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Moins qu'hier, plus que demain (FABCARO)

note: 3... Marylène - 11 juillet 2018

BD vendue avec le bandeau « Par l’auteur de Zaï Zaï Zaï », méthode commerciale agaçante... Mais force est de reconnaître qu’il y a un vrai style Fabcaro. Et si ce n’est pour vendre, c’est au moins pour avertir. Un [...]

L'obsolescence programmée de nos sentiments (ZIDROU)

note: 3... Marylène - 3 juillet 2018

Belle BD pour évoquer ceux que l’on nomme pudiquement les seniors en public et les p’tits vieux en coulisse.
Si l’on débat souvent dans les médias des évolutions du mode de vie des enfants et adolescents, il est plus rare de [...]

Les Conquérantes (Petra Biodina VOLPE)

note: 3... Marylène - 20 juin 2018

Hommage aux militantes qui ont combattu pour obtenir le droit de vote des femmes extrêmement tardif en Suisse…1971 !
La révolution sexuelle souffle du côté de Zurich mais les femmes isolées dans des cantons ruraux sont encore loin d’en ressentir [...]

Les Derniers Parisiens (HAMÉ)

note: 3... Marylène - 20 juin 2018

Le Panam des « titis » de la gouaille, de la débrouille, de la survie. Pigalle la nuit, violence contenue et poésie clandestine. Derrière ce film de gangster qui n’en est pas un, se révèle une pépite d’émotions.
Le Paris [...]

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Critiques rédigées par Marylène

 

Moins qu'hier, plus que demain (FABCARO)

note: 3... Marylène - 11 juillet 2018

BD vendue avec le bandeau « Par l’auteur de Zaï Zaï Zaï », méthode commerciale agaçante... Mais force est de reconnaître qu’il y a un vrai style Fabcaro. Et si ce n’est pour vendre, c’est au moins pour avertir. Un humour qui grince sans bassesse…Mais qui grince beaucoup cette fois. Et c’est comme ça que chez lui, les pires planches sont les meilleures ! De petits tacles sur le quotidien des couples en gros décrochages décalés sur l’éducation des enfants, une autopsie du mariage très très drôle. Et oui, pour finir, si vous avez aimé « Zaï Zaï Zaï » , vous apprécierez sans doute cette BD, même si elle n'a pas l'incomparable charme du road trip absurde.

L'obsolescence programmée de nos sentiments (ZIDROU)

note: 3... Marylène - 3 juillet 2018

Belle BD pour évoquer ceux que l’on nomme pudiquement les seniors en public et les p’tits vieux en coulisse.
Si l’on débat souvent dans les médias des évolutions du mode de vie des enfants et adolescents, il est plus rare de se tourner vers les séniors plus facilement relégués à la rubrique « santé » ou «épargne».
Les sociétés occidentales sont plus intéressées par la question « comment rallonger la durée de vie plutôt qu’à celle « comment vit-on quand on à + de 60 ans ».
Zidrou et Aimée de Jongh proposent une tranche de vie à méditer.
Un mélange de renoncements et de reconstruction, sur fond de romance.
Des planches admirables sur les corps, des dialogues percutants. J’ai beaucoup entendu que la fin était dérangeante… Je dois reconnaître que c’est le cas. Mais c’est sans doute moins un désir de provoquer qu’une volonté de porter la réflexion sur les bouleversements engendrés par l’allongement de l’espérance de vie.

Les Conquérantes (Petra Biodina VOLPE)

note: 3... Marylène - 20 juin 2018

Hommage aux militantes qui ont combattu pour obtenir le droit de vote des femmes extrêmement tardif en Suisse…1971 !
La révolution sexuelle souffle du côté de Zurich mais les femmes isolées dans des cantons ruraux sont encore loin d’en ressentir les effets. Il faudra un courage certain teinté de beaucoup de culot, à celles qui troquèrent le fichu à fleurs contre un pantalon moulant pour tenir des meetings politiques dans la salle communale ! Certes le film est sans surprise, très conventionnel, mais le scénariste prend le parti gagnant de l’humour pour rappeler cette lutte qui déchirait les villages et les familles.
Une scène particulièrement bien trouvée vous fera sans doute beaucoup rire, je vous laisse découvrir laquelle…

Les Derniers Parisiens (HAMÉ)

note: 3... Marylène - 20 juin 2018

Le Panam des « titis » de la gouaille, de la débrouille, de la survie. Pigalle la nuit, violence contenue et poésie clandestine. Derrière ce film de gangster qui n’en est pas un, se révèle une pépite d’émotions.
Le Paris populaire filmé sans acharnement, avec honnêteté. Reda Kateb colle au rôle et Slimane Dazi, moins grand public est pourtant admirable. Un comédien intense, capable d’attendrir avec son regard de tueur et son profil sculpté au couteau.
Et Paris, Paris capitale comme on ne la verra plus...Car les Derniers parisiens, c’est bel et bien l’histoire d’une époque qui s’éclipse pour laisser place à une autre, où ceux de l’ancienne école ne trouvent pas toujours leur place.

Hiver au Proche-Orient (Annemarie SCHWARTZENBACH)

note: 3L'ange inconsolable de Roger Martin du Gard Marylène - 5 juin 2018

Rebelle suisse, ce qui semble être un oxymore s’est incarné sous les traits d’une journaliste au visage d’ange : Annemarie Schwarzenbach. Lorsqu’on nait à Zurich en 1908 dans une riche famille d’industriels sympathisante de l’extrême droite, devenir journaliste globe-trotter est-il un antidote à la culpabilité, à la honte ? Etudiante en histoire, inséparable de Klaus et Erika Mann, elle crée à leur côté la revue antifasciste Die Sammlung à Berlin. En 1933, tandis que l’Europe bascule dans le fascisme, elle traverse la Turquie, la Palestine, la Syrie, l’Irak pour rejoindre une équipe d’archéologues. Commence alors ce qu’elle appellera « la malédiction de la fuite ». Elle réalise plusieurs reportages pour des journaux suisses et rédige le récit de cet "hiver au Proche-Orient". A fleur de peau, ses descriptions sont sensibles. Elle ne laisse pas l’exotisme dissimuler L’universel. L’orient ne lui permettra pas d’exorciser ses démons. 3000 photos, une cure de désintoxication et une internement pour soigner sa dépression plus tard, celle qui parcourut le monde et ses dangers, mourut des suites d’un accident de vélo en Suisse. A l’occasion du 75e anniversaire de sa mort, les Archives littéraires suisses mettent en ligne gratuitement ses 3000 photos prises au cours de ses voyages, disponibles sous ce lien :
https://commons.wikimedia.org/wiki/Category:CH-NB-Annemarie_Schwarzenbach

L'Esprit de famille (François BEAUNE)

note: 3... Marylène - 16 mai 2018

Nouvelle collection d’exploration chez Elizad : Histoires vraies de Méditerranée.
Un auteur à la rencontre d’un territoire méditerranéen qui ne lui est pas particulièrement familier.
C’est François Beaune, auteur auvergnat, qui inaugure la collection avec ces rencontres autour du thème de la famille au Liban.
Evidemment, le sujet est propice aux envolées lyriques dans un pays que se partagent 18 communautés régies par de grandes familles. Une organisation clanique et confessionnelle opaque pour un observateur occidental. François Beaune entre par la petite porte, celle de la première cellule familiale : père, mère, fratrie. Il récolte des récits très intimes. Vous serez déroutés, choqués, amusés. Interrogés, bien entendu car après tout, qui n’a pas son « affaire » de famille ? Et puis, on n’en attendait pas moins de la Méditerranée, rivage des mythes mésopotamiens et grecs, berceau de la tragédie, comme de de la démocratie…

Louis Soutter, probablement (Michel LAYAZ)

note: 3... Marylène - 5 mai 2018

Une forme oscillante entre roman et biographie, donne cet air flottant au texte de Michel Layaz. C’est que Louis Souter, cousin du Corbusier, est lui-même un personnage éthérée. Il passe de violoniste à peintre, bascule de notable à interné, perd sa femme, son statut et presque sa famille. L’important n’est pas la part du vrai, la force de ce roman biographique, c’est de réussir à rendre tangible cet individu aux contours flous, partiellement présent au monde, sensible à l’extrême. Un fou et un génie, classique de la figure symbolique de l’artiste, mais là sans cliché. Dans une simplicité proche du dépouillement, au rythme lent des années qui s’écoulent en dehors de lui. Un récit délicat qui pénètre un homme, une famille avec pudeur. Une invitation à découvrir l'oeuvre de Soutter, certainement.

Ces jours qui disparaissent (Timothé Le Boucher)

note: 3... Marylène - 2 mai 2018

Je croyais commencer un récit de science -fiction avant de réaliser qu’il s’agissait d’explorer le cerveau humain plutôt que le système solaire : un homme forcé de vivre partiellement sa vie, la partageant avec son double au tempérament opposé. Son corps, mais commandé par une autre « personnalité » certains jours. La cohabitation arbitrée par un psychiatre et l’ensemble de l’entourage, prend une tournure déroutante quand le « double » construit lui aussi sa vie. Une femme, un enfant, un travail, un autre psychiatre…
Une histoire qui aurait pu s’enfoncer dans des abîmes psychanalytiques mais qui prend des tournures de thriller (une lutte suicidaire) et même de récit d’anticipation.
Au-delà des questionnements sur ce qui fait notre essence, notre unicité, la réalité même du monde qui nous entoure, un récit vivant, habilement mené. Troublant bien entendu…Finalement lequel est la personnalité source ? Y’en a-t-il une ?

La Cantine de minuit n° 2 (Yaro ABE)

note: 3Un plat, une histoire Marylène - 6 avril 2018

Brèves de comptoir nocturnes. Entre émotion, humour et chroniques sociales, une lecture entrainante.
Un plat, une histoire. Simple, souvent touchant, dépaysant bien entendu aussi. Verrait-on les mêmes scènes dans une gargote parisienne ? Certaines, mais pas toutes !
La cantine de minuit c’est celle des cadres de Tokyo comme celle des yakuzas, des étudiants, des policiers, des prostituées. Pour un soir, par habitude, pour la cuisine du chef et pour sa discrétion. Le manga a rencontré un tel succès au Japon qu’il a été adapté en série sur Netflix.

Le Joueur d'échecs (David SALA)

note: 4"Le plaisir de jouer s'était mué en délectation morbide et celle-ci en esclavage." Marylène - 21 mars 2018

Une adaptation/hommage au dernier roman de Zweig. Des aquarelles superbes, mêlant des personnages expressionnistes rappelant Egon Schiele, artiste également autrichien et contemporain de Zweig, à une mise en espace à la M.C Escher. Des planches de toute beauté. Une atmosphère troublante parfaitement rendue par la combinaison de la palette de couleurs, des regards intenses et des perspectives vertigineuses.
David Sala, illustrateur à l’univers graphique sophistiqué, met son art au service du récit puissant de Zweig. Remarquable.

Le Caire confidentiel (Tarik SALEH)

note: 3... Marylène - 13 mars 2018

Thriller politique classique sur fond de scandale sexuel, de corruption et de misère urbaine.
Alors pourquoi le regarder que vous soyez novice ou vieux briscard du polar ?
1 : On ne vous avait pas menti, le titre annonçait bien que c’était le petit frère de L.A Confidential, film des années 90 ayant associé Kevin Spacey et Kim Basinger dans une nébuleuse du crime similaire.
2 : Pour Le Caire. Tentaculaire, bruyante, jeune, si jeune…
3 : Pour la réalisation de Tarik Saleh, artiste plasticien suédois d’origine égyptienne. Premier long-métrage, quelle maîtrise !

4 : Pour Fares Fares dans le rôle du flic-qui-lâche-rien-même-si...Présence féline, échalas au regard sombre sous le sourcil broussailleux, profil aquilin. Un physique taillé pour le cinéma d’auteur ou les rôles de super méchant dans les blockbusters, en tout cas, pas la tête de monsieur tout-le-monde.
Tout n'est pas inédit dans ce film, mais l'ambiance est prenante et le casting séduisant.

L'Homme gribouillé (Serge LEHMAN)

note: 3... Marylène - 8 mars 2018

Du lourd ! Déjà au sens propre, vous verrez rarement BD aussi épaisse ! D’ailleurs je crois que malheureusement beaucoup passeront à côté à cause de cette caractéristique.Dommage, elle ne se lit certes pas dans les transports en commun, mais se dévore pourtant en quelques heures tant elle vous embarque dans son univers graphique et narratif. Du lourd vraiment ! De l’aventure, de l’histoire, une enquête. Mais aussi une histoire de femmes, une saga familiale, un conte fantastique presque mythologique.
Et bien-sûr, Frederik Peeters, encore une fois, en noir et blanc, son dessin dont on reconnaît la patte tout en admirant la capacité à se renouveler.

Ni vues ni connues (COLLECTIF GEORGETTE SAND)

note: 3Faut-il s’appeler Georges pour être prise au sérieux ? Marylène - 2 mars 2018

Partant du constat que les femmes d’exception ne sont pas au Panthéon, rarement dans les livres d’histoire, peu souvent dans les mémoires, le collectif Georgette Sand présente quelques-unes de ces oubliées de la renommée.
Non, le propos n’est pas d’affirmer la supériorité des femmes, il ne s’agit pas du tout d’un féminisme agressif. Mais ces portraits démontrent les processus d’invisibilisation qu’elles subissent.
Une femme peut-être derrière, autour, éventuellement tout contre ou aux côtés d’un homme d’exception, mais elle ne peut être LA personne d’exception. Qu’en penserait Mme Winnie Mandela ?... C’est pourquoi au lieu d’être présente dans une biographie des grands hommes, vous la trouverez plutôt citée dans une collection pour enfant.
C’est également la raison pour laquelle elle a plus de chance de finir dans un recueil de contes et légendes de sorcellerie plutôt qu’au pupitre du Prix Nobel, n’en déplaise à Mme la comtesse Bathory.
Quand sa vie de combat n’est pas résumée qu’à un fait anecdotique (n’est-ce pas Mme Rosa Parks, qui, si fatiguée, un jour, ne put se lever de sa place de bus pour la céder à un blanc…).
Elle peut faire de l’événementiel mais pas changer le monde, en découvrant que la terre est ronde, en libérant l’art du modèle figuratif ou en dépistant une maladie génétique par exemple...
Chaque femme fait l’objet de 2 ou 3 pages, clair, concis et souvent très drôle. Un ton volontairement humoristique teinté d’insolence pour amener la réflexion de fond avec souplesse. Encore une fois messieurs, ouvrez ce livre, n’y voyez pas une déclaration de guerre !

Betty Boob (Véronique CAZOT)

note: 3"Si tu ne peux plus me regarder, alors je ne veux plus te voir" Marylène - 15 février 2018

Attention récit burlesque ! Et pourtant, sujet pesant. Le cancer du sein…Et après ? Déconstruction, reconstruction, implosion puis explosion. D’un thème en béton armé, les auteures font une œuvre onirique.
Tout commence par l’ablation du sein de l’héroïne. Immédiatement, sans parole, le dessin flamboyant de Rocheleau restitue avec intensité les pensées comme les émotions.
Aucune information médicale, pas de témoignage. Juste un parcours imaginaire dans une envolée expressionniste.
Déroutant, pas toujours agréable je dois l’admettre, mais riche.

Le Manuscrit de Beyrouth (Jabbour DOUAIHY)

note: 3... Marylène - 10 février 2018

Surprenant, ce roman qui semblait commencer dans le plus grand sérieux, prend des allures cocasses.
Les personnages lisses et presque rigides, s’effritent de petits travers en petites moqueries.
L’auteur parvient à nous faire suivre avec intérêt croissant, un protagoniste qui n’est pourtant même pas attachant.
La grande réussite de ce roman, c’est ce personnage hors du commun : l’imprimerie.
Fabuleuse, elle fait vibrer le récit de son aura romanesque ! On retrouve cette forme de littérature moyen-orientale, la saga familiale à travers l’histoire du pays. Mais ce n’est pas le fond du sujet. Jabbour Douaihy, professeur à l’université de Tripoli, traducteur et écrivain, moucharde le monde de l’édition, s’amuse de l’égo de l’auteur et de ses mythes fondateurs, ironise sur ses amours. Même pas méchant, ce roman n’est pas non plus triste, rare donc !

Mon traître (Pierre ALARY)

note: 3Un salaud, c'est parfois un type bien qui a renoncé Marylène - 8 février 2018

On parle de roman pour « Mon traître » car Sorj Chalandon a modifié les noms et pris quelques libertés pour relater sa propre histoire d’amitié trahie avec Denis Donaldson, figure emblématique de l’IRA. Pour le cœur du sujet, tout est vrai et d’autant plus déchirant.
Adapté au théâtre, le récit qui continue de fasciner, est aujourd’hui mis en images.
Evidemment, on ne retrouve pas toute la profondeur de la nature des relations qui unit les 2 hommes en quelques planches comme en 300 pages de roman.
D’autre part, ce témoignage touche à plusieurs questions existentielles, l’amitié, la confiance, la liberté… Mais s’il en est une qui me frappe dans cette adaptation, c’est bien celle de l’engagement. Qu’est-ce qui pousse ce jeune français à se plonger si intensément dans une guerre qui n’est pas la sienne comme le lui rappellent sans cesse ses amis en France comme en Irlande.
Bien que tenu fermement à distance par les irlandais, il ne peut s’empêcher d’embrasser la cause jusqu’à rendre des services à L’IRA. Dans la BD, le survol de la genèse du lien qu’il tisse avec le pays, rend cette adhésion, pratiquement cet abandon, un peu invraisemblable.
Néanmoins, elle rend fidèlement l’atmosphère et les personnages sont bien incarnés sous les traits durs et les nuances de bistre et de brun. Surtout, elle ne trahit pas la force d’un récit qui permet à chacun de s’interroger précisément sur sa capacité à trahir.

L'Hermine (Christian VINCENT)

note: 3... Marylène - 27 janvier 2018

Il y a les films d’auteur et les films d’acteur, celui-ci est à ranger dans cette dernière catégorie.
Tout repose sur le jeu délicat du tandem Fabrice Luchini- Sidse Babett Knudsen.
Mention spéciale à l’ensemble des comédiens d’ailleurs, jurés, témoins ou avocats.
Le scénario ne pèse pas lourd finalement dans cette histoire sentimentale salvatrice entre un président de tribunal aigri et une femme médecin dévouée, sur fond d’un procès d’infanticide. Chacun dans son rôle hautement symbolique dans la société, elle sauve il juge, frôlant la caricature de la belle et la bête …Et pourtant, ce film est finalement touché par la grâce. Ni sordide ni mièvre, il évite les écueils et devient juste touchant.
Luchini énorme, même ceux qui n'aiment pas ce comédien clivant ne pourront pas cette fois lui reprocher son emphase. c'est Luchini tout en retenu.

Chaleur (Joseph INCARDONA)

note: 3... Marylène - 11 janvier 2018

Drôle de petit roman que celui-ci.
Le sujet dérive d’un fait divers survenu lors des championnats du monde de sauna en 2010 à Heinola, Finlande. Déjà plusieurs éléments troublants dans cette présentation !
A osciller entre trivialité et humour on hésite entre rire et agacement. Mais Les intentions sont honnêtes et les personnages suffisamment incarnés pour se laisse finalement porter par le récit.
Une écriture affutée au polar mise au service d’une satire sociale.

Le 28 octobre (Piero CHIARA)

note: 3L’éducation sentimentale de Candide au bord du lac Majeur. Marylène - 28 décembre 2017

Légère, cette nouvelle tout en sourire prend l’allure d’une farce grivoise dans une petite ville d’Italie. On s’y moque doucement mais sûrement de la bourgeoisie provinciale et des pantins de Mussolini.
Une lecture light mais pas sans saveur pour autant, il y a comme une deuxième couche à l’intérieur !

Le Premier homme (Jacques FERRANDEZ)

note: 3... Marylène - 27 décembre 2017

Avec cette adaptation de roman en BD, vous aurez deux biographies et un documentaire historique pour le prix d’une fiction.
« Le Premier homme » c’est déjà l’histoire étonnante d’un roman inachevé et publié 30 ans après la mort d’Albert Camus grâce à l’intervention de sa fille.
Récit autobiographique de sa jeunesse à peine déguisé sous les traits du jeune Jacques Cormery, Ferrandez lui aussi né à Alger, s’y retrouve étrangement, troublé au point d’en proposer une illustration éloquente. Cela dit, Ferrandez, l’auteur des Carnets d’orient, n’en n’est pas à son coup d’essai, c’est sa 3ème adaptation de Camus en BD.
Le lecteur peut donc lui faire confiance pour restituer l’atmosphère méditerranéenne dans toutes ses couleurs, ses colères, sa complexité.
Colonisation et décolonisation en toile de fond, évocation inévitable mais dosée des problématiques politiques.
Quant au récit, il force davantage l’admiration que l’on peut avoir pour l’homme autant que pour l’écrivain. Des figures puissantes dans l’ombre de l’enfance : la mère illettrée et malentendante, le père mort à la guerre, l’instituteur providence et l’inflexible grand-mère armée de son nerf de bœuf.
Par certains aspects, on retrouve des éléments communs avec la vie d’Albert Cohen, la honte de la pauvreté, la honte d’avoir honte, l’amour incommensurable pour la mère, le grand écart social entre l’enfance et l’âge adulte.
Un BD touchante qui donne envie de relire Camus.

Ils étaient tous mes fils (Arthur MILLER)

note: 3"Je sais que tu n'es pas pire que les autres" Marylène - 23 décembre 2017

Encore étudiant au moment où il écrit cette pièce, Arthur Miller fait preuve d’une maturité précoce sous une plume narquoise.
Tous étaient mes fils ou le drame du « j’ai fait ce que je pensais être le mieux pour vous mes enfants, même au prix de la vie des autres ».
Arthur Miller dissèque le torse bombé des cadors et gratte les façades rangées des saintes familles. Et que dévoile-t-il ? L’Amérique d’après-guerre, héroïne aux mains sales, gorgée de dollars et de morale dominicale.
Cette courte pièce de théâtre encore jouée 60 après (parue en 1947 aux Etats-Unis) ne perd rien de son sens. « Rien de nouveau sous le soleil» nous avertissait Salomon…
« Je sais que tu n'es pas pire que les autres mais, je te croyais meilleur parce que, pour moi, tu n'étais pas un homme, tu étais mon Père. »

Correspondance, 1944-1959 (Albert CAMUS)

note: 3... Marylène - 16 novembre 2017

Un échange épistolaire en forme de fossile dans notre siècle digital. 15 années de communication couchées sur du papier sans emoticône, sans abréviation ni acronyme. Une correspondance dont on peut mesurer la longueur et la lenteur en cm d’épaisseur et en poids sur les genoux. Illisible dans les transports en commun, incompressible…Totalement inadapté à notre époque. Et c’est là aussi une partie de son charme.
Quand on pense que c’est là le fruit d’une seule liaison et que l’on sait que Camus ne s’en est pas contenté ! Combien diable de lettres a-t-il pu écrire dans sa vie ?! Camus est un fleuve. Et que dire de Casarès ? Libre, combative. Sa plume ruisselle également.
Aussi éblouissantes soient-elles, on ne m’ôtera pas de l’esprit que lire des lettres qui ne nous sont pas destinées, laisse malgré tout un sentiment de malaise. Symptôme d’une génération pré-téléréalité sans doute.
Bien-sûr, on touche souvent à l'universel sous le vernis de leur intimité lorsqu'il est question du sens de la vie, dans une société tout juste libérée des nazis mais pas encore de Franco.

Les Disparues d'Orsay (Stéphane LEVALLOIS)

note: 3... Marylène - 25 octobre 2017

Pour aborder la lecture de cet album honnêtement, il faut tout de suite annoncer qu’il s’agit d’une commande du Musée d’Orsay pour célébrer ses 30 ans d’ouverture. Eh oui, on peine à croire qu’il soit si jeune tant sa renommée est grande, pourtant, il n’était rien avant 1986 qu’une gare désaffectée.
Une fois informé, on comprend la forme un peu catalogue d’expo déguisé.
Ceci explique également le scénario parfois déroutant sous couvert d’atmosphère onirique et relevé de quelques très belles trouvailles.
Néanmoins, les planches sont magnifiques et les amoureux de peinture à la charnière des 19e et 20e siècles seront servis.

L'Empereur à pied (Charif MAJDALANI)

note: 3... Marylène - 28 septembre 2017

Ca y est, la petite fraicheur du matin vous fait remonter le col, on vous a annoncé l’automne partout, vous vous dîtes que c’est le moment de foncer chez la libraire pour choisir un « bon livre ».
Et là, la libraire vous fait remarquer que cette année encore, la rentrée littéraire est sous le signe du Prozac… Alors faut-il allumer la télé ?
Non, le mage de la littérature épique est là ! Majdalani et son Empereur à pied vous entraineront, loin de la routine. A travers siècles et espaces infinis, du nouveau continent sauvage à la vieille Italie aristocrate en passant par l’Asie insaisissable, un parcours euphorisant.
Outre le sens de l’aventure, Majdalani sait fouiller l’homme dans tout ce qu’il a de beau et tout ce qu’il a de laid, sans faire regretter d’être né pour autant.
Livre salutaire pour lutter contre la baisse de luminosité.

Dans les Forêts de Sibérie (Safy NEBBOU)

note: 3... Marylène - 9 septembre 2017

Adaptation libre du récit autobiographique de Sylvain Tesson.
Avec le refrain ordinaire du jeune urbain renonçant à son confort pour se retrouver, à la source de la vie sauvage, le réalisateur parvient à faire une chanson si ce n’est nouvelle, du moins séduisante. Et si le scénario ne vous emballe pas, le lac Baïkal à lui seul justifie la séance.

Dégradé (Arab NASSER)

note: 3... Marylène - 7 septembre 2017

Certains utilisent le taxi, d’autres préfèrent le salon de coiffure pour dame comme observatoire de la société.
Pour la forme, ce huis-clos semble avoir été écrit pour le théâtre. Scène unique où sont piégées des femmes d’origines sociales diverses ayant pour seuls points communs de vivre dans un pays en guerre et d’être allées ce jour-là chez la coiffeuse slave.
Lumière d’intérieur, tons chauds, mobilier disparate. Dehors, la menace.
Non sans rappeler Caramel de Nadine Labaki au départ, « Dégradé » adopte un ton bien plus grave.
Ambiance électrique, ventilateur vrombissant, personnalités stéréotypées- pour la bonne cause didactique- néanmoins attachantes. Un tableau de Delacroix qui prend vie avec ses femmes, son lion, ses drames, l’orient.
Film écrit et réalisé par le tandem de frères jumeaux du cinéma palestinien, Tarzan et Arab Nasser. D’ailleurs présence féline de Tarzan à l’écran, icône des guerres intestines, de la virilité brutale, aux yeux cernés de khôl.

L'Amie prodigieuse n° 3
Celle qui fuit et celle qui reste (Elena FERRANTE)

note: 3... Marylène - 2 septembre 2017

Tant de chroniques dans tous les médias, tant de bruit jusqu’à la nausée, forcément, on aborde la lecture avec un apriori.
Alors oui, ce roman peut être clairement qualifié de féminin, mais cela n’en fait pas une bluette pour autant.
Les thèmes abordés touchent à l’universel, Naples est un personnage puissant à part entière, le quartier palpite et l’histoire de l’Italie frémit. Les personnages hauts en couleur ont assez de nuances pour ne pas être caricaturaux.
Cette trilogie a ce je ne sais quoi en plus qui fait mordre à l’hameçon, peut-être assez facilement si l’on est sensible à la culture méditerranéenne.
Si c’est votre cas, vous ne verrez pas filer les 3 premiers volumes et vous attendrez le 4e avec impatience.

Cherche mari désespérément (Ghada ABDEL AAL)

note: 3... Marylène - 28 juillet 2017

Réédition du roman « La Ronde des prétendants » paru en 2013 renommé pour l’occasion « Cherche mari désespérément »
Rien ne prédestinait Ghada Abdel Aal, pharmacienne trentenaire de son état, à devenir l’auteur d’un best-seller traduit dans plusieurs langues après avoir été la blogueuse la plus suivie du monde arabe.
Mais voilà, cette femme a décidé de mettre sa fierté de côté pour parler franc de sa situation de femme célibataire (vieille fille dès 23 ans en Egypte si l’on en croit son héroïne !).
Avec énormément d’humour, elle nous fait vivre le quotidien à rebondissements de Bride, une jeune pharmacienne célibataire pressée par son entourage de trouver rapidement un mari...Hum, toute ressemblance avec l’auteure…Raison pour laquelle c’est aussi drôle que grinçant. Certes la comparaison avec Bridget Jones est inévitable, mais on décèle une dimension sociologique en plus dans ces brèves de famille.
Il est difficile d’admettre qu’on a beaucoup ri de situations parfois si humiliantes pour cette femme, mais c’est ainsi qu’elle a souhaité nous parler d’elle et évoquer sa situation délicate. Alors respectons son parti pris, moquons-nous de ces hommes ridicules, rions franchement à leur barbe !

Inhumaines (Philippe CLAUDEL)

note: 2La caricature est un art difficile et la critique est aisée Marylène - 27 juillet 2017

Oui, Philippe Claudel a coutume d’utiliser l’humour noir, l’absurde, pour évoquer notre société folle. Mais, car bien-sûr il y a un mais, le burlesque de la pièce Le Paquet et les non-dits du roman Le Rapport de Brodeck, étaient bien plus pertinents que le ton outrancier adopté dans ces nouvelles.
Ça fait un peu « auteur en manque d’inspiration s’adresse à lecteur en manque de sensation».
Etonnant de la part de cet homme qui semble pourtant honnête. Une tentative « trash » peu réussie néanmoins, pas de quoi crier au crime comme ont pu le faire certains critiques. L'avantage des nouvelles c'est qu'on peut piocher et ne pas se resservir.

Journées parfaites en Suisse (Salomé KINER)

note: 3Une amie qui vous veut du bien Marylène - 8 juillet 2017

Oui, je veux mon titre d’ambassadrice de l’amitié franco-suisse Monsieur E.
En effet, comme M.E, lecteur averti, vous l’aurez peut-être remarqué, j’ai régulièrement écrit des billets doux à propos d'ouvrages sur ou autour de la Suisse. Curiosité bienveillante envers nos voisins (bienheureux enfants gâtés) et coup de foudre pour les beautés de cet écrin alpin. Sans oublier les villes, que vous pourrez découvrir autrement avec ce guide d’un nouveau genre. Déjà et avant tout, première curiosité l’éditeur, Helvetiq, créateur de jeux dont la petite histoire de présentation mérite votre coup d’œil sur son site.
Pour le contenu c’est un peu « le sentiment géographique » de Gallimard mais version courte : une ville en une journée selon le circuit d’un habitant (stewart, journaliste, cuisinier, cinéaste…). Genève, Bâle, Fribourg, Berne… Littéraire mais concis, pratique, esthétique, épuré …efficace quoi. « Elégant sans ostentation, pratique mais recherché » voici la définition du style zurichois pour l’un des promeneurs de ce guide, elle fonctionne très bien pour le tout ! Bon faut-il encore en jeter ? l’aurai-je enfin mon passeport rouge à croix blanche ?
C’est que je prends des risques moi ! Je m’expose Monsieur E ! Des centaines de frontaliers sont susceptibles de me reprocher cette tendresse sans frontière. D’ailleurs, au moment même où j’écris ces mots imprudents, je guette depuis la fenêtre le bateau de 18h10 qui libèrera des flots de shadocks épuisés (oui c’est ainsi que certains helvètes désignent les frontaliers, c’est mal. Très mal. Comme quoi je note aussi les indélicatesses. Relire à ce propos la chronique sur « Bienvenue au paradis »). Bon mais là je vais me fâcher avec tout le monde, chassée des deux rives, ne me restera que l’exil…Peut-être au Luxembourg, nous verrons… Car même mon supérieur va prendre la mouche, une critique c’est 100 caractères, pas 10000 ! J’arrête.
Veuillez me pardonner Monsieur E de vous avoir pris à partie (amicalement) dans ce billet, mais je vous devais bien ça pour vous remercier de votre regard attentif et indulgent sur tous les précédents !
Service !

Lausanne, promenades littéraires (Daniel MAGGETTI)

note: 3Café du Grütli Marylène - 6 juin 2017

Où êtes-vous si vous prenez un verre au Café du Grütli ?
A l’ombre de Genève, Lausanne peine à se faire un place dans le guide des villes qu’il fait bon connaître…Peut-être ne le cherche-t-elle pas. Moins clinquante, moins internationale, moins business class. Tout en pentes vertigineuses et montées sportives, cachée dans les vignes… Et plein sud quand vous admirez le lac! Lausanne c’est un café en terrasse ensoleillée quand Genève boit le brouillard !
(Pourtant rien n'y fait, les pieds dans l'eau et le nez dans les nuages, Genève est une belle dame !)
Pour les bonnes adresses, pour les évocations littéraires, pour les planches de BD (l’incroyable Palais de Rumine revisité par Witzig), également pour les dessins de Fanny Vaucher.
Si comme Blaise Cendrars, James Joyce, Charles-Ferdinand Ramuz, Lewis Trondheim, August Strindberg, Georges Simenon, Anne Cuneo, Cosey… vous passiez un peu de temps à Lausanne ?
"Les cimes de neige couronnent cette perspective d'Opéra, et , sous la terrasse, à nos pieds, les vignes jaunissantes se déroulent en tapis jusqu'au bord du lac."Gérard de Nerval

Chère Ijeawele, ou Un manifeste pour une éducation féministe (Chimamanda Ngozi ADICHIE)

note: 4Fiez-vous à la douce musique du titre et ne passez pas votre chemin au détour du sous-titre ! Marylène - 10 mai 2017

Parce qu’il n’est jamais inutile de rappeler des fondamentaux, et comme le bon sens n’a pas besoin de grandiloquence, il faut lire le simplissime et pertinent livre de Chimamanda Ngozi Adichie.
Une toute petite lettre au contenu précieux, comme un écho à la « Lettre à ma fille » de Maya Angelou.
Court, évident, juste

Une vie avec Alexandra David-Néel n° 2
Une Vie avec Alexandra David-Néel (Frédéric CAMPOY)

note: 2Une vie intrépide pour une BD sans audace Marylène - 6 mai 2017

Alors oui déception. Même si bien-sûr on y trouvera des qualités.
Le sommet devait être trop haut pour que l’ascension soit aisée, il faut reconnaître que les auteurs s’attaquaient à un sacré monument!
Il est frustrant pour le lecteur avide de paysages tibétains, de rester de longues années enfermé avec Alexandra David-Néel acariâtre et sa « femme à tout faire » dans sa forteresse de Digne.
Bien-sûr, cette oppressante observation de la senescence de l’aventurière n’est pas sans intérêt.
On y découvre un caractère excessif là où l’on s’attendait à une retenue exemplaire de la part d’une bonze. Et c’est là la visée de ce diptyque, révéler l’enfant blessée derrière la femme indomptable.
Sa dualité rend nos réactions ambivalentes elles aussi. Entre répulsion face à la violence psychologique (cette Marie-Madeleine en martyre consentante!) et une profonde admiration pour son incroyable parcours.
Alexandra David-Néel même à 100 ans n’avait rien d’une gentille petite mamie sénile et elle voulait que ça se sache ! Force de la nature, bête de travail, puits de sciences jusqu’au dernier souffle.
Une empreinte forte bien restituée dans le récit, mais un survol des 14 années de voyages en Asie comme une anecdote…

Lost in French (Lauren COLLINS)

note: 3Lost in french, lost in Geneva Marylène - 19 avril 2017

L’anglais a t-il toujours été la langue officielle aux Etats-Unis ? Eh bien non, et ce qui semble tellement évident aujourd’hui ne l’était pourtant pas aux origines de ce pays, patchwork européen entré en collision avec la culture indienne. Les allemands, les néerlandais et même quelques frenchy revendiquaient l’usage prioritaire de leur langue. Ecrasante victoire de l’anglais par KO… Quoique, l’avenir linguistique pourrait changer de continent…
C’est ce genre d’anecdotes pas si anecdotiques dont regorge le livre de Lauren Collins, comme de passages plus intimes sur les repas de famille.
Elle partage son expérience de jeune américaine mariée à un français qui l’entraine vivre à Genève.
Sur un ton certes distrayant, l’auteur soulève néanmoins de légitimes questions sur la langue et l’identité et distribue généreusement de pertinentes informations.
Cette question de la langue est si riche, elle impacte et est impactée par tous les domaines socioculturels : nourriture, loisirs, relation amoureuse, relations de voisinage…
Les premières pages relatant les débuts à Genève ne laissaient pourtant pas présager un contenu aussi subtil, heureusement, l’entrée un peu lourde, maladroite, fait place à de beaux passages plus sociologiques et littéraires.
A noter la part importante de la spécificité genevoise dans son expérience, il s'agit à la fois d'un témoignage sur la langue française et la culture genevoise (suisse c'est un peu trop large tant Genève fait bande à part dans la confédération.)

Mes indépendances (Kamel DAOUD)

note: 4Quand le chroniqueur du quotidien d’Oran observe le monde Marylène - 19 avril 2017

Je suis pleine d’admiration pour Kamel Daoud, sa pensée claire, sa langue limpide. Il a cette capacité à faire mouche à chaque billet sans verser dans le spectaculaire. Les mots sont toujours justes et dosés. Résistant aux pressions subies dans son pays, il sait tout aussi bien échapper aux clichés occidentaux où sont enfermés les intellectuels méditerranéens. Son point de vue n’est pas euro-centré et c’est particulièrement sain d’adopter parfois un autre angle pour envisager l’actualité, même si ça pique parfois l’amour propre mal placé.
On lit souvent que dans ses chroniques « personne n’est épargné », mais il ne me semble pas que M.Daoud ait une âme d’assassin. Son objectif n’est pas de blesser, il touche sans couler.On peut bien entendu ne pas adhérer à tout, mais force est de reconnaître le caractère exceptionnel de cet homme, sans doute un très grand esprit de l’époque.

A la table des diplomates (Laurent STEFANINI)

note: 3... Marylène - 5 avril 2017

Diplomates, historiens et grands cuisiniers pour mettre le couvert. Il est vrai, le sujet est facile, dès que l’on touche à l’estomac…Le potentiel érotique du domaine a été largement exploré, il est plus rare de trouver des ouvrages mêlant menus et relations internationales.
Alors oui, l’éditeur a joué la carte du glamour avec une 1ère de couverture Jacky Kennedy, mais il y a réellement bien plus à l’intérieur.
Les repas officiels replacés dans leur contexte sont riches d’enseignements géopolitiques. Les lieux, les cérémonies ayant précédées ou suivies, les invités et les absents bien-sûr, le contenu et les contenants, chaque histoire a sa petite note croustillante.
Les choix iconographiques participent pleinement au plaisir de cette lecture.

Lettre à ma fille (Maya ANGELOU)

note: 3Lettre à ma fille (qu’elle n’a pas eu) ou les leçons de vie de Maya Angelou. Marylène - 14 mars 2017

La sagesse des anciens ne se transmet plus les soirs de veillées, aussi l’écrivaine et artiste américaine, a-t-elle offert ses petits contes philosophiques sous forme de lettre.
Elle, qui dans sa vie chaotique n’a eu qu’un fils, adresse son message à sa fille soit à toutes les femmes. Mais attention, à lire d’autant plus lorsque l’on est un homme, soit fils d’une femme et peut-être aussi père d’une femme, frère, cousin ou amant… d’une femme.
Cette longue lettre tour à tour affectueuse, drôle ou sévère, distille des enseignements souvent chèrement acquis.
Curieusement, cette intellectuelle militante reconnue dont les écrits sont étudiés en classe aux Etats-Unis, fait mentir l’adage « nul n’est prophète en son pays » tant sa réputation est confidentielle en France.
Mais que vous la connaissiez ou pas, ne ratez pas ce rendez-vous, ne serait-ce que pour la parabole du tapis.

Post-scriptum (Alain Claude SULZER)

note: 3... Marylène - 7 mars 2017


Sulzer nous offre une nouvelle démonstration de subtilité au milieu d’une littérature du mot choc.
Nul éclat, nulle gesticulation, pas de mots crus servis sur lit de violence et pourtant tout est là. Les déchirements de l’histoire, de l’amour, des classes sociales, de l’ego...
C’est limpide comme une eau de torrent dans les montagnes de Sils Maria, où l’auteur suisse choisit de planter le décor. Ce point d’ancrage en dit long sur ses méthodes. Un cadre immuable, l’hôtel Waldhaus, cocon ouaté pour les grandes fortunes, pour dépeindre une époque si tourmentée.
Alain-Claude Sulzer est à mon sens, avec Martin Suter, un auteur suisse hors norme, l’un de ceux qui se liront encore avec émotion et qui feront encore sens dans un siècle quand beaucoup d’autres auront périmé.

Un Fauteuil sur la Seine (Amin MAALOUF)

note: 3Maalouf le magnifique Marylène - 7 mars 2017

La puissance d’Andreï Makine, la poésie d’Andrée Chédid, la limpidité de Milan Kundera, l’intimité de Metin Arditi, l’extravagance de Majdalani, autant d’étranges étrangers porte-étendards indiscutables de la langue française.
Et Amin Maalouf. Maalouf l’égyptien, Maalouf le libanais, Maalouf le scribe francophone, Maalouf le Grand. Ce nomade a accepté l’hospitalité, bien méritée, du quai de Conti.
A quoi pense-t-on en posant ses fesses sur un fauteuil de l’Académie française ?
A l’éternité qu’il vous procure ? A ceux qui vous ont précédé sans nul doute. Mais ce qui est un exercice de style imposé du discours d’investiture pour certains, devient un roman de quatre siècles de littérature pour Maalouf. Le même souffle humaniste, la même fluidité que dans ses romans, la même érudition « sans en avoir l’air », pour passer en revue quatre siècles sans avoir trouvé le temps long une seule page.

Midnight special (Jeff NICHOLS)

note: 3Déroutant road-movie Marylène - 17 janvier 2017

Incroyable road-movie science-fiction pour le dernier Jeff Nichols.
Le rapport père-enfant dans un monde de violence et de silence pourrait devenir son thème marque de fabrique (et l’envoûtant Michael Shannon son totem !) tant il l’avait déjà bien exploré dans Shotgun stories, Take shelter, Mud.
Avec la même subtilité, il livre une 4ème exploration du sujet, sans que ce soit la fois de trop.
Comme ses précédentes œuvres, le film est intense, nous tient par hypnose.
Le sujet extra-terrestre aurait rapidement pu devenir scabreux, il n’en est rien. On pourrait même dire que Jeff Nichols a renouvelé le genre en créant une SF poétique. Déroutant.

Suisse (André CRETTENAND)

note: 3Invitation au voyage Marylène - 21 décembre 2016

L’un des derniers nés de la collection « L’âme des peuples » (hommage au géographe et sociologue André Siegfried) des éditons belges Nevicata, pour continuer à explorer notre mystérieux voisin !
Dans la veine du « Sentiment géographique » de Gallimard, cette collection propose la visite intime d’un pays mais plus encore un manuel de décodage de son fonctionnement, son mode de pensée. Votre guide, André Crettenand, est un journaliste suisse ayant longtemps vécu à Paris. Subtile, nuancé et agrémenté de quelques citations littéraires, savoureux tout petit livre. Une collection à étoffer, nous attendons vos suggestions pour les titres à commander, rendez-vous sur ce lien https://editionsnevicata.be/46-l-%C3%A2me-des-peuples, et communiquez-nous votre destination favorite par mail.

La Petite bédéthèque des savoirs n° 8
Le féminisme (Anne-Charlotte HUSSON)

note: 3... Marylène - 16 décembre 2016

La petite bédéthèque des savoirs, encore une collection pour casser les idées reçues sur la bande dessinée.
Concept simple, associer un illustrateur à un spécialiste pour un contenu pédagogique concentré mais digeste.
Plusieurs atouts permettent à cette collection de sortir du lot des ouvrages de vulgarisation.
Un format poche pratique, des sujets éclectiques et des associations d'auteurs /illustrateurs (d)étonnantes.

Dans les abysses du Léman (Ulrich LEMMIN)

note: 3... Marylène - 9 décembre 2016

Vous rappelez-vous de cette étrange rumeur ayant troublé les eaux lisses du lac l’été 2011 ?
Il se murmurait qu’un sous-marin russe explorait ses fonds ! De là à imaginer qu’on y cherchait un monstre lacustre ! Certains se privaient même de baignade craignant… on ne sait quoi d’indescriptible ! Eh bien une chose était pourtant vraie dans cette surprenante histoire, il y avait bien un sous-marin russe dans les fonds du Léman !
Ce livre retrace l’exploration inédite des « abysses », menée par une équipe scientifique interdisciplinaire hélvetico-russe et expose les résultats obtenus.
Les enjeux ? Le plaisir de percer les mystères les plus profondément enfouis pour ceux qui ont gardé une âme d’explorateur… Plus pragmatique, ce lac est l’une des plus grandes réserves d’eau douce d’Europe. Données sensibles.
Il est toujours surprenant de constater que l’on connaît souvent bien mieux une flore exotique que son propre environnement, voici une bonne occasion de remédier à cette ignorance…A moins que vous ne préfériez volontairement ne pas savoir dans quoi vous trempez vos pieds !

Revue de presse (Romain DUTREIX)

note: 3Une BD avant l'expo Marylène - 25 novembre 2016

La lutte pour la liberté de la presse n’a pas commencé avec les attentats contre Charlie, l’histoire est déjà longue. Mais cette actualité nous a violemment rappelé l’importance de cette liberté durement acquise. Attaqués de toutes parts, à l’arme comme au verbe, mercenaires au compte des élites pour certains, diffamateurs pour les autres, qu'on leur reproche de ne pas respecter dieu ou d’être des bobos du Marais, les journalistes n’ont jamais eu aussi mauvaise presse… Jamais ? En cas de crise, il est toujours salutaire de regarder dans le retroviseur (attention, objects in the mirror are closer than they appear…). Alors réviser l’histoire de la presse satirique et par là même de la liberté d’expression de chacun, semble pertinent en ce moment.
Ajoutons que les strips terriblement drôles, collent brillamment au sujet.
Un objet parfait pour préparer une visite de l'exposition qui se tiendra au Palais Lumière jusqu'au 8 janvier 2017.

La Loterie (Miles HYMAN)

note: 4"A quoi bon changer les choses maintenant ? ça n'aurait aucun sens..." Marylène - 15 novembre 2016

Pour le centenaire de la naissance de Shirley Jackson, son petit-fils, l’illustrateur Miles Hyman, propose une adaptation en BD de son emblématique nouvelle, "La loterie". Parue en 1948 dans le New-yorker, ce récit dérangeant, aujourd’hui étudié dans les écoles américaines, suscita à sa sortie un vif émoi dans le pays entier. Le journal récolta des salves de plaintes, l’auteure vécut temporairement cachée.
La BD contextualise cette publication dans un prologue enrichi d’une biographie intime, regard du petit-fils sur sa grand-mère.
Impossible d’évoquer le contenu sans vendre la mèche, aussi, pas un mot de plus.
J’ajouterai juste que cette adaptation est une réussite tant elle restitue avec force l’esprit du texte original. De grandes cases quasi muettes, un dessin à la Hopper d’un réalisme étrange, une illustration superbe.
Contraste magistralement obtenu entre le dessin lisse, organisé et la violence contenue dans le ventre du récit.

La Rançon de la gloire (Xavier BEAUVOIS)

note: 3"La vie est telle une pièce de théâtre, mais sans répétitions"Chaplin Marylène - 12 novembre 2016

L’histoire vraie de l’enlèvement de la dépouille de Chaplin contre rançon, aurait pu donner un scenario sordide. Il n’en est rien avec ce joli film car Xavier Beauvois n’a pas réalisé un documentaire mais bien une fiction inspirée. De nombreux films fonctionnent sur un tandem de comédiens. Celui-ci passera peut-être inaperçu noyé dans le vaste océan cinématographique, pourtant c’est un excellent duo. Pathétique, émouvant, le Zem–Poelvoorde est magique.
Sur les plateaux de la balance morale, le sacré doublement représenté (la mort et l’icône) face au réalisme de la vie, voire survie pour certains.
Comédie burlesque tendre assumant ses défauts et portée par un Poelvoorde de haute voltige…Si vous voulez encore un argument pour le voir, sachez que le film est bien-entendu tourné sur les rives du Léman !

La Femme qui prenait son mari pour un chapeau (Fiamma LUZZATI)

note: 3... Marylène - 8 novembre 2016

La Femme qui prenait son mari pour un chapeau est un titre clin d’œil au livre du neurologue anglais Olivier Sacks, publié en 1985, abordant des pathologies rares et déroutantes.
Pourquoi ? Parce que Fiamma Luzzati, journaliste scientifique convertie à la Bande dessinée, aborde elle aussi le mystérieux continent « cerveau ».
A l’heure de l’intelligence artificielle, le cerveau humain est encore paradoxalement un vaste domaine d’exploration, de questionnements et d’autant de sources d’étonnement.
Entre vulgarisation scientifique et récits personnels des malades, leur entourage et des médecins, l’auteure trouve l’équilibre. C’est sans doute là que réside la réussite de cette proposition qui n’aurait pu être qu’une nouvelle BD Blog parmi tant d’autres sorties. L’implication personnelle de Fiamma Luzzati, discrètement introduite, souligne son absence d’opportunisme sur le choix du sujet.
Quant au ton, toujours respectueux, il n’exclue pas l’humour.
Cette auteure italienne installée à Paris depuis quelques années, est aussi à suivre dans le quotidien Le Monde avec un blog nommé "l'Avventura".

Une Si jolie petite guerre n° 2
Give peace a chance (Marcelino TRUONG)

note: 3.. Marylène - 3 novembre 2016

Autobiographie familiale sur fond de guerre du Vietnam. Marcelino Truong ne nous sert pas une version rebattue d’Apocalypse now mais présente un point de vue intimiste et peu représenté. Celui des sud- vietnamiens, considérés par les communistes du nord comme les suppôts des colons occidentaux, enfouis sous les décombres de la défaites avec les américains.
Une réussite graphique pour un récit réellement instructif.

A Perfect day (Fernando LEON DE ARANOA)

note: 3... Marylène - 22 octobre 2016

Une affiche improbable : le superhéros sexy américano-portoricain Benicio del Toro, face à la non moins glamour James Bond girl ukrainienne, Olga Kurylenko, accompagnés de la diaphane mais loin d’être insipide, Mélanie Thierry et d’un inusable du cinéma américain depuis 30 ans sur les plateaux, Tim Robbins…Diantre, à quel film doit-on s’attendre ? En tout cas pas à un film d’espionnage et de courses poursuites malgré le casting international !
Inclassable, ce film tire les larmes comme le rire. A perfect day, c’est un jour comme un autre dans un convoi humanitaire solidaire et fragile, où tout le monde apporte sa bonne volonté mais où chacun arrive aussi avec ses démons.
Ce patchwork de comédiens fonctionne parfaitement bien. Fernando de Aranoa, retrouve le ton particulier des « Lundis au soleil » avec l’humour en plus, une presque légèreté, même si c’est un grand mot dans les circonstances. A noter que le réalisateur espagnol avait justement tourné un documentaire sur les humanitaires en Ouganda avant de s’attaquer à cette fiction.

Johan Padan (Dario FO)

note: 4Le Nobel est mort...Vive le Nobel ! Marylène - 13 octobre 2016

Aujourd’hui le prix Nobel de littérature est décerné à Bob Dylan, dans la plus grande surprise. Et c’est ce même jour que l’on apprend la disparition de Dario Fo, prix Nobel 20 ans plus tôt, outsider inattendu lui aussi en son temps.
Tous deux n’ont pas emprunté la voie royale du Roman pour atteindre les sommets (Dario Fo n’avait publié qu’un seul roman paru en 2015). Ils ont fréquenté les chemins de traverse de la littérature, la poésie pour l’un, le théâtre pour l’autre.
Méconnu en France, cet incontournable du monde culturel et politique italien mérite pourtant tellement sa distinction.
Sa dramaturgie profonde sans lourdeur, bouscule sans violence.
La pièce Johan Padan dénonce bien des vices de notre époque sans pour autant faire passer un sale quart-d’ heure moraliste à tomber dans la dépression. Un grand nombre de ses pièces sont toujours pertinentes 40 ans plus tard. Son théâtre mariait farce et militantisme comme l’homme mena sa vie. Dario Fo est mort…Vive Dario Fo !

L'Archipel d'une autre vie (Andreï MAKINE)

note: 4... Marylène - 11 octobre 2016

Aux confins de l’union soviétique dans les années 50, une poignée de réservistes est lancée telle une meute de chiens, aux trousses d’un évadé des camps de Staline. Commence alors une chasse à l’homme éprouvante dans l’impitoyable forêt boréale. Mais ce qui pourrait n’être qu’un man versus wild version Sibérie prend tant de détours et d’épaisseur humaine, que le récit touche à l’universel. Non ce n’est pas un simple roman politique, pas uniquement un roman initiatique, pas non plus un roman d’aventure, pas davantage un roman d’amour et d’eau très fraiche… C’est juste beau et puissant. Makine de l’Académie française ? je n’avais jamais lu… Je ne raterai plus rien.

The Walk (Robert ZEMECKIS)

note: 2... Marylène - 4 octobre 2016

Ce film vaut le coup d’œil, non pas pour la réalisation de Robert Zemeckis, si décevante… Pitié, arrêtez cette petite musique vouée à nous arracher une larme ou un frisson ! Les dialogues insipides s’enchainent. Les relations se mettent en place comme par magie en 3 phrases (mal prononcées par Joseph Gordon-Lewitt plutôt touchant en albatros américain dans le rôle du frenchy), appuyées par les quelques accords de piano magique qui font naître la tendresse, l’admiration, le dévouement et les larmes dans les yeux des spectateurs (ce doit être bon marché et efficace, good job)… Bon j’arrête de faire ma mauvaise tête car malgré tous ces défauts hollywoodiens, j’ai apprécié ce film.
Pour la dernière demi-heure, celle du funambule entre les tours. Incroyable, c’est simplement incroyable et une fois encore la réalité est au-delà de la fiction. Tout le monde aurait ri de l’absurdité du scenario si nous n’avions la preuve que ce pierrot de la lune existait bien. Que cette scène indescriptible avait bien eu lieu. Le vertige opère, votre mauvaise humeur suspendue sur le fil tombera finalement de 500 mètres de haut. Et là, ça devient planant…

Mandarines (Zaza URUSHADZE)

note: 3... Marylène - 28 septembre 2016

Bien entendu, ce huis-clos confrontant dans le même refuge deux combattants opposés, est par bien des aspects conventionnel. Néanmoins, même si l’on devine les intentions, même lorsqu’on sent poindre l'angélisme, même si la conclusion est évidente…La réalisation conjuguée au jeu des acteurs emporte tout. Les paysages, les visages, l’odeur des agrumes…Lâchez prise. Les sentiments simples et le bon sens, ne font pas de mal.
Des instants lumineux.


Les Bottes suédoises (Henning MANKELL)

note: 3... Marylène - 27 septembre 2016

Ecrire un roman sur la reconstruction en plein phénomène psychologico-médiatique « résilience » ce n’est pas l’idée la plus originale. Mais lorsque votre personnage, qui a tout perdu dans un incendie, a 70 ans, c'est un autre défi !
Mankell utilise cette « fin du monde » comme déclencheur. Pas de larmoiement, le personnage et le lecteur se mettent en mouvement vers autre chose, ailleurs, autrement.
C’est incroyable comme cette atmosphère scandinave vous enveloppe, la solitude tombe comme le brouillard sur les archipels de la Baltique en ce début d’automne. La beauté est là aussi, même si rien n’est évident dans ce coin du monde hostile au premier regard.
Et pourquoi pas une île suédoise comme métaphore de la vie ?

Permis C (Joseph INCARDONA)

note: 3... Marylène - 14 septembre 2016

Permis C commence comme un portfolio jauni des années 70, entre une terne banlieue genevoise et des souvenirs sauvages d’été en Sicile. Scénettes de la vie d’un adolescent de double nationalité italo-suisse. Petit à petit l’album s’anime d’un souffle pesant et l’anecdotique devient déterminant. Les rencontres portent des visages et des noms dans un environnement jusque là quasi anonyme. Non, ce n’est pas un simple catalogue de souvenirs mais plutôt un roman noir initiatique. Une lecture âpre qui sonne juste.
Découverte pour moi de cet auteur suisse dont ce n'est pourtant pas le coup d'essai, Joseph Incardona enchaine les succès d'estime et les festivals avec ses romans mais aussi de la BD et des scénari. Je ne vais pas m'arrêter là, c'est sûr.

Le Plus et le moins (Erri DE LUCA)

note: 4La nostalgie compagno... Marylène - 13 septembre 2016

Ischia, Naples, Turin, Paris…Itinéraire d’un enfant du sud vers le nord. La pêche, l’escalade, toujours entre Alpes et Méditerranée, les chantiers, l’usine, parcours engagé d’un écrivain-ouvrier.
On trouvera rarement récit autobiographique aussi pudique. Le père, la mère, le premier baiser, les souvenirs intimes à travers un filtre, ressortent changés en expériences universelles.
Erri de Luca peut être perçu comme un homme véhiculant une certaine rudesse, napolitain de Montedidio, alpiniste solitaire, citoyen opiniâtre volontiers engagé dans les luttes sociales, discret dans les médias… pourtant, ces tesselles de sa vie dévoilent la sensibilité à fleur de mots d’un homme infiniment délicat. Entre poésie et leçon de choses, un livre pour soi et à partager.

Demande, et tu recevras (Sam LIPSYTE)

note: 3Commedia des ratés Marylène - 1 septembre 2016

Dans la commedia des ratés, Milo Burke décroche un beau rôle de looser. Dans la digne lignée de ses frères anti-héros de littérature américaine, entre le tourmenté Arturo Bandini de la Demande à la Poussière de Fante, le dépressif morbide Holden Caulfield de l’Attrape-cœur par Salinger et Lennie, l’inoffensif idiot des Souris et des hommes de Steinbeck.
Mordant, sarcastique, cruel et arrosé d’un vocabulaire argotique, ce roman peut déranger mais force est d’admettre que l’auteur a de la trempe, du style. Des dialogues à vous tordre de rire dans un récit, au fond si accablant, c’est du talent brut.

Sex story (Philippe BRENOT)

note: 3... Marylène - 30 août 2016

Avec un titre pareil me direz-vous, nul besoin de lancement marketing, cette BD devrait sortir toute seule et ne jamais connaître la poussière légendaire des rayonnages de bibliothèque !
C’est vrai ! Mais elle est tellement bien que j’en parle quand-même !
Cette histoire de la sexualité est chronologique, sociologique, politique, anthropologique, magique ! Parmi tant d’autres constructions sociales, elle apporte un éclairage sur les fondements du complexe rapport homme/femme, le déséquilibre des droits, le rapport de force, la tutelle masculine. La dessinatrice Laëtitia Coryn, propose une ornementation très drôle des travaux pourtant tout à fait sérieux de l’auteur Philippe Brenot, psychiatre et anthropologue. Une mine d’or pour les féministes, un bijou pour les passionnés d’histoire, une pépite d’humour pour ceux qui cherchent à se divertir.
En cette période de rentrée scolaire, je ne peux que suggérer aux enseignants d’histoire de s’en inspirer en complément de cours, garanti satisfait ou remboursé, ressuscite l’attention de l’élève le plus nonchalant en quelques pages !

Bienvenue au paradis ! (Marie MAURISSE)

note: 2Chronique d'un racisme ordinaire Marylène - 27 août 2016

Vous voulez relever la sauce du déjeuner d’entreprise avec vos collègues ? Mieux, pimenter la pause café avec le chef de service, vous qui êtes un chanceux frontalier français bravant la douane à l’aube pour travailler ?
Evoquez le livre « Bienvenue au paradis » sur la condition des français expatriés et des frontaliers en Suisse. Sujet habituel sur les rives de notre paisible lac, lui aussi déchiré entre ces deux pays. Ah quel sujet ! Souvent au menu de la litanie des pendulaires : la route, le prix du sandwich et...le mépris des suisses. A se plaindre de tout très fort et tout le temps, on a fini par ne plus prêter attention à la réelle souffrance qu'engendrent les comportements racistes dont sont victimes ces frontaliers.
Marie Maurisse, journaliste française installée à Lausanne depuis plusieurs années, dévoile l’envers du décor et cette dénonciation, quoique très feutrée à mon sens, a déclenché une vague d’indignation suisse. Outre les menaces à son encontre, il suffit de parcourir les commentaires des lecteurs sur les sites ayant évoqué l’ouvrage, pour évaluer l’ampleur de la réaction.
Pourtant rien de très percutant dans ce livre, finalement peu d’informations inédites pour ceux qui vivent dans la région, des témoignages inégalement intéressants voire creux pour certains… Quelques analyses néanmoins sur les ressorts psychologiques à l’origine de cette haine latente et sur les réelles différences entre les deux cultures, relèvent un peu le niveau d’intérêt.
Le plus affligeant dans ce racisme ordinaire, ce sont ces éternels clichés, terreau fertile de la moquerie puis de l’animosité. A méditer sur toutes les rives, de tous les lacs, de tous les océans...

Saint-Exupéry (Hugo PRATT)

note: 3... Marylène - 23 juillet 2016

Ce dernier vol aura aussi été le dernier album pour Hugo Pratt.
Il n’est pas surprenant que la vie du romancier aviateur français ait été l’ultime source d’inspiration de l’artiste baroudeur italien.
La vie de Saint-Exupéry comme symbole de l’aventure humaine. En effet, qui mieux que lui pouvait illustrer cette fulgurance de l’existence, l’urgence d’agir, l’intensité d’une vie.
Un récit la tête dans les étoiles, pour les amoureux de Corto et les admirateurs du Petit Prince.

Made in France (Nicolas BOUKHRIEF)

note: 3... Marylène - 23 juillet 2016

Tourné après les attentats contre Charlie, la sortie en salle était prévue le 18 novembre 2015, mais quelques jours plus tôt, le terrorisme frappait de nouveau Paris, rendant ce film à la fois prophétique et déplacé. Trop douloureux, trop tôt. Après plusieurs rebondissements, privé de salle, il ne sortira qu’en avril 2016 sur internet uniquement. Triste sort pour un film qui méritait mieux, d’une actualité brûlante sans opportunisme pour autant. Description d’un djihadisme débutant larvé dans une mosquée clandestine de banlieue, l’intérêt porte beaucoup sur les portraits des apprentis terroristes. Pas de profil type unique, une variété d’origines socio-culturelles et de motivations. Des comédiens justes pour une fiction aux qualités documentaires.

Umrika (Prashant NAIR)

note: 3Tentative d'émigration Marylène - 20 juillet 2016

Fable initiatique indienne, vous ne trouverez pas là un grand film, mais vous passerez néanmoins un agréable moment.
Le récit papillonne d’un sujet à l’autre autour du départ de l’enfant qui devient homme : libération de l’entrave familiale (ô étouffant amour maternel !), nécessité de la nouveauté, goût et peur de l’aventure, innocence et débrouillardise face à l’adversité. Et le rêve, surtout le rêve qui pousse sur les routes, flirtant dangereusement avec la déception.
Les couleurs chatoyantes du village contrastent avec la rudesse bleutée de la ville, belles images.
Un brin nostalgique, un optimisme mesuré, un humour dosé pour laisser de la place à l'amertume …Que manque-t-il donc à ce film ? Peut-être du contraste justement, un peu moins de mesure.

Sur les ailes du monde, Audubon (Fabien GROLLEAU)

note: 3"Qu'aurais-tu fait, alors, à la place d'Icare ?" Marylène - 19 juillet 2016

Demandez à un américain de vous citer un personnage historique français, il vous répondra sans doute : « La Fayette ». Demandez-lui de vous citer un deuxième personnage historique français… Il lui faudra peut-être quelques secondes de réflexion ! Après quoi, puisant dans ses souvenirs d’écolier, il vous lancera très probablement : « John-James Audubon ». Jean-Jacques Audubon ? Seriously ? Qui est donc cet inconnu au nom d'oiseau ? Et pourquoi tant de parcs et d’écoles du New-Jersey à la Californie en passant par la Louisiane portent son nom ? C’est ce que vous découvrirez en lisant cette BD !
Biographie d’un aventurier, passionné d’ornithologie et dessinateur hors du commun, ce récit épique est doté d’une certaine poésie par la beauté des planches naturalistes.

Les Putes voilées n'iront jamais au paradis ! (Chahdortt DJAVANN)

note: 3"Quand les lois sont criminelles, c'est un honneur d'être rebelle et hors la loi." Marylène - 19 juillet 2016

En Iran il y a quelques années, un tueur en série sévissait en étranglant ses victimes avec leur voile, toutes des prostituées. De ce fait divers, l’essayiste iranienne, Chahdortt DJAVANN, tire un roman violent. Pas simplement un roman en réalité, une sorte de docu-fiction. Elle donne voix aux victimes dont l’assassinat n’a pas été puni dans un pays où la vie d’une femme vaut la moitié de celle d’un homme et où le sang d’une prostituée n’a pas de valeur. Mais surtout elle démontre l’hypocrisie monstrueuse du système islamiste qui inculque la haine du corps, salit la sexualité et discrimine les femmes, tout en les jetant sur le trottoir, irrémédiablement pour survivre à la misère. Dans un pays où chaque centimètre carré de peau apparent est péché, elle dénonce les filles vendues en mariage dès 9 ans, les relations sexuelles forcées « coutumières » des femmes avec leur employeur, la prostitution institutionnalisée par les mollah tartuffes sous le nom de « mariage temporaire », petit arrangement avec dieu extrêmement rentable...
Chahdortt DJAVANN romancière indomptable au langage affuté comme un couteau, a quant à elle connu la prison pour avoir manifesté contre le régime et refusé de porter le voile à l’âge de 13 ans. La réalité dépasse bien souvent la fiction…

En Attendant Bojangles (Olivier BOURDEAUT)

note: 3Titre improbable pour un roman bohème. Marylène - 28 juin 2016

Enorme succès littéraire pour un petit roman inattendu, preuve bienheureuse que les maisons d’édition ne font pas seules la pluie et le beau temps, les lecteurs ont aussi leur mot à dire.
Ce n’est pourtant pas une révolution littéraire, la trame narrative est d’une grande simplicité presque sans surprise, mais il se dégage de cette histoire buissonnière, un charme indéniable.
La force du récit, ce sont ses personnages hauts en couleurs auxquels on s’attache entre rire et pitié, dans une atmosphère fitzgeraldienne.
L’histoire pourrait commencer ainsi : et si Gatsby et Daisy avaient vécu à Paris et avaient eu un fils…

Stupor mundi (NEJIB)

note: 3Contre l’engourdissement du monde, stupor mundi. Marylène - 25 juin 2016

Cette aventure médiévale, aux accents de « Nom de la rose », interroge dans un contexte de tensions culturelles alimentées par les obscurantismes religieux.
De nombreux thèmes sont traités à travers les aventures d’Hannibal Qassim El Battouti, descendant imaginaire du père bien réel de l’optique, Alhazen : les origines des sciences dures et des sciences humaines, l’obstination jusqu’au sacrifice de l’éthique des chercheurs, les fondamentalismes religieux de Bagdad à l’Italie…
La force de cette histoire tient pour beaucoup dans la réussite des personnages, variés et bien construits, ils prennent de l’épaisseur au fur et à mesure du récit.
Un peu de difficulté avec le graphisme au démarrage de la lecture, bien vite oubliée tant la narration vous emporte.

Le Temps des héros (Gérard CHALIAND)

note: 3Les héros ne sont pas légion. Vaut-il la peine de fréquenter des hommes du commun ? Kim-Vân-Kiêu Marylène - 7 juin 2016

Parce que 5500 ans d’histoire c’est colossal, parce qu’environ 6000 langues c’est cyclopéen, parce que le monde est un vaste puzzle culturel, nous n’aurons jamais le temps de tout lire, pas même les seuls textes fondateurs !
Belle initiative de Gérard Chaliand, cet ouvrage compile les morceaux choisis de la littérature épique de tous les continents : Chaka l’épopée Zoulou, La chanson de Nibelungen, La cantilène du Kosovo, Le Dit des Heiké, Chilam Balam de Chumayel, l’épopée de Gilgamesh…
Document rare, concentré de culture mais avant tout d’aventures, de passions, de batailles, de héros !



Le Grand livre des philosophes (Robert ZIMMER)

note: 3“Le chat n’est pas tenu de vivre selon les lois du lion.” Marylène - 28 mai 2016

Kant, Platon, Machiavel, Nietzsche…Non ne tremblez pas à ces noms amis lycéens qui allez passer le bac philo sous peu ! Ne tressaillez plus anciens bacheliers honteux de ne plus vous rappeler de ce que disait Zarathoustra quand il parlait ainsi !
Ce livre hautement pédagogique décrypte les philosophes par l’étude d’un texte majeur.
Sincèrement, ça reste de la philosophie pas un guide pratique « culture générale pour les nuls sans effort en 15 secondes par jour avec supplément des abdos en béton sans bouger de son canapé »…Non, il faut tout de même rester mobilisé lors de la lecture, mais c’est réellement bien conçu pour appréhender chaque philosophe et sa pensée. Parfait pour consolider sa culture générale sans risque traumatique (ceci intéressera aussi ceux qui passent des concours).
Soit dit en passant, best-seller en Allemagne, entre "Kinder sind was Wunderbares" de Johann König et "Vom Inder, der mit dem Fahrrad bis nach Schweden fuhr" de Per J. Andersson…Ne m’en demandez pas plus !
Ah, pour finir, qui est l'auteur du titre de cette chronique ?
Réponse
A) Allain Patrice Bougrain-Dubourg
B) Rudyard Kipling
C) Baruch Spinoza
D) la bibliothécaire
Vous pouvez donner votre réponse à l'accueil de la médiathèque ou la glisser dans la boîte aux lettres pour les moins téméraires !

O vous, frères humains (LUZ)

note: 3"Ne voyez-vous pas que je vous aime ? Ne voyez-vous pas que je vais en mourir ?"A.Cohen Marylène - 19 mai 2016

Le choc de l’insulte, l’incompréhension, l’humiliation, les larmes, puis la rumination…
La scène se rejoue sans cesse dans la tête de la victime, puisque c’est injuste, absurde, rien ne justifie. Mais l’homme cherche inlassablement une explication qu’il ne peut obtenir.
L'après coup. Le jour d'après. A partir de là, plus jamais rien ne sera pareil. L'insouciance est perdue, l'enfance est passée.
La violence des insultes proférées à l’encontre d'un enfant, déforme irrémédiablement la perception de son environnement et bien-entendu de sa propre image.
L'enfant disloqué, tordu de douleurs, c'est Albert Cohen, à Marseille en 1905. Le dessin tout en distorsions, c'est Luz, rescapé de l'attentat contre Charlie Hebdo à Paris en 2015.
Je ne suis pas entrée facilement dans cet album, encore une adaptation, un sujet difficile…. Malgré tout, j'en sors bouleversée.
Non, ce n'est pas du déjà vu, oui, il ne faut pas cesser de s'interroger.

L'Odeur des garçons affamés (Loo Hui PHANG)

note: 4Le dandy, le gamin et le scélérat… Marylène - 14 mai 2016

Un photographe condamné pour arnaque à la photo spirite, un jeune garçon de ferme doté d’un 6e sens, un crapuleux ingénieur mandaté par une mystérieuse société. A croire que le trio est la dimension parfaite pour un bon western. Et celui-ci multiplie les originalités en même temps que les réussites : questionnement sur la théorie du genre, glissement vers le fantastique. Sans pour autant négliger les thèmes classiques : nature sauvage, colonisation, génocide indien…
Une femme au scénario, Loo Hui Phang et le remarquable genevois Frederik Peeters au dessin, décidemment à suivre.
Si vous n’aviez pas déjà suivi ce conseil lors de précédentes chroniques, sautez sur cette nouvelle possibilité. Commencez par n’importe quel bout, tout est bon ! Disponibles à la médiathèque : Pilules bleues, Lupus, Aama, Pachyderme au scénario et au crayon, Château de sable pour le dessin uniquement.

Une Etoile tranquille (Pietro SCARNERA)

note: 3... Marylène - 4 mai 2016

Si c’est un homme est l’un des principaux témoignages de la shoah.
Traduit sur tous les continents, lu dans les écoles…
Néanmoins, Primo Levi, lui, demeure un mystère.
Homme discret, il s’est assez peu dévoilé dans les médias. Pietro Scarnera s’attache à restituer l’ensemble des indices semés par l’écrivain pour éclairer la biographie d’un homme multiple.
Rescapé des camps, écrivain-témoin de la guerre mais pas seulement.
Primo Levi est aussi chimiste de profession, poète, auteur de nouvelles SF, mari et père.
Une vie dense. Des journées au rythme du quotidien de père de famille, cadre d’usine, des nuits de création littéraire.
Turin en toile de fond et personnage secondaire, berceau de Primo Levi et de Pietro Scarnera.

Portrait sentimental est un sous-titre qui sonne juste. Tendre, admiratif, respectueux, l’auteur interroge sans inférer le sens de la vie de celui qui témoigna sans juger.

Les Cowboys (Thomas BIDEGAIN)

note: 3Le nouveau western Marylène - 30 avril 2016

Genre : western
Epoque : contemporaine, de la décennie pré 11 septembre jusqu’aux attentats de Madrid
Nationalité : française
Décors : des grands espaces de l’espace Schengen jusqu’aux plateaux arides du Pakistan
Protagonistes :
Les cow-boy : Le père, solide pilier d’une famille rurale passionnée de country. Kid, fils loyal et frère silencieux.
Mais alors, ne manquent plus que les indiens ! Ceux que l’on redoute, ce symbole de l’autre qui fait peur.
Les indiens en France, ne seraient-ce pas les musulmans ?
Un film original pour évoquer plusieurs thèmes actuels : la déliquescence de la famille lorsque l’enfant devient adolescent, le radicalisme religieux, la construction d’une société multiculturelle.
François Damiens est admirable en John Wayne, infatigable écorché. Et que dire de Finnegan Oldfield ? Tout en nerfs et en silence.
Film inattendu, joli moment.

Nous trois ou rien (KHEIRON)

note: 3fantaisie sociale Marylène - 13 avril 2016

Qu’est-ce qui est commun aux artistes Sattouf, Satrapi et Kheiron ? L’Orient des origines, l’exil, l’humour…et certaines blessures sous la dérision.
Cette biographie familiale de l’exil d’Iran à la banlieue parisienne prend parfois des accents de Riad Sattouf, lorsque c’est drôle même quand ça ne devrait pas du tout l’être.
On peut aussi y retrouver du Marjane Satrapi dans la manière sensible et insolente de traiter l’Iran, les personnages qu’elle croise et ses propres mésaventures.
Enfin, la propre sensibilité du réalisateur, scénariste, comédien, Kheiron (Nouchi Tabib de son vrai nom), qui raconte là son histoire mais surtout celle de ses parents, fier et définitivement positif.
On pourra lui reprocher le délicat exercice du contrepied dans la première partie du film en Iran ou un certain angélisme dans la deuxième partie dans la Cité des poètes, mais on ne peut lui enlever de réelles qualités de conteur.

Zaï zaï zaï zaï (FABCARO)

note: 4Tout est dans le titre ! Marylène - 9 avril 2016

Titre intriguant, musical, claquant, parfait pour une BD rocambolesque.
Extravagante, mais pas insensée.
Derrière l'histoire délirante un vrai questionnement sur l'acceptation de la différence doublé d’une satire des médias.
Combien de fois par an vous arrive-t-il de rire à haute voix en lisant un livre ? J'avoue, pas souvent. Soit la littérature n'est pas extrêmement joviale ces temps-ci, soit j'ai un sens de l'humour très limité… En tout cas, où que se place le curseur entre les deux éventualités, cette BD déjantée m’a vraiment fait rire ! Le plus fort, c’est que maniant l’absurde avec subtilité, cette BD brille autant par son humour que son intelligence.

Un Certain Cervantès (LAX)

note: 3Road trip épique Marylène - 2 avril 2016

Miguel de Cervantes et Mike Cervantes en cavale sur les routes poussiéreuses de l'ouest dans une Ford mustang. Voilà une image qui donne le ton de cette épopée de la révolte. Mike cumule les ressemblances avec son illustre homonyme : un bras perdu au combat, une longue captivité dans les geôles ennemies, un impossible retour au monde. Révolte viscérale contre les inégalités sociales, les dégâts de l’ultralibéralisme, la censure dissimulée… Une BD belle et inutile, comme un coup d’épée dans l’eau, un combat contre un moulin à vent ?

La Fille du train (Paula HAWKINS)

note: 2Parfait dans le TER (ça marche aussi dans le bateau !) Marylène - 22 mars 2016

Lu dans un train (et si si), de là à le cataloguer dans les romans de gare…Pourquoi pas en fait ? Et si ce best-seller était un bon roman noir destiné à divertir sans plus d’ambition littéraire ?
Indéniables qualités : l’ingénieux point de vue de la passagère du train nous entraine rapidement dans le récit, porté par une écriture directe, efficace.
Principal défaut : avoir été tellement gonflé par des critiques dithyrambiques qu’il en déçoit fatalement par sa modestie. L’intriguant point de départ ne tient pas ses promesses dans le développement et les personnages, inégalement travaillés, manquent pour certains de relief voire de crédibilité.
Adapté par Spielberg (oui oui, il paraît que ce serait envisageable!) il a les qualités pour devenir un scénario de blockbuster après avoir été un best-seller !

Marcel Proust à Evian (Jean-Michel HENNY)

note: 3... Marylène - 11 mars 2016

Suivre Marcel Proust à Evian, c'est pénétrer dans le cercle de la famille Brancovan et rencontrer Anna de Noailles, séjourner au "Splendide" palace disparu, se passionner pour l'affaire Dreyfus, sentir s'esquisser les contours de la "Recherche du temps perdu", s'égarer quelques heures dans la cité thermale à la belle époque.
Ce livre est aussi un bel objet, riche d'une iconographie rare.

Une Colère noire (Ta-Nehisi COATES)

note: 4... Marylène - 10 mars 2016

Vous voulez lire le livre de chevet des américains, Barack Obama compris, l'été dernier ? Ouvert par simple curiosité, refermé sous le choc. Colère noire est une lettre de 200 pages d’un père à son fils de 15 ans. Ta-Nehisi COATES, journaliste noir-américain, confie à son fils une version des fondements et du fonctionnement de la société hors constitution américaine et hors manuels scolaires. Par le prisme de l’histoire de leurs aïeuls esclaves, de sa propre enfance à Baltimore et des faits divers quotidiens aux noms d’adolescents noirs tués et de policiers blancs acquittés…Sidérant. Il est difficile d’imaginer d’avoir peur pour sa vie chaque jour dans un pays en paix. Il est quasi inconcevable pour moi, citoyenne européenne de type caucasien, d’imaginer qu’un parent puisse trembler chaque jour pour la vie de son enfant dans une démocratie… Et pas n’importe laquelle, celle qui s’exporte face aux démocraties balbutiantes comme le modèle à suivre, celle qui s’impose aux dictateurs par les armes ! La violence des propos de Coates est double, dans les faits qu’il décrit et dans l’ignorance que l’on en a en face, autour.
Et pour couronner le tout, dans ce pays usine à rêve, qui en respire, en produit, en consomme, Coates lui, n’en vend pas…Il refuse d’engourdir la vigilance de son fils avec de faux espoirs…
Malgré tout, et comme il m’est indispensable pour avancer de garder confiance, ne peut-on pas considérer le fait de rendre cette lettre publique en la publiant, comme un acte d’espérance ?

Crans-Montana (Monica SABOLO)

note: 2Attention, piste dangereuse Marylène - 19 février 2016

Monica Sabolo livre un roman nostalgique sur l’adolescence dorée des familles les plus fortunées d’Europe dans les années 60-70, avachie dans les transats à fourrure du bord des pistes de ski et des boites de nuits de la station de Crans-Montana, Suisse… La vie rêvée des anges commence pourtant bien, comme le roman. Les contours des personnages intriguent, les descriptions du biotope captivent le lecteur, comme entré par effraction dans un club privé sans la carte de membre.
Ambiance adolescence classique : trilogie de belles filles aguicheuses sans le vouloir face au groupe de garçons maladroits. Relations ambigües, malaise, transformations physiques, fêtes… Mais avec un petit quelque chose en plus, peut-être la conscience de l’appartenance au milieu des puissants 10% qui possèdent 90% de la richesse mondiale, rend la comédie de la chrysalide plus piquante, moins tragi-comique.
Puis mollement, on tombe dans le trop attendu « maman picole trop de champagne parce qu’elle a pas pu épouser celui qu’elle aimait…" Je ne dévoile pas tout pour ceux qui souhaiteraient passer le cap des 100 pages. Dommage, on commençait à se sentir bien dans le récit. Que s’est-il passé ? Les protagonistes perdent toute substance, s’évaporent, on n'y croit plus...

La Isla minima (Alberto RODRIGUEZ)

note: 3... Marylène - 19 février 2016

Espagne post-franquiste, un duo de flics de prime abord "bad cop good cop", est envoyé depuis Séville pour enquêter dans la région rurale du delta du Guadalquivir. Ambiance western pour un polar dont l’intrigue meurtrière peu originale (meurtres de jeunes filles désemparées, à l’heure des premiers émois amoureux et des rêves d’avenir meilleur) est matière à explorer le monstre dans l’homme. En temps de guerre comme en temps de paix, chez le paysan comme chez le propriétaire terrien, de l’adolescent plein de sève au vieux libidineux, homme ou femme... La violence est contenue mais omniprésente. Pas de manichéisme dans ce film très bien servi par les comédiens impeccables et un décor loin des clichés d’une Andalousie de castagnette.

La dame de Damas (Jean-Pierre FILIU)

note: 3... Marylène - 27 janvier 2016

Overdose d’images choc aux sous-titres stéréotypés pour donner à voir une guerre sans l'expliquer. Bien-entendu, ce n’est pas la vision journalistique de Jean-pierre Filiu, historien, professeur à Sciences-Po spécialiste du Moyen-Orient. Auteur du remarquable « Les Meilleurs ennemis », BD documentaire d’utilité publique pour comprendre les relations Etats-Unis/Moyen-Orient mais aussi de la BD "Le printemps arabe". Il opte cette fois pour une fiction. Choix surprenant mais intéressant dans cette tentative d’expliquer les origines du conflit et les implications complexes des différents intervenants, qu’ils soient ouvertement belligérants ou hypocrites représentants de la paix.
Complexe, c’est le moins qu’on puisse dire, en tout cas ni manichéen, ni évident et malgré toute la pédagogie de l’auteur, l’histoire reste dense, les méandres parfois difficiles à suivre…
L’histoire d’amour impossible sur laquelle s’appuie la trame narrative, ajoute assurément une forte dose émotionnelle par rapport au documentaire, mais a aussi le mérite de s’intéresser aux relations privées en Syrie.
Le dessin sepia tourmenté accompagne bien le propos en restant limité, très expressif pour les visages, il s’intéresse peu aux décors, à l’environnement.

Carthage (Joyce Carol OATES)

note: 3... Marylène - 8 décembre 2015

Une ouverture de polar mais le fait divers n’est qu’un prétexte pour ausculter les Etats-Unis post 11 septembre. Roman à plusieurs voix pour sonder les hommes, les femmes, les différentes générations et classes sociales. Les révélations sur les hypocrisies sociales enfouies sous les valeurs famille, patrie, église, pourraient être semblables en Europe. Ce qui est plus frappant, c’est ce portrait d’un pays peuplé de jeunes, très jeunes vétérans passés du statut de patriotes admirés à celui de mutilés ignorés.
Certains passages sont difficiles voire éprouvants lorsque Oates sonde la question des prisons américaines et de la peine de mort. Ce qu’un Jonathan Franzen ou un Paul Auster font passer avec une certaine ironie, Joyce Carol Oates le sert cru, sans ménagement. Un roman glacial sur l’autre Amérique.

Ex Machina (Alex GARLAND)

note: 3... Marylène - 24 novembre 2015

Toujours et plus que jamais cette crainte viscérale du robot qui s’émancipe de son créateur et prend le pouvoir.
Depuis plusieurs décennies, de nombreux auteurs de SF et réalisateurs de cinéma, ont exploré les possibilités d’un tel scénario, d’Asimov à Cameron en passant par Kubrick. Et aujourd’hui, il semblerait que nous y sommes. Peut-on encore parler de science-fiction lorsqu’il s’agit d’intelligence artificielle ? Cet été à Buenos Aires se tenait une conférence internationale sur l’IA, alternant promotion des bénéfices que pourrait en tirer la société, et alerte sur la dangerosité de ces machines « pensantes », notamment en tant que potentielles redoutables armes de guerre.
Les médias relaient régulièrement les questionnements induits par cette révolution.
En septembre, un article du monde de Morgane Tual interrogeait : Une machine est-elle capable de philosopher ?
L’homme est autant excité qu’angoissé par ses propres travaux. Prométhée n’at-il-pas fait quelque chose de grand ? Mais ne l’a-t-il pas cher payé ?
Ce film à l’esthétique glacée vous met mal à l’aise, déplace l’empathie et la pitié d’un personnage à l’autre (le troublant robot gynoïde, le savant névrosé et le candide), joue sur vos nerfs dans un décor minimaliste et figé, bref il remplit parfaitement ses missions de thriller psychologique conjugué au futur proche.

Au revoir là-haut (Christian De METTER)

note: 3... Marylène - 7 novembre 2015

Ce qui semble à première vue une bonne opération marketing pour un éditeur - surfer sur le succès d’un roman vendu à près de 500000 exemplaires l’année de sa sortie et couronné d’un Goncourt – se révèle une très belle oeuvre. La prouesse : avoir transformé un livre de près de 600 pages en une BD où le texte est peu présent ! Les ingrédients de cette réussite ? Un gros travail d’adaptation sur son propre texte pour Pierre Lemaitre, relayé par le dessin éloquent de De Metter. Il est même troublant de pouvoir parler de très beaux dessins pour évoquer des planches mettant en scène une gueule cassée de la 1ère guerre sur fond d’arnaque aux monuments aux morts… Et pourtant, c’est un bel objet littéraire et esthétique

Corto Maltese n° 13 (Juan DIAZ CANALES)

note: 3... Marylène - 5 novembre 2015

Vingt après, pourquoi ressortir ce personnage qu’on aurait pu laisser reposer en paix dans l’Olympe des intouchables du 9ème art ? Nombreux fans de Corto refuseront même de feuilleter ce nouveau volume. Et pourtant… Bien que l’ayant ouvert avec frilosité – oui on s’attaque à Hugo Pratt quand-même ! – cette aventure ne fait pas tâche dans le décor, il faut l’admettre. Belle performance du dessinateur Ruben Pellejero et travail bluffant du scénariste Juan Diaz Canales, qui parvient à ressusciter le troublant marin avec justesse, dosant aventures poétiques et événements historiques, répartis laconiques et humour détaché...
Allez… Rien ne sert de bouder, ouvrez-le !

Villa des femmes (Charif MAJDALANI)

note: 3... Marylène - 23 octobre 2015

Ce n’est pas le roman le plus inspiré de l’auteur, néanmoins son pouvoir narratif agissant toujours comme un sortilège, il se lit jusqu’au bout comme on boit un sirop.
Ce livre est à inclure dans l’œuvre « globale » de Majdalani. Comme une mosaïque prend forme au fil des tesselles ajoutées, ses histoires n’en forment qu’une, multipliant les angles de vue sans jamais bégayer. Le thème de l’œuvre reste la grande maison Moyen-Orient aux effluves d’orangers. Opulente, ploutocratique et chaleureuse dans tous ses paradoxes. Quant au motif dépeint cette fois, c’est le gynécée de la demeure, quand la guerre frappe à la porte... Sélection Prix Femina 2015.

Le Paradis perdu de John Milton (Pablo AULADELL)

note: 4« Mieux vaut régner en enfer que servir au paradis » Marylène - 19 septembre 2015

Long poème épique, « Le paradis perdu » de John Milton retrace l’ouverture de la Genèse. Le récit se concentre sur le personnage de Lucifer, l'insoumis, l’ange déchu et son armée d’anges rebelles assoiffés de vengeance envers dieu. Par la guerre ? Non, son lieutenant Belzébuth à un tout autre dessein : corrompre les nouvelles créatures de dieu peuplant l’eden, Adam et Eve.
Ambitieux projet que de s’attaquer à ce colosse du 17ème siècle en 12 parties ! Le dessinateur espagnol parvient pourtant à offrir un document aérien, léger comme un vol de séraphin.
Un texte nécessairement drastiquement épuré, accompagné d’un dessin charbonneux tourmenté, percé par endroits de lavis vaporeux.
L’iconographie évoque la Renaissance dans la manière et les architectures et certains personnages font écho aux arlequins ou aux portraits de Paul du jeune Picasso.
Un ensemble texte-image puissant.

Ce n'est pas toi que j'attendais (Fabien TOULME)

note: 4... Marylène - 16 septembre 2015

Fabien Toulmé met en BD son témoignage sur la naissance de sa fille trisomique.
De la suspicion à l'annonce, du rejet à la résignation, rien n'est tabou. Des sentiments violents et contradictoires exprimés avec la plus grande honnêteté sans que cela ne soit jamais choquant mais simplement profondément humain. Cette BD n'est pas seulement intéressante pour les familles concernées par le handicap. Elle l'est pour tous car elle interroge la nature humaine et surtout le poids de la société sur notre vision de l'autre, sur notre capacité même à aimer, même dans une civilisation qui se veut et se pense ouverte, fraternelle…
Pas de pathos à outrance, vous sortez de ce récit avec le sourire et une folle envie d'être positif, combattant face à vos petites adversités quotidiennes et surtout de porter un regard bienveillant sur ce monde imparfait.

Les Nouveaux sauvages (Damian SZIFRON)

note: 3Cinéma argentin Marylène - 12 septembre 2015

Comédies noires pour rire jaune. Ces petites histoires proposent des scenarii de sorties de route dans nos quotidiens huilés. Des dérapages incontrôlés quand la pression, la rivalité ou l’injustice ne sont plus supportables. Voici tout ce que vous ne vous permettrez jamais mais que vous avez sans doute rêvé ou redouté de faire… Films cathartiques, tour à tour férocement drôles ou pitoyables, aux qualités toutefois inégales d’un court à l’autre.

Le Complexe d'Eden Bellwether (Benjamin WOOD)

note: 4... Marylène - 25 août 2015

Fascinant premier roman, ce « Complexe d’Eden Bellwether » est un livre magnétique. Il vous happe et ne vous lâche plus tout à fait. C’est aussi l’effet que produit le personnage principal, Eden, brillant étudiant à Cambridge et organiste envoûtant, convaincu que ses compositions musicales peuvent guérir, même les maladies les plus destructrices. Fou à lier ou génie incompris ? Il faut reconnaître que tout est exceptionnel chez Eden : sa stature, son esprit, sa lignée, même la fortune familiale… L’antithèse d’Oscar, d’origine modeste, ayant tôt quitté l’école pour travailler, mettant lui aussi son énergie au service des autres mais dans sa modeste position d’aide-soignant en gériatrie… Leurs chemins se croisent un jour par l’entremise de la sœur d’Eden, inquiète de le voir sombrer dans un complexe d’apprenti sorcier. Elle l’introduit à l’orée du cercle très fermé de la jeunesse dorée anglaise, car il le sait, il ne pourra jamais vraiment y pénétrer… Une ambiance éthérée sur l’aristocratique Cambridge pour un roman psychologique, social et sensuel.

Foxcatcher (Bennett MILLER)

note: 3... Marylène - 29 juillet 2015

L’histoire vraie d’un milliardaire fou et de deux frères champions de lutte pour un biopic en forme d’huis-clos asphyxiant. Mark et David Schultz, frères unis par les souvenirs d’une enfance disloquée et une passion sportive commune, deviennent champions olympiques de lutte en 1984, non sans laisser quelques séquelles d’amour propre.
Quant à John Du Pont, héritier de la dynastie Du Pont de Nemours enrichie par la poudre à canon et la chimie, sans fratrie ni enfant, rumine lui, une jeunesse de solitude et de frustrations. Il rêvait de combats mais n’avait d’autre choix que de ramener des trophées hippiques pour allumer une braise d’admiration dans les yeux de sa mère. Lorsqu’il propose aux frères Schultz de rejoindre le centre d’entrainement mis en place dans son domaine, pour préparer les lutteurs américains en vue des JO de Séoul 88, la petite faille dans l’unité fraternelle va devenir brèche.
La relation mouvante entre les trois hommes, d’œdipienne à vénale, de distancée à vampirique, pousse aux confins de la folie… Une mise en scène très maîtrisée, notamment les scènes de lutte dont la première entre les deux frères, rend visible l’étonnant mélange de brutalité animale et de profonde douceur. Un film qui satisfera les adeptes de sport, de biopic, de thriller psychologique…

The salvation (Kristian LEVRING)

note: 3... Marylène - 28 juillet 2015

Rien d’original dans ce western : des pionniers venus des quatre coins de l’Europe confrontés à la loi du plus fort conjuguée à celle du plus riche, quand les seconds mettent les premiers à leur service. Bien-entendu, un drame répugnant à l’origine d’une vengeance qui éveille l’empathie naturelle du spectateur pour le ténébreux héros (Mads Mikkelsen). Et bien-sûr, un mécréant aussi charismatique qu’abject (Jeffrey Dean Morgan) entouré de sa horde de mercenaires (dont Eric Cantona !), sans oublier une femme insaisissable (Eva Green). Donc pour résumer, la seule originalité de ce western réside dans sa nationalité danoise, pas dans son scénario. Et pourtant, quel bon film ! L’esthétique très soignée, la performance des comédiens, le rythme, tout est là pour passer un bon moment. Sans doute tout western au monde réalisé aujourd’hui, souffre de la comparaison avec l’intouchable Sergio Leone à en croire les critiques… Mais à quoi bon, comme tous les autres genres, certains classiques ont créé les codes, rien n’interdit de les utiliser sans innover, mais avec panache.

L'Anniversaire de Leïla (Rashid MASHARAWI)

note: 3... Marylène - 25 juillet 2015

Depuis le Taxi driver de Scorsese, plus d’un réalisateur a constaté qu’un voyage en taxi valait bien une leçon de sociologie. C’est à ce genre de balade à fleur de peau, à bouts de nerfs, sur le fil du rasoir, que vous convie le réalisateur palestinien Rashid Masharaoui. Juge exilé dans un pays voisin, pétri de principes et avide de changements, Abou Leila est de retour à Ramallah. Entre anarchie et instabilité, ses espoirs se décomposent en route… Le personnage est très bien campé par Mohammed Bakri, Don Quichotte aux accents ironiques, traversant l’absurdité avec élégance.

Xenia (Panos H KOUTRAS)

note: 3... Marylène - 15 juillet 2015

Road-movie initiatique, vous trouverez dans ce film tous les ingrédients du genre : des personnages en rupture ou borderline, une jeunesse qui rêve malgré le marasme social, une route parfois dangereuse où chaque rencontre apporte sa pierre à l’édifice, des épreuves qui révèlent les sentiments refoulés et bien-entendu des paysages dépaysants ! La ligne n’est pas innovante et certaines scènes frôlent la kitsch attitude. Et pourtant, je ne peux que vous conseiller ce film pour toutes ses autres qualités : clin d’œil à Lewis Carroll, vision panoramique de la société grecque, richesse des allégories… Xenia (hospitalité en grec), c’est un hôtel de luxe délabré, classé au rayon « vestige » d’une prospérité grecque au même titre que le Parthénon. Xenia c’est cet état de friche entre destruction et reconstruction caractéristique de l’adolescence. Xenia c’est un lieu/état où le salon miteux offre une vue imprenable sur l’espoir.

Le Castor (Mohammed HASAN)

note: 3Une cigale parmi les castors Marylène - 17 juin 2015

La littérature d’Arabie saoudite étant inversement proportionnelle à ses pétrodollars, lire un roman saoudien constitue forcément une découverte ! Et quel plaisir de commencer le voyage par cet auteur. Ghâleb, exilé volontaire à Portland, tue son ennui au bord du fleuve Willamette jusqu’à sa rencontre avec un castor. L’étude zoologique du rongeur va provoquer une onde de réminiscences de sa vie à Ryad. Outre les étonnantes ressemblances physiques avec ses sœurs, le castor présente des similitudes comportementales avec sa famille. Ce quadrupède ingénieur bâtit inlassablement des barrages, des remparts où l’on se protège autant que l’on s’isole… Etude de mœurs grinçante d’une société brutalement enrichie par le pétrole et l’immobilier dans la capitale après avoir abandonné la vie semi-nomade des bédouins du sud.
Le castor c’est aussi un roman d’introspection pour un quadragénaire démuni face au bilan de son existence toujours en décalage, sans mariage, sans enfant, sans entreprise personnelle… Une histoire d’amour insolente qui ne tient pas ses promesses. Ghâda, la femme adultère avec laquelle il poursuit une liaison irrégulière mais durable depuis 20 ans, fonctionne comme la proposition opposée sur la route des possibles en partant du même point. Une vie de cigale dans une société de castors… Une écriture riche en images sur le ton de la dérision porte ce livre dans la catégorie à ne pas manquer.

Guide tao Provence-Alpes-Côte d'Azur (Delphine BERLIOUX)

note: 3Tourisme durable Marylène - 5 juin 2015

La saison des guides de voyages est ouverte ! Et dans ce paysage éditorial longtemps monotone, de nouveaux venus apportent un peu de fraîcheur… et de conscience. Bien-sûr, surfant sur la vague de « l‘équitable » – mais qui pourrait lui reprocher de s’intéresser à l’éthique dans le tourisme ?- la maison Viatao propose des guides où voyage rime avec respect.
Toutes les adresses proposées pour manger, dormir, visiter sont sélectionnées pour leurs pratiques durables. Des conseils concernent aussi les aspects culturels à prendre en compte afin d’éviter les indélicatesses.
Le petit format est pratique et la présentation agréable, à tester !
Destinations disponibles à la médiathèque : Provence, Thaïlande, Laponie, Catalogne.

Portraits de Buenos Aires (Caroline BEHAGUE)

note: 3... Marylène - 5 juin 2015

Hikari, éditeur indépendant, dédié à la découverte du monde, propose une collection de guide originale et pertinente. Les « Portraits de… » sont dressés par des habitants même de la ville, qu’ils soient étudiants, retraités, chefs d’entreprise, expatriés…Chacun évoquant son parcours familial, professionnel, présente un aspect historique et sociologique du pays. Buenos Aires vu par Blanca Alvarez de Toledo, parente de l’écrivaine chilienne Maria Luisa Bombal , Daniel Tunnard, anglais alternant enseignement et doublage de films, Adriana Lewi, militante des droits de l’homme dont les parents sont morts torturés sous la dictature militaire dans les années 70, Lucila Yankelevitch, jeune chef d’entreprise, ou encore un expatrié français, une étudiante, un RH, une intérimaire…
Un guide traditionnel ne vous aurait pas forcément aiguillé vers la salle de projection cinéphile « Mon amour ciné-club », la brocante de Puerto de frutos, le quartier des outlets d’aguirre. Des pistes pour manger, sortir, visiter et même vous organiser une soirée foot au stade !

Imagine-toi dans la caverne de Platon... (Jacques de COULON)

note: 3... Marylène - 23 mai 2015

Le mois de juin arrive avec son cortège d’examens et concours, scolaires ou professionnels.
Collégiens, lycéens, étudiants sont sur le pont, mais qu’il est difficile de se concentrer sur des révisions lorsque le soleil vous invite au farniente et la lassitude de fin d’année se fait sentir !
Jaques de Coulon, professeur de philosophie, propose un manuel simple pour se mettre en conditions. Il a conçu des exercices de méditation et de respiration favorables à la détente et la concentration. Ne vous y méprenez pas, il ne s’agit pas de méditation mystique ! Non plutôt des temps de concentration sur soi, le corps, le souffle, les objectifs que l’on veut atteindre, par le biais de représentations mentales métaphoriques. Finalement il organise des temps de pauses constructives pour apprendre à gérer le stress, se concentrer, se projeter positivement, avec des cas concrets : face à une liste de vocabulaire de langue étrangère à apprendre, l’entrée en classe…
Des pistes à suivre autant pour les élèves que pour les adultes en période de stress.

Deux frères (Gabriel BA)

note: 3.. Marylène - 23 mai 2015

Une BD pour découvrir l’une des principales plumes du Brésil : Milton Hatoum. Comme beaucoup d’auteurs brésiliens (Moacyr Scliar en tête), son nom n’est pas connu du grand public français, pourtant, il est incontournable dans son pays. Lui-même déplore le manque d’intérêt des voisins sud-américains envers eux, problématique d’une enclave lusophone cerclée d’hispanophones. Invité au Salon du livre de Paris, avec les dessinateurs, Gabriel Ba et Fabio Moon (frères jumeaux), auteurs de l’adaptation de son roman éponyme en BD, pour une triple découverte. Pour le contenu, fidèle à de nombreux auteurs du nouveau monde, c’est une saga familiale. Et comme souvent aussi, la famille bien qu’enracinée dans son territoire, a ses origines sur le vieux continent, fui à cause de la guerre ou la quête de réussite. Ici, ce sont des libanais installés à Manaus, tout comme les parents d’Hatoum. Manaus, porte d’entrée de l’Amazonie, ville métissée, écrasée sous une chaleur équatoriale, offre un climat propice au drame passionnel. Tragédie œdipienne, ce récit aborde un thème récurrent de l’auteur, la décomposition d’une famille sous l’effet des non-dits, des trahisons, des rivalités fraternelles induites par les parents. Une histoire particulièrement violente rapportée par l’enfant non reconnu de la famille… Un noir et blanc intense convient parfaitement au rendu de la tension dramatique.

Le Caravage n° 1
Le Caravage - 1 (Milo MANARA)

note: 3Mauvais garçon Marylène - 22 mai 2015

Manara, ne se limite pas aux BD érotiques qui ont fait son succès. Passionné de littérature et de peinture, Il avait déjà adapté l’Ane d’or d’Apulée et proposé une vie des Borgia avec Jodorowsky, avant de s’atteler à cette biographie du Caravage. Peintre fascinant dont la vie aussi tapageuse que l’œuvre se prête volontiers à l’adaptation romanesque. Le Cinquecento s’achève et Rome a déjà vu passer Vinci, Raphaël et Michel-Ange, quand le jeune Caravaggio, 20 ans, quitte Milan pour s’y installer en quête d’un atelier. Loin des clichés de l’artiste contemplatif, c'est un hédoniste décomplexé, pensionnaire des maisons closes, prompt à la bagarre, les premières traces de son arrivée à Rome sont des rapports de police...Manara rend compte de la violence sociale de l’époque contre laquelle se révolte le peintre en revendiquant le droit de porter une épée, privilège des nobles. Il rend surtout hommage à celui qui bouscula les dogmes, en imposant des thèmes profanes aux côtés des scènes religieuses sans hiérarchie, avec un traitement parfois cru et bien-entendu, en devenant le maître du clair-obscur. Le scenario se déroule sur un rythme de chevauchée sauvage. Les lieux et les reproductions des toiles sont superbes. Un regret : les femmes ont une plastique monotone de poupée gonflable, ce qui ne gêne en rien dans les BD érotiques mais semble moins approprié dans ce contexte…

Salvo (Fabio GRASSADONIA)

note: 3... Marylène - 28 avril 2015


Salvo, homme de main de la mafia, ne parvient pas à éliminer Rita après avoir tué son frère. Il la retient captive dans une usine désaffectée alors que tout le monde pense qu’il a achevé sa macabre mission. Bridés par leur cécité, lui morale et elle physique, comme deux allégories de Palerme, berceau des deux scénaristes-réalisateur Fabio Grassadonia et Antonio Piazza.
Peut-on rêver de rencontre inattendue, d’être dérouté de l’oppressant chemin quotidien, d’une bouffée d’air comme un miracle dans cette société entravée par des codes hiératiques ?
Un film pesant sous 40° à l’ombre, inhabituel, hypnotique.

Palerme (Emma DANTE)

note: 3... Marylène - 8 avril 2015

Avez-vous déjà vu un Objet Cinématographique Non Identifié ? En voilà un. Et ce n’est pas tout à fait exact en fait car il y a un peu du « Duel » de Spielberg pour la tension psychologique, de l’ « Affreux sales et méchants » de Comencini pour les personnages et du western dans ce duel au soleil. Enfin c’est un objet très particulier vous l’aurez compris !
Pour commencer le synopsis : deux voitures, l’une conduite par la doyenne de la famille Calafiore, l’autre abritant deux métropolitaines en route vers un mariage, se retrouvent face à face dans une ruelle étroite et aucune des conductrices n'accepte de faire marche arrière pour débloquer la situation.
Via Castellana Bandiera , Palerme, Sicile, devient le théâtre d'un affrontement burlesque et tragique entre deux femmes encouragées par les voisins tels des vautours. Un humour féroce, des comédiens excellents, une atmosphère asphyxiante pour un film extraordinaire au sens propre.
Chacun peut comprendre la métaphore de la via Castellana Bandiera comme il l'entend, la voie est ouverte… Emma Dante, comédienne et metteur en scène de théâtre, ne fait pas rougir son illustre homonyme avec cette « divine tragicomédie ».

96 heures (Frédéric SCHOENDOERFFER)

note: 3... Marylène - 31 mars 2015

Une garde à vue à l’envers : le malfrat évadé de prison séquestre un commissaire de la brigade du grand banditisme pour le faire passer aux aveux. Pour que ça fonctionne, il fallait bien-sûr un binôme charismatique à la Lino Ventura- Michel Serrault. Le duel ici n’atteint pas le même degré de tension mais Niels Arestrup et Gérard Lanvin réalisent une prestation irréprochable pour un film de genre. Un scenario ménageant quelques surprises pour un polar français bien ciselé. Petit bémol, les femmes font un peu de la figuration !

Moi vivant, vous n'aurez jamais de pauses (Leslie PLEE)

note: 3... Marylène - 13 mars 2015

Titre évocateur s’il en est ! Dans une grande surface de la culture, Leslie, tout juste diplômée de l’école des arts et industries graphiques, décroche son premier emploi. Bien-entendu, trop heureuse d’échapper au chômage longue durée, elle se réjouit et commence pleine d’enthousiasme. Elle livre ici avec beaucoup d’humour pour faire passer l’amertume, cette expérience avilissante dans une entreprise capable de « casser » même une jeunesse volontaire et dure à la tâche contrairement aux idées reçues. Jouant de la précarité, nul n’est irremplaçable dans une société comptant de nombreux demandeurs d’emploi, l’entreprise peut laisser libre cours à un stakhanovisme débridé. Des petites contrariétés quotidiennes face aux clients en tous genres, aux énormes absurdités d’un management sans éthique, l’auteur dévoile les coulisses d’un vendeur de culture béotien qui cultive plus le cynisme que les esprits. Sidérant… Toutefois, Leslie Plée restitue cet épisode avec beaucoup de fraîcheur et surtout, on sait qu’elle a démissionné depuis pour se consacrer à sa passion initiale, le dessin !

Le Droit de savoir (Edwy PLENEL)

note: 3... Marylène - 7 mars 2015

Le nom de l’auteur peut faire fuir tant il a été associé à différentes affaires délicates : crise du journal Le Monde, publications de fausses informations … Certains de ses pairs le décrivent autoritaire et calomniateur et pour achever ce portrait au parfum de scandale, son journal numérique Médiapart, enchaine les scoops sulfureux (affaire Woerth-Bettencourt) aussitôt repris par les autre rédactions. Par la force des choses, une personnalité si affirmée inspire autant de rejet que d’admiration, beaucoup saluent son engagement professionnel, son courage et son esprit indépendant. Difficile de démêler le vrai du faux, le monde des médias lui aussi est impitoyable… Aussi, prenant de la distance avec l’auteur en s’attachant au contenu, ce livre se révèle très intéressant avec de nombreuses références sur l’histoire du journalisme et de la liberté de la presse, car c’est bien-sûr ce dont il est question dans ce « Droit de savoir ». Invoquant les grands esprits fondateurs et les philosophes, Victor Hugo, Albert Londres, Joseph Pulitzer, Hannah Arendt, le journaliste défend la libre expression absolue comme pierre de fondation de la démocratie au même titre que le suffrage universel. Après avoir abordé les aspects politiques, sociaux et philosophiques du journalisme, il élargit le débat sur les défis de la révolution numérique.

Petites coupures à Shioguni (Florent CHAVOUET)

note: 3... Marylène - 24 février 2015

Conformément à son titre, cette enquête vous est livrée en petites coupures. Florent Chavouet reste fidèle avec cette construction à ses précédentes BD (Tokyo sanpo et Manabe Shima), fragments de paysages, portraits, de tickets de bus ou autres étiquettes de boîtes de conserves entremêlés d’anecdotes formant de très beau carnets de voyages au Japon. Cette fois, l’auteur propose une fiction avec un polar urbain assez déjanté.
Ce titre doit sûrement son fauve (Angoulême 2015) à l’ingéniosité de la construction du récit autant que des dessins, adoptant des points de vue audacieux dans les deux domaines. Si vous êtes déjà japonophile, c’est gagné d’avance. Si ce n’est pas encore le cas, ces flamboyantes aquarelles pourraient vous convaincre…

Jacob, Jacob (Valérie ZENATTI)

note: 3... Marylène - 6 février 2015

Après son roman épistolaire paru en 2005, adapté au cinéma en 2012 « Une bouteille dans la mer de Gaza », Valérie Zenatti, traductrice d’Aharon Appelfeld, puise dans sa propre histoire familiale pour ce nouveau titre. A travers la biographie romancée de son grand-oncle, l’auteure présente une modeste famille juive de Constantine dans tous les déchirements de ce milieu de 20ème siècle, entre guerre et décolonisation. D’abord exclu du lycée pour cause de lois anti-juifs au début de la guerre, Jacob redevient cyniquement français à part entière en juin 44 pour gonfler les rangs de l’armée de libération au côté de ses frères d'Algérie, toutes religions confondues dans la soudaine reconnaissance de la mère patrie. Remontant le Rhône puis le Rhin, ils libèrent la France, image d’Epinal de leurs livres d’école dont ils connaissent parfois mal la langue.
Le départ de ce fils, Jacob, Jacob, dont le prénom trébuche sur celui de son défunt frère, coïncidera avec la fin d'un "âge d'or" au goût de paradis perdu pour une mère, une famille, toute une communauté… Valérie Zenatti parvient à émouvoir en trouvant toutefois la bonne distance entre son intimité et ses personnages.

Les Chroniques suédoises (Nils GLÖT)

note: 3... Marylène - 27 janvier 2015

Prenez les chroniques birmanes ou de Jérusalem de Guy Delisle, transposez les dans un pays riche et en paix, vous obtiendrez des chroniques suédoises. Attention, avant de demander un visa et de boucler votre valise, cette Suède là n’existe pas tout à fait ! L’auteur a choisi ce pays pour son fameux modèle social comme point de départ vers une utopie parfois délirante, parfois à peine exagérée. En poussant à l’extrême les réflexions sociales et écologiques des scandinaves, Nils Glöt dont le coeur balance entre facétie et admiration, nous fait rire tout en créant un monde poétique. Nils Glöt ? Ce dessinateur décidément très taquin, a brouillé les pistes même de son identité ! Derrière ce pseudonyme venu du froid , se cache un jeune français du nom de Thomas Lapanouse. Vous passerez un agréable moment avec cette BD conforme à son sous-titre : Un peu de Suède dans ce monde de brutes !

Les Fils de l'homme (Alfonso CUARON)

note: 3... Marylène - 24 janvier 2015

2027. Le monde est en guerre, pollué, à cours de ressources et ravagé par des épidémies pour achever cet apocalyptique tableau d’un univers Orwellien. Au milieu du chaos, l’Angleterre lutte contre l’invasion des réfugiés que la misère et les combats poussent à migrer sur l’île en paix. Tout aussi digne du 1984 d'Orwell, le pays est devenu une dictature policière vouée à repousser les immigrants par tous les moyens, au prix d’une guerre civile avec les groupuscules d’opposition dits terroristes. La première réussite de ce thriller d’anticipation est le décor réaliste, pas de gadgets technologiques outranciers, un paysage occidental crépusculaire plausible, ce qui le rend d’autant plus inquiétant. Quant au scénario, s’il reste classique dans l’action, n’en demeure pas moins intéressant en plaçant l’avenir de l’humanité entre les mains d’un fonctionnaire lambda, trahissant le système dont il est devenu un rouage huilé après une jeunesse contestataire. Quant à l’avenir, c’est une femme réfugiée enceinte, dans un monde frappé de stérilité totale depuis 18 ans… Non seulement Alfonso Cuaron parvient à faire de son adaptation du roman de P.D James un thriller palpitant et engagé sur la question des inégalités, mais en plus il restitue l’élégance distinguée de son origine anglaise. Du grand spectacle sans "american actors studio" grimaçant ni répliques simplistes. Viva Cuaron !

La Parole contraire (Erri DE LUCA)

note: 4... Marylène - 22 janvier 2015

Voilà un tout petit livre tombé à point nommé dans le débat sur la liberté d’expression. Néanmoins rien d’opportuniste, il s'agit d'un réponse à son inculpation pour incitation au sabotage du projet de construction de la ligne TGV Lyon-Turin par une société française. Militant opposé au chantier dans la vallée de la Suze, il comparaîtra en janvier 2015 devant le tribunal de Turin ayant déclaré dans un journal «la LGF doit être sabotée». De Luca réfute l’accusation d’incitation à la dégradation rappelant que "saboter a une large application dans le sens figuré coïncidant avec le sens d'entraver". En dehors de l’engagement politique propre à l’auteur,le texte évoque l'influence des lectures, la figure de l'écrivain comme voix publique. Il soulève avec habileté le déséquilibre du rapport de force, même dans le droit d’expression: Si l’on considère que la parole de l’écrivain fait autorité et qu'elle est incitative à passer l’acte,pourquoi les chefs de partis peuvent-ils menacer d’évasion fiscale sans être poursuivis pour délit d'incitation ? Ne sont-ils pas investis d'une autorité intellectuelle eux aussi ? "L' écrivain possède une petite voix publique.Il a donc le devoir de protéger le droit de tous à exprimer leur propre voix. Parmi eux, je place au premier rang les muets, les sans voix, les détenus, les diffamés, les analphabètes et les nouveaux résidents qui connaissent peu ou mal la langue."

Debout-Payé (GAUZ)

note: 3... Marylène - 20 janvier 2015

Premier roman d’ Armand Gbaka-Bréké, alias Gauz, Debout-Payé est la voix des vigiles ivoiriens de Paris.
Plusieurs époques s’alternent pour évoquer des contextes historiques différents : la FrançAfrique des années 60-80 avec André et Ferdinand, puis les années 1990-2000 frappées par la crise économique, celles où Ossiri, le narrateur, arrive en France, suivies des années de plomb post 11 septembre 2001, période où Kassoum le rejoint. Tous sont ivoiriens, tous sans-papiers, mais chacun a des motivations et des buts différents.
Si ces récits parlent de l’immigration africaine, ils donnent aussi le pouls de la société française de consommation voire de la société de consommation globale, puisque toutes les nationalités sont présentes dans ces Temples de la consommation de masse. Ossiri pratique une méditation sociale et culturelle intense lors de ses longues stations debout et peu payées dans le Camaïeu de Bastille et au Sephora des Champs-Élysées. Par cette astuce, Gauz construit une sorte de glossaire satirique croustillant. Par mot-clé, tous les travers, les manies, les contradictions et autres paradoxes du consommateur sont compilés dans des brèves décalées. Expérience vécue par l’auteur, vigile étudiant sans-papier en biochimie à Paris, avant de devenir documentariste et rédacteur en chef d’un magazine. Son premier roman possède une patte très particulière, souhaitons vraiment que d’autres suivent …

Un Héros de notre temps (Céline WAGNER)

note: 3... Marylène - 4 décembre 2014

Adaptation du roman de Lermontov en BD, à lire pour rattraper sa culture littéraire romantique ou simplement pour l'aventure et le dépaysement. Petchorine, jeune officier russe envoyé dans le Caucase, incarne parfaitement le héros romantique (slave de surcroît !) de son époque. La Sainte Russie du tsar Nicolas Ier en guerre contre la Perse et l'Empire Ottoman, gagne du terrain en Eurasie malgré l'insoumission des peuples montagnards musulmans. C'est dans ce Caucase résistant que s'ancreront les différentes aventures qui constituent son portrait comme celui de toute une génération. Enfant du XIXe siècle, désabusé, cynique, se jouant des femmes et du destin, solitaire et brave car ne craignant pas la mort, cousin du Lorenzaccio de Musset et frère de l'Eugène Onéguine de Pouchkine.
Le dessin élégant de Céline Wagner sied au style sobre du poète russe. Rattrapé par sa propre plume, Lermontov meurt à 27 ans dans un duel au bord d'un précipice à Piatigorsk, dans le Caucase…
"Alors l’ennui me vint…Bientôt, on m’envoya au Caucase : ce fut la période la plus heureuse de ma vie. J’espérais que l’ennui ne survivrait pas sous les balles tchéthcènes ; j’avais tort : au bout d’un mois, je m’étais si bien habitué à leur sifflement et au voisinage de la mort, qu’en vérité j’attachais plus d’importance aux moustiques…"

Un Van Gogh au poulailler (Maureen MAROZEAU)

note: 3... Marylène - 2 décembre 2014

Les œuvres d’art ne dorment pas toujours sur leur piédestal ou pendues à un clou. Parfois, elles vivent d’étonnantes aventures hors les murs. Ces anecdotes permettent d’entrer avec légèreté dans la « grande histoire de l’art ». Sur un ton certes parfois sensationnaliste, ce livre a l’ingéniosité de mettre en scène des œuvres d’art comme des héros d’Alexandre Dumas. Il a aussi le mérite d’être suffisamment documenté pour ne pas être qu’un livre anecdotique et prouve une fois encore la valeur considérable de l’art tant sur le plan symbolique (pilier des civilisations pouvant mener à de vraies guerres diplomatiques), que sur le plan économique (quelques particularités du droit et de la de la fiscalité du marché de l’art…). A conseiller autant à ceux qui apprécient les musées, qu’à ceux précisément qui n’y mettent jamais les pieds !

Prévert inventeur n° 1 (Christian CAILLEAUX)

note: 3... Marylène - 13 novembre 2014

Une biographie prometteuse (trilogie en préparation) de l’étonnant Jacques Prévert, de 1921, l’année de son service militaire en Turquie, à 1931, celle de sa première publication. Une jeunesse dissolue, alcoolisée, désargentée mais festive avec une bande de copains tout aussi fantasques. Une vie communautaire entièrement dédiée à la création et au principe de plaisir, au cœur de Montparnasse, avant que le siège de l’avant-garde ne se déplace à St-Germain-des prés. Les amitiés se succèdent, Marcel Duhamel, Raymond Queneau, Yves Tanguy, Giacometti…et se défont, quand André Breton politise son discours. Entier, trublion, désintéressé, Prévert se met en danger et frôle la "punk" attitude avec 50 ans d'avance ! L'effervescence de ces années folles est joliment rendue par le dessin et les choix de mise en page de Cailleaux, déjà complice du scénariste Bourhis dans la BD "Piscine Molitor", biographie cette fois de Boris Vian (également disponible à la médiathèque).

Encyclopédie de la Web culture (Diane LISARELLI)

note: 3... Marylène - 7 novembre 2014

Faîtes-vous partie des 600 millions d’inscrits sur facebook et des 200 millions sur twitter ? Avez-vous déjà été victime d’un hoax ? Partagez-vous régulièrement avec vos collègues des Chuck Norris facts, rage comics ou liens peu recommandables en précisant à vos interlocuteurs si c’est NSFW ou pas ? Combien d’heures passez-vous à stalker pour tuer l'ennui ? Avez-vous déjà reçu un mot doux (ou plutôt un tendre mail) signé HADOPI évoquant vos trop longues vacances sur « the pirate bay » ? Sur les forums, êtes-vous plutôt lurker ou troll ? Si rien de tout ça n’a de sens pour vous , il n’est pas trop tard pour rattraper votre web culture ! Deux journalistes vous proposent des cours de rattrapage : les grands évènements et figures historiques, le vocabulaire, les sites, les pratiques et tous les incontournables du web. Il ne s’agit pas d’un documentaire à lire en apnée, compact et didactique, non, vous entrez par n’importe quel bout, en piochant de ci de là dans l’alphabet, de A comme Anonymous à W comme Wikipedia. Une lecture très plaisante grâce à une mise en forme aérée, très illustrée autour de textes clairs. Une réussite pour les novices qui souhaitent connaître un peu mieux l’univers sans y passer de fastidieuses soirées.

Sacrés Italiens ! (Alberto TOSCANO)

note: 3... Marylène - 21 octobre 2014

Pourquoi un livre sur l’Italie ? Vous connaissez déjà : sa cuisine ensoleillée, sa mafia cinégénique, sa Renaissance, ses frasques Berlusconiennes… Le tout servi dans un même plat mêlant affection, dérision et condescendance sur la table d’un français, accompagné d' un air de Je t’aime, moi non plus... Alberto Toscano, journaliste italien vivant en France depuis 30 ans, propose de revenir sur ces clichés. Il expose les grandes lignes historiques et politiques de ce pays à la fois très jeune et néanmoins héritier d’une culture antique. Plus qu’un simple rappel d’histoire, il s’attache à mettre en lumière la capacité des italiens à réagir, à surprendre, à ne pas être là où on les attendait, à déjouer les idées reçues. Sous une forme de « lettre ouverte aux français », pleine d’humour, le contenu n’en est pas moins conséquent, selon ses propres termes, il « propose une réflexion sérieuse sans se prendre au sérieux ! ». Une lecture très fluide et agréable pour en savoir plus sur nos voisins…et sur nous-mêmes !

Bethléem (Yuval ADLER)

note: 3Cas de conscience Marylène - 16 octobre 2014

Thriller politique sec et maîtrisé, ce Bethléem est pourtant un premier film pour le réalisateur israélien Yuval Adler et son scénariste Ali waked, journaliste palestinien, tourné de surcroît avec des acteurs non professionnels. Une intrigue propice à une extrême tension psychologique (relation d’un agent des services secrets israéliens avec son jeune « indic », frère d’un membre d’Al Aqsa) conjuguée à une réalisation quasi documentaire, aboutit à un film frappant. Au-delà du contexte politique, c’est bien-sûr la relation des deux hommes qui prend le pas sur le récit. Il est toujours étonnant de constater comme l’histoire intime de 2 individus touche plus profondément (car plus précisément) que les évènements contextuels subis par la foule anonyme. Jouant sur nos nerfs avec l’imbrication de cette tragédie fratricide dans le drame social, le film fonctionne parfaitement de bout en bout, même si on peut rapidement présager de l’issue…

A Touch of Sin (Zhang Ke JIA)

note: 4... Marylène - 3 octobre 2014

Une plongée sidérante dans la Chine contemporaine terre de paradoxes, où le communisme trouve de petits arrangements avec le capitalisme triomphant, où les usines ne s’arrêtent jamais pour satisfaire au commerce mondial qui n’enrichit que certains. Dans ce sombre tableau, les femmes sont des produits de consommation comme les autres et la jeunesse, main d’oeuvre corvéable, ne rime pas avec insouciance. 4 short stories, instantanés de la vie d’hommes et femmes de différentes régions, des mégalopoles aux immensités rurales, permettent d’appréhender un climat général de violence et d’injustice. Formellement impeccable, la mise en scène met le spectateur au bord de l’abîme. Sensation vertigineuse, images indélébiles.

Literary life (Posy SIMMONDS)

note: 3... Marylène - 27 septembre 2014

Posy Simmonds, auteure de Tamara Drew et de Gemma Bovery deux livres adaptés à l’écran, est aussi auteure- illustratrice pour la jeunesse et dessinatrice de presse. Et c’est justement entre ces 2 romans à succès que l’artiste aux multiples talents, a exercé pour le supplément littéraire du Guardian. De ces chroniques hebdomadaires compilées résulte une BD d’une centaine de pages d’une grande densité textes/dessins. Il y est question de panne d’inspiration, de doute existentiel, de manœuvres commerciales et d’ego, beaucoup d’ego ! Tous les acteurs du monde littéraire sont épinglés, écrivains, agents (système anglo-saxon oblige), éditeurs, critiques, chacun a sa part dans cette commedia dell’arte des Belles Lettres. Petite comédie de moeurs à l’anglaise, drôle et féroce à la fois.

Ainsi se tut Zarathoustra (Nicolas WILD)

note: 4Prix France Info de la BD d'actualité et de reportage 2014 Marylène - 23 septembre 2014

Nicolas Wild, le jeune dessinateur alsacien de Kaboul disco, rencontre à Paris la fille d’un intellectuel zoroastrien (nommé Cyrus Yazdani dans la BD) assassiné quelques années auparavant en Suisse. De cette rencontre fortuite va découler une aventure mi-journalistique mi-créative au cœur de l’Iran. A la fois visite culturelle, de Shiraz à Yazd (très belles planches d’architectures et de paysages) et chronique sociale d’une dictature contemporaine. Une recette déjà pratiquée avec succès par Guy Delisle, mais avec plus de volupté dans le dessin de Wild. Basé sur la vie de Kasra Vafadari, humaniste iranien, principal représentant et défenseur du zoroastrisme, ce livre a surtout la particularité d’évoquer les origines et pratiques de cette religion monothéiste presque aussi ancienne que le judaïsme et pourtant méconnue, voire en voie de disparition. Avec une distance pudique permettant d’user de l’humour malgré les circonstances, Wild dresse un portrait du pays entre flamboyante antiquité perse et actualité explosive. Fascinant Iran…

SuperZelda (Tiziana LO PORTO)

note: 3... Marylène - 20 septembre 2014

Il semblerait que Francis Scott Fitzgerald ait le vent en poupe. Son Gatsby s’est offert une clinquante affiche hollywoodienne en 2013 (3e adaptation du roman au cinéma), quelques années après le succès au box-office de « L’Etrange histoire de Benjamin Button ». Aujourd’hui c’est sa femme, Zelda qui fait l'objet d'une BD. Une personnalité exubérante et attachante, qui aurait pu être une féministe d’avant-garde si elle n’avait reconnu elle-même abhorrer les femmes. Le couple passionnément amoureux traverse les années folles de l’Alabama à New-York en passant par la France et l’Italie. Un itinéraire d’enfants gâtés entre hédonisme, création et désespoir, car la vie est courte, trop courte… Tiziana Lo Porto, journaliste romaine, propose un reportage étoffé d’extraits de correspondance et de témoignages de leur entourage. Une BD qui plaira certainement aux admirateurs de Fitzgerald tant la folle vie du couple ressemble à son œuvre.

K.O à Tel-Aviv n° 2
KO à Tel-Aviv - 2 (Asaf HANUKA)

note: 4... Marylène - 30 août 2014

Auto-fiction à la narration aussi inventive que la mise en forme, cette série possède des atouts artistiques indéniables pour sortir du lot des BD du genre. Pour la forme, Couleurs vives, ligne claire, dessin léché, ces scènes de vie quotidienne sont à l’origine publiées chaque semaine dans une revue économique israélienne. Pour le fond, il est difficile de présenter l’ensemble regroupé en 2 BD : strips de la vie ordinaire aux échos existentiels : vivre dans un pays en guerre, l’angoisse d’être père, d’être artiste, de ne pas boucler les fins de mois, la peur de la maladie, les renoncements, l’incommunicabilité dans une société ultra-connectée, mais aussi les petites victoires, l’amour malgré tout… et une bonne dose d’humour.
Des planches aux allures très personnelles frôlant le travail psychanalytique certes, qui peuvent cependant trouver écho en des milliers de personnes de sa génération.
Usant du rêve et du fantastique, son dessin n’est pas sans rappeler Moebius pourvu de la même force de « frappe » imaginaire immédiate. L’influence des comics de son enfance est aussi très présente, après tout, dans un monde si hostile, on est tous des super-héros pour prétendre au bonheur…

L'Extraordinaire voyage du fakir qui était resté coincé dans une armoire Ikea (Romain PUERTOLAS)

note: 3Titre également disponible sur liseuse et en livre audio Marylène - 27 août 2014

Ce roman burlesque vous fera passer un bon moment malgré ses limites. Les trépidantes aventures du fakir au royaume du « prêt-à-meubler » suédois sont vraiment cocasses, les péripéties défilent de ports en aéroports avec des accents « Monty pythoniens ». Quelques scènes à la Gérard Oury et un personnage principal bien incarné, rendent ce roman attachant. Quel dommage de se prendre les pieds dans le fil du sentimentalisme si maladroitement dans la dernière partie ! La situation des clandestins tentant d’atteindre l’eldorado européen au péril de leur vie, n’est pas mieux décrite dans un lourd et répétitif larmoiement que dans l’ironie faussement légère du début du livre. Pourquoi alors avoir changé de cap ? Le lecteur était-il trop stupide pour comprendre seul le 3e degré ? N’est pas Arto Paasilinna qui veut… Bon, erreur de l’auteur (ou de l’éditeur…) qui agace sans gâcher le plaisir de cette lecture. D’ailleurs, détail étonnant, le fakir du roman écrit un livre (sur sa chemise dans une soute d’avion). Un éditeur s’emballe pour ce premier jet, demandant néanmoins à l’indien prometteur… de réécrire la fin !

Filles impertinentes (Doris LESSING)

note: 3... Marylène - 13 août 2014

Doris Lessing, Prix Nobel de littérature en 2007 avait déjà livré beaucoup d’elle-même dans ses premiers romans évoquant l’Afrique notamment. Elle a 65 ans lorsqu’elle choisit une forme brute d’autoportrait livrant sa jeunesse, l’histoire de ses parents et de leurs relations comme l’aurait fait un observateur extérieur. Sans épanchement, comme détachée, elle analyse principalement la relation à sa mère. Le parcours de sa famille donne le ton d’une époque coloniale dont les principes s’effondrent sous les coups des guerres qui s’enchainent et des évolutions sociales. De l'Angleterre victorienne à la Perse où le père dirige une banque, puis à la Rhodésie du sud (actuel Zimbabwe) où il croit faire fortune avec ses plantations ou l’or, la chute sociale est terrible. Et tandis que Doris et son frère s’épanouissent dans la brousse fusil à l’épaule en compagnie des noirs, la mère perdue dans cet environnement hostile, voit s’effriter ses ambitions pour eux. Non, Doris ne sera pas une mondaine accomplie ni l’honorable mère d’un foyer pieux. Femme insolemment non conformiste, elle assumera même dans sa vie privée (outrageusement dissolue pour l’époque) ses engagements politiques. Parfois glaçante car sans concession, Doris Lessing est sans conteste une femme d’exception.

Théorie de Rio de Janeiro (Sébastien LAPAQUE)

note: 4... Marylène - 6 août 2014

Titre également disponible sur liseuse.
Un essai frais et concentré. Sur un air léger de balade au bout du monde, ce récit de voyages amoureux vous propose une vision fouillée, authentique et très personnelle de Rio. Suivant le parcours du romancier et journaliste à travers ses quartiers fétiches de la ville, nous découvrons des trésors méconnus loin de l’héliotropisme des plages de Copacabana. Une promenade aux accents littéraires et artistiques au gré des vers de Carlos Drummond de Andrade, des itinéraires d’exil de Cendrars, Zweig, Bernanos ou encore des visites de la Maison Castro Maya. Bien-sûr, il est aussi question d’histoire coloniale, de métissage, d’une nature exubérante, d’un urbanisme chaotique, de musique et même de foot.
« Le seul monument à voir au Brésil c’est son peuple », le ton est donné, je vous souhaite bon voyage…

L'Arabe du futur n° 1
Une Jeunesse au Moyen-Orient, 1978-1984 (Riad SATTOUF)

note: 4... Marylène - 10 juin 2014

Riad Sattouf maîtrise l’art d’osciller entre humour et sociologie. Déjà, «la Vie secrète des jeunes», «Pascal brutal» ou "les Pauvres aventures de Jérémie ", tranches de vie humoristiques, n’étaient pas si légers et touchaient à des sujets sensibles avec pertinence. Dans « Ma circoncision » en 2009, il commençait un travail autobiographique aujourd’hui approfondi avec ce 1er tome du récit de sa petite enfance. Il a entre 2 et 5 ans dans les années 80. Son père syrien et sa mère bretonne, s’installent au gré des postes universitaires du père docteur es histoire, dans la Lybie de Kadhafi puis la Syrie d’Hafez Al-Assad après un brève passage dans la campagne bretonne. A travers son regard d’enfant, la brutalité sœur de la misère apparaît avec une étonnante lucidité pour son jeune âge. On rit de situations kafkaïennes dans la dictature libyenne, on frémit aux violences tant physiques que psychologiques engendrées par la pression sociale et religieuse dans le village paternel près de Homs. Une œuvre personnelle courageuse qu’il est étonnant de voir parfois qualifiée de bd comique. C’est vrai, Sattouf c’est « les Beaux gosses », mais ne l’abordez pas avec une idée préconçue, cette trilogie procède du travail de mémoire (certes subjective, cependant un point de vue brut sans clairement de jugement de valeur puisqu’il s’agit d’un tout petit enfant) sur la dictature syrienne, toujours en place aujourd’hui.

Baïkal Mer sacrée (Philippe GUICHARDAZ)

note: 3... Marylène - 4 juin 2014

Outre ses records de 1er de la classe (lac le plus profond, le plus ancien du monde et plus grande réserve d’eau douce, si immense qu’une seule de ses îles a la superficie du Léman entier !), le lac Baïkal est un trésor caché de la Sibérie. Longtemps en marge des grands circuits et par conséquent protégée d’un tourisme agressif, cette partie de la Russie suscite l’intérêt par sa beauté sauvage et sa singularité culturelle. Envie de dépaysement ? Imaginez un lac si vaste que rien n’arrête son horizon, des villages aux confluences de l’Europe slave et de l’Asie tatare où clochers à bulbe côtoient temples bouddhistes et chamanisme bouriate. Imaginez une banquise, qui après 5 longs mois de neige, laisse apparaître du pavot jaune méditerranéen au bord de ses eaux d’un bleu intense. Plus loin, les edelweiss des steppes succèdent aux pins de la taïga. Ce guide hors des sentiers battus, vous introduit dans l’histoire, la géographie et la culture de cette mystérieuse Sibérie orientale. A coup sûr, il ne vous laissera pas de glace.

Bandonéon (Jorge GONZALEZ)

note: 3... Marylène - 28 mai 2014

Ce roman graphique est une double traversée transatlantique : Récit de la vie d’un enfant issu de l’immigration italienne à Buenos Aires dans les années 1910, par un dessinateur argentin contemporain exilé en Espagne. Deux époques et deux continents liés. La première partie, « Bandonéon », est une fiction, mettant en scène un jeune prodige du piano face aux choix de sa vie : carrière, trahison, fidélité…sur fond de tango, musique populaire métissée mêlant sensualité, complainte, ardeur comme le symbole de l’Argentine en ce début du 20e siècle. La deuxième partie intitulée « Juste comme ça », se présente sous forme d’une séquence autobiographique pour expliquer la genèse de cette BD. L’auteur, Jorge Gonzales, argentin issu d’une famille galicienne installée à Buenos Aires, a lui migré dans le courant inverse en Espagne. Il illustre sa vision de l’identité, des paradoxes de l’exil et du sens de la vie dans un album sépia au dessin nerveux et vibrant.

Le Pont des arts (Catherine MEURISSE)

note: 3... Marylène - 20 mai 2014

Catherine Meurisse jette un pont entre les peintres et les écrivains du 18e au 20e siècle. Avec beaucoup d’humour et un trait caricaturiste, l’auteur nous propose d’intéressantes anecdotes sur la genèse ou le destin d’œuvres et d’auteurs majeurs :
Saviez-vous que La Joconde fut la cause du séjour en prison d’Apollinaire, où il écrira en partie son recueil Alcools ? Pourquoi Cézanne mit-il fin à son amitié avec Hugo ? Par quelles circonstances furent liés à plusieurs reprises Balzac et Picasso ? Ou encore qui se cache derrière le personnage d’Elstir dans la Recherche du Temps perdu ?
Une dernière devinette pour vous mettre l'eau à la bouche : qui a peint le tableau qui inspira à Baudelaire ce fameux quatrain ?
« Entre tant de beautés que partout on peut voir,
Je comprends bien, amis, que le désir balance;
Mais on voit scintiller en Lola de Valence
Le charme inattendu d'un bijou rose et noir. »

La Princesse des glaces (Camilla LACKBERG)

note: 3... Marylène - 22 avril 2014

Dans ce grand courant polar scandinave actif depuis une décennie au large des côtes littéraires françaises, Camilla Lackberg est bien placée derrière Stieg Larsson. Vous avez sûrement entendu parler de sa « Princesse des glaces », premier roman traduit en français en 2008, suivi de bien d’autres succès depuis. D’ailleurs, les lecteurs addicts du genre, peuvent attester qu’il faut s’armer de patience pour avoir en main le dernier Lackberg. Et bien il faudra peut-être vous mettre aussi sur liste d’attente pour cette adaptation en BD. Que vous ayez ou pas lu le roman, le scénario vous piège très vite et vous oblige à ne pas remettre la suite au lendemain. La mise en scène et en couleurs visant à rendre l’atmosphère de ce petit village suédois où tout le monde se connaît et où chacun dissimule quelque chose, est immédiatement efficiente aussi. Des qualités propres aux bons polars et aux bonnes BD, de quoi ravir deux fois plus de lecteurs !

Sez Ner (Arno CAMENISCH)

note: 3... Marylène - 9 avril 2014

Sez Ner est un étonnant objet impossible à classer. L’auteur, Arno Camenish, jeune suisse des Grisons, écrit ce roman une première fois en schwytzertütsch (suisse alémanique) puis en sursilvan, l'un des cinq idiomes de la langue romanche. Le romanche fait partie des langues rhéto-romanes, apparenté au ladin et au frioulan pratiqués en Italie. Enfin, vous avez entre les mains la traduction française. La particularité linguistique d’origine a été conservée par la traductrice grâce à un phrasé et un vocabulaire tout à fait dépaysants, empruntés pour la cause, aux patois de suisse romande, notamment jurassien, fribourgeois et valaisan. Il faut passer l’étonnement (voire la difficulté) des premières pages sans glossaire, pour que la langue et la construction en petites séquences se laissent apprivoiser. Récit du quotidien montagnard au pied du Ser Nez, dans ces Alpes grisonnes méconnues, si la nature exulte à chaque page, pas d’idéalisation romantique pour autant. La grossièreté des personnages autour de l’armailli (le berger), le burlesque de certaines anecdotes, donnent un ton très réaliste à ces « haïkus » de l’alpage.

Lâcher prise (Miriam KATIN)

note: 4... Marylène - 1 avril 2014

Miriam Katin, américaine d’origine hongroise, graphiste pour le cinéma, écrit son premier roman graphique à 63 ans. «Seules contre tous» retrace le parcours de sa mère fuyant les persécutions antisémites à Budapest, avec Miriam toute jeune enfant. A peine accouche-elle dans la douleur de cette autobiographie, que son fils né aux Etats-Unis, lui apprend qu’il s’installe à Berlin. Pire encore, il lui demande de l'aider à obtenir sa nationalité d’origine…Cette annonce provoque une nouvelle onde de choc dans sa mémoire. C’est là l’objet de sa 2e BD. L’Allemagne au présent confrontée au royaume des morts de ses souvenirs. Et Katin ne fait pas dans le politiquement correct, elle ne sert pas de gentils lieux communs sur la réconciliation. Elle souffre de se rendre à Berlin jusque dans son corps, déclarant des troubles physiques lors de ses séjours. Son regard de rescapée juive doublée de bobo de Brooklyn sur cette ville est sans concession. Cependant, Berlin est pleine de ressources pour en venir à bout des aprioris…Force est de constater que nulle autre ville au monde peut-être, ne s’est gravée dans le pavé avec autant de force son devoir de mémoire. « Les allemands ont même un mot pour ça : vergangenheitsbewältigung, confrontation avec le passé ». La liberté du dessin au crayonné pastel, donne une légèreté à cette bd dont le sujet, bien que grave, est traité sur le ton d’une autodérision à la Woody Allen.

Come prima (ALFRED)

note: 3... Marylène - 29 mars 2014

Deux frères comme deux possibilités, deux choix de vie dans un pays lui-même déchiré entre deux extrêmes politiques. La réconciliation est-elle possible ? Y a-t-il un jour prescription pour ses actes de jeunesse ? Construit-on sa vie librement ou en réponse aux choix de ceux qui nous précèdent dans la fratrie ? Le road-movie à travers l’Italie des années 60, primé à Angoulême cette année, séduit par sa sincérité. Le dessin est chaud et enveloppant malgré la tension entres les 2 hommes dans le huis-clos de leur cinquecento. Quelques cases muettes en aplats de couleur parsèment des bribes du passé, élégante technique pour nous faire pénétrer pudiquement dans la mémoire familiale. Alfred parvient à captiver l’attention avec un sujet déjà largement exploré, pari difficile mais gagné.Peut-être parce qu’Alfred, de son vrai nom Lionel Papagalli, a bâti sa fiction sur les fondations d’histoires familiales réelles, résurgentes quand il décide de retourner vivre en Italie.

Les Meilleurs ennemis n° 2 (Jean-Pierre FILIU)

note: 4... Marylène - 27 mars 2014

Les conflits au Moyen-Orient et la relation des Etats-Unis avec cette région du monde, alimentent si souvent l’actualité que le projet des auteurs apparaît tout de suite salutaire. Pour ne pas se contenter de faits, de grand titres coups d’éclats dans les JT, chercher aux origines les fondements des déséquilibres et de la discorde. Le choix de Jean-Pierre Filiu, professeur à Sciences Po spécialiste de l’Orient, pour le texte, garantit la qualité du contenu. Le Dessin de David B (l’Ascension du haut mal) entre réalisme et allégorie, échappe au traditionnel récit narratif sans relief de la bd historique, offrant au contraire une remarquable œuvre graphique en noir et blanc (le 1er tome est peut-être plus inspiré que le 2e). Des monarchies tribales de la péninsule arabique à l’Iran révolutionnaire en passant par la Palestine occupée, autant de particularités culturelles que de stratégies géopolitiques aux conséquences toujours bien réelles aujourd'hui. Une bande dessinée documentaire si bien conçue qu'elle s'adresse autant aux amateurs du genre qu'aux néophytes.

Histoire de la sainte Russie (Gustave DORE)

note: 3... Marylène - 26 mars 2014

Gustave Doré fut un artiste hors normes, si son nom est passé à la postérité grâce à ses illustrations de la Bible, de la Divine comédie ou encore de Don Quichotte, le graveur, peintre, sculpteur, commença sa carrière comme caricaturiste de presse à 15 ans. « L’histoire de la Sainte Russie » fait partie de cette période irrévérencieuse, la jeunesse du prodige autodidacte. La forme est surprenante, vous avez en effet l’impression de tenir entre vos mains un authentique BD de type roman graphique ! Le concept n’existait bien-entendu pas encore en cette année 1854, même si les histoires en images du pédagogue suisse Rodolphe Töpffer dans les années 1830 sont souvent considérées comme la préhistoire du genre. La scénographie des pages, textes/gravures (et oui, gravures sur bois !)est d’une étonnante modernité. Quant au contenu, le sous-titre n’est pas négligeable : histoire pittoresque, dramatique et caricaturale… G Doré ne propose pas une édition universitaire, mais bel et bien une satire populaire. L’humour peut sembler parfois vraiment cinglant tant il présente la Russie comme une nation autoritaire et sanguinolente, mais rappelons-nous, la France était en pleine guerre contre la Russie en 1854, quelle guerre ? La Guerre de Crimée…étonnante résonance dans l’actualité 160 ans après la 1ère édition de ce livre

Mystères sur la toile (Erica LAFFON)

note: 3... Marylène - 4 mars 2014

Connaissez-vous le « Coucher de soleil sur l’Adriatique », étonnant tableau de 1910 ? Ce livre vous propose les coulisses de cette mémorable "ânerie" concoctée par Roland Dorgelès et ses joyeux camarades du Lapin agile au cœur de Montmartre. Vous revivrez aussi le vol de la Joconde en plein Louvres en 1912. Si toute la police de Paris en perdit le sourire, ce ne fut pas le cas de la presse que cette étrange disparition rendit hilare ! Certains chapitres tout aussi anecdotiques mais plus graves, abordent le sujet des pillages d’œuvres d’art pendant les guerres. De Napoléon à Hitler, tableaux et sculptures ont emprunté d’étonnants circuits pour échapper à l’occupant. Hommage est rendu aux conservateurs et employés de musées, ayant déployé des trésors d’imagination pour sauver le patrimoine. Il est aussi question de marché d’art où se croisent voleurs, antiquaires, faussaires de génie, critiques, créant autant d’histoires grotesques, drôles ou pitoyables. De petites histoires de l’art à lire presque comme un roman d’aventure.

Michael Kohlhaas (Arnaud DES PALLIERES)

note: 3... Marylène - 21 février 2014

Michael Kohlhaas ou l'injustice sociale. Au 16e s dans les Cévennes, un riche marchand de chevaux protestant, lève une petite armée semant la terreur sur les domaines des nobles pour faire entendre sa requête : Faire comparaître à nouveau, un baron «relaxé » grâce à l’intervention d’un membre de sa famille proche de la cour de la princesse d’Angoulême. Le jeune baron et sa suite lui ont volé 2 chevaux, ont blessé son valet, puis ont battu sa femme à mort…Rien de moins. L’ampleur des crimes et de l’impunité des nantis rend l’empathie à la cause de Kolhaas immédiate. Toutefois, comme chaque histoire de vengeance, elle questionne la légitimité de se faire justice soi-même. Déjà, le crescendo des punitions menant à la mort de son épouse, interroge sur la vertu de la persévérance : fallait-il ou pas renoncer plus tôt ? Folie (la princesse catholique le qualifie de fanatique), orgueil (jugement théologique du pasteur) ? Ou la justice, idéal jamais atteint, exige-t-elle un sacrifice ? Un film à l'esthétique austère, porté par les larges épaules de Mads Mikkelsen et rythmé de longues chevauchées dans les paysages arides. Adapté du roman d'Heinrich von Kleist, contemporain de Goethe, le film rend au moins justice à l'œuvre originale du "poète maudit" allemand.

La Colère de Fantômas n° 2
Tout l'or de Paris (Olivier BOCQUET)

note: 4... Marylène - 20 février 2014

Olivier Bocquet, confirme son talent pour jouer avec nos nerfs dans ce 2e volet de la trilogie Fantomas (Prix Interpol'art 2013). Pas d'affaiblissement dans l'action et toujours pas question d'arrondir les angles. Non, Fantômas n'est pas un personnage consensuel. Non, on ne nous servira pas de beaux sentiments cachés sous la défense des causes perdues. Non, on ne nous laissera pas entrevoir de faille. Ce qui est étonnant et fin dans ce scenario, c'est de ne pas mettre le lecteur dans une situation franche ni d'empathie ni de rejet, envers aucun des représentants des 2 pôles justice/hors-la-loi. On se surprend à vouloir que la quête de chacun aboutisse, bien-sûr c'est antinomique (et pas bien du tout, parce que Fantômas quand-même, qu'elle monstre fait-il ! sans remord, sans compassion…). Certainement tout l'intérêt de la littérature, non pas donner du manichéisme "pré-maché-digéré" mais bien servir des émotions troublantes, qui cheminent différemment chez chacun. Le dessin toujours aussi soigné, suit la descente aux enfers par des couleurs glauques tandis qu'il était rehaussé de tons chauds dans le 1er album. Doublement sous les feux de l'actualité BD en ce début d'année, le scénariste a signé l'adaptation de "La Princesse des glaces" (Actes sud 2008) de la reine du polar, Camilla Läckberg, disponible à la médiathèque.

Wunderkind (Nikolai GROZNI)

note: 4... Marylène - 12 février 2014

Si l’adolescence est par nature contestataire et un artiste par essence à fleur de peau, imaginez le récit de ce jeune homme de 15 ans, élève pianiste au conservatoire pour enfants prodiges de Sofia en 1988 : Explosif ! Le régime totalitaire malmène sa jeunesse qui le lui rend bien et l’échange de coups prend des tournures de tragédie grecque. Konstantin, est l’un de ceux qui refuse de se soumettre au système, sa singularité, que certains prennent pour de l’orgueil, palpite trop pour être étouffée sous les discours dogmatiques. Sa rage de réussite pour se libérer peut aussi bien se retourner contre lui dans un processus d’autodestruction, sans cesse entre combat et abandon. Un roman magnétique porté par la voix exaltée de la jeunesse. Comment survivent l’art et l’amour sous la dictature ? La force de ce livre repose également bien-entendu, sur l’univers musical de l’œuvre dont on retrouve l’emprunte partout, du rythme au vocabulaire, confirmant la particularité des « romans de musiciens ». Une même sensation enveloppante saisit à la lecture de « Sauvez Mozart » de Jérusalmy ou « une mesure de trop » de Sulzer. Nikolai Grozni, jeune auteur bulgare, a lui-même commencé le piano à 4 ans, wunderkind quelques années avant l’éclatement du bloc soviétique…

Mud (Jeff NICHOLS)

note: 3... Marylène - 18 janvier 2014

Sur une île du fleuve Mississipi, deux adolescents découvrent un bateau perché dans un arbre, planque d’un homme en cavale. Le rythme paisible porté par le large fleuve, s’étire sur plus de 2h de film, mais ne laisse jamais l’esprit en paix, le danger rôdant comme la brume. Deux éléments rappellent les précédents films du réalisateur : la tension et la nature sauvage. Après les relations fraternelles dans Shotgun story et l’obsession apocalyptique de Take shelter (superbe), Jeff Nichols s’intéresse au romantisme de l’adolescence. Vous pouvez avoir lu de nombreux récits initiatiques que celui-ci ne vous décevra pas. Preuve que l’art peut toujours se renouveler, peu importe que le sujet ne soit pas inédit. Inspiré par les personnages de Mark Twain, Nichols propose une vision touchante de la quête d’absolu d’un Tom Sawyer et de son inséparable Huckleberry Finn. Un film à la poésie troublante mais pas torturée, finalement plus optimiste qu’on aurait pu le croire aux premiers coups de rames.

En même temps, toute la terre et tout le ciel (Ruth OZEKI)

note: 3... Marylène - 16 janvier 2014

Présenté comme un inovel (roman « naturaliste » à caractère autobiographique contenant des références littéraires, oui tout ça et d’autres choses encore !) genre répandu au Japon, ce livre de l’auteur américano japonaise, devenue moine bouddhiste, est un objet littéraire déroutant. Des éléments de sa propre histoire de romancière nord américaine retirée du monde, se croisent avec ceux de la vie tragique d’une adolescente japonaise, dont elle recueille le journal intime échoué sur les côtes de Nouvelle Colombie (Canada) après le tsunami. Une relation dépassant l’espace et le temps se noue au fil de la lecture du journal jusqu’à changer le cours de leur vie. Il y a beaucoup de choses dans ce roman : un manuel de philosophie zen, une ode à la nature sacrifiée, une critique de la violence des sociétés tant américaine que japonaise, voyez, la liste est longue, en même temps, c’était annoncé dans le titre ! Mais au-delà de tout, l'écrivain-moine insuffle de l’espoir et communique son aspiration à la paix.

Une Lampe entre les dents (Christos CHRYSSOPOULOS)

note: 3... Marylène - 8 janvier 2014

Une lampe torche entre les dents, un chiffonnier fouille une benne à ordures un soir de décembre 2011 à Athènes. Image de misère visible dans toutes les villes du monde, mais ce compte-rendu des flâneries quotidiennes de l’auteur dans sa ville n’est pas une chronique de la rue ordinaire. Il s’agit bien des effets violents de la crise - qu’il ne nommera que dans les dernières pages- subie depuis 2 ans par la Grèce. Les marginaux sont rejoints par les familles et les travailleurs les plus fragiles sur le trottoir. Quelque chose a changé et la contribution de l’écrivain « consiste à signaler ce qu’il soupçonne des mutations en cours ». Une chronique athénienne angoissante malgrè la distance pudique. Christos Chryssopoulos, romancier et membre du Parlement culturel européen, confirme sa fascination pour la relation homme/ville déjà disséquée dans sa fiction « La Destruction du Parthénon ».

Les Anges de Millesgarden (Alexandre NAJJAR)

note: 3... Marylène - 14 décembre 2013

Une collection à découvrir :Le sentiment géographique. Entre récit et guide de voyages, une formule intime pour pénétrer un pays par l’œil d’un auteur. Ici, Alexandre Najjar, auteur du roman Phenicia (prix Méditerranée) rapporte ses impressions de Stockholm et Göteborg.Sans index «à voir» «à faire», on y trouve néanmoins des descriptions de lieux incontournables et une bonne dose d’anecdotes historiques truculentes (connaissez-vous l’incroyable vie de Jean-Baptiste Bernadotte?). Il présente surtout ses rencontres avec les suédois mais aussi les français et moyen-orientaux installés dans le pays. Chauffeurs de taxi, jardinier,enseignants, donnent quelques clés pour comprendre l’état d’esprit en contraste avec le méditerranéen que l’auteur libanais représente.Bien-entendu, on ne peut échapper à l’antinomie entre flamboyance chaotique arabo-latine/ efficace pondération scandinave. S'il exprime son admiration pour ce pays enivrant de beauté et son peuple paisible, il ne cache pas les failles du fameux «modèle suédois»: Effritement des acquis sociaux,malaise sur la question de l’accueil des réfugiés, «américanisation» culturelle (au détriment entre autres, d’une culture francophone/phile fortement ancrée autrefois). La forme un peu fourre-tout alternant des chapitres visites, suédois célèbres, rencontres etc… loin d’être désagréable, permet de changer de rythme et de concentration dans la lecture.

Une Mesure de trop (Alain Claude SULZER)

note: 3... Marylène - 26 novembre 2013

Marek Olsberg, pianiste renommé, s’apprête à jouer au Philarmonique de Berlin. Quelques heures avant, nous commençons à faire sa connaissance ainsi que celle de son assistante et de quelques privilégiés qui ont l’intention d’assister au concert dont le point d’orgue sera la Sonate nº 29 de Beethoven. Une forme proche du théâtre par la fragmentation des scènes et la construction en 3 actes (avant, pendant et après la représentation) pour une tragédie sans cri ni grandiloquence. Simplement le basculement, le trébuchement, la fissure, l’inattendu dans un quotidien si lisse en apparence. Quelques vies bien huilées dans une société aseptisée quand soudain… Sulzer, écrivain suisse alémanique (région du monde paisible, sans aspérité en apparence s'il en est !) est un mélomane à l’écoute de ses contemporains qu'il croque avec sagacité.

Bande d'arrêt d'urgence (Woodrow PHOENIX)

note: 3... Marylène - 26 novembre 2013

Personnellement touché par plusieurs drames de la route dont la mort de sa sœur à 11 ans, Woodrow Phoenix, écrivain, graphiste et designer anglais, sort un bd comme un cri. Mais il ne se contente pas d’une critique basique en nombres d’accidents et autres statistiques abstraites. Il propose une réelle réflexion sur l’objet voiture, ses représentations symboliques, leur influence sur l’économie et pire sur nos comportements sociaux. Le graphisme met en évidence l’omniprésence dans notre univers visuel de la signalétique circulatoire comme un carcan quotidien. Enveloppés dans une bulle (notre véhicule) reflet de ce que nous voulons montrer de nous (réussite sociale, compétitivité, agressivité…), confortés dans cet autisme méprisant par l’industrie automobile et ses publicités de promesses de réalisation de soi et de bonheur… Choquant et intelligent, à mettre en les mains des jeunes conducteurs comme des plus aguerris, ayant souvent oublié quelle arme ils tenaient entre leurs mains.

Would you have sex with an Arab ? (Yolande ZAUBERMAN)

note: 3... Marylène - 9 novembre 2013

« Would you have sex with an arab » se décline en » would you have sex with a jew ? » (question pas strictement symétrique: would you have sex with a muslim?)en Israël, pays dont 1/5e de la population arabe musulmane cohabite avec une majorité juive. Bien-sûr, la question paraît provocante tant il semble peu sérieux de s’intéresser au conflit israelo-palestinien en dessous de la ceinture quand il est déjà si complexe dans les niveaux supérieurs et tant on peut s’attendre à des réponses aussi convenues que tranchées.Evidemment, Y. Zauberman n’a pas simplement cherché un titre accrocheur, sa question promenée dans les boîtes branchées de Tel-Aviv nous plonge dans une intimité inhabituelle pour comprendre le ressenti des uns et des autres. Du sexe militant au sexe pour le sexe, à l’attrait de l’interdit en passant par le rejet, les réponses visitent tout le répertoire des possibles. Elle n’interroge pas seulement les étudiants, elle donne aussi la parole aux personnes nées de couples mixtes en une époque où ce choix rare faisait figure d’utopie politique.
Au-delà du documentaire sur le conflit, la question de Y.Zauberman tend à l’universel dans son aspect culturel. Comment se forment le désir et l’objet du désir ? Nul besoin d’être en guerre pour se poser la question de l’influence sociale, politique et culturelle sur nos choix de partenaires, nos attractions/ répulsions.

Le Dernier seigneur de Marsad (Charif MAJDALANI)

note: 3... Marylène - 23 octobre 2013

Avec son dernier roman, Majdalani nous offre une fois encore une histoire du 20e siècle libanais à travers une saga familiale. Mais pas de déjà-vu avec cet authentique conteur maniant le verbe et l’allégorie avec panache. Marsad est un quartier chrétien orthodoxe enclavé dans le Beyrouth-ouest à majorité sunnite. Et son seigneur dans les années 60 est Chakib Khattar, au sommet du pouvoir et des richesses d’une lignée d’abadayes respectés. Le titre augure le récit d’une chute fatidique sous le double impact du délitement de sa famille et des déchirements communautaires du pays. Le dernier seigneur de Marsad est le Guépard du Liban. Majdalani crée un personnage à la mesure du dernier aristocrate sicilien de Giuseppe Tomasi, prince de Lampedusa, qui mériterait à son tour un Visconti pour lui rendre hommage à l’écran. La force de l’auteur repose sur son incroyable pouvoir d’incarner des personnages en profondeur, vivants, palpitants dans notre imagination. Ce roman est surtout le récit de la disparition d’un système d’organisation politique et sociale reposant sur les familles et leur maître, entre noblesse et vulgarité, compassion et injustice, qui vola en éclats sans pour autant apporter la paix entre les communautés religieuses.

César doit mourir (Paolo TAVIANI)

note: 4Spécial Festival du film italien d'Annecy Marylène - 23 octobre 2013

Cesar doit mourir, avec cette sentence comme titre, Les frères Taviani nous font pénétrer dans l’univers carcéral par la porte de l’art. Plusieurs paris étonnants dans cette œuvre des vénérables réalisateurs italiens octogénaires (Good morning Babylon, Padre padrone, La Nuit de San Lorenzo…) . La forme d’abord, documentaire par le sujet ( vrai montage d’une pièce de Shakespeare dans la prison rebibbia à Rome ) et les protagonistes (réellement condamnés du quartier de haute sécurité), fiction par la mise en scène de leurs répétitions. La limite entre les deux est parfois nette dans un regard appuyé à la caméra, ou floue comme lors d’un règlement de compte entre détenus.
La multiplicité des thèmes abordés ensuite, la création, l'intemporalité de la relation du pouvoir et du crime, l’art rend-il libre ?...
Le décor enfin, la force tragique des textes de Shakespeare résonne magistralement dans l’architecture carcérale filmée en noir et blanc. Tout comme les répliques sur le pouvoir, la liberté, la trahison, la vengeance, font écho à leur passé et retentissent puissamment dans la bouche de ces criminels. Une œuvre très maitrisée et intense.

En attendant Robert Capa (Susana FORTES)

note: 3Centenaire de la naissance de Robert Capa Marylène - 8 octobre 2013

S.Fortes,auteure espagnole, fait le pari de présenter Capa à travers les yeux de sa compagne Gerta Taro. Et ce point de vue n’est pas inintéressant car cette femme était aussi son manager. Elle créa l'identité que nous lui connaissons à travers le monde. Lorsqu’ils se rencontrent dans le milieu d’extrême gauche dans les années 30 à Paris, ils se nomment André Friedmann et Gerta Pohorylle et sont réfugiés juifs de Hongrie et Pologne. Ils ont 20 ans dans une Europe en grève et gangrenée par le fascisme.Il lui apprend la photo,en contrepartie,elle prend en main sa carrière, lui qui ne sait pas vendre ses reportages. Promethée visionnaire, elle crée Robert Capa, photographe américain surdoué et insaisissable. André Friedmann endosse le costume sans effort. Il faut dire qu’il partage des points communs avec le personnage que lui a taillé Gerta sur mesure: charmeur, audacieux. Dépassée par sa créature,elle connaitra l’injustice subie de nombreuses femmes oubliées de l'histoire au détriment de leur homme…Couple moderne avant l’heure, entre insouciance de la jeunesse et violence de l’actualité, croisant Cartier-Bresson,Hemingway, Tzara. La belle et sa bête gagnent l’Espagne pour couvrir la guerre civile,partisans des républicains. Gerta n’en reviendra pas. Ce livre entre bio et roman historique, rappelle les Aventures de Boro (Franck et Vautrin illustrées par Bilal). Rappelez-vous,le reporter hongrois inspiré d'un certain…Capa!

Gangs of Wasseypur - partie 1 (Anurag KASHYAP)

note: 4... Marylène - 28 septembre 2013

Wasseypur, quartier minier de la région du Jharkhand à l'est de l'Inde, est le théâtre d’une lutte sans merci pour le pouvoir entre deux familles. Celle de Shahid Khan contre celle de Ramadhir Singh, une évocation sur 4 générations de 1930 à 2006. L’exploitation des mines de charbon laisse place au trafic de ferraille et d’armes en passant par l’extorsion de cotisations syndicales et autres manipulations politiques, autant d’activités illégales et lucratives que se disputent les clans sous le regard détourné d’une police corrompue. Initiations, trahisons, amours et naissances rythment les saisons des caïds. Tous les ingrédients sont là pour un solide scénario de film de gangster sauce indienne. Et là, bonne surprise, réalisateur et scénaristes, nous promènent loin des sentiers kitschs bollywoodiens, dans une chevauchée épique entre le Parrain de Coppola pour la saga et Election de Johnnie To pour la mise en scène. La musique jaillit à tous propos et les paroles des chansons agissent souvent comme dialogue, sous-titre d’une scène. Cette fresque sanglante et non dénuée d’humour, a tout pour devenir un film dont on se souviendra longtemps, un classique du genre. Vive le nouveau cinéma indien !

The Grandmaster (Kar-wai WONG)

note: 3... Marylène - 19 septembre 2013

Le dernier et tant attendu Wong Kar-Wai est une biographie sublimée d’un maître de kung-fu du sud de la Chine, Ip Man (maître de Bruce Lee), dans les années 30 à 50. Utilisant les codes du genre - combats chorégraphiés et codes d’honneur -il n’en délaisse pas pour autant sa propre écriture : plastique sophistiquée, ralentissements, ellipses, mélancolie… The grandmaster, c’est l’ésthetique d’WKW même dans les combats -à couper le souffle- jusqu’au bout des pieds, d'un quai de gare, d'une maison close...Un combat à mains nues est le théâtre de l’unique et mémorable scène érotisante du film. L’histoire d’Ip Man illustre parfaitement le destin chinois de l’époque, jeune homme riche et raffiné qui perdit tout quand son pays bascula d’orgueilleux Empire à territoire occupé par l’ennemi japonais, dans un monde au bord d’une guerre mondiale. Le réalisateur agrémente cette biographie déjà romanesque, d’un amour non assumé et non consommé (tiens tiens …In the mood for love, 2046 !) partagé avec la fille du maître de Kung-Fu du nord de la Chine, dont l’assassinat par un disciple fera l’objet d’une vengeance bien-entendu ! Un film d’arts martiaux entre grand spectacle et film d’auteur.

Truite à la slave (Andreï KOURKOV)

note: 3... Marylène - 7 septembre 2013

Soleïlov, ancien policier reconverti en détective, se voit confier l’enquête sur la disparition de Dimytch Nikodimov, patron et chef du restaurant « Au Casanova » à Kiev. En quelques jours et très peu de pages, sa vie va être entièrement bouleversée. Impossible de révéler plus d’informations sans compromettre le suspense d’une si courte nouvelle ! Alors comment vous mettre en appétit ? Commençons par le titre gastronomique, prélude à une série de petits plats slaves, le récit se déroulant au gré des menus. Puis continuons par le style, sobre et finement satirique avec un arrière-goût d’une nouvelle de Gogol. Pour finir, l’auteur lui-même, certainement le plus en vue des écrivains ukrainiens contemporains, dont la galerie de personnages burlesques a déjà séduit de nombreux lecteurs dans le monde (Laitier de nuit, Le Pingouin, Caméléon disponibles à la médiathèque). Un petit plaisir en perspective… Nevski !

La Corne d'abondance (Juan Carlos TABIO)

note: 3.. Marylène - 3 septembre 2013

Vous cherchez une comédie originale et dépaysante ? Ce conte cubain est pour vous. Un modeste village se trouve bouleversé par l’annonce d’un héritage colossal déposé par des religieuses au 18e siècle dans une banque anglaise, destiné aux descendants Castineiras. Tous les Castineiras, nombreux et désunis, entament une course administrative pour prétendre à la manne providentielle. La cupidité n’est pas le seul venin de l’affaire, le réalisateur ne manque pas de montrer la réelle difficulté des familles à vivre décemment. Sans tourner au brûlot politique contre le régime- cette histoire pourrait se dérouler sous d’autres latitudes soulevant les mêmes problématiques- Tabio taquine ses compatriotes quel que soit leur bord. Le petit plus de cette comédie honnête réside dans l’exotisme d’une sensualité latine.

Ouz (Gabriel CALDERON)

note: 3... Marylène - 29 août 2013

Ouz, Ore et Ex, trois pièces décapantes d’un jeune dramaturge urugayen. Une fois encore, même si le théâtre n’est pas votre répertoire de lecture habituel, n’ayez crainte, l’écriture dynamique de ces textes vous plonge rapidement dans des récits rythmés à faire pâlir un scénario hollywoodien. Les protagonistes et les contextes réalistes au départ glissent vers un chaos irrationnel : une sainte femme sur le point de tuer l’un de ses enfants pour obéir à dieu, une réunion de famille à noël dont la plupart des convives sont déjà morts et même des extraterrestres kidnappeurs. Comme beaucoup de ses compatriotes sud-américains, Gabriel Calderon interroge son pays ensanglanté par la dictature dans les années 70 : la torture, les enlèvements, les victimes, les bourreaux, l’armée…et quand le peuple est enfin libéré d’un joug politique, il prend dieu pour dictateur… Usant de l’absurde et d’un humour féroce, il évoque les crimes, la culpabilité, la misère sociale et tous les maux du puits vertigineux de l’âme humaine sur un air jubilatoire et délirant.

Les Corrections (Jonathan FRANZEN)

note: 3 Check-up familial Marylène - 27 juillet 2013

Encéphalogramme, électrocardiogramme d’une famille classe moyenne supérieure du Midwest wasp et tranquille. Presque une dissection tant l’analyse est détaillée,l’auteur soulève une peau de souvenir, puis une autre jusqu'à l’os.Grinçant de l’humour insolent de Franzen,ce roman fleuve est dense sous des airs de banalité. Dans la famille modèle il y a le père ingénieur, un homme un vrai,travailleur comme les jeunes générations gavées de loisirs n’en font plus…muré dans l’incapacité d’exprimer ses sentiments. L'insipide mère au foyer, fidèle au Temple le dimanche,adepte des plats équilibrés,obsédée par ce que les autres peuvent penser. Puis les enfants comme autant de réactions/corrections à leur éducation:Gary,arriviste décomplexé, Chip, intellectuel instable et endetté, Denise, chef de cuisine aussi rigoureuse dans son métier que dispersée dans sa vie privée tant elle est incapable de savoir qui elle est. Le récit anachronique est sans concession,même dans la description de la déliquescence du père atteint d'Alzheimer et du massacre de noël, symbole du bonheur familial pour la mère. Bien-entendu, cette satire familiale est aussi celle de la société américaine, éducation et industrie pharmaceutique en tête. Il faut attendre la fin des 700 pages pour une touche de bienveillance à l’égard de ces êtres déviants mais aussi aimants, car rien n'est immuable,tout peut être corrigé…

Markheim (Philippe MARCELE)

note: 3... Marylène - 26 juillet 2013

Markheim c’est le nom de la ville brumeuse où revient Ans, homme à l’identité aussi floue que le lieu et la mission qui l’y amène. Tout est flottant dans Markheim. Agent secret dans la force de l’âge, le mystérieux Ans retrouve les empreintes de son enfance et les bras d’une ancienne amante. L’atmosphère enveloppante devient de plus en inquiétante depuis que nuit après nuit, il est visité par le rêve troublant d’un vieillard qui lui ressemble. Dans un glissement de l’un à l’autre, le temps et l’espace perdent leur cohérence. Il n’y plus de début, plus de fin, le serpent se mord la queue. Le dessin ciselé semblable à de la gravure sert magnifiquement cette histoire onirique pleine de charmes. Markheim, l’espace d’une vie, l’espace d’un rêve…

7e étage (Asa GRENNVALL)

note: 3... Marylène - 20 juillet 2013

Cette BD est la réalisation de fin d’études d’Asa Grennval, étudiante en art devenue depuis une dessinatrice reconnue en Suède. Autobiographie en noir et blanc de ses années estudiantines, réputées insouciantes, qui furent pour elle des années d’enfer. Pourtant tout commençait bien avec la rencontre de Niels, charismatique jeune homme qui la courtise, elle qui manque d’assurance. Il lui fait d’abord preuve d’un amour débordant avant de la couvrir de reproches puis de la maltraiter physiquement et psychologiquement. Tout est violent, le dessin, les propos, les gestes. Bien-entendu, le dessein de l’auteure n’est pas simplement de choquer, elle déroule les mécanismes qui piègent la victime et la figent jusqu’à la détonation qui fait voler ce système en éclat. Asa Grennval prouve la possibilité (et la nécessité !) de s’en sortir mais elle ne vend pas de rêve. Elle ne ment pas sur la détresse qu’elle a pu connaître même après la rupture et un douloureux procès, la longue route pour se reconstruire, jamais réellement terminée. Une bd courageuse soutenue par Amnesty international, proposée en France par L’ Agrume, jeune maison d’édition à suivre…

La Dernière piste (Kelly REICHARDT)

note: 3... Marylène - 16 juillet 2013

1845, trois familles de pionniers protestants parcourent l’Oregon vers l’ouest avec pour tous bagages une roulotte, un tonneau d’eau et la bible. Traversant des paysages arides depuis plusieurs semaines et bientôt à cours d’eau, ils ne tardent pas à soupçonner leur guide, un trappeur grossier, de les avoir définitivement perdu. Involontairement par ignorance de la piste ou intentionnellement pour se débarrasser de ces nouveaux arrivants déversés par le vieux continent ? Paradoxalement les vastes espaces deviennent le décor d’un huis-clos étouffant, où la paranoïa atteint son paroxysme avec l’apparition d’un indien. Ce western des origines offre une vision épurée du mythe fondateur américain, une séquence hyperréaliste presque en temps réel de l’avancée vers l’ouest. Malgré le quasi mutisme et la torpeur, la violence de l’installation, pour les pionniers comme pour les natifs, est bel et bien rendue, presque sans coup de feu. Une version qui laisse aussi une place aux femmes dans une partie de l’histoire souvent associée à la virilité bestiale des hommes-revolvers.

Dirty old town (Daniel LEVIN)

note: 3... Marylène - 26 juin 2013

Caractéristique d’une nouvelle vague new-yorkaise,ce film à petit budget, met en scène la ville sous une forme oscillant entre documentaire et fiction onirique sur fond d’indie rock. The Lower east side, quartier populaire de Manhattan, mêlant populations immigrées et working-class, connaît un processus de"gentrification"(embourgeoisement,boboïsation!), largement appliqué dans les villes américaines,consistant à réaménager les zones sensibles afin d’apporter plus de confort et de mixité sociale. Ces changements sont parfois vécus comme la disparition d’une culture. C’est ce crépuscule que filment les réalisateurs,à travers l’histoire de Billy Leroy,propriétaire d’une brocante excentrique menacée d’être rasée et remplacée par un starbuck si le loyer n’est pas payé dans les 72h. William Leroy,français émigré enfant à NY,joue son propre rôle dans le film,comme les autres protagonistes, il n'est pas comédien professionnel. Le jeu spontané rappelle sans doute le maître Cassavetes. Le scénario pourrait virer glauque à force de trafics,flic miteux,jeune prostituée sous substances, mais il n’en est rien. Le film est sauvé par une certaine fraicheur,des amitiés sincères,de l’humain palpitant sur le béton, pour s’achever comme un conte urbain. A la juste image de son titre tiré de la chanson d’Ewan MacColl reprise par les Dubliners et les Pogues,dans Dirty old town, il y a du dégoût et de la tendresse.

Le Chiffre (René ZAHND)

note: 3... Marylène - 25 juin 2013

Quelques temps après la chute de Mobutu en 1997, on retrouve deux gardiens toujours en poste dans une luxueuse propriété en Europe du chef d’Etat africain fraichement déchu. De ce fait divers, René Zanhd, directeur adjoint du Théâtre de Lausanne-Vidy, fait une courte pièce à la demande et dédiée aux artistes burkinabè, Hassane Kouyaté et malien, Habib Dembélé. Bab et Sane, livrés à eux-mêmes, sans information de l’extérieur, s’enferment dans la « villa Paradis » comme le capitaine Drogo dans le fort Bastiani attendant l’ennemi qui viendra peut-être… L’attente, l’angoisse, les interrogations, le vain espoir trouvent ici écho entre les deux hommes comme Vladimir et Estragon « attendant Godot » dans le Désert des tartares ! L’humour et le désespoir affleurent sous la simplicité apparente des dialogues. Ressuscitant le dictateur disparu et son « scribe », les naufragés instaurent un jeu de rôle qui grignote imperceptiblement la réalité. Ce basculement dans la folie met en scène les mécanismes de l’irrésistible ascendant d’un homme sur un autre, la prise de pouvoir par le plus persuasif, le renoncement du plus fragile. Une leçon de psychologie politique sans grandiloquence, un texte humble qui respire la sincérité.

Tu, mio (Erri DE LUCA)

note: 3... Marylène - 15 juin 2013

Tu mio, une lecture courte et profonde. Certes, vous y trouverez le soleil d’Ischia, les barques de pêcheurs, l’amour incandescent d’un adolescent pour une jeune femme voilée de mystère, l’été désinvolte d’une île du sud dans les années 50. Mais bien plus encore, une sorte de concentré d’Erri De Luca : un personnage solitaire et mutique porté par un élan désespéré vers l’autre, une fusion relationnelle entre 2 êtres atypiques. La difficulté de transmission d’expériences entre les générations. L’avidité de la jeunesse à comprendre, à oublier, ou à vivre l’instant. L’horreur de la guerre et le constat des humiliations qui la suivent : l’Italie est le terrain de jeu d’été des allemands et Naples est aux mains de l’armée américaine. L’amour du sud bien-sûr et de sa langue. Tout ceci dans un si court roman. Vraiment, Erri de Luca, ouvrier écrivain, est un auteur dont chaque petit livre pèse de tout son poids.

Good morning Babilonia (Paolo TAVIANI)

note: 3.. Marylène - 4 juin 2013

Les frères Taviani acceptent une commande hollywoodienne. Réalisant une fresque grand public destinée aux américains,ils réussissent néanmoins à conserver leurs codes personnels, à la manière des histoires populaires des veillées,mélange de réalisme social transcendé d’envolées poétiques dans la lignée de «Padre padrone»,«Kaos». Ils parviennent surtout à mettre la vieille Europe au cœur de leur diptyque américain par le personnage du père qui attend le retour des fils prodiges au fond de sa Toscane natale. 1er tableau :une famille renommée de tailleurs de pierres en faillite. Les 2 plus jeunes frères font la promesse de revenir des Etats-Unis avec l’argent pour remonter l’affaire de leurs aïeux. Après les travaux les plus humiliants,ils sont embauchés à la création des décors sur le tournage du film monument de David W Griffith, «Intolérance» en 1914,le film dans le film. 2e tableau :commence alors une histoire du cinéma. Les coulisses de la création des 1ers films au sein de la petite famille que constituait Hollywood à cette époque. Quelques anecdotes mais surtout une philosophie du 7e art naissant, confronté à la suprématie de l’art premier millénaire,l’architecture. Sans oublier l’histoire personnelle des frères comme une allégorie de l’utopie de l’égalité. Certes,certaines scènes appuyées et quelques images surannées ont mal vieilli,l’intérêt du propos demeure.

Kurden people (Marina GIRARDI)

note: 3... Marylène - 1 juin 2013

C’est une vision sensible et condensée des kurdes, de leur origine médique à leur condition de peuple sans Etat englobé dans 6 pays (Turquie, Iran, Irak, Syrie, Arménie, Géorgie), que nous livre cette jeune dessinatrice italienne.
Retraçant en quelques évènements marquants la tragédie de ces hommes et femmes humiliés par l’histoire, bouc-émissaires sous les dictatures, déportés, emprisonnés, soumis aux choix du désespoir : le combat ou l’exil. Echoués dans les villes européennes après de sordides traversées clandetines, ils inspirent la méfiance voire le mépris. Cette BD a le mérite d’apporter un éclairage sur cette population méconnue dont la culture millénaire ne se résume pas au PKK

Avé (Konstantin BOJANOV)

note: 3... Marylène - 1 juin 2013

Avez-vous jamais vu un film bulgare? La question peut se poser car ils ne sont pas légions, contrairement aux foisonnantes productions roumaines voisines, fréquemment présentes dans les festivals. Et bien commencez par celui-ci, son intérêt ne réside pas uniquement dans sa rareté. Road movie initiatique de deux adolescents en dérive, le thème pourrait tourner au glauque ou au déjà-vu, mais il n’en rien et la route nous emporte. Kamen, ombrageux étudiant en art à Sofia, s’apprête à se rendre en autostop auprès de la famille d’un ami suicidé. Avelina, Avé de son surnom, fugueuse extravertie, surgit sur le bord de sa route et s’incruste dans son périple. Si c’était un conte il commencerait par : ainsi commence la rencontre entre la lune et le soleil. Il est insupporté par cette gamine sans-gêne qui s’invente une nouvelle vie à chaque étape du voyage, provoquant des situations loufoques voire dangereuses. Elle, utilise son imagination comme un pansement.Au fil de l’asphalte la rencontre devient relation. Le réalisateur parvient à mettre en scène subtilement la complexité des rapports rugueux entre adolescents, les sentiments entiers, la pudeur sous une apparente effronterie. Comme souvent dans les road movies, les paysages et les lumières sont soignés. Konstatin Bojanov, est un artiste plasticien, lui-même issu des Beaux-arts de Sofia et diplômé du Royal College of art de Londres.

Cesare n° 1
Cesare - Uno (Fuyumi SORYO)

note: 3... Marylène - 15 mai 2013

Cesare,c’est un Borgia,fils de Rodrigo,frère de Lucrèce et non l’empereur. Si vous aimez la Renaissance,n’hésitez pas.Certes, il s’agit de vulgarisation de l’histoire mais les auteurs se sont scrupuleusement documentés et entourés pour légitimer cette vision fouillée d'une époque complexe. Les territoires qui deviendront l’Italie sont alors divisés en Royaumes,Duchés ou Républiques ennemis, dont la concurrence s’exerce autant dans le commerce que l’art. Soryo nous fait entrer dans les coulisses des rivalités entre familles détentrices du pouvoir -Médicis,Sforza,Della Rovere, Borgia– par le regard d’Angelo,candide roturier qui obtient son entrée dans la prestigieuse université de Pise,grâce à la générosité des Médicis. Naïf, il ignore les dangers et doit tout apprendre des alliances. Son apprentissage est le nôtre et le subterfuge peut donner un aspect scolaire au discours.Cependant, on se régale à s’initier aux subtilitésdes relations internationales du XVe s et de ces humanistes bercés de culture antique et d’ambitions pour un monde nouveau. Ce siècle exceptionnel paré de Boticelli, Vinci, ouvre son horizon avec Colomb. Rien qe la beauté des planches représentant l’architecture pisane justifie la lecture de cette série. En revanche les visages stéréotypés manga manquent de profondeur,Cesare sous des traits glamour peut surprendre sans gâcher le plaisir de cette découverte.

La Colère de Fantômas n° 1
Les Bois de justice (Olivier BOCQUET)

note: 4... Marylène - 11 mai 2013

Très bel objet littéraire et graphique, ce Fantômas est un cadeau inattendu de Dargaud tant la figure du Génie du crime semblait marquée de manière indélébile de son masque bleu depuis son adaptation burlesque au cinéma. Le scenario ici reste attaché aux romans originels de Pierre Souvestre et Marcel Allain, chers aux symbolistes et aux surréalistes. Fantômas retrouve toute la violence du criminel hors normes, esprit brillant et insaisissable qui inspire autant la terreur que la fascination. La bd réussit parfaitement le double pari de nous soumettre à cette relation ambigüe au personnage et de nous tenir en haleine jusqu’au prochain tome. Dans une atmosphère expressionniste par le dessin et nabi par les couleurs, Julie Rocheleau plante superbement le décors de ce Paris crépusculaire sur le point de basculer du 19e au 20e siècle. Celui qui promit de « voler tout l’or de Paris » est présenté par l’auteur comme le premier super-héros, mais une chose est sûre, il n’est ni patriotique ni moraliste, pas assez politiquement correct pour devenir un simple Marvel.
Le scénariste, Olivier Bocquet s’était déjà illustré dans le registre policier (car bien-entendu, Fantômas, c'est aussi l'enquête effrénée de l’inspecteur Juve et du journaliste Fandor) dans un truculent roman disponible à la médiathèque : « Turpitudes ».

Oeuvre non trouvée

note: 3... Marylène - 26 avril 2013

A l’enterrement de sa mère, l’écrivaine populaire Eléonore Korab, son fils Archie envisage de mettre à plat ses souvenirs sur le divan d'un psychanalyste qu’il nomme, lui le géographe, un « paysagiste ». Que dire de sa mère fantasque dont il est difficile de démêler les inventions des histoires vécues ? Qu’avouer de lui-même qui a brûlé d’une passion d’homme pour cette femme quand il était enfant, ne laissant d’autre place que celle d’un figurant au père effacé? Que penser de ces 18 années d’absence entre l’envol de sa mère vers l’Allemagne en pleine guerre, enceinte du violoniste de Dresde et les retrouvailles à Genève où Eléonore devient soudain Korab, réfugiée arménienne ? Eléonore Korab répond partiellement aux questions de son fils à travers ses romans, belle idée que nous offre Hubert Nyssen, fondateur des éditions Actes sud.
Il crée un personnage puissant sous les traits d’une femme qui inspire l’admiration comme l’indignation dans sa quête désespérée de se sentir vivante. Il parvient habilement à déconstruire les souvenirs, ces mensonges de l’enfance que l’on pense réalité. Nyssen se fait historiographe de l’histoire intime, coupant et recoupant les faits tout en acceptant la part qui échappe toujours. Combien de vies contient une existence ?

Aâma n° 2
La Multitude invisible (Frederik PEETERS)

note: 4.. Marylène - 25 avril 2013

Ceux qui avaient apprécié Lupus du genevois Frederik Peeters, aimeront certainement se replonger dans sa science-fiction avec la série Aâma. Dans un futur très lointain, la société bien qu'hypertechnologique, continue de fonctionner en « couches » de populations vivant dans des niveaux clairement distincts. Dans les bas-fonds, Verloc Nim, humain trop humain refusant tout transplant, ce qui le rend vulnérable, se noie dans l’amertume d’une vie qui lui échappe depuis le départ de sa femme et de leur fille. Son frère Conrad, qui en contraste, occupe un poste important dans une multinationale en biorobotique, le sort de sa léthargie pour l’embarquer sur une autre planète. Ona(ji) colonie scientifique abandonnée où la mystérieuse substance aâma produit des effets spectaculaires… Ce voyage est prétexte aux interrogations sur l’avenir de l’humain noyé dans la robotique et les sciences bien-entendu, mais pas seulement c’est aussi l’analyse de la rupture du lien familial (entre frères, amants, parent/enfant) thème déjà exploré dans ses précédents albums. Le dessin organique aux couleurs crépusculaires rend le lecteur captif de cet univers inquiétant. Frederik Peeters propose d’entrer dans les coulisses de la création de la série sur le blog :http://projet-aama.blogspot.fr/

La Vie rêvée du Capitaine Salgari (Paolo BACILIERI)

note: 3.. Marylène - 25 avril 2013

Emilio Salgari naît à Vérone en 1862 ce qui fait de lui l’un des 1ers écrivains italiens puisque le Royaume d’Italie n’a été proclamé qu’ 1 an avant sa naissance ! Ses romans d’aventures populaires captivent le public du début du 20è siècle, toutefois il est tièdement reconnu par ses pairs et même désavoué par Jules Verne. Il se déclare capitaine, quant à ses romans aux titres épiques (Les Pirates de la Malaisie, Les Mystères de la jungle noire, Le Corsaire Noir, Sandokan) évoquent des aventures orientales musquées, or, élève à l’institut naval de Venise, il n’achève pas ses études et ses périples personnels se limitent à l’Adriatique…
Cette bd retrace la vie schizophrénique de Salgari qui le mène au suicide : face lumière, le voyage immobile dans son imaginaire inépuisable, pile, sombre réalité, prisonnier de ses dettes et de son éditeur qui lui impose un rythme d’écriture ahurissant. Le jeune illustrateur, Paolo Bacilieri , offre de très beaux dessins d’architectures des villes italiennes à la ligne claire.

Les Désorientés (Amin MAALOUF)

note: 3... Marylène - 12 avril 2013

Les désorientés,un titre à prendre au sens littéral:ceux qui ont perdu l’orient.Les byzantins,étudiants libanais de confessions différentes mais tous attachés à leur civilisation levantine,ont partagé leurs rêves humanistes dans les années 70 avant d'être séparés par la guerre.Adam,celui qui porte le nom du premier homme comme un espoir et son échec, devenu parisien,est appelé au chevet de Mourad. Arrivé sur le sol des origines à reculons,il nourrit rapidement le fantasme de les réunir tous à nouveau. L'auteur utilise cette galerie de personnages pour donner son point de vue éclairé sur les sujets qui ont rongé le siècle et le Liban,petit laboratoire universel tant sa géographie et sa sociologie l’ont mis au cœur des évènements : Ramez retiré dans un monastère, Ramzi son double sunnite, qui ne parvient à être en paix malgré sa réussite insolente ,Naïm, juif à qui l’histoire a confisqué son identité arabe et qui fait du Brésil sa Terre promise,Bilal,le révolté mort sur une barricade par excès de romantisme. Sans oublier ceux qui sont restés,ont affronté la guerre et s’en trouvent soumis au jugement de ceux qui l’ont fui… Cette construction pédagogique en fait un roman facile à lire,sans rien enlever à la finesse des analyses sur le pouvoir,la foi,l’identité. Ce n’est pas l’œuvre la plus littéraire d’A.Maalouf,néanmoins cette recherche du temps perdu mérite sa place dans le panthéon de l’académicien.

Reality (Matteo GARRONE)

note: 3... Marylène - 2 avril 2013

Luciano, poissonnier le matin, arrondit les fins de mois avec de petites magouilles de robots de cuisine le reste du temps. Encouragé par ses enfants, il tente le casting pour participer à l’émission de télé-réalité « il grande fratello ». Imperceptiblement au départ, son quotidien en est affecté jusqu’à bouleverser totalement sa vie. Qu’est-ce qui est réel autour de lui ? Matteo Garrone filme ce quartier populaire de Naples sans artifice ni condescendance comme il l’avait fait pour la Sicile de « Gomorra ». Même si le sujet de la télé-réalité est dépassé, la montée de la paranoïa dans une société spectacle dominée par l’image, reste un thème actuel. Le quotidien n’a jamais fait autant l’objet de mises en scène qu’aujourd’hui : réseaux sociaux, webcams, blogs... Le réalisateur a particulièrement soigné l’intro et la conclusion, felliniennes, comme certains personnages d’ailleurs.

Pigeon, vole (Melinda NADJ-ABONJI)

note: 3Nouvelle littérature suisse Marylène - 27 mars 2013

Pigeon vole, librement lui, sans papier, sans frontière. Lorsque la famille Kocsis, yougoslave de Voïvodine (enclave de langue hongroise) émigre à Zurich, ce n’est pas si simple. Les filles, Idliko et Nomi doivent rester au pays avec mamika, la grand-mère, en attendant l’autorisation administrative pour rejoindre leurs parents obtenue en 1973. D’abord blanchisseurs, ils deviennent restaurateurs sur la rive dorée du lac. Une place au soleil durement méritée, à coups de travail acharné en restant sourds aux commentaires à l’égard des immigrés, surtout lorsque ceux-ci sont originaires d’un pays où une guerre fratricide éclate… Récit de l’exil par la voix de l’enfance et de l’adolescence, ce roman social n’a pas l’amertume glaçante mais plutôt la nostalgie lucide. Entre révoltes et joies,le parcours initiatique de Nomi ressemble sûrement à celui de l’auteure, née en 1968 en Serbie. Ce roman semble jouer une petite musique tant la langue est particulière, rebondissant du magyar, au serbe en passant par le schwyzerdütsch. La littérature de l’immigration, abondante en France, l’est moins en Suisse (peut-être est-elle juste moins visible ?) et cette œuvre a le mérite de la mettre en valeur (Buchpreis de Francfort 2010). Comme les deux faces d’une médaille, M. Nadj Abonji pour la Suisse alémanique, Agota Kristof en suisse romande, enrichissent la littérature helvétique de leurs couleurs d’origine.

La Mer, le matin (Margaret MAZZANTINI)

note: 3... Marylène - 22 mars 2013

Les séquelles de la colonisation et de la décolonisation sont sobrement mises à nu dans ce récit des vies croisées de deux mères séparées par la mer. La méditerranée impartiale, berce, embarque et rejette les libyens comme les italiens sur ses rivages opposés. Les tripolini (italiens de Tripoli) que Kadhafi, jeune leader de la libération chasse violemment en 1969 vers la Sicile, comme les berbères libyens fuyant la dictature puis la guerre civile en 2011, souffrent et meurent de l’exil, portés par cette mer implacable. Quant à l’autre mère, elle transmet son mal en tentant pourtant d’en écarter sa descendance. La porosité affective mère-fils ajoute à la tragédie tout en lui donnant toute sa beauté. L’enfant mémoire, l’enfant espoir... Un roman qui sous une écriture paisible cache une tempête emportant des mères naufragées.

Le Terroriste noir (Tierno MONENEMBO)

note: 4... Marylène - 14 mars 2013

Terroristes c’est le terme utilisé par les allemands pour qualifier les résistants. Quant au schwarze Terrorist,il désigne un activiste du 1er réseau de résistance des Vosges.Son nom,Addi Bâ Mamadou. Noir et musulman. Si ce scénario surprend à première vue il rend pourtant compte d’une réalité éclipsée de l’histoire,l’engagement des soldats des colonies souvent abandonnés à leur sort dans la déroute des combats perdus et oubliés de ceux qui furent glorieux. La part du réel, c’est Addi Bâ,adopté par une famille française,engagé dans le régiment de tirailleurs sénégalais,il prend le maquis dans les Vosges et meurt fusillé à Epinal en 1943.La part du roman,c’est le cheminement de son intégration à la communauté vosgienne,à Romaincourt où après avoir survécu comme un animal dans la forêt,rescapé de la bataille de la Meuse,il fut recueilli par les villageois.Par devoir envers un soldat français,par obligation morale ou par empathie,chacun à sa manière et ses raisons de l’aider… Ou de le trahir un jour : parce qu’il combat l’occupant,il plait trop aux femmes,ou simplement pour sa peau.T Monénembo, écrivain guinéen chroniqueur du peuple peul,signe un roman étonnant tant il nous plonge avec aisance dans l’âme du terroir vosgien, l’âpreté de ses hivers infinis et de ses hommes .Sans oublier de souligner le rôle silencieux mais fondamental des femmes.

La Convocation (Herta MULLER)

note: 3Lettres roumaines Salon du livre 2013 Marylène - 13 mars 2013

Une ouvrière d’une usine textile glisse un petit mot dans une poche de pantalon destiné à l’exportation vers l’Italie. Une anecdote, presqu’une plaisanterie. Sauf lorsque cette scène se déroule en Roumanie sous la dictature. Depuis ce jour, elle est convoquée et interrogée régulièrement par un agent de la Securitate. Depuis le tramway qui l’emmène à sa convocation, défilent le quotidien terne du peuple oppressé, et la vie volée de cette femme.
Tous les mouvements intimes de la raison - questionnement, doute, révolte, renoncement - sont disséqués méthodiquement au point que l’on sent à peine à quel moment elle se perd… La raison, plus encore que le sentiment, interroge aussi l’autre, le délateur, le bourreau. Celui qui a le pouvoir sur une vie par simple opportunisme politique et dont le zèle n’est que le cache-misère d’une vie médiocre habitée par un être inconsistant. La force de l’écriture percutante en phrases courtes frôle la poésie. Un roman glacial sur l’abus de pouvoir dans une société « meute », thème récurrent d’Herta Muller, elle-même réfugiée en Allemagne en 1987 après avoir subi l’oppression du régime Nicolae Ceaușescu. Souabe, minorité germanophone de Roumaine, elle écrit en allemand. Elle est la douzième femme Prix Nobel de littérature.

Poulet aux prunes (Marjane SATRAPI)

note: 3... Marylène - 9 février 2013

Après Persépolis, Marjane Satrapi avec son complice Vincent Paronnaud , adapte à l’écran son « Poulet aux prunes » (paru en 2005 chez l’Association) .Nasser Ali Khan, violoniste égocentrique, décide d’attendre la mort dans son lit depuis que sa femme a détruit son instrument lors d’une dispute. Ce conte sur l’amertume de la vie où l’on frôle la beauté, le bonheur, l’amour, mais toujours ils nous échappent, est composé à rebours des derniers jours de la vie du musicien désabusé. Une introspection tragi-comique en 8 tableaux, chacun alimentant la source du malheur qui l’a conduit au renoncement.
D’un point de vue formel, les réalisateurs abandonnent le graphisme noir et blanc pour oser la fiction couleurs. C’est vrai, ils jouent et surjouent sur les décors saturés jusqu’au kitsch, mais n’est-ce pas l’adaptation d’une bd ? L’effet carton pâte participe à l’onirisme du récit au charme désuet d’une carte postale de Teheran dans les années 50. Certes l’assemblage de scénettes hétérogènes offre un ensemble de qualité inégale, mais quelques grammes de poésie ne se refusent pas.

Parlons femmes (Ettore SCOLA)

note: 3... Marylène - 9 février 2013

Un classique de la comédie "All'Italia" des années 60, premier film réalisé par Ettore Scola après avoir été scénariste pour Dino Risi. Huit sketches évoquent la condition de la femme dans une société masculine. Pour entrer dans le sujet, les personnages sont stéréotypés, la bourgeoise en quête de sensation forte, le frère lâche tenu de faire respecter l’honneur de sa sœur, la petite famille exemplaire… Ainsi vite passées les présentations, le scenario peut rapidement se tourner vers l’hypocrisie des relations, l’élément cocasse, perturbateur, la petite chose qui dérange. Le rire effleure en même temps que la tendresse ou l’amertume dans ces formats courts. Vittorio Gassman assume les huit rôles masculins incarnant courageusement le mâle rustre, fuyant, autoritaire, que dénoncent les scènes tour à tour. Car bien-entendu,
« parlons femmes » parle autant des hommes…

Incendies (Denis VILLENEUVE)

note: 3... Marylène - 23 janvier 2013

A la mort de leur mère, deux jumeaux d’une vingtaine d’années, se voient remettre par le notaire, une lettre à donner à leur père qu’ils ne connaissent pas, une autre à leur frère, dont ils ignoraient l’existence. Pour explorer le passé de leur mère exilée et accéder à sa demande posthume, ils se rendent au Moyen-Orient dans un pays où se déchirent chrétiens et musulmans (le Liban n’est jamais cité), berceau de leurs origines.
La tragédie dans la tragédie. Depuis les grecs nous le savons, impossible de démêler l’écheveau des drames de l’histoire intime de l’universelle. L’individu, broyé par des rouages invisibles, est dépossédé du libre-arbitre de sa vie qui devient destin. L’homme croit bâtir une tour et creuse en fait une tombe. De cette inaltérable source d’inspiration, Wajdi Mouawad, dramaturge libano-canadien, a puisé une pièce adaptée au cinéma par le réalisateur québécois Denis Villeneuve. Un film violent dont la force repose sur une interprétation magistrale. Rien de nouveau sous le soleil depuis Sophocle, mais on ne peut pas reprocher au théâtre et au cinéma de continuer à interroger l’homme inlassablement.

Breaking news (Johnnie TO)

note: 3... Marylène - 16 janvier 2013

Même si vous n’êtes pas particulièrement friand de film d’action hongkongais, ce Johnnie To pourrait vous séduire. Les ingrédients de base sont là : banditisme, courses poursuites, armes à feu, guerre des chefs… Mais le réalisateur ajoute quelques condiments originaux pour améliorer la sauce. Dans l’éternelle histoire police contre malfrats, il faut désormais compter avec les médias : la communication, nouvelle arme de combat dans un monde où tout est spectacle. Le rythme respecte les codes du genre, rapide et nerveux, la première scène, un plan séquence de 7 minutes en mouvement rotatif, vous laisse déjà à bout de souffle !

Lady snow blood n° 1
Vengeance sanglante (Kazuo KOIKE)

note: 3... Marylène - 16 janvier 2013

Ce manga, classique japonais sorti en 1972, s’est fait désiré en France où il n’est publié que depuis 2008 ! Alors n’attendez plus pour découvrir cette troublante histoire de vengeance dont Tarentino s’est inspiré pour le scenario de Kill Bill. Une femme emprisonnée à perpétuité imagine un plan machiavélique pour tuer les assassins de son mari et de leur fils : enfanter en prison l’instrument de sa vengeance…. Au-delà du drame familial, l'histoire vous plonge dans l'ère Meiji, cet instant d'ouverture et de fracture du Japon, l'adoption du modèle occidental au détriment des codes ancestraux.
A noter, le dessinateur Kamimura a utilisé un traité classique d’estampe.

Alpha... directions (Jens HARDER)

note: 3... Marylène - 16 janvier 2013

Attention Big bang dans l’espace BD ! Cette œuvre inqualifiable est un défi digne d’un pari osé un soir de folie festive, mais le résultat est bien rigoureusement scientifique. Synopsis simple : l’histoire du développement de l’univers du Big bang à l’apparition des hominidés, soit, 14 milliards d’années ! Ambitieux et admirablement réussi, à vous réconcilier avec votre prof de sciences ! Ce pavé graphique quasi muet est présenté comme le premier d’une trilogie à venir, suivront Beta …civilisations (consacré à l’Homme), et Gamma …visions (anticipation du futur de notre planète).
Jens Harder, jeune illustrateur berlinois est co-fondateur du collectif d'artistes Monogatari. Il a obtenu deux Prix Max et Moritz de la meilleure bande dessinée allemande en 2004 et 2010 et le Prix de l'audace du festival d'Angoulême 2010.

Sauver Mozart (Raphaël JERUSALMY)

note: 3... Marylène - 22 décembre 2012

Encore un roman sur la 2nde guerre!Néanmoins si l’air vous rappelle quelque chose, la chanson est bien originale.La guerre, loin des champs de batailles, est perçue depuis le sanatorium de Salzbourg, où notre héros sans arme, juif sans l’être vraiment, lutte contre une tuberculose. Un parallèle s’établit entre le combat intime contre la maladie, et la guerre où l’ennemi c'est les autres. Sur les deux fronts, tout se dégrade. Mais Otto Steiner, dont nous parcourons les notes qu’il tient chaque jour comme le cahier des comptes à rebours de sa vie, tente de demeurer digne et de protéger tout ce qui lui reste : la musique. Lorsque Hans le sollicite pour l’aider à monter le programme du Festpiel, festival de musique classique de Salzbourg en juillet 1940 auquel assistera Hitler, Otto organise sa bataille pour sauver Mozart…Impossible d’en dire plus pour ne pas vous ôter le plaisir malicieux que vous aurez à découvrir comment il y parvient. Ce journal intime d’un vieillard résistant, met en miroir l’histoire d’une société au bord de la destruction et celle d’un homme seul qui va disparaître. Rythmé par la musique, le récit malgré le décor, n’a rien de désolant et se déroule sur des notes de plus en plus entraînantes, emportées par l’excitation des préparatifs. Bien-sûr, l’humour est sarcastique, mais on referme ce livre en souriant et l'on reste attaché à ce héros crépusculaire.

Sarajevo omnibus (Vélibor COLIC)

note: 3... Marylène - 18 décembre 2012

Cet omnibus dessert quelques stations historiques de la ligne Europe, Balkans, Sarajevo avec des arrêts aux noms évocateurs dont le vecteur commun est l’évènement déclencheur de la 1ère guerre mondiale : l’assassinat de l’Archiduc François-Ferdinand.Vous croiserez le Colonel Apis, cerveau de la « main noire » (organisation nationaliste serbe) qui dirigea celle de Gravilo Princip sur la gâchette de l'attentat. Entre autres personnages habités par la cause indépendantiste, vous trouverez aussi Ivo Andric, esprit tourmenté dans un corps souffrant, unique prix Nobel de littérature yougoslave. Chaque station nous offre un angle de vue différent de l’évènement .L’atmosphère foisonnante de la ville pénètre de plus en plus les pages et finit par nous envelopper complètement. Sarajevo dont le nom n’évoque plus que, très souvent, le siège de 1992-1996, se rappelle aux mémoires avec éclat.Certes, la ville était déjà aux prises avec la violence de l’histoire, belle convoitée par deux empires, écartelée entre orient et occident. Le ton frôle parfois le burlesque et flirte avec le conte philosophique lorsqu’il évoque les figures de l’architecte du pont Latin , du rabbin, de l’imam et du prêtre. Cette construction emmène le lecteur au-delà de la dimension archivistique (et parfois fastidieuse ! ) du roman historique, dans une œuvre romanesque pétillante. Un premier conseil, lisez ce livre, un second, parcourez cette ville…

Les Lettres de Capri (Mario SOLDATI)

note: 4... Marylène - 24 novembre 2012

Harry, jeune historien de l’art et journaliste américain, retrouve par hasard dans les rues de Rome un scénariste, Mario, rencontré un an auparavant, auquel il demande une aide financière afin de pouvoir demeurer en Italie. Intrigué par la situation d’Harry et plus encore par la sensualité insolente de celle qui partage sa vie, Dorotea, Mario accepte de lui acheter un scenario. Celui-ci n’est autre que la vie d’Harry lui-même. Le long récit du déchirement d’un homme partagé entre un amour cérébral et une passion sexuelle comme entre la raison et la folie. Le thème n’a rien d’original, mais la minutie avec laquelle le sentiment amoureux est disséqué donne le vertige. Le roman pourrait s’arrêter là, mais l’auteur a la lumineuse idée de développer son étude en glissant d’Harry à sa femme Jane, dont le récit relaie celui de son mari en miroir. Par cette architecture réfléchissante le lecteur est happé dans les profondeurs de l’histoire, des raisonnements, des émotions. Les rôles ne sont pas aussi évidents qu’ils n’y paraissent, les idées reçues se diluent, tout est trouble, tellement humain. Mario Soldati est habile à faire effleurer l’empathie, le doute jusqu’à émousser nos jugements.
Un classique à fleur de peau à découvrir ou redécouvrir, une lecture enivrante.

Scintillation (John BURNSIDE)

note: 3.. Marylène - 21 novembre 2012

Le principal personnage de ce roman, c’est l’Intraville. Une ville-usine où toute activité a cessé abandonnant des habitants désœuvrés dans un environnement ultra pollué. On ne tarde pas à distinguer l’image de notre société, telle une friche empoisonnée par la quête du profit, bordée de l’Extraville, réserve pour riches et malhonnêtes politiciens, industriels…Les descriptions nous plongent dans le paradoxe de la beauté décelée dans la laideur. Le malaise se poursuit à chaque rencontre. Le lecteur erre dans les pensées de plusieurs protagonistes, le policier municipal, sa femme, Léonard un adolescent qui pense être sauvé car il aime quelque chose….
Cette narration fait l’effet d’une caisse de résonance où se bousculent les émotions.
Au départ, on pense entrer dans une enquête avec la disparition de jeunes hommes, puis ce livre hors genre nous détourne vers l’irrationnel avec l’homme-papillon.
Scintillation ? Bien faible lueur d’espoir. La terre souffre, les hommes souffrent, car aucune excuse, les hommes ont commis, ils commettent chaque seconde l’irréparable.
A recommander malgré tout pour l’écriture et la finesse psychologique vertigineuse… Sans oublier les très beaux passages sur les livres, la lecture, la bibliothèque…

Tournage dans un jardin anglais (Michael WINTERBOTTOM)

note: 3... Marylène - 21 novembre 2012

Un film gigogne surprenant et « so british » ! Sur le tournage de l’adaptation du monument de la littérature anglaise du 18ème siècle, La Vie Et Les Opinions de Tristram Shandy, la vie de plateau semble aussi burlesque que le film en cours de réalisation. Amateurs de fantaisies cinématographiques, ce film est pour vous ! Passées les 10 premières minutes particulièrement loufoques à la manière Monty Python, il se révèle plus fin qu’il n’y parait. Croustillante étude des comédiens (qu’ils soient vedettes ou éternels second rôle), producteurs, presse prédatrice et autres satellites de cette planète « cinéma », à déguster sur canapé un soir d’automne !
Le réalisateur anglais Michael Winterbottom réserve bien des surprises tant sa créativité s’exprime sur des sujets si antinomiques, en 2010, c’est bien le même homme qui réalisa le thriller glaçant « The killer inside me » (disponible à la médiathèque).

La Destruction du Parthénon (Christos CHRYSSOPOULOS)

note: 4... Marylène - 9 novembre 2012

Athènes s’éveille un matin sans Parthénon. Un attentat apolitique perpétué par un jeune homme a définitivement privé la Grèce du plus rayonnant symbole de son histoire.
Le criminel, inspiré par l’appel lancé en 1944 par le cercle surréaliste « Les Annonciateurs du chaos » - “Il faut faire sauter l’Acropole !”- revendique un acte libérateur. Il n’envisage pas le Parthénon comme le pilier architectonique de la culture grecque mais plutôt tel un joug. Détruire ce symbole absolu, « inégalable » brise les chaines et ouvre la porte de tous les possibles, du renouvellement, de la création. Christos Chryssopoulos propose une réflexion grisante sur notre relation à l’architecture des villes, et interroge sur la responsabilité d’un acte personnel qui engage toute l’humanité (pensons aux Bouddhas afghans détruits en 2001).
Par sa forme, une succession de témoignages dans des décors fixes, ce roman s’approche d’une pièce de théâtre.
Romancier et traducteur né à Athènes en 1968, Christos Chryssopoulos est dans son pays l’un des écrivains les plus prolifiques. Il est membre du Parlement culturel européen.

La Comtesse de Ricotta (Milena AGUS)

note: 3... Marylène - 9 novembre 2012

La comtesse de Ricotta est un roman frais et tendre derrière une pointe d’acidité… Goût ricotta, c’était annoncé dans le titre ! Cette jeune comtesse est affublée de ce surnom en raison de sa maladresse, son incapacité à « faire quelque chose de ses mains ». Au cœur de Cagliari, elle partage une partie de l’ancienne demeure familiale avec ses deux sœurs, le reste, elles ont du se résoudre à le vendre en appartements et l’ensemble s’effrite inexorablement… Si Milena Agus a choisi le milieu aristocratique, c’est peut-être car il donne le ton à l’ensemble du roman, symbole de ce qui n’est plus mais a laissé des traces, oscillation entre splendeur et décadence, nostalgie et désir de se tourner vers le futur, poésie et réalisme. C’est une histoire de famille dans son combat pour la dignité, une histoire de femmes qui n’osent pas croire en l’amour et celle d’un enfant en quête de normalité. La normalité, un thème joliment démonté par l’auteure qui nous fait doucement sourire avec sa galerie de personnages tous aussi décalés et touchants les uns que les autres. Une atmosphère apaisante sous le soleil de Sardaigne, au milieu d’une production éditoriale dépressive sous le ciel d’une crise financière, ça se salue et se savoure.

Premières neiges (Aïda BEGIC)

note: 3... Marylène - 10 octobre 2012

Quelques années après la guerre en ex-Yougoslavie, à quoi ressemble un village bosniaque ?
Des femmes et des enfants, privés de pères, frères, maris, s'organisent en petite communauté solidaire rythmée par les gestes quotidiens. Pas d'école, pas de travail, une campagne figée où ne changent que les saisons. Les femmes tissent et fabriquent des confitures dans l'espoir de les vendre, tandis que les enfants jouent malgré les cauchemars nocturnes. La reconstruction est lente, obstruée par les non-dits et le mystère des disparus. Il faudra l'arrivée de deux hommes en quête d'acheter le village pour bouleverser ce fragile équilibre et affronter la vérité. L'après-guerre comme une seconde bataille, menée par des femmes dans le silence, luttant cette fois contre l'oubli et pour la dignité. Quelques flocons de poésie tombent sur ce film pour adoucir l'âpreté du sujet. Aida Agic, la jeune réalisatrice, avait 16 ans lors du siège de Sarajevo, à 32 ans elle réalise ce film restituant son sentiment de claustration et ses espoirs pour l'avenir de son pays.

Murtoriu (Marc BIANCARELLI)

note: 3... Marylène - 10 octobre 2012

Murtoriu (le glas), est un roman traduit du corse, une première pour Actes sud, mais attention, ne vous attendez pas à un récit du terroir qui fleure bon l’arbousier, la bergerie bucolique et les sentiments honnêtes. Le Protagoniste, Marc-Antoine, libraire anarchiste, crache toute sa déception du monde global et de l’homme, dans une complainte personnelle aux problématiques universelles. Rompant parfois sa solitude avec d’autres marginaux tel Mansuetu, berger comme le symbole d’un monde qui va disparaitre, il s’isole dans sa montagne, fuyant les envahisseurs saisonniers. Incapable de se faire ou d’accepter une place dans cette société, il dissèque tous les vices uns à uns jusqu’ à la nausée : corruption, cupidité, ultra violence, abêtissement des masses … Poussant loin le dégoût de l’homme, on ne peut s’empêcher malgré tout de partager finalement l’analyse et de compatir avec ce misanthrope « faulknérien » qui sait aussi reconnaître ses propres failles. La narration de premier abord désordonnée, suit l’humeur changeante du libraire au présent et alterne avec une deuxième vie au passé, celle de l’autre Marc-Antoine, le grand-père, nous renvoyant à l’histoire des corses dans la Grande guerre.Un roman étrange, violent dans son propos et le vocabulaire qui le véhicule mais où l’on sent que quelque chose touche, une vérité a été dite, de celles qu’on pense tout bas sans se permettre de le dire tout haut.

Dernières nouvelles du sud (Luis SEPULVEDA)

note: 4... Marylène - 26 septembre 2012

Les dernières nouvelles du sud ne laissent pas indifférent. Rapportées par l’écrivain chilien Luis Sepulveda et son « socio » le photographe argentin Daniel Mordzinski, elles résonnent comme un inquiétant état des lieux de la Patagonie à la fin des années 90, semblable au bilan d’un siècle qui s’achève par une crise. Conflits idéologiques et territoriaux, cupidité coloniale, bouleversements écologiques, autant de plaies dont le Chili et l’Argentine ne cicatrisent pas. Poussés par le vent patagon, Sepulveda au verbe, Mordzinski à la photo, la lente traversée est bouleversante de beauté brute. L’insolite frôle l’irrationnel dans une poésie toute sud-amércaine. A croire que cette région du monde échappe aux lois universelles et que des bourgeons pourraient fleurir d’un bois mort entre les mains d’une vieille femme au visage « couvert de territoires », aussi naturellement qu’un luthier trouverait un violon au milieu de nulle part…
Un livre superbe en forme d’ode, enflammée telle une déclaration d’amour à sa douce, désespérée comme une épitaphe à sa belle déjà presque moribonde… La nostalgie camarade…

El Chino (Sebastian BORENSZTEIN)

note: 3... Marylène - 6 septembre 2012

Une comédie burlesque et tendre sur la rencontre de deux solitudes, énorme succès aux box-offices argentin et espagnol en 2011.
« El chino » est un jeune homme débarqué dans des circonstances improbables à Buenos Aires, ne parlant pas un mot d’espagnol, à la recherche de son oncle dont l’adresse est tatouée sur son bras.
Un quincailler, prototype du vieux garçon figé dans sa maison-musée, recueille ce chinois perdu, tiraillé entre le devoir de l’aider et le désir de s’en débarrasser au plus vite.
L’histoire est à peu près sans surprise, cependant les mécanismes de comique et d’émotions fonctionnent parfaitement, nous offrant non pas un grand, mais un bon moment de cinéma. L’occasion aussi d’apprécier la prestation de Ricardo Darin (le quincailler), comédien incontournable en Argentine.

Rue des syriens (Raphaël CONFIANT)

note: 3... Marylène - 4 septembre 2012

En Martinique, bout de France flottant dans la mer des Caraïbes (un protagoniste bibliothécaire rappelle d'ailleurs dans ce roman que l'île est française depuis 1635 soit bien avant les Savoie, 1860!), avec son histoire chaotique de Christophe Colomb à l’esclavagisme, les origines sont multiples : nègres marrons, créoles, békés, mulâtres, indiens…Dès la fin du 19e siècle, s’ajoute à cette Babel volcanique la langue arabe, apportée par les levantins en quête de fortune (ou simple survie) indifféremment désignés comme syriens, qu’ils soient libanais, jordaniens ou réellement syriens. Portant le poids d’une famille entière ayant cotisée pour ce voyage plein de promesses, ils débarquent sur une terre aux antipodes de leur culture. En suivant Wadi et son oncle Bachar nous plongeons dans l’histoire de cette communauté méconnue de l’île, rue François-Arago, au milieu des commerçants infatigables, au gré des amours métissées, des guerres envoyées par le continent. Le verbe haut, le créole en bandoulière, Raphaël Confiant, nous offre une vision profonde et contrastée de la Martinique. Co-fondateur du concept de créolité (avec Jean Bernabé, Patrick Chamoiseau) il est le premier Martiniquais à avoir publié un roman en créole : Bitako-a (1985) aux éditions du GEREC.

Choc des civilisations pour un ascenseur Piazza Vittorio (Amara LAKHOUS)

note: 3... Marylène - 1 septembre 2012

Dans un immeuble d'un quartier multiethnique à Rome, l’ascenseur cristallise toute la haine que se portent les voisins. La concierge napolitaine, la garde-malade péruvienne, l’excentrique hollandais, le cuisinier iranien, le professeur milanais… Seul Amedeo se distingue en n’utilisant jamais cet ascenseur. Pourquoi a-t-il disparu ? Et qui a tué le « gladiateur », locataire indésirable ? Autour de cette enquête de voisinage, l’auteur nous livre non pas un polar,mais une chronique contemporaine de l’intolérance ordinaire.A travers le témoignage de chacun offrant sa version à la police, défilent toutes les idées reçues qui rendent intolérable la promiscuité avec les autres. D’abord la méconnaissance de ce qui est lointain (ainsi appeler le pakistanais un iranien)puis, au bout de l’entonnoir, le rejet même des différences plus ténues (italiens du nord ou du sud). Chacun mesure le monde à la jauge de sa propre culture et l’identité taille un costume très étriqué. Trop pour être prêté, même à celui qui le porterait mieux,car c’est parfois le cas. Ce roman ponctué de références au cinéma italien en est la preuve.En effet, A Lakhous né en Algérie vit à Rome, portant son costume italien avec élégance, il offre à son pays d’adoption le plus grand succès littéraire de 2006 (adapté au cinéma).L’auteur rejette l’idée de « choc des civilisations », au profit d’un « malentendu constructif ».

Le Grand Coeur (Jean-Christophe RUFIN)

note: 4... Marylène - 26 juillet 2012

Le dernier roman de JC Rufin se présente sous la forme de confessions.Quand Jacques Cœur, dont on se souvient essentiellement aujourd’hui grâce à son palais de Bourges, nous ouvre sa mémoire, c’est un homme déchu, traqué, vivant dans le dénuement sur une petite île grecque qui deviendra son tombeau.Issu d’une bourgeoisie commerçante méprisée (son père est pelletier), il fait fortune en ouvrant les voies commerciales alors étroites de la France vers l’orient puis devient argentier du royaume. Sa réputation croît en même temps que sa fortune qui finit par porter ombrage au roi lui-même. Sans oublier que les deux hommes partagent l’amour d’une même femme, Agnès Sorel. S'il nous livre son passé, ce n’est pas par vanité, mais pour rétablir la vérité sur les motivations de son ascension. A l’image de son époque (de l’obscurantisme de la guerre de cent ans vers une certaine prospérité pacifique), à l’image de son palais (une façade sur le passé d’un vestige romain, une autre plus audacieuse, inspirée de l’architecture italienne), notre héros médiéval chemine vers l’homme renaissant : idéaliste et aventurier. J.C Rufin, humaniste s’il en est, nous offre une fois encore une histoire d’homme comme un diamant brut, avec une bienveillance teintée de naïveté. Plus qu’une simple fresque historique très documentée, c’est bien-sûr une réflexion sur la pouvoir, et plus rare, sur la part et la puissance des rêves.

Maloya power (LINDIGO)

note: 4... Marylène - 5 juillet 2012

Si le maloya est hérité des chants d'esclaves d'Afrique orientale et de Madagascar, il est devenu avec Lindigo une musique moderne explosive, festive tout en respectant la tradition contestataire. Composé de neuf membres emmenés par Olivier Araste, admirateur de Fela Kuti et James Brown, le groupe nous offre un album à l'image de l'île de la Réunion, chaudron d'influences et de couleurs : funk, afrobeat, dub…
Le Rouler, tambour imposant façonné avec un tonneau et le Kayamb, un petit cadre en fleurs de canne rempli de graines, côtoient le balafon, l’accordéon et les arrangements électroniques.
"L'album a été enregistré au grand air, dans une cour pleine de bonheur" annonce Olivier Araste, ça se sent, alors laissez-vous aller au Maloya power sur les plages du Léman à défaut d'océan indien !

Quai d'Orsay n° 1 (Abel LANZAC)

note: 3... Marylène - 5 juillet 2012

Pénétrer dans les bureaux du Ministère des affaires étrangères vous semble fastidieux ? Détrompez-vous ! Dès les 1ères pages vous vous sentirez chaviré par un courant d'air diplomatique à perdre le souffle. Le dessin de Christophe Blain participe à cet effet intense de mouvement et de tension. Le jeune Arthur Vlaminck, thésard guidé par Héraclite, tout juste embarqué dans l'équipe pour écrire les discours du ministre Alexandre Taillard de Worms (Dominique de Villepin ?), va entrer dans cette course folle. Avions, réunions de cabinet, gestions de crises, action ! Le "making-of" des décisions et discours qui entrent (ou pas !) dans la grande histoire de la politique internationale. Attention, le scénariste Abel Lanzac ne fabule pas entièrement malgré la cocasserie de certaines scènes improbables, il a été lui-même conseiller dans un ministère plusieurs années, expérience qu'il souhaitait faire partager…
Une lecture savoureuse, instructive et pleine d'humour qui m'a rappelée le ton du roman "Le Front russe" de Jean-Claude Lalumière (sélection du Prix Rosine Perrier 2011) dans un univers proche mais aux dynamiques opposées : l'histoire drôlissime d'un jeune fonctionnaire débutant dans la carrière diplomatique, dont les rêves de voyages et de dossiers brûlants se heurtent à la morose réalité administrative d'un bureau sans ambition, le « front russe », service voué aux " pays en voie de création"! Une satire délectable.

Shotgun stories (Jeff NICHOLS)

note: 3... Marylène - 7 juin 2012

Dans l'Arkansas, trois frères nés d'un 1er mariage malheureux, affrontent leurs frères issus du 2e mariage de leur père. La tension est palpable dans ces paysages du sud propices à une ambiance orageuse. La violence est plus celle des sentiments que celle des armes malgré le titre. Au-delà de la confrontation physique sans issue entre frères, c'est la guerre intime que mène chaque homme contre-lui-même, ses pulsions, ses démons du passé, que le réalisateur met en scène. Au scénario simple mais subtil, s'ajoutent des qualités esthétiques indéniables, un 1er long métrage en forme de promesse donc. Jeff Nichols avait 27 ans lors de la réalisation de ce film. Il a depuis été récompensé lors de la semaine de la critique Cannes 2011 pour son film "Take shelter" (bientôt à la médiathèque !).

L'Arche russe (Alexandre SOKOUROV)

note: 3... Marylène - 5 juin 2012

Un homme hors-champs jusqu'au bout du film, se réveille à l'entrée de l'Ermitage de St-Petersbourg, au 18e siècle,ignorant comment et pourquoi.
Un mouvement de foule l'entraine à l'intérieur du palais palpitant de vie aristocratique. Son seul interlocuteur est un marquis français mystérieusement parvenu ici comme lui. Le troisième personnage en marge,c'est le spectateur lui-même,qui suivant la voix off et son compagnon de hasard, parcourt le musée de l'Ermitage et ainsi 3 siècles de l'histoire russe par des scènes quotidiennes telles les colères de Pierre le Grand ou officielles comme une délégation perse présentant ses excuses au tsar. Le scénario est déjà ambitieux, ajoutez la prouesse technique d'un seul plan séquence de 96 mn,vous obtiendrez un film pour le moins déroutant. Néanmoins,Sokourov parvient à nous capturer dans son projet, on a la sensation de parcourir ce film physiquement, en marchant! La splendeur du musée participe à cet effet d'envoutement.
Sokourov nous offre un voyage dans la singularité de la culture slave confrontée au jugement implacable de l'Europe, à travers le regard du vaniteux marquis occidental. Incompréhension, admiration mêlée d'envie, une difficile relation qui trouve encore écho dans la politique contemporaine.
L’histoire reste la matière première de ce cinéaste (Alexandra, Le Soleil sont disponibles à la médiathèque) mais il surprend à chaque fois par son art de l’aborder.

Le Barbaresque (Olivier WEBER)

note: 3Sélection Prix Rosine Perrier 2012 Marylène - 19 mai 2012

Le Barbaresque narre un épisode de la vie du jeune Cervantès, soldat du roi d'Espagne avant d'être le père de l'universel Don Quichotte. Miguel de Cervantès participe à la bataille de Lépante dans la Sainte ligue en 1571, il en revient privé de l'usage d'une main ce qui lui vaut le surnom de "manchot de Lépante".
Le roman commence au milieu de la Méditerranée, sur la galère El sol où Miguel et son frère languissent de retrouver l'Espagne et leur mère. Abordés par des pirates, nous suivons alors leurs années de captivité en Barbarie, à Alger, étrange ville d'esclaves, de commerce, d'intrigues. Batailles, bravades, amour interdit pour l'envoûtante Zohra, tous les ingrédients d'une aventure homérique sont réunis. Entrainée par une écriture baroque, cette fresque porte les lettres de noblesse du roman de chevalerie.
Admirateurs du "chevalier à la triste figure", vous serez servis !

Nos brèves années de gloire (Charif MAJDALANI)

note: 4... Marylène - 3 mai 2012

Les brèves années de gloire précèdent 1975 au Liban. Ghaleb, le protagoniste ambivalent, poète et entrepreneur, a deux quêtes dans la vie : faire fortune, et épouser Monde, la première condition hypothéquant la deuxième. Le jeune aventurier se lance dans plusieurs épopées afin de rendre à sa famille son prestige perdu. La plus notable sera le démantèlement pièce par pièce et le transport d’une usine d’Alep a Beyrouth. Atmosphère de grandeur et décadence dans la moiteur du Liban. Le lecteur s’abandonne dans les sofas chics des salons, où les femmes se disputent d’élégance aux bras de leur industriel de mari. La Belle société conjugue mode parisienne et tempérament oriental, ambigüité encore. Ambivalence car on n’est pas qu’un seul homme, et un pays, tel un cèdre, n’a pas qu’une seule branche. Puis on est embarqué à cheval, en camion,clandestin parmi d’intrépides bédouins. On lit au galop, entrainé par une plume décidément épique et élégante. Au bout, la réussite, un instant. Mais finalement on ne se lassait pas de l’attendre car, n’était-ce pas la quête elle-même qui nous tenait au ventre ? Et puis, à l’image de son pays, le destin de Ghaleb est par nature instable, et ce qui est atteint est voué à être dépassé. Avec Majdalani, on a le sentiment qu’il n’y a pas de fin en soi, qu’on va repartir bientôt, alors on attend avec impatience le prochain voyage…

Les Courtes (Jean-Claude GRUMBERG)

note: 3Courtes mais cinglantes Marylène - 7 avril 2012

Des vacances en famille, une fête costumée…Vous voulez rire un peu de ces situations banales ? Certes, c’est drôle, méfiance, l’arrière goût est amer. Grumberg c’est un peu comme un cocktail sucré au rhum : contient des substances euphorisantes, mais pas facile à avaler et entraine de déplaisants effets secondaires ! D’ailleurs, le dramaturge qualifie cet effet de « rire de défense ».
En scène : la confrontation des identités. La relation à l’autre glisse de l’échange au rapport de force. La difficulté du rapport aux autres, exercice quotidien, n’est pas seulement liée aux différences culturelles, les personnages sont aussi ces maris, femmes, enfants qui vivent dans la plus grande proximité leur isolement. Attention, l’absurdité guette souvent tapie dans un coin du quotidien.Les dernières pièces interrogent plus gravement l’humanité à travers dieu et la guerre.
De scènes en scènes, la société apparaît comme une superposition d’individualités incompatibles, chacun défendant sa position de sujet principal, abouti, « normal ». A l’origine de ce comportement, Grumberg place une naïveté mêlée de méconnaissance. Le plus dur à extirper d’un esprit, ce sont ses certitudes sur les autres et le monde… Même si vous ne lisez pas de pièce de théâtre habituellement, tentez ces « Courtes » sans crainte, le style ne vous déroutera pas, le contenu peut-être.

Le Poids du papillon (Erri DE LUCA)

note: 3... Marylène - 28 mars 2012

Ce court roman conte le face à face entre un vieux braconnier solitaire et son plus ancien adversaire, le "roi des chamois". L'auteur déroule sous nos yeux l'implacable destin de l'homme, soumis au temps, à la difficulté de communiquer, aux rapports de force, créature la plus dominatrice et vulnérable du règne animal.
Le style est épuré à l'image de cette montagne sauvage qu'il nous fait respirer à pleines pages. Sans leçon de morale écologiste, Erri De Luca rend grâce à la nature avec la même force dont il fait preuve pour célebrer sa ville de Naples dans Montedidio. Des images, des sensations qui ne vont quitteront pas de sitôt.

Ajami (Scandar COPTI)

note: 3... Marylène - 27 mars 2012

Un polar au coeur de Jaffa, ville hétérogène où cohabitent juifs et musulmans, c'est d'emblée sous haute tension. Autour d'Omar, jeune israélien d'origine palestinienne, se tisse une histoire complexe ayant pour origine le meurtre d'un influent bédouin commis par son oncle. La Chronologie est aléatoire cependant tout est parfaitement maîtrisé. Ajami c'est déjà un très bon polar sur la forme, mais les réalisateurs ne s'en sont pas contentés, le scénario est plus profond qu'il n'y paraît et ne manque pas de mettre à nu des hommes prisonniers de leurs codes, de leur communauté, dans une société meurtrie.

Le Déjeuner du 15 août (Gianni DI GREGORIO)

note: 4... Marylène - 7 mars 2012

«Sacré» déjeuner du 15 août où les fils chéris ne peuvent échapper au culte matriarcal ! Sauf si un autre, redevable envers ces fils ingrats et dévoués (paradoxale relation mère-fils à l’italienne), peut garder les « saintes » mamans chez lui.
Et cet homme c’est Gianni (joué par le réalisateur) vieux garçon dont la nonchalance arrosée de vin blanc trahit une vie sans réussite, à l’ombre (et donc au soleil) de sa mère. Baignée d’une douce lumière romaine, cette journée réunit quatre femmes aux origines différentes dont le point commun est d’arriver au crépuscule et de le savoir. Le ton reste cependant celui de la comédie, les confessions sont tendres, pas de larmoiements sur la vieillesse tout en laissant apparaître ses affres (maladie, ennui, solitude)…
C’est là la réussite de ce film, montrer toutes ces choses auxquelles on préfère ne pas penser, avec douceur et nous faire passer un très bon moment.
A voir aussi pour le jeu pétillant des quatre nonagénaires d’autant plus admirables que Gianni Di Gregorio a fait le choix de mettre en scène des non professionnelles pour lesquelles c’est le premier tournage, quatre espoirs du cinéma en somme !

Le Chat du rabbin (Joann SFAR)

note: 3Spécial Salon du livre Paris 2012 Marylène - 7 mars 2012

Adaptation au cinéma de la série BD éponyme, Vous avez certainement entendu parler de ce « Chat du rabbin » primé au Festival d’Annecy 2011 et César du film d’animation 2012.
Si vous aviez aimé la BD vous ne serez pas déçu par l’animation de ces personnages touchants et hauts en couleurs, dans le décor d’Alger, lumineuse alanguie sous le soleil de Méditerranée.
Le chat de la fille du rabbin d’Alger, éperdument amoureux de sa jeune maîtresse, acquiert l’usage de la parole après avoir mangé le perroquet de la maison. Cet étrange animal tout à la fois sauvage et doué de sagesse, remet en question les certitudes de la communauté. Un évènement extraordinaire que je ne vous dévoilerai pas, jette sur la route africaine, le rabbin et de surprenants compagnons de voyage, guidés par une quête mystique. Cette caravane hétéroclite aux accents de Rimbault sur la route d’Ethiopie ou de René Caillé à la recherche de Tombouctou, émeut autant qu’elle fait rire. L’histoire oscille entre tranche de vie séfarade, fable humaniste et aventure initiatique.
A saluer aussi, la prestation de Maurice Bénichou, qui prête sa voix enrobante au rabbin.
Encore une jolie preuve que les bd et les films d'animation, ce n'est pas que pour les enfants !

Turpitudes (Olivier BOCQUET)

note: 4... Marylène - 29 février 2012

Il y a quelque chose de pourri au royaume de Fontainebleau…
Quand Elias se fait recruter comme homme de "main" par Robert, il ignore à quel point sont sales celles de son honorable employeur.
Lorsque Rachel, lycéenne de bonne famille, déclare qu’elle veut devenir tueur à gage, elle ne sait pas qu’elle empreinte le funeste chemin d’une tragédie oedipienne.
Ce soir là , à l’instant où François, professeur de maths désabusé, prend sa voiture, il ne soupçonne pas qu’ils sont déjà tous liés.
La narration alterne entre tous ces personnages avec aisance, on glisse de la révolte adolescente au cynisme du vétéran d’Algérie.
Olivier Bocquet nous traine dans le caniveau avec délectation dans ce polar à l’humour insolent .

Bride stories n° 1
Bride stories 1 (Kaoru MORI)

note: 3Prix intergénérations Festival d'Angoulême 2012 Marylène - 8 février 2012

Un manga, ce n’est pas votre genre de lecture ? Et bien c’est certainement l’occasion idéale de tenter une nouvelle expérience littéraire ! Pas de violence entre féroces yakuzas, pas de guerre interplanétaire, ni d’adolescents surexcités. Cette série (déjà 3 tomes) vous transporte en Asie centrale au 19ème siècle dans une fresque quasi anthropologique. Avis aux amateurs de tissus et costumes, bijou en vue. Outre la découverte et le dépaysement culturels, l’intérêt de ce manga repose essentiellement sur la beauté du dessin, ciselé telle une pièce d’orfèvrerie. En revanche, on peut regretter le manque d’épaisseur des personnages de ce 1er tome où la simplicité des sentiments frôle parfois la mièvrerie malgré un scénario intéressant : Amir, une jeune femme de 20 ans, quitte son clan pour rejoindre celui de son époux Karluk, un enfant de 12 ans…

Fragments d'Arménie (Gérard CHALIAND)

note: 3.. Marylène - 28 janvier 2012

La particularité de ce livre est de rassembler historiens et auteurs de romans sur le même sujet, l’Arménie. En trois parties (origines, le génocide et à la recherche de l’Arménie) le lecteur est invité à entrer à la fois dans l’histoire, la littérature et le voyage dans ce pays entre Europe et Orient. La part historique est dense au tournant du 19e et 20e siècle, une nation sans territoire longtemps partagée entre les Empires ottoman et russe, dont le destin tragique est lié aux guerres et aux jeux d’influence des puissances coloniales déclinantes. Les textes littéraires parfois tout aussi graves sur le fond, offrent pourtant par leur style une respiration salutaire, particulièrement les récits d’enfance. La variété et la richesse des textes proposés en font un livre qui se parcourt lentement et qui laisse certainement des traces.

L'Art à pleines dents (Sylvie DELPECH)

note: 4.. Marylène - 28 janvier 2012

histoire de l'art pour petits et grands à travers la nourriture, à consommer sans modération ! Du banquet médiéval aux élucubrations ludiques contemporaines, cet album est autant une réflexion sur la place des aliments et du repas dans nos sociétés qu'une invitation gourmande à la curiosité. Attention aux doigts collants voire aux hauts de cœur dans ce néanmoins savoureux voyage des éditions Palette.

Encore un effort (Alex BALADI)

note: 3... Marylène - 28 janvier 2012

Encore un effort…pour comprendre un dessinateur de BD. Pourquoi la BD et pas un autre support ? Qu'est ce que la BD ? Des bulles pour enfants, un antidote au quotidien morose de bourgeois "éclairés" ? Peut-on en vivre ? Le positionnement, les choix de l'auteur, les festivals, le rapport aux autres auteurs, la reconnaissance du public, autant de sujets traités avec humour et sans concession. Une apparente simplicité du dessin dissimule un trait libre, virtuose qui recèle quelques pages de poésie graphique. Alex Baladi, auteur de bd, mais aussi de fanzines, affiches, pochettes de disques, décors de théâtre…Il appartient au collectif genevois "la Fabrique de fanzines" et travaille avec d'autres artistes suisses tels Andreas Kundig, Ibn Al Rabin, Yves Levasseur.

L'Entreprise des Indes (Erik ORSENNA)

note: 4... Marylène - 26 janvier 2012

Embarquez sur la caravelle des souvenirs de Bartolomé Colomb, jeune frère de Christophe, cartographe et brillant navigateur à l'ombre de son ainé. Après le choc du sermon historique du frère Montesinos dénonçant les crimes envers les indigènes, Bartolomé, confie sa version de l'histoire au Dominicain Las Casas, qui deviendra lui-même plus tard fervent défenseur des indiens. Le voyage est palpitant sous la plume emportée d'Erik Orsenna. Mille petites histoires distillées dans la grande Histoire captivent nos sens, c'est coloré, charnel, toujours en mouvement. Amoureux de Lisbonne, des bateaux, du XVe siècle et surtout d'aventure humaine, larguez les amarres ! Pour les autres, vous ne tarderez pas à le devenir…

84, Charing Cross Road (Hélène HANFF)

note: 2.. Marylène - 26 janvier 2012

Helene Hanff, new-yorkaise amoureuse de livres anciens, fait appel à Frank Doel, libraire londonien pour lui dénicher des perles rares à prix raisonnable. Cette correspondance prend un tour de plus en plus intime au fil du temps. Il faut dire que la particularité de cette relation épistolaire est de s'étaler sur 20 ans, de 1949 à 1969. Chacun pénètre le quotidien, la famille, le métier de l'autre, sans jamais se voir. Helene Hanff, scénariste pour la télévision, dramaturge sans reconnaissance ni argent, parvient pourtant à se rendre à Londres grâce au succès rencontré par l'édition de sa correspondance avec cet homme qu'elle ne rencontrera jamais. Le ton alterne entre la dérision et la familiarité d'Helene et le style plus classique de Franck avec l'amour des livres comme vecteur commun. Ces lettres mettent aussi en lumière (avec peut-être parfois trop de détails) les conditions de vie contrastées entre l'Angleterre rationnée d'après-guerre et les Etats-Unis en pleine ascension économique. Un livre touchant et pudique sur une relation inconcevable à l'aire d'internet et du low-cost !

Sept histoires qui reviennent de loin (Jean-Christophe RUFIN)

note: 3... Marylène - 26 janvier 2012

7 Histoires qui reviennent de loin… des souvenirs d’un diplomate, des blessures d’un médecin, des expériences d’un voyageur, car Jean-Christophe Rufin a été tous ces hommes à la fois ou tour à tour avant d’entrer à l’Académie Française. Des histoires qui voyagent de l’Europe à l’Asie en cabotant par quelques îles et qui explorent avant tout le continent humain.
L’éternelle angoisse du Temps, qui déforme, amène le changement et finit par tuer. L’Espace, celui qui protège, isole, sépare et qu’on doit surtout partager avec d’autres, défendre, perdre parfois.
Un livre où le sourire frôle le malaise mais qui s’ouvre et se referme sur le même plaisir…Que le monde est vaste et beau quand-même, et l’homme touchant malgré tout ! Quand Jean Christophe Rufin étale les faiblesses humaines, ce n'est pas avec une férocité fielleuse. C’est certain, l’une de ces histoires au moins vous touchera en pleine cible, car elle vous reviendra de loin…

En censurant un roman d'amour iranien (Shahriar MANDANIPOUR)

note: 4... Marylène - 26 janvier 2012

Comment illustrer la censure dans un pays en dictature ? En écrivant un impossible roman (car sous contrôle des censeurs) d'amour improbable (car sous surveillance des différentes polices des mœurs) à Téhéran aujourd'hui.
Mais impossible n'est par iranien. S'il ne peut aborder une histoire de face, un écrivain iranien trouvera bien des moyens de contourner le récit pour parvenir à ses fins. Tout comme au quotidien, les iraniens font preuve d’une fine débrouillardise pour détourner les innombrables interdits.
A force d'ingéniosité, les deux amoureux parviendront-ils à s'atteindre, eux qui n'ont pas même le droit de s'effleurer ? Et notre auteur parviendra-t-il à écrire ce roman d'amour, à libérer les mots, tandis que chaque phrase sous nos yeux sera soumise au jugement de M.Petrovitch (surnom qu'il doit au juge de Crimes et Châtiments de Dostoïevski) du ministère de la Culture et de l’Orientation islamique ? D'emblée, l'audacieux qui risque le fouet et la prison à chaque mot, barre lui-même les passages à contourner. Ces rayures rendent palpable l'oppression terrible qu'il subit et rendent surtout visible le crime perpétué sur l'œuvre, de longues cicatrices défigurant les pages.
Rares sont les romans contemporains dont la gravité du sujet n'exclue pas un humour débridé, alors ne boudons pas notre plaisir !

Hors jeu (Jafar PANAHI)

note: 4... Marylène - 26 janvier 2012

En 2006, l’équipe de foot d’Iran affronte le Bahreïn pour se qualifier au mondial. Dans un bus transportant les supporters en liesse vers le stade, la présence d’une jeune femme grimée en homme ne tarde pas à attirer l’attention. Parmi les nombreux interdits qui frappent les femmes depuis 1979, celui de pénétrer dans l’enceinte d’un stade n’est certes pas le plus violent, néanmoins, il est très représentatif de ce qu’elles subissent au quotidien. Il faut imaginer que dans un pays où toute musique est proscrite, où les programmes télé passent au filtre de la censure, les diffusions d'évènements sportifs deviennent de pures friandises. Mais le petit écran bien-entendu, ne remplace pas la fièvre des gradins. Aussi quelques années plus tôt, lorsque l’équipe d’Iran était déjà parvenue à se qualifier, 5000 femmes avaient pénétré dans le stade de Téhéran pour fêter cette victoire. Le réalisateur est parti de cette transgression et des débats sans issue qui s’ensuivirent pour écrire ce scénario doux-amer. Doux parce qu’on y croise des personnages attachants, amer parce que l’on sait que ce qu’ils interprètent n’est pas que pure fiction. L’atmosphère bascule de la tension à l’allégresse, tel le rythme d’un match. Filmer une jeunesse qui se débat, qui palpite, n’est pas anecdotique dans un pays où la population des moins de 25 ans représente plus de la moitié des habitants.

Le Turquetto (Metin ARDITI)

note: 4lumineux Marylène - 26 janvier 2012

Peut-on gommer la vie d'un homme ? Un maître de la Renaissance aurait-il connu ce sort ?
Pour répondre, Metin Arditi, mêle habilement vérités archivistiques et imagination.
Elie Soriano est un enfant très doué pour le dessin qu'il pratique en cachette, car la représentation humaine n'est autorisée ni dans je judaïsme, religion de ses parents, ni dans l'islam, celle de la terre où il grandit, l'Empire Ottoman. Il s'enfuit vers la Venise des coloristes. Le lecteur le retrouve adulte, reconnu de ses pairs. Il est désormais le "Turquetto" ("petit turc" surnom que lui a attribué Titien) dont l'atelier ne désemplit pas. Mais Venise l'intrigante regorge d'ambitieux, usant dans leur guerre de l'assassinat comme de l'art, de l'art comme d'une arme.
Turquetto va chuter, nous le savons. Vous serez néanmoins absorbés par ce roman dont on connait l'aboutissement, car vous aurez envie de savoir pourquoi et comment.
Ce roman lumineux sous la plume raffinée de l’auteur, nous met face à l'angoisse de la disparition. Quelle trace laisserons-nous dans la longue fresque humaine ? Aucune, ou pire, une que nous n'aurions pas choisie et qui nous trahirait.
Belle réflexion aussi sur l'identité, la filiation, tel un cordon suffisamment souple pour que l'on puisse s'éloigner du nombril des origines, sans pour autant pouvoir le rompre. On est troublé par la relation au père, celui qui inspire la honte, puis se réincarne dans toute sa dignité sous le pinceau du fils.

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