marylène - 11 octobre 2016

Aux confins de l’union soviétique dans les années 50, une poignée de réservistes est lancée telle une meute de chiens, aux trousses d’un évadé des camps de Staline. Commence alors une chasse à l’homme éprouvante dans l’impitoyable forêt boréale. Mais ce qui pourrait n’être qu’un man versus wild version Sibérie prend tant de détours et d’épaisseur humaine, que le récit touche à l’universel. Non ce n’est pas un simple roman politique, pas uniquement un roman initiatique, pas non plus un roman d’aventure, pas davantage un roman d’amour et d’eau très fraiche… C’est juste beau et puissant. Makine de l’Académie française ? je n’avais jamais lu… Je ne raterai plus rien.

Station Eleven (Emily Saint-John MANDEL)

note: 4... Laëtitia - 7 octobre 2016

Arthur Leander, acteur vieillissant, s’écroule sur scène en interprétant le Roi Lear à Toronto. Il est l’une des premières victimes d’une pandémie, la grippe de Géorgie, qui décimera 99% de la population mondiale. Les survivants doivent s’adapter à cette société post-technologique sans électricité, sans internet, vivre comme leurs ancêtres, à savoir apprendre à chasser un daim, recycler de vieux vêtements, etc. Parmi eux, on suit la Symphonie Itinérante, troupe d’acteurs et de musiciens jouant du Shakespeare et du Beethoven qui, comme son nom l’indique, va au-devant des rares habitants des villes nouvelles pour partager la beauté et la permanence de l’art. Ou d’autres qui ont trouvé refuge dans un aéroport transformé en Musée de la Civilisation tenu par Clark, un vieil ami d’Arthur, où sont entreposés des iPhones, grille-pain et autres objets à présent inutiles et dérisoires, reflets de l’ancienne société. Vous l’avez compris, ici pas de zombies ni de guerres intergalactiques, mais bien des hommes et des femmes ordinaires confrontés à l’extraordinaire (un monde post apocalyptique), dont les vies se répondent dans une subtile alternance d’allers-retours entre l’avant et l’après chaos. Autre atout du roman, la mise en abyme, avec en fil rouge un roman graphique, appelé lui aussi Station Eleven, que l’on suit de sa création à sa lecture passionnée par une actrice de la Symphonie Itinérante, jusqu’à son legs au Musée de la Civilisation. A lire, voire à relire.

The Walk (Robert ZEMECKIS)

note: 2... Marylène - 4 octobre 2016

Ce film vaut le coup d’œil, non pas pour la réalisation de Robert Zemeckis, si décevante… Pitié, arrêtez cette petite musique vouée à nous arracher une larme ou un frisson ! Les dialogues insipides s’enchainent. Les relations se mettent en place comme par magie en 3 phrases (mal prononcées par Joseph Gordon-Lewitt plutôt touchant en albatros américain dans le rôle du frenchy), appuyées par les quelques accords de piano magique qui font naître la tendresse, l’admiration, le dévouement et les larmes dans les yeux des spectateurs (ce doit être bon marché et efficace, good job)… Bon j’arrête de faire ma mauvaise tête car malgré tous ces défauts hollywoodiens, j’ai apprécié ce film.
Pour la dernière demi-heure, celle du funambule entre les tours. Incroyable, c’est simplement incroyable et une fois encore la réalité est au-delà de la fiction. Tout le monde aurait ri de l’absurdité du scenario si nous n’avions la preuve que ce pierrot de la lune existait bien. Que cette scène indescriptible avait bien eu lieu. Le vertige opère, votre mauvaise humeur suspendue sur le fil tombera finalement de 500 mètres de haut. Et là, ça devient planant…

Mandarines (Zaza URUSHADZE)

note: 3... Marylène - 28 septembre 2016

Bien entendu, ce huis-clos confrontant dans le même refuge deux combattants opposés, est par bien des aspects conventionnel. Néanmoins, même si l’on devine les intentions, même lorsqu’on sent poindre l'angélisme, même si la conclusion est évidente…La réalisation conjuguée au jeu des acteurs emporte tout. Les paysages, les visages, l’odeur des agrumes…Lâchez prise. Les sentiments simples et le bon sens, ne font pas de mal.
Des instants lumineux.


Les Bottes suédoises (Henning MANKELL)

note: 3... Marylène - 27 septembre 2016

Ecrire un roman sur la reconstruction en plein phénomène psychologico-médiatique « résilience » ce n’est pas l’idée la plus originale. Mais lorsque votre personnage, qui a tout perdu dans un incendie, a 70 ans, c'est un autre défi !
Mankell utilise cette « fin du monde » comme déclencheur. Pas de larmoiement, le personnage et le lecteur se mettent en mouvement vers autre chose, ailleurs, autrement.
C’est incroyable comme cette atmosphère scandinave vous enveloppe, la solitude tombe comme le brouillard sur les archipels de la Baltique en ce début d’automne. La beauté est là aussi, même si rien n’est évident dans ce coin du monde hostile au premier regard.
Et pourquoi pas une île suédoise comme métaphore de la vie ?

The Girls (Emma CLINE)

note: 4Flower power dévastateur Laëtitia - 17 septembre 2016

La toile de fond de ce premier roman : la Californie hippie de la fin des années 60, marquée à jamais par un fait divers atroce, le massacre de Sharon Tate, actrice enceinte de 8 mois et compagne de Roman Polanski, et de ses hôtes, par des membres de la «famille» Manson, du nom du gourou satanique Charles Manson. Pourtant, dans ce premier roman brillant, l’auteur choisit une approche sociologique et psychologique, s’intéressant non pas au gourou mais aux failles, aux fragilités de ces femmes fanatisées qui n’hésitèrent pas à torturer et à tuer comme pour punir une société bourgeoise et capitaliste qu’elles rejetaient de toutes leurs forces. Elle aborde cette histoire par le biais de sa narratrice fictive, Evie Boyd, une femme sans âge, vivant solitaire dans une maison au bord du Pacifique et qui se remémore l’été de ses 14 ans où elle croise dans un parc une bande de filles aux cheveux longs et aux robes sales, «aussi racées et inconscientes que des requins fendant l’eau».
C’est l’histoire universelle d’une adolescente mal dans sa peau qui va basculer au contact d’une rencontre : irrésistiblement attirée par une jeune fille brune, Suzanne (inspirée de Susan Atkins, présente lors de tous les meurtres commandités par Manson) qui semble la meneuse de la bande, Evie va abandonner son confort bourgeois pour la suivre et vivre dans une communauté, le Ranch, dirigé par Russell (alter-ego de Manson) où l’on pratique l’amour libre, où tous les biens sont mis en commun. Avec justesse, l’auteur dépeint les moments d’euphorie, de liesse, de se sentir vivant, appartenant à une communauté, mais aussi l’idéal communautaire qui va se fissurer jusqu’au point de non-retour. Alors que les meurtrières commanditées par Manson se sont emmurées dans le silence, Emma Cline leur donne une voix et tente de s’approcher de l’indicible.

Les mondes cachés n° 1
L'arbre-forêt (Denis-Pierre FILIPPI)

note: 4Lumineux ! Marie-Eve - 16 septembre 2016

Grégoire, le héros de la série Gargouilles est de retour !

Certes, il a grandi, mais il est toujours aussi buté et refuse désormais de faire usage de la magie, ce qui a le don d’exaspérer sa sœur. Pourtant quand sa meilleure amie Istuki disparait dans un de ces mondes cachés, peuplé de créatures merveilleuses - et dangereuses-, il est bien forcé de renouer avec cette part de lui.

A travers une nature luxuriante et de somptueux décors de jungle amazonienne, Grégoire va devoir faire appel à son ingéniosité et à ses connaissances pour aider son amie et déjouer les pièges de ce monde.

Des détails, des traits nets et précis et des couleurs lumineuses, pas de doute : cette nouvelle série trouve parfaitement sa place dans l'univers de Gargouilles. Grégoire adolescent, en pleine crise existentielle, borné, têtu mais au courage et à la loyauté sans faille, est exactement tel qu’on aurait pu se l’imaginer à cet âge. On remarque par ailleurs que le souci du détail dans les dessins semble concorder avec son appréhension du monde : Grégoire a muri, et le monde autour de lui s’est étoffé d’une luxuriance de petits détails. Ceux de la jungle et de ses habitants sont sublimes, d'une richesse remarquable, nous plongeant sans effort aucun dans cet univers coloré et enchanteur. Une merveille !

En conclusion, si vous avez aimé la série Gargouilles, plongez-vous vite dans cette suite, vous ne serez pas déçus !

Permis C (Joseph INCARDONA)

note: 3... Marylène - 14 septembre 2016

Permis C commence comme un portfolio jauni des années 70, entre une terne banlieue genevoise et des souvenirs sauvages d’été en Sicile. Scénettes de la vie d’un adolescent de double nationalité italo-suisse. Petit à petit l’album s’anime d’un souffle pesant et l’anecdotique devient déterminant. Les rencontres portent des visages et des noms dans un environnement jusque là quasi anonyme. Non, ce n’est pas un simple catalogue de souvenirs mais plutôt un roman noir initiatique. Une lecture âpre qui sonne juste.
Découverte pour moi de cet auteur suisse dont ce n'est pourtant pas le coup d'essai, Joseph Incardona enchaine les succès d'estime et les festivals avec ses romans mais aussi de la BD et des scénari. Je ne vais pas m'arrêter là, c'est sûr.

Le Plus et le moins (Erri DE LUCA)

note: 4La nostalgie compagno... Marylène - 13 septembre 2016

Ischia, Naples, Turin, Paris…Itinéraire d’un enfant du sud vers le nord. La pêche, l’escalade, toujours entre Alpes et Méditerranée, les chantiers, l’usine, parcours engagé d’un écrivain-ouvrier.
On trouvera rarement récit autobiographique aussi pudique. Le père, la mère, le premier baiser, les souvenirs intimes à travers un filtre, ressortent changés en expériences universelles.
Erri de Luca peut être perçu comme un homme véhiculant une certaine rudesse, napolitain de Montedidio, alpiniste solitaire, citoyen opiniâtre volontiers engagé dans les luttes sociales, discret dans les médias… pourtant, ces tesselles de sa vie dévoilent la sensibilité à fleur de mots d’un homme infiniment délicat. Entre poésie et leçon de choses, un livre pour soi et à partager.

Danser (Astrid ÉLIARD)

note: 3Tout pour la danse Laëtitia - 8 septembre 2016

Roman polyphonique, Danser, comme son titre l’indique, nous plonge dans les coulisses de l’Opéra de Paris, évoquant le dur apprentissage de trois petits rats, Delphine, Chine et Stéphane. Car la compétition, l’éloignement familial, les premiers émois amoureux contrariés mettent à mal la volonté de certains ou au contraire les poussent à se dépasser, comme le dit Delphine : «Elle en a vu des filles comme moi, qui étaient en manque de leur famille. Certaines voulaient tout abandonner, pour retrouver leur vie d’avant. Aujourd’hui, elles sont coryphées, sujet, première danseuse. Ces mots ne me consolent pas toujours, car je m’aperçois que la danse n’est pas consolante, la danse est dure, ingrate, elle te dit qu’il ne faut pas courir dans le jardin (parce que tu peux tomber et te blesser), elle te demande de faire attention à ce que tu manges («Si tu manges pas, tu danses pas» comme dit la dame de cantine, mais si tu manges trop t’as droit à un entretien privé avec le nutritionniste»). Pourtant, des liens d’amitié se nouent, des personnalités se révèlent. L’auteur peint avec justesse ce rêve fou de tout donner pour sa passion, avec le constat qu’il y a un hiatus entre la réalité et le modèle de perfection que donne à voir la danse : «Les danseuses sont plus sèches, elles ont les os «pointus», peut-être vieillissent-elles moins bien, même si elles se font appeler Mademoiselle toute leur vie, et qu’elles gardent leurs cheveux longs, comme les jeunes filles. C’est la scène qui les rend belles, d’une beauté éphémère, car en vrai elles sont un peu… décevantes, comme ternies par le monde réel». Un roman qui fait mouche, sur la danse classique mais aussi sur les métamorphoses de l’adolescence.